📚 27/10/2026 reseauinternational.net  9min ⁑️ 11 #331315

 France : 70 000 policiers et gendarmes mobilisés pour les manifestations du 24 octobre

17 octobre, il ne s'est rien passé

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par Jules Seyes

La lecture anarchiste selon laquelle l'État est le défenseur des classes possédantes a trouvé le 17 octobre une tragique confirmation. Toutefois, la violence extrême atteinte témoigne surtout de la maladie politique dont souffre notre pays depuis le coup d'État de 2017 !

Depuis ses origines au moment de la révolution agricole 1, l'État défend l'impôt, ses ressources d'emprunt et donc à la fois les grandes fortunes capables de lui prêter et l'exploitation qui force les peuples à travailler. Dans ce contexte, son arme est la violence, contre laquelle les travailleurs sont souvent sans véritable moyen de défense 2. À une exception près : ceux formés à utiliser massivement leurs muscles, tels les dockers, les ouvriers de la sidérurgie, les paysans... ceux dont la France s'est débarrassée en fermant ses usines et par la magie des accords de libre-échange.

Reste à légitimer l'usage de la force contre les peuples. Ce fut le rôle de l'onction divine, de la perfection politique du gouvernement et de la souveraineté populaire dans la démocratie pour les libéraux et les ignorants qui croient encore au père Noël, à la magie d'Harry Potter et à l'idée que les mandataires désignés ignoreront la tentation personnelle pour servir le peuple qu'ils sont censés représenter.

Méchanceté envers le père Noël et Harry Potter à part 3, la bêtise humaine ayant ses limites, il n'est pas toujours possible de justifier l'usage de la violence contre les mouvements sociaux. Les marginaux violents, ou Lumpenprolétariat, offrent justement l'avantage de déployer la violence nécessaire pour contraindre les travailleurs à se réfugier derrière celle de l'État. Malgré son cynisme, le procédé fonctionne plutôt bien et les gouvernements seraient fous d'y renoncer.

Les syndicats avaient parfaitement compris ce corollaire, du temps où il n'y avait pas de Confédération européenne des syndicats pour offrir de plantureuses retraites aux "syndicalistes". En ce temps, ils possédaient leur propre service d'ordre, dimensionné pour sécuriser leurs manifestations.

La neutralisation des chefs et l'assèchement du vivier de recrutement des services d'ordre ont fait disparaître ce système de défense contre les bandes instrumentalisées par le pouvoir.

Dans ces conditions, les mouvements sociaux ont abordé la Macronie au plus mal, et la situation se noue de manière rocambolesque avec ce coup d'État. Est-il utile de rappeler une fois de plus comment la haute fonction publique, désireuse de préserver ses privilèges, s'est associée à une clique de milliardaires pour transformer encore davantage la démocratie en farce, avec une impudence qui ne fut possible qu'en raison de la collaboration des appareils judiciaires et médiatiques ?

La mise en examen record de François Fillon et les fonds, ou plutôt les ressources, mis à la disposition du candidat Macron dans des conditions défiant toute concurrence ont permis la validation d'un compte de campagne qui aurait dû le disqualifier. Avec les dix-sept mille articles de presse, le scrutin releva davantage d'un match de MMA où les managers s'étaient déjà mis d'accord que d'un véritable moment politique.

Cette manœuvre désespérée s'expliquait par la nécessité d'arrêter ce qui était pour les sponsors de Macron un désastre absolu : une élection dont la finale se jouerait entre le Front national, à l'époque souverainiste avec Florian Philippot comme vice-président, et la LFI, où pesait l'influence de Georges Kuzmanovic, lui aussi rigoureusement souverainiste. Dans la droite ligne du vote français de 2005, ce scénario signifiait la sortie de la France de l'Union européenne et le renversement de toutes les politiques néolibérales, écologistes et immigrationnistes mises en place depuis des décennies.

L'élection de Macron sauva la mise et permit de poursuivre les transferts massifs au profit des grandes fortunes et de nos suzerains allemands et américains. Dans ce système, l'Allemagne assure la fonction de garde-chiourme nommé par les USA et bénéficie en contrepartie d'un léger traitement de faveur, même si l'affaire Volkswagen en démontre les limites.

