
Par Rami Abou Reida
Hier, aujourd'hui et demain, le monde entier tourne son regard vers les élections israéliennes. Les médias suivent la montée et la chute des candidats, les chances de Netanyahou et de Gantz, comme si l'avenir de toute une région pouvait se résumer aux chiffres qui défilent sur les écrans et au nom de l'homme qui s'assiéra dans le fauteuil du pouvoir.
𝗜𝗰𝗶, à 𝗚𝗮𝘇𝗮, 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗿𝗲𝗴𝗮𝗿𝗱𝗼𝗻𝘀 𝘁𝗼𝘂𝘁 𝗮𝘂𝘁𝗿𝗲 𝗰𝗵𝗼𝘀𝗲.
Nous n'attendons pas les résultats des élections pour célébrer la victoire d'un candidat ou la défaite d'un autre. 𝗡𝗼𝘂𝘀 𝗮𝘁𝘁𝗲𝗻𝗱𝗼𝗻𝘀 𝗱𝗲 𝘁𝗿𝗼𝘂𝘃𝗲𝗿 𝗱𝗲 𝗾𝘂𝗼𝗶 𝗺𝗮𝗻𝗴𝗲𝗿. Ce ne sont pas les sondages qui nous préoccupent, mais le prix de la nourriture, devenue inaccessible pour de nombreuses familles. Ce n'est pas la compétition entre les responsables politiques qui nous préoccupe, mais 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝘁 𝘁𝗿𝗮𝘃𝗲𝗿𝘀𝗲𝗿 𝘂𝗻𝗲 𝗷𝗼𝘂𝗿𝗻é𝗲 𝗱𝗲 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝘀𝗮𝗻𝘀 𝗽𝗲𝗿𝗱𝗿𝗲 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗰𝗮𝗽𝗮𝗰𝗶𝘁é à 𝘁𝗲𝗻𝗶𝗿.
Pourtant, nous suivons nous aussi ces élections, non pas parce que nous avons le luxe de nous intéresser aux rivalités politiques, mais parce que nous savons que leurs résultats peuvent avoir des conséquences sur nos vies. Mais nous ne savons pas exactement ce que nous devons en attendre.
Une victoire de Netanyahou signifierait-elle davantage de l'enfer que nous vivons ? Une victoire de Gantz pourrait-elle alléger un peu nos souffrances ? Ou bien les visages changeront-ils tandis que nous resterons prisonniers de la même situation, à payer le même prix et à attendre un salut qui ne vient jamais ?
Nous ignorons si la victoire de l'un et la défaite de l'autre changeront quoi que ce soit pour nous. Peut-être resterons-nous prisonniers d'une réalité où les noms et les fonctions changent, tandis que nos souffrances continuent, voire s'aggravent.
𝗡𝗼𝘂𝘀 𝗻𝗲 𝘀𝗮𝘃𝗼𝗻𝘀 𝗽𝗮𝘀 𝘀𝗶 𝗰𝗲𝘁 𝗲𝗻𝗳𝗲𝗿 𝗽𝗿𝗲𝗻𝗱𝗿𝗮 𝗳𝗶𝗻 𝘂𝗻 𝗷𝗼𝘂𝗿, ou si nous continuerons à y vivre sans en voir l'issue, jusqu'à ce que l'attente elle-même devienne une autre forme de supplice.
Ici, des familles souffrent toujours de la faim et du manque de nourriture. Des enfants grandissent dans des conditions indignes de leur enfance. Des élèves tentent de poursuivre leurs études sans écoles stables, sans ordinateurs ni tablettes.
𝗧𝗼𝘂𝘁𝗲 𝘂𝗻𝗲 𝗴é𝗻é𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗿𝗶𝘀𝗾𝘂𝗲 𝗱'ê𝘁𝗿𝗲 𝗽𝗿𝗶𝘃é𝗲, 𝗲𝗻 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗱𝘂 𝗱𝗿𝗼𝗶𝘁 à 𝘂𝗻𝗲 𝘃𝗶𝗲 𝗲𝗻 𝘀é𝗰𝘂𝗿𝗶𝘁é, 𝗱𝘂 𝗱𝗿𝗼𝗶𝘁 𝗮𝘂 𝘀𝗮𝘃𝗼𝗶𝗿 𝗲𝘁 à 𝗹𝗮 𝗰𝗼𝗻𝘀𝘁𝗿𝘂𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝘀𝗼𝗻 𝗮𝘃𝗲𝗻𝗶𝗿.
