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⚔️ 28/10/2026 reseauinternational.net  6min ⁎️ 6 #331442

Israël a pénétré dans l'espace aérien iranien ce week-end, mais l'Iran a choisi de ne pas réagir. Pourquoi ?

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par Trita Parsi

La réunion qui s'est tenue aujourd'hui à Téhéran entre des responsables saoudiens, turcs, pakistanais et iraniens a constitué un élément important.

Une grande partie du Moyen-Orient était en état d'alerte le week-end dernier, craignant que le président Donald Trump et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou ne relancent la guerre contre l'Iran. Fort heureusement, les hostilités n'ont pas repris, mais ce n'est pas faute d'avoir essayé. Selon des sources iraniennes, des avions de combat israéliens ont bien pénétré dans l'espace aérien iranien, mais Téhéran a, contre toute attente, choisi de ne pas réagir. La réunion qui se tient aujourd'hui à Téhéran entre des responsables saoudiens, turcs, pakistanais et iraniens explique, en partie, la retenue dont a fait preuve l'Iran.

Israël n'a jamais caché sa volonté - ni ses projets - de relancer la guerre contre l'Iran, mais à une échelle bien plus vaste que lors des épisodes précédents. Plus tôt ce mois-ci, le ministre israélien de la Défense,  Israel Katz, a déclaré à la télévision israélienne qu'Israël était prêt à frapper l'Iran de "toute sa puissance" et que, cette fois-ci, les infrastructures énergétiques iraniennes seraient visées, afin de "faire reculer l'Iran de 40 ans, de le ramener à l'âge des ténèbres, voire à l'âge de pierre".

Au cours du week-end, des informations ont fait état d'un  désaccord entre Benjamin Netanyahou et le chef d'état-major adjoint de Tsahal, le général Eyal Zamir, au sujet d'une opération militaire envisagée contre l'Iran à l'approche des élections israéliennes. Le général Zamir a exprimé des réserves, tant sur le calendrier de cette opération que sur ses répercussions potentielles sur le scrutin qui se tiendra demain en Israël. Par ailleurs, au cours de la semaine écoulée, Israël a mené  plusieurs exercices simulant des attaques contre l'Iran dans l'espace aérien irakien.

Tous ces événements ont contribué à créer une situation explosive, où la guerre ne tenait qu'à une décision irréfléchie. Téhéran avait, par ailleurs, laissé entendre qu'il n'attendrait plus d'être attaqué, mais qu'il frapperait de manière préventive les États-Unis et Israël s'il estimait qu'une attaque contre son territoire était imminente.

C'est précisément ce qui rend d'autant plus surprenante la décision de l'Iran de ne pas riposter après l'incursion présumée d'avions de combat israéliens dans son espace aérien. Toutefois, des sources à Téhéran m'indiquent que cette décision découle de plusieurs facteurs, fondés sur deux analyses clés côté iranien : d'une part, le temps joue toujours en faveur de l'Iran ; d'autre part, Israël cherche à pousser l'Iran à frapper en premier, afin de déclencher un conflit alors même que l'on ignore encore si Donald Trump a réellement opté pour la guerre. Les Iraniens ont clairement fait savoir qu'ils réagiraient avec férocité à des frappes israéliennes ou américaines et que, dans un tel scénario, l'Arabie saoudite - tout comme les autres États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) - risquerait de subir une déstabilisation majeure. L'ironie, bien entendu, réside dans le fait qu'une telle réaction servirait parfaitement les intérêts d'Israël. Plus l'Iran ripostera contre les pays du CCG, et en particulier contre l'Arabie saoudite, plus ces États arabes se sentiront contraints de se tourner vers Israël pour obtenir soutien et protection ; ce qui compromettrait l'objectif à long terme de Téhéran, qui consiste à convaincre ces pays de s'associer à lui pour mettre en place un dispositif de sécurité au Moyen-Orient.

Dans ce contexte, le rêve d'un bloc arabo-israélien hostile à l'Iran - sur le modèle des accords d'Abraham - pourrait resurgir. Par conséquent, Téhéran doit évaluer ses options avec la plus grande prudence et éviter de réagir précipitamment aux provocations israéliennes, car il pourrait s'agir d'un piège. Il semble que les manœuvres israéliennes en Irak aient fini par convaincre Téhéran qu'Israël pratiquait le bluff et qu'une riposte iranienne serait contre-productive. Pour l'heure, cette analyse pourrait s'avérer juste.

Un autre facteur a été la réunion, aujourd'hui à Téhéran, de responsables saoudiens, pakistanais et turcs. Les médias et les  autorités iraniennes ont présenté cette rencontre comme la preuve manifeste de l'échec des efforts américains visant à isoler l'Iran ou à l'exclure des discussions sur la sécurité régionale. Le fait que ces trois pays se soient rendus à Téhéran, dans un délai relativement court, est perçu sur place comme une victoire - une victoire qui aurait été compromise si l'Iran avait réagi aux provocations israéliennes survenues au cours du week-end.

Contrairement à certaines spéculations, cette réunion ne constituait pas une étape vers une éventuelle intégration de l'Iran au "Pacte de La Mecque". Elle était plutôt motivée par une question plus urgente : la guerre entre Ansarallah et l'Arabie saoudite, qui déstabilise non seulement le Yémen, mais désormais l'Arabie saoudite elle-même. (Ansarallah est souvent désigné sous le nom de "Houthis".)

Toutefois, le communiqué, dépourvu de substance, issu de la réunion de Téhéran, témoigne de la complexité de ce dossier. Du point de vue iranien, Riyad a commis la même erreur que Trump : déclencher un conflit qu'il est incapable de conclure sur le champ de bataille, et qu'il refuse de résoudre par la négociation.

Dans le cas de Trump, le point de blocage concerne la levée du blocus dans le golfe Persique. Dans le cas de Riyad, il s'agit de la levée du blocus aérien imposé au Yémen. Selon une source en Iran, Téhéran est disposé à apporter son aide, mais ne remettra pas en cause l'exigence d'Ansarallah concernant la levée du blocus aérien - tout comme Téhéran ne fera aucune concession sur la levée du blocus imposé par Trump.

Quoi qu'il en soit, cette rencontre à Téhéran confirme la thèse défendue depuis des années par les partisans d'une retenue stratégique : à mesure que les États-Unis se retirent militairement - contrairement à ce que suggère la doxa en vigueur à Washington - les États de la région font preuve d'une plus grande autonomie et assument davantage la responsabilité de leur propre sécurité.

Cette autonomie ne garantit pas la résolution de tous les problèmes, ni l'évitement des conflits et du chaos. Mais, quels que soient les résultats obtenus, il s'agira de leurs conflits, de leur chaos et de leur responsabilité - et non de celle des États-Unis.

source :  Trita Parsi via  Marie Claire Tellier

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