
par Abdelaziz Ghedia
"La vie ne peut être comprise qu'en regardant en arrière, mais elle ne peut être vécue qu'en regardant en avant".
Cette citation est d'un auteur dont je ne connaissais que le nom. Un nom d'ailleurs difficile à retenir. La recherche sur Google m'a appris un peu plus sur ce philosophe danois. Il s'appelle Kierkegaard.
Pourquoi cette citation ?
Avant de l'expliquer, je dois d'abord vous donner le contexte qui m'a conduit à faire des recherches sur Google. En effet, c'est en marchant sur le sable d'une plage de Zeralda que des traces de pas "revenant" ont attiré mon attention. La plage était déserte. Et le soleil déclinait déjà. Ces empreintes de pas étaient encore bien visibles, bien dessinés. Ils n'avaient pas encore été effacés ni par le vent ni par les vagues ni par la marée montante. Ils le seront peut-être dans peu de temps.
Je me suis arrêté pendant un petit laps de temps et tout en fixant des yeux l'empreinte de ce petit pas, j'ai commencé à triturer mes méninges pour essayer de donner une signification philosophique à cet instant précis : le soleil qui décline à l'horizon (il était déjà un peu caché par le mont Chenoua qui me faisait face), mon pied qui avançait et ce pas qui revenait... Une rencontre insolite. Une rencontre d'une présence physique effective et d'une absence matérialisée par ce pas sur le sable. Une rencontre du passé qui n'est pas encore complètement effacé avec le présent qui, sur une plage déserte, au crépuscule, avance lentement, péniblement. Albert Camus aurait peut-être qualifié cet instant, cette situation, d'absurde.
Mais est-ce vraiment absurde ? Difficile, dans mon état d'esprit actuel, de répondre à cette question. L'absurde n'est peut-être pas toujours là où on pense. Peut-être aussi qu'aucune situation n'est absurde.
Tout est relatif.
En fait, de mon point de vue, tout dépend de l'état d'esprit de celui où de celle qui vit cette situation.
Comme tout est éphémère dans la vie !
Même cette empreinte de pas est éphémère. Soit que, juste après mon passage, elle va être écrasée sous un autre pas, peu importe le sens dans lequel se dirige ce pas, soit que le vent ou les vagues s'en chargeront. Toujours est-il qu'il ne restera sur cette plage que le sable et les galets.
Quant à mes méditations matinales, je sais pertinemment qu'elles ne valent pas plus qu'un clou rouillé comme ceux de cette barque en bois qui gît, un peu plus loin, sur le sable de cette plage. Mais c'est toujours bon et intéressant de faire en sorte que ce qui est enfui dans le subconscient ressorte de temps en temps pour éviter le ramollissement de la cervelle sous les méninges.
Tout à l'heure, j'ai cité Albert Camus en parlant de l'absurde. Mais, honnêtement, je crois que, dans ce cas d'espèce, dans cette situation de la rencontre du passé et du présent, c'est à un autre philosophe français que j'aurais dû avoir recours. C'est à Jean Paul Sartre que j'aurais dû faire appel.
Car à un moment donné de la vie, des questions ordre existentiel pourraient se poser à tout un chacun. Et on est, peut-être, parfois, contraint d'agir dans l'urgence. Et là, le moins qu'on puisse dire, le choix s'avère très difficile. Être ou ne pas être, telle est la question.