📚 29/10/2026 reseauinternational.net  16min ⁂️ 8 #331510

Deux logiques, un seul destin

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par Phil Broq

Le gouvernement a un plan pour la fin du monde à venir. Il a des scénarios, des protocoles, des cellules de crise, des procédures d'urgence, des chaînes de commandement et, sans doute, des tableaux Excel soigneusement mis à jour par des fonctionnaires qui ne manqueront de rien tant que les serveurs fonctionneront et que les ordres continueront de descendre du sommet. L'État a donc prévu le chaos et la fin du monde, ou, du moins, il a prévu la manière dont il entend administrer ses ruines. Car c'est là que commence le scandale.

À lire les grandes proclamations officielles, on pourrait croire que le pouvoir se prépare à protéger la population contre les multiples catastrophes imaginaires qu'il souhaite voir venir afin de sauver son pouvoir et ses privilèges. Le vocabulaire est rassurant, presque paternel. Résilience. Continuité. Sécurité. Anticipation. Préparation. Autant de mots propres, polis, désinfectés, qui donnent à la peur le visage présentable de la gestion administrative. On parle là de toutes ces fables sur l'artificiel effondrement climatique, les pénuries organisées, les ruptures énergétiques orchestrées, la désorganisation économique programmée, les crises sanitaires scénarisées, les tensions sociales exacerbées ou les conflits armés tant recherchés. Mais derrière cette façade technocratique, déconnectée et tyrannique, que cherchent exactement à préserver ces gouvernants malfaisants, lorsque tout menace de s'effondrer ?

La vie des gens ? Leur dignité ? Leur accès à l'eau, à la nourriture, aux soins, à l'énergie, à un toit ? Leur capacité à s'entraider, à décider collectivement, à traverser une crise sans être abandonnés à la loi du plus fort ? Ou bien simplement la continuité d'un appareil d'État archi-corrompu, la disponibilité permanente de ses forces de sécurité devenues milice privée, l'obéissance ou plutôt la soumission totale de la population et le maintien, coûte que coûte, de leur ordre mafieux établi depuis des décennies ? Car il existe une différence fondamentale entre préparer une société à survivre à une catastrophe et préparer le pouvoir à survivre à une société catastrophée.

La première démarche suppose de protéger les plus vulnérables, de renforcer les services publics, de constituer des réserves, de garantir des moyens de subsistance, d'organiser les solidarités locales et de donner aux citoyens les moyens de comprendre, de décider et d'agir. Elle exige de reconnaître que, lorsque les infrastructures vacillent, la survie dépend moins des discours ministériels que de la robustesse des réseaux d'entraide, de la confiance collective et de la capacité de chacun à ne pas être laissé seul face au désastre.

La seconde démarche est autrement plus commode pour ceux qui gouvernent. Il suffit de maintenir les chaînes de commandement, de protéger les centres névralgiques, de sécuriser les bâtiments stratégiques, de conserver les moyens de surveillance et d'intervention, puis de s'assurer que la population ne transforme pas son désespoir en contestation incontrôlable. Dans un cas, on protège des êtres humains. Dans l'autre, on protège une organisation du pouvoir. Et lorsque les deux objectifs entrent en conflit, c'est précisément là que se mesure la nature d'un régime.

Un État peut être parfaitement armé pour mater sa population tandis que celle-ci bascule dans le chaos. Il peut maintenir sa machine administrative en état de marche pendant que les hôpitaux étouffent, que les services publics s'effondrent et que des familles entières en sont réduites à choisir entre se chauffer, se nourrir ou simplement survivre. Il peut protéger jalousement les privilèges d'une caste dirigeante à coups de procédures iniques, de lois à géométrie variable et de justice à deux vitesses, tout en abandonnant les citoyens aux conséquences désastreuses de décisions qu'ils n'ont ni prises ni approuvées. Et le cynisme atteint son comble lorsque cette faillite sociale est maquillée en victoire institutionnelle : les rouages tournent, les ordres sont exécutés, la machine répressive fonctionne. La police cogne, la justice sanctionne, la surveillance quadrille, la censure verrouille ; au besoin, la loi martiale vient achever de transformer l'autorité publique en appareil de coercition. Quant à ceux qui osent contester cette caste et menacer ses intérêts, on les neutralise, on les discrédite, on les réduit au silence. Voilà donc le triomphe dont se targue cet État : non pas protéger une population qu'il laisse sombrer, mais préserver coûte que coûte son propre pouvoir, quitte à traiter toute révolte contre son incurie comme un crime et toute résistance à ses abus comme une menace à éliminer. En réalité, l'État ne s'effondre pas, il se retranche. Et pendant que la société se délite, le pouvoir, lui, serre les rangs. Et il ose appeler cela maintenir l'ordre.