Ici aussi, nous continuons à vivre dans le déplacement. Nous dormons sous des tentes ou à ciel ouvert. Nous essayons de faire de morceaux de tissu usés un semblant de toit, et de l'attente un semblant d'espoir.
Le déplacement n'est plus un événement passager : il est devenu 𝘂𝗻𝗲 𝘃𝗶𝗲 𝘀𝘂𝘀𝗽𝗲𝗻𝗱𝘂𝗲, 𝘀𝗮𝗻𝘀 𝘀𝘁𝗮𝗯𝗶𝗹𝗶𝘁é, 𝘀𝗮𝗻𝘀 𝗶𝗻𝘁𝗶𝗺𝗶𝘁é 𝗲𝘁 𝘀𝗮𝗻𝘀 𝗮𝘂𝗰𝘂𝗻𝗲 𝗴𝗮𝗿𝗮𝗻𝘁𝗶𝗲 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗱𝗲𝗺𝗮𝗶𝗻.
Nos maisons ne sont plus que des souvenirs. Le retour n'est plus une date dont nous savons quand elle arrivera, mais une question ouverte sur l'inconnu.
Et le drame, c'est que notre situation ne s'améliore pas. 𝗘𝗹𝗹𝗲 𝘀𝗲 𝗱é𝗴𝗿𝗮𝗱𝗲 𝗱𝗲 𝗷𝗼𝘂𝗿 𝗲𝗻 𝗷𝗼𝘂𝗿, tandis que le fossé s'élargit entre ce dont nous avons besoin et ce qui nous parvient. Nous vivons sans véritable protection et sans intervention internationale efficace pour nous arracher à cet enfer et mettre fin à une existence qu'aucun être humain ne devrait être contraint de vivre.
Je n'écris pas cela pour dire que les élections n'ont aucune importance, ni pour demander au monde de cesser de les suivre. J'écris parce qu'il existe 𝘂𝗻 𝗱é𝘀é𝗾𝘂𝗶𝗹𝗶𝗯𝗿𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗳𝗼𝗻𝗱 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹'𝗼𝗿𝗱𝗿𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗶𝗼𝗿𝗶𝘁é𝘀, et parce que la vie des êtres humains ne devrait jamais être reléguée au second plan dans les journaux télévisés, tandis que les calculs du pouvoir et l'avenir des responsables politiques occupent le devant de la scène.
Les résultats des élections peuvent changer en quelques heures. Les alliances peuvent se défaire et les visages changer. Mais qu'est-ce qui changera dans la vie d'un enfant qui s'endort le ventre vide ? D'un élève qui ne trouve aucun appareil pour suivre ses cours ? D'une famille qui a perdu sa maison et attend toujours un endroit sûr où elle pourrait vivre avec un minimum de dignité ?
Pour nous, la question n'est pas seulement de savoir qui remportera les élections, mais 𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝘀𝗮 𝘃𝗶𝗰𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲 𝗰𝗵𝗮𝗻𝗴𝗲𝗿𝗮 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗻𝗼𝘀 𝘃𝗶𝗲𝘀.
Nous rapprochera-t-elle de la sortie de cet enfer ? Ou découvrirons-nous une fois encore que nos espoirs reposent sur des noms qui ne changent rien à notre réalité ? Retrouverons-nous notre droit à la vie, ou resterons-nous prisonniers de décisions auxquelles nous ne participons pas, mais dont nous payons le prix avec nos années de vie et les rêves de nos enfants ?
Nous ne demandons pas au monde davantage de paroles de solidarité et de compassion. Nous lui demandons de considérer notre vie comme 𝗨𝗡 𝗗𝗥𝗢𝗜𝗧 𝗛𝗨𝗠𝗔𝗜𝗡, 𝗘𝗧 𝗡𝗢𝗡 𝗖𝗢𝗠𝗠𝗘 𝗨𝗡 𝗗𝗢𝗦𝗦𝗜𝗘𝗥 𝗤𝗨𝗘 𝗟'𝗢𝗡 𝗣𝗘𝗨𝗧 𝗥𝗘𝗠𝗘𝗧𝗧𝗥𝗘 À 𝗣𝗟𝗨𝗦 𝗧𝗔𝗥𝗗, et de transformer les déclarations en actes capables de garantir la nourriture, un abri, l'éducation et la protection.