L'inconvénient de ces politiques est qu'elles se cumulent pour peser sur les peuples, et l'écologie politique, pardon, l'extorsion de fonds par la corruption justifiée par le mensonge écologiste, fut le premier mouvement qui provoqua l'explosion. La hausse de la taxe carbone sur les carburants provoqua les gilets jaunes. Dispersés sur les ronds-points, ils parvinrent à assurer leur police, mais en France rien ne se décide sans Paris, et la nécessité d'organiser des actes dans la capitale permit aux casseurs et aux groupes violents de s'infiltrer dans des cortèges mal protégés. D'un naturel pacifique, les gilets jaunes organisèrent des street medics pour aider en cas de malaise, mais ils ne trouvèrent pas en eux-mêmes les escadrons disciplinés et rompus à la manœuvre nécessaires pour empêcher l'arrivée des milices dites gauchistes, même si, depuis que cette mouvance s'est ralliée au néolibéralisme, la revendication de cet adjectif ne peut que nourrir l'humour ou le mépris.

S'y ajouta une violente répression policière, qui valut à la France l'attention (pourtant prompte d'habitude à regarder ailleurs pour ne pas énerver les sponsors) de toutes les organisations soucieuses des droits de l'homme. 11 morts, près de 2500 blessés parmi les manifestants et des milliers de condamnations parvinrent à renvoyer ce peuple, auquel on venait de voler son vote et son niveau de vie, dans ses banlieues où les politiques néolibérales et l'explosion délirante de la rente immobilière l'ont confiné comme dans une prison. Pardon, les prisonniers sont nourris, surveillés et soignés. Qu'il soit bien clair que je n'accuse pas le gouvernement français de maltraiter les prisonniers autant que ses travailleurs !

Ce détail fixé, la Macronie pouvait engager les transferts : la Covid, politique d'arrosage en règle des entreprises pharmaceutiques US et de quelques amis ; l'écologie, encore et toujours, par les politiques délirantes d'installation de capacités éoliennes et photovoltaïques (si vous n'avez aucune morale, je vous conseille d'investir dans le secteur : avec le nombre d'hectares brûlés dans les landes, il y a de la place pour installer des panneaux chinois avant d'encaisser l'argent de la CSPE). La guerre en Ukraine, où l'on envoie l'argent à Kiev pour qu'il s'y évapore, même si rien ne prouve que les fonds aillent jusque-là, n'en fut que la forme la plus grossière et la plus immorale, puisqu'il s'agissait de soutenir une faction qui, à force de coups d'État, a déclenché une guerre civile dans son pays.

Pas grave : qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse. Les grandes fortunes s'enrichissent, les dividendes filent en Amérique, nous achetons aussi du gaz américain et nous acquittons leurs droits de douane : tout va bien. Grâce au marché européen de l'électricité, nous enrichissons les entreprises allemandes. De quoi se plaint le peuple ?

De ne pas avoir assez à manger ? Que les petites entreprises agonisent ? Que les services publics s'enfoncent dans la misère et la clochardisation ? Et alors ? S'ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche.

Ah non, Marie-Antoinette conservait encore la conscience du besoin humain de se nourrir. La Macronie semble davantage adepte de l'héroïne et du chemsex. Éventuellement, vu l'état de la prostitution et de l'ASE, peut-être de la pédophilie, même si valider cette accusation exigerait de trier entre le soutien et l'incompétence !

En tout cas, une fois de plus, ce sont les gosses qui morflent et paient cher le triomphe des deux mandats macroniens !

