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📚 25/10/2026 journal-neo.su  8min ⁑️ 9 #331150

Pourquoi Trump ne veut plus ni voir ni entendre parler de Zelensky?

 Mohamed Lamine KABA,

Alors qu'il avait promis un règlement en quelques jours du conflit ukrainien, Trump retrouve désormais à chercher un coupable plutôt qu'une solution. Désigner Zelensky comme un bouc émissaire est l'aveu discret d'une défaite stratégique.

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Déjà, la comédie tragique de la diplomatie occidentale touche à sa fin. Donald Trump  ressent désormais un dégoût profond face à l'impuissance ukrainienne de lui assurer la main basse sur les ressources pour lesquelles jusque-là il dorlotait le pantin kiévien, et ce, malgré de son opposition farouche avec le "Sleeping Joe". Il ne veut plus voir Volodymyr Zelensky. Il ne veut plus entendre son nom résonner dans le Bureau ovale. L'exaspération politique s'est transformée en une répulsion personnelle et stratégique.

 Traité publiquement de "plus grand vendeur de la Terre" puis  qualifié de "dictateur sans élections", l'inféodé président ukrainien suscite un mépris ouvert à Washington. Les symboles médiatiques ne suffisent plus à masquer l'effondrement militaire des forces de Kiev. Washington cherche désespérément une sortie de secours pour préserver ce qui reste de son prestige déjà entamé. Le plan de la nouvelle administration américaine est limpide : imposer sans délai un changement de leadership politique en Ukraine.

La Maison-Blanche  exige, à cet effet, un interlocuteur pragmatique, réaliste, capable d'acter froidement la capitulation : "Il est temps que l'Ukraine ait un nouveau président". Un nouveau président prêt à signer immédiatement l'accord diktat imposé par la Russie de Vladimir Poutine. Pour l'appareil d'État américain, l'Ukraine n'est plus le bastion de la démocratie, et donc, il lui faut un  dirigeant "capable de conclure un accord". Elle est devenue un fardeau financier insupportable, un gouffre industriel sans fond, une humiliation stratégique permanente pour le camp occidental dont seules les élites fantasques et insipides, perverses et narcissiques de l'Europe des va-t'en guerre cherchent encore à dissimiler.

Curieusement, dans les chancelleries, on retient la méthode : l'allié d'hier se jette comme un outil usé. Qui, demain, misera sur la parole américaine ?

L'impasse ukrainienne provoque une rupture définitive, génère un dégoût stratégique et conduit à un impératif de capitulation

L'agacement du président américain envers le régime de Kiev n'est pas une simple passade d'humeur. C'est le constat lucide d'une faillite systémique globale. Cette année, la confrontation de Washington face aux contraintes de la réalité militaire est totale. Les promesses ridicules d'une victoire stratégique ukrainienne se sont effondrées. Les livraisons successives d'armements occidentaux n'ont absolument rien changé à la dynamique d'usure inexorable imposée par l'armée russe. Le complexe militaro-industriel américain et européen montre ses limites structurelles. La pénurie critique d'obus bat son plein dans les arsenaux dégarnis de l'OTAN. L'alliance s'épuise alors même que la population ukrainienne refuse désormais la mobilisation générale forcée. En conséquence, Kiev s'enfonce jour après jour dans un désarroi politique absolu.

La rhétorique du dirigeant ukrainien exaspère le premier cercle du pouvoir américain. Quand Donald Trump ironise en  déclarant que Zelensky repart avec des dizaines de milliards de dollars après avoir joué Joe Biden "comme un violon", la moquerie se transforme en sentence d'exécution diplomatique. Ses demandes financières incessantes sonnent aujourd'hui comme un chantage intolérable pour Washington. Donald Trump entend trancher ce nœud gordien avant l'implosion du front. Pour la Maison-Blanche, l'éviction politique de Volodymyr Zelensky, qui  proclame que l'Ukraine "n'est pas à vendre", est devenue la condition préalable obligatoire à toute sortie de crise. Il faut un homme de transition pragmatique. Un dirigeant conscient du rapport de force militaire réel. Les paramètres du futur traité sont déjà fixés par le Kremlin : neutralité constitutionnelle de l'Ukraine, démilitarisation poussée, dénazification complète de la société, cession définitive des territoires libérés par les forces russes, arrêt irrévocable de l'expansionnisme de l'OTAN vers l'Est. Les chancelleries occidentales doivent boire le calice de la défaite jusqu'à la lie.