Le tour de passe-passe est grossier, mais redoutablement commode pour faire passer la survie de l'appareil d'État pour la sécurité du peuple, comme si la pérennité des institutions suffisait à protéger ceux qu'elles sont censées servir. Comme si des administrations encore debout pouvaient remplir des assiettes vides, apaiser la peur, rompre l'isolement, enrayer la précarité ou empêcher la destruction méthodique des conditions d'existence. Cette imposture consiste à confondre l'ordre des structures avec celui de la société, la permanence du pouvoir avec la protection des citoyens. Peu importe que la population s'enfonce dans la détresse, pourvu que les rouages continuent de tourner et que la façade institutionnelle reste intacte. L'État persiste, donc le peuple serait en sécurité : voilà le syllogisme absurde d'un pouvoir qui finit par prendre sa propre survie pour sa raison d'être, et l'obéissance de la population pour la preuve de son efficacité.

Le discours officiel est passé maître dans l'art de travestir la faillite en méthode et l'abandon en nécessité. Les sacrifices imposés deviennent des "arbitrages", les pénuries des "contraintes", les inégalités des "vulnérabilités" et les renoncements forcés des "adaptations nécessaires". À coups d'euphémismes soigneusement calibrés, il maquille la brutalité des décisions, anesthésie les consciences et dissout la violence sociale dans un brouillard de formules administratives. Jamais il n'admettra ouvertement que des vies seront brisées, que des familles seront abandonnées et que des catégories entières de la population seront sacrifiées pour préserver la pérennité d'un système à bout de souffle.

Non, il parlera de "priorisation des ressources", de "gestion des capacités" et de "continuité opérationnelle", comme si l'on administrait un entrepôt plutôt qu'une société humaine. C'est là toute la perversité du langage technocratique pour transformer des drames en indicateurs, des souffrances en variables d'ajustement et des victimes en dommages collatéraux, tout en donnant à la froideur bureaucratique les apparences de la rationalité. On ne dit plus que des gens sont abandonnés : on explique que leur prise en charge n'est plus prioritaire. On ne reconnaît plus une injustice : on constate un déséquilibre. Et surtout, on ne désigne jamais les responsables. Car le véritable chef-d'œuvre de cette novlangue du pouvoir consiste à organiser les dégâts, à en neutraliser les mots et à faire disparaître la responsabilité derrière la prétendue nécessité.

Qui aura droit aux ressources lorsque celles-ci viendront à manquer, et qui devra se contenter des miettes ? Quels quartiers seront secourus en priorité, et lesquels seront abandonnés à leur sort ? Quels services seront préservés, lesquels seront sacrifiés sur l'autel des impératifs budgétaires et des intérêts dominants ? Qui décidera de la distribution des moyens, selon quels critères, au bénéfice de qui et au détriment de qui ? Quels contre-pouvoirs subsisteront lorsque l'urgence servira de blanc-seing à la suspension des libertés, que l'exception se muera en règle et que la nécessité deviendra l'alibi commode de toutes les dérives autoritaires ? Et surtout, qui aura encore le droit de contester ces décisions sans être aussitôt désigné comme un irresponsable, un obstacle à l'effort collectif, voire un ennemi de la survie commune ? Voilà les questions fondamentales que toute préparation digne de ce nom devrait placer au premier plan.