Car, ne nous y trompons pas, ces dix années sont absolument triomphales : les souverainistes ont été expulsés du RN et de la LFI, devenus désormais des partis soumis, en mesure de stériliser leurs électorats. Explosion des grandes fortunes dites françaises 4, prébendes, primes et subventions pour la très haute administration publique et ses causes. Et enfin, le bouquet final : un endettement tellement délirant qu'il permet de placer le pays sous tutelle d'un claquement de doigts si jamais les Français avaient l'idée saugrenue de se révolter ! Seule petite injustice : en raison des irrégularités de son comportement personnel (et peut-être de l'affaiblissement de certains réseaux depuis l'arrestation de Monsieur Epstein, apparemment excellent conseiller sur la manière de devenir maître du monde), E. Macron ne pourra pas être récompensé à la hauteur des services rendus. Pas de présidence de l'UE avant celle d'un gouvernement mondial, pas de fonction prestigieuse : il retournera attendre chez Xavier Niel ! Un abri pour clochard en attendant 2032 !

Seul problème : pour exister, le RN et surtout la LFI ont besoin de faire le show et d'occuper la scène. Le RN a d'une certaine manière la partie facile, tant l'accusation de fascisme portée par ses adversaires lui assure une présence médiatique continue. La LFI a la partie plus complexe et a besoin d'une véritable créativité communicationnelle pour étouffer les autres partis de gauche. Face à la terne primaire du PS destinée à introniser Raphaël Glucksmann sans admettre l'existence de ses réseaux de soutien (exactement, la suspension d'incrédulité est une chose magnifique, mais bon, essayez de faire un effort pour croire à l'histoire du candidat appelé par l'histoire 5), il fallait agir !

D'où cette agitation dans les lycées, déstructurés comme tous les services publics par quarante ans de néolibéralisme et par les injections d'idéologie woke dans les programmes, qui servent de piqûre létale à l'Éducation nationale. La cible était facile, à portée des relais LFI, et ce fut "en avant, marche". Seul souci : le mouvement commença à devenir autonome, et les colères diffuses dans le pays acceptèrent de s'agréger partiellement à cette population qui, d'habitude, exerce un effet répulsif sur les autres.

Le 17 octobre, ce fut exactement cela : entre 500 000 et 800 000 personnes dans la rue pour protester contre la vie chère et la clochardisation des services publics. Le peuple relevait la tête et personne, pas même la LFI, ne pouvait laisser passer une telle protestation de la population.

Restait à remonter sur les planches pour nous jouer cette scène de théâtre éculée : une police violente avec les manifestants pacifiques pour les énerver, soigneusement émasculée face à l'armée de réserve d'émeutiers de la fausse gauche, qui désirait des périmètres sans police où la racaille put se déverser pour piller, commettre ses exactions et fournir de belles images aux médias du pouvoir.

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Jouée avec un cynisme extraordinaire, dont le summum fut sûrement la démission refusée du ministre de l'Intérieur, la pièce a atteint ses objectifs : discréditer le peuple des travailleurs et de ceux dont l'avenir est sacrifié, sans lâcher la plus minuscule concession politique. En l'absence de syndicats, qui se précipitent maintenant pour finir d'étouffer le mouvement, les Français sont condamnés à des bouffées de colère impuissantes car, désorganisés, ils sont incapables d'assurer leur autodéfense, ce qui laisse au pouvoir la possibilité d'y introduire des mouvements violents au lieu de céder.

La méthode fonctionne : politiquement, le gouvernement n'a rien lâché, et le 17 octobre, il ne s'est rien passé !

source :  AgoraVox

  1. S'il a existé des proto-États ou des regroupements de tribus dans les temps préhistoriques, la généralisation de l'État se lie à l'agriculture, qui impose quasiment ce mode d'organisation. Là encore, ne me livrez pas à un anthropologue : ce n'est qu'une majorité statistique, pas une loi scientifique.
  2. Grande Jacquerie, Wikipédia
  3. Je suis un peu méchant envers ces deux croyances, qui sont loin de trahir le même niveau de naïveté que la troisième proposition.
  4. Ainsi le rachat de Tiffany par Bernard Arnault au prix de 15,8 milliards de dollars empruntés. Les fins de mois difficiles ne concernent pas au moins un Français. On se réjouit pour lui !
  5. Je sais, on croit plus facilement à Harry Potter, mais Léa Salamé n'a pas le talent d'Hermione.

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