Alors que le monde s'interroge sur le vainqueur des élections israéliennes, 𝗻𝗼𝘂𝘀, à 𝗚𝗮𝘇𝗮, 𝗲𝘀𝘀𝗮𝘆𝗼𝗻𝘀 𝗱𝗲 𝘀𝘂𝗿𝘃𝗶𝘃𝗿𝗲 𝘂𝗻 𝗷𝗼𝘂𝗿 𝗱𝗲 𝗽𝗹𝘂𝘀.
Là-bas, on compte les voix pour savoir qui gouvernera.
𝗜𝗰𝗶, 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗰𝗼𝗺𝗽𝘁𝗼𝗻𝘀 𝗰𝗲 𝗾𝘂'𝗶𝗹 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗿𝗲𝘀𝘁𝗲 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗽𝗼𝘂𝘃𝗼𝗶𝗿 𝘃𝗶𝘃𝗿𝗲.
Là-bas, les candidats attendent une nouvelle occasion d'exercer le pouvoir.
𝗜𝗰𝗶, 𝗹𝗲𝘀 𝗴𝗲𝗻𝘀 𝗮𝘁𝘁𝗲𝗻𝗱𝗲𝗻𝘁 𝘂𝗻𝗲 𝗻𝗼𝘂𝘃𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗰𝗵𝗮𝗻𝗰𝗲 𝗱𝗲 𝘃𝗶𝘃𝗿𝗲.
Quant à nous, qui suivons ces élections avec une inquiétude bien différente de celle des candidats, nous ignorons si la victoire de l'un d'eux allégera notre enfer, ou si 𝗰𝗲𝘁 𝗲𝗻𝗳𝗲𝗿 𝗿𝗲𝘀𝘁𝗲𝗿𝗮 𝘂𝗻 𝗱𝗲𝘀𝘁𝗶𝗻 𝗶𝗺𝗽𝗼𝘀é, 𝗾𝘂𝗲𝗹𝘀 𝗾𝘂𝗲 𝘀𝗼𝗶𝗲𝗻𝘁 𝗹𝗲𝘀 𝗻𝗼𝗺𝘀 𝗲𝘁 𝗹𝗲𝘀 𝘃𝗶𝘀𝗮𝗴𝗲𝘀 𝗾𝘂𝗶 𝗰𝗵𝗮𝗻𝗴𝗲𝗻𝘁.
Tout ce que nous savons, c'est que nous ne voulons pas passer le reste de nos vies à attendre une fin qui ne vient pas. Nous ne voulons pas non plus que nos enfants grandissent en croyant que la faim, le déplacement et la peur sont la vie qui leur était destinée.
𝗡𝗼𝘂𝘀 𝘀𝗼𝗺𝗺𝗲𝘀 𝘁𝗼𝘂𝗷𝗼𝘂𝗿𝘀 𝗹à. 𝗡𝗼𝘂𝘀 𝘀𝗼𝗺𝗺𝗲𝘀 𝗲𝗻𝗰𝗼𝗿𝗲 𝗲𝗻 𝘃𝗶𝗲 𝗲𝘁 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗶𝗻𝘂𝗼𝗻𝘀 𝗱'𝗮𝘁𝘁𝗲𝗻𝗱𝗿𝗲.
𝗠𝗮𝗶𝘀 𝗰𝗼𝗺𝗯𝗶𝗲𝗻 𝗱𝗲 𝘁𝗲𝗺𝗽𝘀 𝘂𝗻 ê𝘁𝗿𝗲 𝗵𝘂𝗺𝗮𝗶𝗻 𝗱𝗼𝗶𝘁-𝗶𝗹 𝗮𝘁𝘁𝗲𝗻𝗱𝗿𝗲 𝗮𝘃𝗮𝗻𝘁 𝗱'𝗮𝘃𝗼𝗶𝗿 𝗲𝗻𝗳𝗶𝗻 𝗹𝗲 𝗱𝗿𝗼𝗶𝘁 𝗱𝗲 𝘃𝗶𝘃𝗿𝗲 ?
Rami Abou Reida
28 octobre 2026
Source : auteur
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