
Par Stephen Prager, le 28 octobre 2026
"S'ils ne veulent pas nous laisser voter, qu'ils le disent clairement", a déclaré le maire d'une ville bédouine.
Alors que la coalition au pouvoir en Israël risque de perdre sa majorité à la Knesset à l'issue du scrutin de mardi, le Likoud du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a avancé mercredi une allégation sans fondement selon laquelle les partis arabes auraient "volé" les élections.
"Les élections en Israël ont été volées par des partis arabes qui soutiennent le terrorisme et l'élimination de l'État juif par le biais d'infractions pénales graves telles que la corruption, la menace, la violence, la fraude et l'utilisation de logiciels interdits pour mobiliser les électeurs",
a déclaré le parti dans un communiqué relayé par Benjamin Netanyahu sur les réseaux sociaux.
Sans entrer dans les détails, le parti a indiqué avoir remis aux enquêteurs
"des centaines de témoignages et d'éléments de preuve concernant la fraude électorale dans de nombreux bureaux de vote arabes",
notamment ce qu'il a présenté comme "des milliers d'enveloppes" contenant de l'argent liquide et des bulletins de vote en faveur du Ra'am, l'une des deux formations arabes qui ont vu leur soutien monter en flèche mardi.
Le Premier ministre israélien et chef du Likoud, Benjamin Netanyahu lors de la soirée électorale du Likoud organisée au Teddy Hall, au Centre international des congrès, le 28 octobre 2026, à Jérusalem. (Photo © Alexi J. Rosenfeld/Getty Images)

Trois militants du Ra'am ont été arrêtés mardi avant l'ouverture des bureaux de vote dans le cadre d'une affaire présumée de fraude électorale. Environ 24 000 shekels auraient été récupérés dans des enveloppes contenant des bulletins de vote. Netanyahu a affirmé, sans preuve à l'appui, que ces hommes seraient de "hauts responsables" du parti. On ignore encore si les enquêteurs ont trouvé des preuves indiquant que des votes auraient été falsifiés.
Le Likoud a également déclaré mercredi avoir fourni à la police et au Shin Bet des preuves de "menaces et de violences envers les membres des bureaux de vote" dans des communautés à majorité arabe, ainsi que de
"votes multiples dans l'isoloir, de votes sous double identité, de divergences entre le nombre d'enveloppes et le nombre d'électeurs, de l'utilisation de logiciels de mobilisation interdits, et plus encore".
Le communiqué ne fournit aucune preuve concrète à l'appui de ces allégations.
"Les forces de l'ordre doivent agir avec fermeté et sans délai", a déclaré le parti.
La Commission électorale nationale israélienne a déclaré mardi n'avoir constaté aucun signe de falsification systématique des bulletins de vote et traiter les plaintes individuelles au fur et à mesure de leur réception.
Talal al-Krenawi, maire de la ville bédouine de Rahat, a rejeté mercredi les allégations de fraude du Likoud, les qualifiant de "mensonges et de faussetés répugnants" et accusant Netanyahu d'"incitation à la haine contre les Bédouins".
"Nous avons voté en bonne et due forme, avec les bulletins de vote et les cartes d'identité", a-t-il déclaré. "Je n'ai jamais vu d'élections aussi transparentes que celles-ci. C'est une honte et un scandale".

Aux côtés du parti d'extrême droite "Jewish Power", dirigé par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, le Likoud a tenté d'interdire aux deux principales factions arabes de participer aux élections, mais la Cour suprême a finalement annulé cette décision au début du mois.
"Maintenant que nous avons exercé notre droit démocratique, on nous accuse d'avoir volé les élections ? S'ils ne veulent pas nous laisser voter, qu'ils le disent clairement", a déclaré al-Krenawi. "Ce qu'ils font est ignoble. Ils nous présentent comme des voleurs et des tricheurs. C'est tout simplement révoltant".
Avant même le début du scrutin, les médias israéliens ont rapporté que le Likoud avait prévu de déclarer le résultat frauduleux si Netanyahu ne sortait pas vainqueur. Le Likoud a dépêché des milliers de militants de droite pour observer les bureaux de vote et a mis en place un programme de surveillance des électeurs arabes. Haaretz a rapporté que le parti
"pourrait utiliser ces images comme fausses preuves pour étayer une théorie du complot selon laquelle l'élection aurait été truquée".
Le parti Yashar, dirigé par Gadi Eisenkot, a averti mardi que Netanyahu
"cède à la panique et invente des histoires en prétendant que l'élection lui a été volée".
Les électeurs arabes se sont rendus aux urnes dans des proportions sans précédent mardi malgré les informations faisant état de retards et d'intimidations dans les bureaux de vote. Le dirigeant du Ra'am, Mansour Abbas, a accusé Netanyahu de "mensonges et d'incitations à la haine" contre ses électeurs, en exploitant la forte participation arabe comme une "tactique de peur" pour mobiliser ses propres électeurs anti-arabes.
Les deux formations à majorité arabe, le Ra'am et la Liste commune, ont remporté mardi, selon les résultats provisoires, 19 sièges à la Knesset qui en compte 120, ce qui pourrait leur conférer un poids décisif si l'opposition juive anti-Netanyahu se donne les moyens de former un gouvernement de coalition pour le chasser du pouvoir.
Les allégations de Netanyahu ressemblent de manière troublante aux efforts du président américain Donald Trump d'annuler sa défaite à l'élection présidentielle de 2020, voire à la tentative, en début de semaine, du candidat brésilien de droite Flávio Bolsonaro d'affirmer que la réélection du président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva serait le résultat d'une fraude.
"Quel terroriste et criminel de guerre répugnant que cet ami proche de la famille Trump",
a fait remarquer l'auteur et analyste politique Seth Abramson, qui a souligné comment d'autres populistes de droite ont copié la stratégie de déni électoral du président américain.
"Il faut vraiment tout ignorer des enquêtes gouvernementales complexes pour croire. [...] que le régime Netanyahu, qui hait tous les Arabes et souhaite leur extermination, ait pu, comme par magie, obtenir en quelques heures des preuves crédibles d'un complot criminel historique à l'échelle nationale", a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.
"J'entends ceux qui prétendent que les successeurs de Netanyahu ne valent guère mieux", a-t-il déclaré, "mais au moins - contrairement à Netanyahu - ils ne risquent pas (encore) des années de prison pour corruption... et n'ont pour la plupart pas (encore) lancé d' attaques génocidaires, ni ne semblent (pour l'instant) être des sociopathes avérés".
Traduit par Spirit of Free Speech