Mais ce sont précisément celles que les discours officiels préfèrent reléguer dans l'ombre. Et pour cause : elles font voler en éclats le vernis rassurant des plans d'urgence, révèlent que la pénurie n'est jamais seulement une question de quantité, mais aussi de répartition, et rappellent que la catastrophe ne suspend pas les rapports de pouvoir - elle les exacerbe. Derrière chaque ration distribuée, chaque quartier évacué, chaque service maintenu ou supprimé, se cachent des arbitrages politiques, des intérêts à protéger et des populations jugées plus ou moins sacrifiables. Préparer une société à la catastrophe ne consiste donc pas seulement à prévoir comment la faire tenir debout, mais à déterminer qui aura le pouvoir de décider, qui en subira les conséquences et qui pourra encore s'y opposer. Car le véritable danger commence lorsque ceux qui organisent la survie collective s'arrogent le droit de décider seuls de ceux qui méritent d'être protégés - et de ceux qu'ils peuvent abandonner.

Une catastrophe ne frappe jamais une société à armes égales. Elle ne balaie pas les inégalités : elle les met à nu, les exacerbe et les transforme en facteurs de survie ou de condamnation. Ceux qui disposent d'argent, d'un logement adapté, de moyens de transport et de réseaux de solidarité partent avec une longueur d'avance considérable. Ils peuvent anticiper, se mettre à l'abri, contourner les pénuries et acheter, parfois littéralement, leur sécurité. À l'inverse, ceux qui vivent au jour le jour, dépendent de services publics exsangues, occupent les emplois les plus précaires ou n'ont d'autre choix que de subir les événements là où ils se trouvent encaissent les coups les plus rudes, avec le moins de moyens pour s'en relever. La catastrophe ne crée donc pas seulement des victimes : elle révèle celles qu'une société a déjà rendues vulnérables, celles qu'elle a privées de marges de manœuvre et celles dont elle tolère qu'elles servent de variables d'ajustement.

Toute politique de préparation qui fait abstraction de cette réalité relève, au mieux, de l'aveuglement ; au pire, d'une hypocrisie parfaitement fonctionnelle. Car elle ne prépare pas réellement la population mais organise les conditions dans lesquelles chacun affrontera le désastre avec les moyens, ou plutôt l'absence de moyens, que sa position sociale lui aura laissés. Elle entérine ainsi une sélection silencieuse où la capacité de survivre dépend, avant même le premier choc, du patrimoine, du lieu de résidence, de la stabilité professionnelle et de l'accès aux solidarités. Et lorsque le pouvoir prétend répondre à ces vulnérabilités en multipliant les contrôles, les injonctions, les restrictions et les dispositifs de surveillance, le glissement devient particulièrement inquiétant car au lieu de s'attaquer aux causes de la fragilité, il encadre ceux qui en subissent les conséquences. Au lieu de leur donner les moyens de résister, il leur dicte la conduite à tenir. Au lieu de les considérer comme des citoyens à protéger, il les traite comme des comportements à discipliner, des risques à contenir, des variables humaines susceptibles de perturber la bonne marche de la machine étatique.

C'est là que la logique de protection bascule dans sa caricature autoritaire lorsque les défaillances du système deviennent la responsabilité des individus, la précarité se transforme en problème de comportement et les victimes potentielles en suspects préventifs. On ne leur demande plus de quelles protections elles ont besoin, mais jusqu'où elles accepteront d'obéir. Et derrière le discours rassurant de la résilience collective se profile alors une vérité autrement plus brutale : dans une société profondément inégalitaire, l'État peut prétendre préparer tout le monde au désastre tout en laissant chacun l'affronter avec des chances radicalement différentes, puis imposer à tous, sans distinction, la discipline censée compenser ses propres carences.

C'est ici que la question de l'État policier cesse d'être une hypothèse abstraite pour révéler toute sa gravité. Le danger ne réside pas dans l'idée simpliste que toute mesure d'urgence serait forcément répressive, ni dans l'affirmation commode que chaque institution de sécurité dissimulerait un dessein autoritaire. Il réside dans une mécanique autrement plus insidieuse d'un pouvoir qui, sous couvert de répondre à l'exception, se dote de moyens de contrôle qu'il n'aurait jamais pu imposer aussi facilement en temps normal. L'urgence ouvre la porte ; l'administration s'y engouffre ; l'habitude fait le reste. Les prérogatives élargies au nom de la crise deviennent des acquis que le pouvoir répugne à abandonner. Les restrictions provisoires s'enracinent dans les procédures, les réflexes bureaucratiques et les pratiques policières abusives. Les dispositifs de surveillance, justifiés hier par une menace exceptionnelle, restent opérationnels demain, disponibles pour d'autres usages, d'autres crises et, surtout, d'autres justifications. Ce qui devait être temporaire acquiert ainsi une étrange permanence puisque l'exception ne disparaît jamais mais se recycle à l'infini.