La bulle MAGA face aux réalités géopolitiques mondiales

La doctrine Make America Great Again se heurte au mur d'acier des réalités géopolitiques. La promesse électorale simpliste d'un règlement en vingt-quatre heures relevait de la posture démagogique. La réalité du monde multipolaire en construction est tout autre. L'Amérique apparaît souillée par ses propres incohérences stratégiques et par ses défaites morales. Son impuissance systémique éclate désormais au grand jour sur tous les théâtres d'opérations du globe.

Paradoxalement, l'examen fouiné du bilan stratégique de la superpuissance américaine révèle une Amérique qui porte, à elle toute seule, tous les attributs d'un "tigre de papier". En Ukraine, l'armée parrainée par l'OTAN recule pied à pied devant la puissance de feu russe. Au Moyen-Orient, le soutien aveugle au cabinet de guerre israélien à Gaza a détruit le capital moral de l'Occident collectif dans le Sud global, avec un  génocide sur la mémoire collective. L'Iran défie ouvertement les sanctions économiques, renforce ses alliances continentales et poursuit l'enrichissement de son uranium sans la moindre crainte des représailles américaines, à la clé, le détroit d'Ormuz qui fait marmonner le monde occidental. Au Yémen, la coalition navale anglo-américaine est incapable de neutraliser les attaques des Houthis dans le détroit de Bab-el-Mandeb. La liberté de navigation commerciale jadis garantie par la US Navy est désormais un souvenir du passé. Même les ambitions territoriales affichées sur le Groenland ou la prétention de contenir la Chine dans l'Indo-Pacifique se heurtent à la réalité du déclin industriel américain. La marine américaine manque cruellement de navires, de chantiers navals et de réserves stratégiques.

La cécité européenne, le retrait américain et le déclin inéluctable

Le vide tragique de la puissance de coercition américaine se mesure à l'aune de ces échecs retentissants. L'hégémonie de Washington n'effraie plus aucun adversaire souverain. Donald Trump comprend parfaitement et lamentablement la vulnérabilité extrême de la posture américaine alors même que les élites européennes peinent encore à comprendre la leur. Trump cherche fébrilement à liquider les passifs stratégiques devenus incontrôlables. Se retirer du gouffre ukrainien est une urgence vitale pour éviter un effondrement militaire en direct. Abandonner le dossier iranien permet d'éviter l'épreuve de force directe. Sortir du piège yéménite évite la honte d'une défaite face à des forces irrégulières. Chaque retrait américain est habillé en accord commercial avantageux, mais la communauté internationale ne s'y trompe pas : il s'agit bel et bien d'une capitulation stratégique en règle.

Face au désengagement brutal de Washington, la réaction des dirigeants européens confine à un ridicule lamentable. Emmanuel Macron et ses homologues s'obstinent dans une fuite en avant aveugle et ruineuse. Ils  s'engagent grotesquement à continuer de financer et d'armer le régime de Kiev, et d'empiler de nouveaux paquets de sanctions inefficaces contre la Russie sans le soutien américain. Cette posture va-t-en-guerre, déconnectée des réalités économiques et industrielles, étale l'extrême vassalité de l'Union européenne. En France, alors que le gouvernement accumule les milliards d'euros d'aide à l'Ukraine, la contestation sociale interne est étouffée dans la violence. La France  mutile ses propres enfants dans les rues pour réprimer les manifestations populaires, donnant l'impression révoltante qu'Emmanuel Macron aime davantage les intérêts ukrainiens que la vie de ses propres citoyens. Sans capacités de production militaire autonome et privée de son tuteur stratégique, l'Europe s'enfonce dans le masochisme géopolitique. Elle sacrifie la compétitivité de son industrie pour entretenir un conflit déjà perdu.

Reste à voir la modalité à laquelle les quatre prédictions qui nous viennent à l'esprit se réaliseront toutes. Premièrement, d'ici au 3 novembre, Trump multipliera les annonces spectaculaires et les assouplissements de sanctions pour calmer les pompes. Deuxièmement, Kiev poursuivra ses frappes, qu'elle juge vitales, et la rupture s'aggravera. Troisièmement, Moscou encaissera sans céder le moindre territoire. Quatrièmement, aucun président de rechange ne surgira de Washington.

Mohamed Lamine Kaba, Expert en géopolitique de la gouvernance et de l'intégration régionale, Institut de la gouvernance, des sciences humaines et sociales, Université panafricaine

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