📚 27/10/2026 reseauinternational.net  6min ⁎️ 8 #331313

Sommet crucial à Téhéran entre les Iraniens et des délégations du Pacte de La Mecque

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par Paolo Hamidouche

Un sommet d'une importance capitale. En annonçant la nouvelle, le vice-ministre saoudien des Affaires étrangères, Rayad Krimly, a déclaré que cette visite "s'inscrit dans le cadre des efforts déployés par les États du Pacte de La Mecque pour apaiser les tensions [régionales] et encourager le dialogue ainsi que les solutions diplomatiques".

Alors que la journée est marquée par les résultats d'élections d'une importance capitale au Brésil et en Serbie, et à la veille d'un scrutin encore plus décisif en Israël, une information tout aussi - sinon plus - significative, en provenance du Moyen-Orient, est passée relativement inaperçue : le sommet qui se tient aujourd'hui entre des délégations de haut niveau des pays signataires du "Pacte de La Mecque" et les plus hauts responsables de la République islamique d'Iran.

Un sommet d'une importance capitale. En annonçant l'événement, le vice-ministre saoudien des Affaires étrangères, Rayad Krimly, a déclaré que cette visite "s'inscrit dans les efforts déployés par les États du Pacte de La Mecque pour apaiser les tensions [régionales] et favoriser le dialogue ainsi que les solutions diplomatiques". Elle vient également soutenir les initiatives de médiation entreprises par le Qatar et le Pakistan dans le cadre du conflit opposant l'Iran, les États-Unis et Israël.

La délégation saoudienne sera conduite par le ministre de la Défense, le prince Khalid ben Salmane - frère du prince héritier et dirigeant de facto du Royaume, Mohammed ben Salmane ; la délégation pakistanaise sera menée par le chef d'état-major, le maréchal Asim Munir, homme fort du pays et figure clé des négociations entre l'Iran et les États-Unis ; quant à la délégation turque, elle sera dirigée par Ibrahim Kalin, à la tête des services de renseignement nationaux.

Ces délégations s'entretiendront avec Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil de sécurité nationale d'Iran, ainsi qu'avec le président Massoud Pezeshkian. Le haut rang des participants et de leurs interlocuteurs souligne, s'il en était encore besoin, toute l'importance de ce sommet. Selon les rapports, ces rencontres viseront à trouver une solution aux divers conflits au Moyen-Orient - ou, à tout le moins, à les atténuer -, en commençant par le conflit impliquant l'Iran et la guerre qui fait rage au Yémen entre les Houthis et les forces gouvernementales soutenues par les Saoudiens.

La guerre au Yémen a considérablement éloigné Riyad de Téhéran, mettant fin à un processus de détente qui s'était amorcé durant l'agression israélo-américaine contre l'Iran (Riyad ayant alors fermement plaidé pour une désescalade). Cela s'explique par le fait que les Houthis sont perçus comme un prolongement de Téhéran ; or, comme les autorités iraniennes l'ont toujours précisé, il s'agit d'alliés disposant de leur propre agenda, en partie distinct de celui de Téhéran.

La guerre actuelle découle précisément de cet agenda : la milice yéménite réclame la levée du blocus draconien imposé à son pays - en particulier aux territoires où réside sa base (soit 80% de la population yéménite) - ainsi que la fin de l'influence omniprésente de l'Arabie saoudite sur le Yémen.

Des revendications que Riyad n'a, jusqu'à présent, même pas daigné prendre en considération, misant sur une victoire militaire illusoire (illusoire, du moins dans la conjoncture actuelle ; si l'agression contre l'Iran venait à être relancée, la donne pourrait changer... peut-être).

L'Iran a proposé à maintes reprises de jouer les médiateurs, mais cette ouverture est restée lettre morte jusqu'ici, et ce, malgré les dommages que les Houthis infligent à l'économie saoudienne en ripostant, par des tirs de missiles et de drones, aux bombardements quotidiens menés par Riyad sur leur territoire (hier encore, des habitations civiles ont été touchées, faisant 17 victimes yéménites).

C'est la visite effectuée lundi dernier par Munir en Iran qui semble avoir débloqué la situation ; lors d'un entretien avec Rezaei, il a longuement débattu de la question yéménite (ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les délégations du "Pacte de la Mecque" rencontrent aujourd'hui ce même Rezaei).

À cette occasion, Munir a suggéré la tenue du sommet d'aujourd'hui, une proposition accueillie favorablement par Téhéran, comme l'a rapporté le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ismail Baqaei (alors même que tous les rapports de l'époque décrivaient cette rencontre comme infructueuse...). C'était le jour fatidique où Netanyahou a tenté, une ultime fois, de relancer la guerre contre Téhéran avant les élections israéliennes, en envoyant des dizaines d'avions de combat aux frontières de l'Iran dans l'espoir de provoquer une réaction (le Times of Israel fait d'ailleurs état d'une "confrontation sans précédent" entre "Bibi" et le chef d'état-major adjoint de Tsahal, Eyal Zamir, qui s'est fermement opposé aux pressions du premier ministre visant à déclencher un tel conflit avant le scrutin...).

Toutefois, la rencontre entre les délégations des pays du "Pacte de La Mecque" et les représentants iraniens ne semble pas devoir se limiter au conflit impliquant l'Iran et à la situation au Yémen. En effet, comme le rapporte le journal Dawn, les discussions porteront également sur d'autres enjeux régionaux cruciaux, notamment "les politiques expansionnistes d'Israël ainsi que l'évolution de la situation en Palestine et au Liban".

Reste à savoir si cette première étape parviendra à ouvrir la voie à une coopération concrète entre ces pays - visant à stabiliser la région et à trouver des solutions endogènes aux conflits qui la traversent - ou si elle ne restera qu'une simple tentative sans lendemain.

Tout dépendra de l'issue des élections israéliennes qui se tiendront demain : si Netanyahou parvenait, d'une manière ou d'une autre, à l'emporter - par exemple via un gouvernement d'union nationale -, il serait alors très difficile de freiner la dynamique de déstabilisation actuelle ; celle-ci risquerait, au contraire, de s'accélérer.

Il convient également de noter que, ce soir, après avoir rencontré les délégations du Pacte de La Mecque, Pezeshkian s'envolera pour Moscou afin d'y rencontrer Poutine. Au programme : la coopération avec la Russie, le conflit avec les États-Unis, et bien d'autres sujets. Rappelons par ailleurs qu'au début du mois de septembre, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait encouragé l'adhésion de l'Iran au Pacte de La Mecque. Une hypothèse qu'il a relancée le dimanche 18 octobre, lors de son arrivée à Téhéran - la première visite d'un haut responsable russe en Iran depuis le début de la guerre.

Il est plus que probable que le sommet qui se tient aujourd'hui entre les pays du Pacte de La Mecque et les autorités iraniennes aborde également cette hypothèse, évoquée dès les prémices mêmes du Pacte : bien qu'elle demeure pour l'heure incertaine, elle s'inscrit désormais dans le champ des possibles. Si elle venait à se concrétiser, ce serait une étape historique.

source :  Paolo Hamidouche

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