
par Caitlin Johnstone
L'humanité est libre d'échouer à cette épreuve et de finir comme les dinosaures. Nous avons le droit d'emprunter cette voie, si c'est ce que nous choisissons collectivement de faire.
Nous pouvons, si nous le souhaitons, laisser une poignée de ploutocrates et de gestionnaires d'empires - largement minoritaires - mener notre espèce à l'extinction, que ce soit par une catastrophe climatique, un holocauste nucléaire ou une apocalypse provoquée par l'intelligence artificielle. Nous sommes tout à fait libres de le faire.
Je ne sais pas pour vous, mais je trouve, pour ma part, cette idée plutôt rassurante.
Lorsque l'on examine de près les défis existentiels auxquels l'humanité est confrontée, la situation peut paraître bien sombre. Le capitalisme mondial détruit la biosphère dont dépend notre survie à tous. L'empire occidental se montre de plus en plus enclin à jouer dangereusement avec le feu face à des rivaux dotés de l'arme nucléaire. La course aux armements dans le domaine de l'intelligence artificielle impose, à un rythme effréné, des technologies totalement imprévisibles, sans pratiquement aucun contrôle institutionnel ni la moindre prudence.
Mais si l'on prend conscience que toutes ces menaces existentielles sont entièrement le fruit de l'activité humaine, on réalise alors que l'humanité a également le pouvoir de les défaire. Nous sommes libres de choisir l'une ou l'autre voie. Tout dépend de nous.
Je trouve cette perspective réconfortante, car elle nous redonne la main. Nous pouvons choisir de nous soulever et d'utiliser la force du nombre pour nous sauver d'une issue fatale, ou bien choisir de ne pas le faire. L'univers, semble-t-il, s'accommode de l'un comme de l'autre choix. S'il en allait autrement, nous n'aurions pas la main.
Et qui suis-je pour contester l'univers ? Si l'univers a voulu que l'humanité soit libre de choisir entre une extinction à court terme et une survie qui se prolongerait dans un avenir lointain, alors je peux, en mon âme et conscience, accepter cette liberté.
Que nous parvenions ou non à nous en sortir ne dépend pas de moi en tant qu'individu. Je peux maîtriser mes propres actions, mais je ne saurais contrôler celles de mes semblables, les Homo sapiens, dans leur ensemble. Et si, collectivement, notre espèce décide qu'un changement révolutionnaire n'est pas assez souhaitable, qu'il est trop effrayant ou trop difficile à concrétiser, alors je peux m'en remettre à la volonté du collectif. Je peux faire preuve d'assez de bienveillance et de compassion envers mon espèce pour respecter sa décision souveraine. "Soit nous réussirons l'épreuve, soit nous échouerons". C'est ce que je me dis quand la situation semble sombre. Je laisse à l'humanité la liberté de faire ses propres choix, et, ce faisant, je me libère moi-même. Je fais tout mon possible pour faire pencher la balance, dans la mesure de mes moyens limités ; au-delà, je m'en remets à la volonté de ce qu'il y a de meilleur en nous.
J'accomplis ma part, puis je lâche prise. Je lâche prise et je profite du temps qu'il m'est donné sur cette magnifique planète bleue. Car j'ignore combien de temps encore tout cela durera.
source : Caitlin Johnstone via Marie Claire Tellier