Car l'urgence possède une arme politique redoutable lorsqu'elle permet de gouverner par la précipitation, de réduire le débat à une formalité encombrante et de traiter les contre-pouvoirs comme autant d'obstacles à neutraliser. Le temps de la délibération devient un luxe, l'exigence de garanties une complication et le contrôle démocratique une entrave à l'efficacité. Celui qui demande des limites aux pouvoirs exceptionnels est accusé de retarder l'action. Celui qui exige de la transparence est soupçonné de fragiliser la cohésion. Celui qui refuse l'obéissance aveugle doit se justifier, comme si exercer son esprit critique constituait déjà une faute envers la collectivité. Le procédé est aussi brutal qu'efficace puisqu'on inverse la charge de la preuve, on transforme la vigilance citoyenne en suspicion et l'on fait peser sur les défenseurs des libertés la responsabilité morale des dangers qu'ils dénoncent. Le pouvoir n'a plus besoin de faire taire toute opposition lorsqu'il lui suffit de la présenter comme irresponsable au moment précis où l'obéissance devient politiquement la plus commode.

C'est ainsi que se referme le piège des technocrates. Au nom de la protection de tous, on concentre les moyens de décision ; au nom de l'efficacité, on affaiblit les contrôles ; au nom de la cohésion, on disqualifie la contestation. Et, progressivement, ceux que l'on prétend protéger perdent précisément les moyens de vérifier comment ils le sont, par qui, à quel prix et dans l'intérêt de qui. La population demeure officiellement souveraine, mais son pouvoir de regard se rétrécit ; ses droits subsistent sur le papier, mais leur exercice est présenté comme une menace pour l'ordre commun. Le véritable basculement autoritaire ne commence pas nécessairement lorsque l'État cesse de protéger les citoyens, mais lorsqu'il exige qu'ils renoncent à contrôler ceux qui prétendent les protéger. À cet instant, la sécurité cesse d'être seulement une mission publique et devient le langage au nom duquel le pouvoir cherche à s'affranchir de ses propres limites.

Une population n'est ni protégée par son silence, ni en sécurité par son obéissance, ni résiliente parce qu'elle endure sans broncher la dégradation de ses conditions de vie. La cohésion sociale ne se décrète pas mais repose sur la confiance, la justice et la certitude que les sacrifices ne pèseront pas toujours sur les mêmes. Un pouvoir qui exige l'obéissance avant de garantir la solidarité ne prépare pas la population à surmonter une catastrophe, il la somme d'assumer les conséquences de ses propres défaillances.

Les plans d'urgence doivent donc être jugés non à la sophistication de leurs procédures, mais à leur capacité réelle à protéger les plus vulnérables, car un plan qui organise l'obéissance sans garantir la subsistance, qui exige des sacrifices sans assurer leur juste répartition, n'est pas une politique de protection mais bien un protocole de gestion de la détresse. Sans garanties précises, vérifiables et soumises à un véritable contrôle démocratique, les promesses de préparation à la catastrophe risquent de n'être qu'une police d'assurance souscrite par l'État pour ne protéger que ses propres structures, ses prérogatives et sa pérennité mais certainement pas pour garantir celle de la population.

Le plus inquiétant n'est pas que le pouvoir envisage l'Armageddon, mais qu'il est incapable de penser la survie collective autrement qu'en termes de commandement, de contrôle, de discipline, de sécurisation des infrastructures et de mise au pas des populations. L'État sait administrer, réglementer, surveiller, interdire et ordonner. Mais sait-il protéger sans dominer, organiser sans confisquer, assurer la sécurité sans transformer les libertés en variables d'ajustement ? Sait-il seulement reconnaître, derrière la foule qu'il entend encadrer, des citoyens capables de solidarité, d'intelligence et d'action autonome ?

