Lors d'une interview accordée dimanche à la chaîne de télévision publique allemande ARD, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a réaffirmé que Téhéran se tenait prêt à faire face à "tout scénario", tout en maintenant la voie diplomatique ouverte, malgré l'insistance de Washington sur des exigences "unilatérales" dans les négociations.
Il a déclaré que les Iraniens n'avaient aucune confiance dans les États-Unis et devaient être prêts à défendre leur pays de toutes leurs forces.
"Nous n'avons jamais quitté la table des négociations ni fermé la porte à la diplomatie. Parallèlement, nous sommes pleinement préparés à défendre notre territoire. Donc, oui, des messages sont transmis par l'intermédiaire de médiateurs", a-t-il ajouté.
Il a souligné que Washington continuait d'imposer des exigences unilatérales, notamment en réclamant à plusieurs reprises la "capitulation totale" de l'Iran. "C'est ce qu'aucun Iranien n'acceptera", a-t-il martelé.
Le porte-parole de la diplomatie iranienne a également estimé que les États-Unis n'avaient pas fait preuve du minimum de bonne volonté et de détermination à la poursuite d'une démarche diplomatique. À l'appui de ses propos, il a évoqué deux attaques contre l'Iran en moins d'un an, alors que des négociations étaient en cours.
"Ces attaques ont démontré que Washington n'était pas véritablement sérieux dans sa démarche diplomatique vis-à-vis de Téhéran", a-t-il dénoncé.
Il a toutefois réaffirmé la volonté de l'Iran de privilégier la voie diplomatique : "Comme je l'ai dit, nous avons fait preuve de constance et de sérieux dans le recours aux outils diplomatiques pour parvenir à la paix, tout en restant prêts à nous défendre contre toute agression."
M. Baghaï a également critiqué les pays européens, leur reprochant de se plier aux exigences américaines plutôt que de mener une politique indépendante. "La communauté internationale attendait de l'Union européenne qu'elle joue un rôle indépendant", a-t-il réitéré.
"Nous préférerions de loin voir une Europe confiante, capable de jouer un rôle indépendant et mature dans la politique mondiale, plutôt qu'une Europe qui poursuit systématiquement une politique d'apaisement envers les États-Unis, en particulier dans notre région", a-t-il ajouté.
Le porte-parole de la diplomatie iranienne a estimé que le problème avait commencé lorsque les pays européens avaient abandonné leur rôle constructif dans le dossier nucléaire iranien et choisi de se ranger du côté de Washington.
Le détroit d'Ormuz est dangereux car les États-Unis et Israël l'ont exploité pour mener des agressions
Interrogé sur le détroit d'Ormuz, M. Baghaï a affirmé que cette voie maritime stratégique était ouverte avant le déclenchement de la guerre américano-israélienne. Il a souligné que l'Iran en avait assuré la sécurité pendant des décennies, voire des siècles.
Il a dit que les États-Unis et Israël utilisaient cette voie maritime, ainsi que les territoires, les sols et les installations militaires des pays riverains du golfe Persique, pour lancer des attaques contre l'Iran.
Téhéran a donc été contraint de prendre des mesures "sérieuses" pour protéger sa sécurité nationale, a-t-il noté, précisant que celles-ci étaient légitimes au regard du droit international.
"En tant qu'État côtier, nous avions pleinement le droit, mais aussi le devoir, de prendre des mesures pour contrer les menaces à la sécurité posées par des parties hostiles et des agresseurs contre le territoire iranien", a affirmé le porte-parole de la diplomatie iranienne.
M. Baghaï a également indiqué que, dans le cadre du mémorandum d'entente d'Islamabad, l'Iran et les États-Unis s'étaient engagés à garantir la sécurité dans le détroit d'Ormuz dans un délai de deux mois. Toutefois, selon lui, Washington est revenu sur ses engagements en moins de trois semaines.
Il a par ailleurs accusé les États-Unis d'imposer à l'Iran la politique d'"isolement économique", une mesure qu'il a décrite comme une forme de "terrorisme économique" et un "acte de guerre".
"Le détroit d'Ormuz n'est pas sûr, non pas parce que l'Iran l'a rendu dangereux, mais parce que les États-Unis et Israël ont fait un usage abusif de cette voie maritime. Ils continuent en effet d'exploiter l'ensemble de la région pour mener leur agression militaire et poursuivre leurs actions illégales et agressives contre l'Iran", a-t-il réaffirmé.
Il a conclu en affirmant que l'Iran continuerait de prendre les mesures nécessaires pour assurer sa sécurité : "Par conséquent, tant que cette situation perdurera, nous n'aurons d'autre choix que de prendre les mesures nécessaires pour protéger notre intégrité territoriale, notre sécurité nationale et notre population."
