
par Paolo Hamidouche
De la capture de Maduro à l'opération Epic Fury : les États-Unis ont déployé des systèmes mobiles de guerre électronique pour brouiller les communications ennemies, protéger leurs propres satellites et soutenir les opérations militaires.
La Space Force des États-Unis a déclaré avoir déployé de nouveaux types de systèmes d'armes pour soutenir des opérations militaires menées par les forces spéciales au Venezuela et en Iran. Alors que l'attention mondiale se portait sur l'avènement d'une "guerre des étoiles" - marquée, pour la première fois, par la poursuite et des "manœuvres orbitales" effectuées par un satellite russe, le Cosmos 2612, visant le satellite finlandais Iceye X-36, un atout crucial pour le renseignement de Kiev -, une question fondamentale demeure : quelle est la réelle capacité de cette sixième branche des forces armées américaines, voulue par Trump ?
Selon le Wall Street Journal, l'US Space Force a engagé certains de ses armements les plus sophistiqués dans des opérations spéciales menées en Amérique du Sud et au Moyen-Orient. Elle a ainsi étendu la suprématie technologique du Pentagone au "cinquième domaine" (l'espace), en s'appuyant sur des systèmes de guerre électronique conçus pour brouiller les communications satellitaires adverses, détecter des menaces potentielles dans le spectre électromagnétique et protéger les infrastructures dont dépendent les opérations militaires américaines. Loin des satellites ultra-rapides ou d'autres concepts futuristes de guerre spatiale, ces systèmes consistent en des équipements aisément transportables. Ils sont d'ores et déjà déployés en soutien à l'opération Absolute Resolve - le raid de la Delta Force ayant conduit à la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro - ainsi qu'à l'opération Epic Fury, conflit toujours en cours mené par Israël et les États-Unis contre l'Iran.
Les nouvelles armes de la Space Force
Les informations communiquées par la Space Force offrent un aperçu - nécessairement restreint pour des raisons évidentes de confidentialité - de certaines capacités militaires dont dispose cette sixième branche des forces armées américaines, créée en 2019, pour acquérir ou préserver la supériorité informationnelle du Pentagone. Après la capture de Maduro, certains militaires vénézuéliens ont raconté avoir été surpris par les capacités technologiques déployées par les forces spéciales américaines lors de l'incursion. Bien qu'il ait été question, à l'époque, de "nouvelles armes" - en réalité un black-out généralisé ayant permis aux Américains de violer l'espace aérien vénézuélien -, la nature exacte des armes utilisées et la contribution spécifique de la Space Force à cette opération n'ont jamais été clairement établies. L'opération a pourtant mobilisé la Delta Force, le 160th SOAR, ainsi qu'un important dispositif déployé par l'US Navy et l'US Air Force.
Parmi les équipements présentés au Wall Street Journal figurent toutefois le Meadowlands, un système offensif de guerre électronique conçu pour brouiller les communications des satellites adverses. Sa fonction consiste à "dégrader ou interrompre temporairement certaines liaisons satellitaires", privant ainsi l'ennemi d'informations et de communications essentielles à la coordination de ses opérations. On y trouve également le Bounty Hunter, un système dédié à la "surveillance du spectre électromagnétique", capable de détecter et de localiser des menaces potentielles pesant sur les forces américaines.
Les informations recueillies permettent aux commandements d'identifier les émissions hostiles et de mettre en œuvre les contre-mesures nécessaires pour en neutraliser les effets. À ces deux systèmes s'ajoute le "Remote Modular Terminal", un dispositif de guerre électronique "transportable dans des conteneurs et rapidement déployable sur divers théâtres d'opérations". Il confère un avantage crucial en matière de brouillage et de protection des communications, permettant aux Américains de ne pas dépendre exclusivement d'installations permanentes, potentiellement vulnérables aux attaques ennemies.
Dans le spectre électromagnétique et dans l'espace
Lorsqu'une force est en mesure de compromettre ces capacités, elle peut réduire significativement l'efficacité des opérations adverses, et ce, même sans détruire physiquement un satellite. Le conflit atteint alors un haut degré de sophistication : on "aveugle" l'ennemi ou on "coupe" ses communications, le privant ainsi de ses options et neutralisant ses capacités, qu'elles soient offensives ou défensives. Un seul système agissant au sein d'un spectre invisible peut valoir l'action de centaines de systèmes d'armes visibles. L'objectif est de garantir la continuité des communications entre satellites, navires, aéronefs et unités terrestres, tout en empêchant l'adversaire d'exploiter ses propres réseaux.
Comme l'a souligné le lieutenant-général Gregory Gagnon, commandant du "Combat Forces Command" au sein de la Space Force, la maîtrise du spectre électromagnétique constitue une priorité stratégique pour le Pentagone.
En effet, comme nous l'avons évoqué précédemment, exercer sa domination dans le domaine électromagnétique joue un rôle déterminant dans les conflits contemporains qui opposent des adversaires technologiquement avancés. C'est pourquoi le rôle de ces systèmes, ainsi que celui de la force qui les gère, revêt une importance particulière lorsque entrent en jeu des satellites assurant des communications sécurisées, la navigation, l'acquisition d'images à haute résolution, l'alerte précoce face aux tirs de missiles, le soutien à l'emploi d'armements de précision et, naturellement, la collecte de renseignements - tels que ceux fournis, par exemple, par le satellite finlandais Iceye X-36, qui est pris en chasse par plusieurs plateformes russes pour ces mêmes raisons : priver l'ennemi de sa capacité à observer ce qui se passe au sol en le frappant depuis l'espace.
source : Paolo Hamidouche