Ces questions ne relèvent pas d'un débat abstrait entre autorité et liberté puisqu'elles touchent au fondement même de la légitimité politique. Car l'État n'existe pas pour assurer la survie de ses rouages au détriment de ceux qu'ils sont censés servir. Il n'est ni une divinité bureaucratique ni une machine sacrée devant laquelle les citoyens devraient sacrifier leurs droits, leurs ressources et leur silence. Un État qui préserve ses institutions en abandonnant sa population ne remplit plus sa mission, il préserve son appareil et en fait payer le prix à ceux qui le font vivre. Sa légitimité ne se mesure donc ni à la docilité qu'il obtient ni à la continuité de ses procédures, mais à sa capacité à protéger la collectivité sans la déposséder de ses droits, précisément lorsque la crise lui offre la tentation de s'en affranchir.

Si le plan gouvernemental détaille les moyens de maintenir l'appareil sécuritaire tout en restant évasif sur les garanties matérielles, sociales et démocratiques indispensables à la survie du plus grand nombre, ses lacunes ne relèvent pas d'un simple défaut de communication. Elles révèlent un déséquilibre politique majeur à traiter en urgence. Il faut donc en finir avec cette imposture qui consiste à ériger l'ordre en finalité suprême, comme si le maintien des institutions suffisait à justifier tous les sacrifices. L'ordre n'a aucune valeur intrinsèque lorsqu'il protège les structures du pouvoir en laissant les individus exposés, lorsqu'il impose la discipline sans garantir la subsistance et exige l'obéissance sans rendre de comptes. Un ordre qui sacrifie les personnes pour préserver l'appareil qui prétend les servir n'est pas une politique de protection mais une politique de préservation du pouvoir aux dépens de la société. Et cette hiérarchie des priorités, loin d'être une fatalité technique, constitue un choix politique dont les responsables doivent répondre maintenant.

Le gouvernement prépare-t-il la population à survivre à l'apocalypse, ou prépare-t-il l'État à survivre à la population ? Si les institutions ont surtout organisé leur propre continuité, il est temps de cesser de confondre leur endurance avec notre salut. Et pendant que les moyens de surveiller se déploient, ceux de secourir se font attendre ; les contraintes pleuvent sur les citoyens, tandis que les responsabilités politiques se perdent dans les labyrinthes administratifs et médiatiques. Au peuple, la discipline et les sacrifices ; au pouvoir, l'impunité et les échappatoires. Voilà le véritable visage de cette prétendue préparation : un ordre dont il faudra payer le prix sans jamais être certain d'en recevoir la protection.

Si le plan gouvernemental prévoit de maintenir l'appareil sécuritaire tout en laissant dans le flou les garanties matérielles, sociales et démocratiques indispensables à la survie du plus grand nombre, alors il ne mérite ni confiance aveugle ni blanc-seing. Il doit être exposé, disséqué, contesté et supprimé. Ainsi, le véritable test d'un gouvernement n'est pas de savoir s'il parvient à maintenir l'État debout au milieu des ruines, mais combien d'êtres humains auront pu rester debout grâce à lui. Un État qui survit en sacrifiant ceux qu'il doit protéger a trahi sa raison d'être et n'est plus un rempart, mais une partie du désastre.

Et lorsque viendra l'heure de choisir entre la survie du peuple et celle des appareils de pouvoir, aucun décret, aucun uniforme, aucune procédure d'urgence ne pourra éternellement étouffer cette évidence que le peuple n'a pas vocation à servir de combustible à la survie de ses dirigeants. Il est plus nombreux qu'eux, et sa survie ne dépend pas de sa soumission, mais de sa capacité à reprendre en main son propre destin. Se séparer de ceux qui font de la peur un instrument de gouvernement, de la contrainte une politique de protection et de la catastrophe une occasion de renforcer leur pouvoir, c'est aussi rompre avec la logique qui nous y conduit.

Et l'Armageddon qu'ils nous préparent doit être celui de leur pouvoir afin qu'ils cessent de nous annoncer la fin du monde, car c'est à leur monde à eux que nous devons mettre à sa fin

 Phil Broq

source :  Blog de l'éveillé

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