
Gul.i.Ayesha Bhatti
La guerre déclenchée le 28 février ne s'est pas limitée à frapper l'Iran. Elle a redessiné la carte des corridors eurasiatiques. Avec l'interruption du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz et le blocus des ports iraniens, les itinéraires méridionaux traversant l'Iran ont vu leur vulnérabilité mise à nu, et les échanges commerciaux entre l'Asie et l'Europe se sont déplacés vers le Corridor médian, qui contourne à la fois la Russie et l'Iran.
Au bout du compte, il ne reste, en dehors de l'Iran, qu'un seul débouché nord-sud vers les mers chaudes: l'itinéraire passant par l'Afghanistan et le Pakistan. Le Pakistan est devenu, presque par la force des choses, la porte d'entrée méridionale de l'Eurasie que les puissances se disputent. La Russie a besoin de cet itinéraire, la Chine a besoin de sa stabilité, les États-Unis veulent ses ressources minières et les pays du Golfe veulent ses soldats.

Voilà qui donne la mesure de la valeur du Pakistan. Cela ne donne pas encore celle de sa puissance. La question est de savoir si Islamabad parviendra à transformer sa géographie stratégique en capacité d'action stratégique, ou si son avenir sera déterminé par la compétition entre les autres.
Commençons par Washington. Les discours sur un retrait américain du Moyen-Orient témoignent d'une mauvaise lecture de la situation actuelle. La guerre a mis à nu la vulnérabilité des bases fixes dans le Golfe et, selon les informations rapportées, le Pentagone envisage une présence plus réduite et plus dispersée. Il s'agit d'un changement d'instruments, non d'intérêts.
En Asie centrale, ces instruments sont de nature commerciale: le dialogue C5+1 sur les minerais critiques s'est tenu pour la première fois en présentiel à Astana en juin, et un seul envoyé spécial pour l'Asie du Sud et l'Asie centrale, Sergio Gor, couvre désormais les deux régions. Un envoyé unique pour deux régions en dit long sur la manière dont Washington interprète la situation. Les ressources minérales sont bien réelles.
L'Asie centrale possède au moins 32 des 60 minerais que les États-Unis classent comme critiques, et le projet pakistanais de Reko Diq a attiré des financements américains à l'exportation. Mais les minerais ne deviennent un instrument de puissance que lorsqu'ils sont transformés et transportés, et la Chine domine leur transformation. La compétition pour les minerais est, en définitive, une compétition pour les itinéraires.

Or, c'est précisément sur le terrain des itinéraires que la Russie et la Chine sont les plus exposées. Il manque toujours au Corridor Nord-Sud de Moscou la liaison Rasht-Astara, à l'intérieur de l'Iran, dont la construction n'est pas prévue avant 2027.
D'où le nouvel intérêt de la Russie pour une ligne transafghane et la toute première visite à Islamabad d'un ministre russe de l'Intérieur, effectuée ce mois-ci. Pékin a, pour sa part, accueilli à Ürümqi, au Xinjiang même, une médiation entre le Pakistan et l'Afghanistan: la diplomatie comme moyen d'autodéfense. Aucun mur n'entoure Moscou et Pékin, mais leur itinéraire le plus sûr vers l'océan Indien passe désormais par le Pakistan. Cela accroît la valeur du Pakistan. Mais cela accroît aussi sa vulnérabilité.
La menace suit la valeur stratégique. Le Groupe de surveillance des Nations unies signale la présence de plus de 20 groupes terroristes actifs en Afghanistan, dont Al-Qaïda, l'État islamique dans la province du Khorassan (ISKP) et le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), dont les quelque 6000 combattants jouissent d'une liberté de mouvement. Lorsque, ce mois-ci, le "format de Moscou" a cherché à nommer explicitement le terrorisme en Afghanistan, la délégation talibane s'y est refusée.

Ce n'est pas seulement un problème pakistanais. Le Mouvement islamique du Turkestan oriental menace le Xinjiang; le Mouvement islamique d'Ouzbékistan et le Jamaat Ansarullah menacent l'Asie centrale; l'ISKP a frappé la Russie elle-même. Tous les États concernés par ces corridors partagent ce risque.
Sur le front oriental du Pakistan, le partenariat entre l'Inde et Israël passe de l'acquisition à la coproduction de drones, d'armes de précision et de capteurs. Lors du conflit de mai 2025, l'armée pakistanaise a signalé l'utilisation par l'Inde de munitions rôdeuses Harop de fabrication israélienne. Islamabad soutient depuis longtemps que New Delhi appuie le TTP et les militants baloutches depuis le territoire afghan; il en résulte, pour les planificateurs pakistanais, un véritable dilemme sur plusieurs fronts.
Depuis l'année dernière, Islamabad a répondu en élargissant ses alliances. L'Alliance de défense de La Mecque, signée le 7 août, s'appuie sur le pacte saoudo-pakistanais de 2025 et engage l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan à considérer une attaque contre l'un d'eux comme une attaque contre tous. Elle a été invoquée pour la première fois le 5 octobre, avec des déploiements en Arabie saoudite pour contrer les attaques des Houthis.
La portée du pacte dépasse largement le Golfe. La position du Pakistan, qui consiste à défendre le territoire saoudien sans participer à aucune action offensive, lui permet de se tenir aux côtés de Riyad tout en maintenant un canal de communication avec Téhéran. Des systèmes de défense aérienne d'origine chinoise, servis par du personnel pakistanais, font déjà partie du dispositif de défense saoudien. Et, pour l'Inde, la rivalité bilatérale se heurte désormais à un réseau d'alliances pakistanaises avec Riyad, Ankara et Pékin.
Toutefois, cette alliance soulève une question de capacité: un État confronté à une insurrection sur sa frontière occidentale peut-il assumer des engagements dans le Golfe ? Le même paradoxe assombrit la présidence pakistanaise de l'Organisation de coopération de Shanghai, centrée sur le thème de la connectivité. Le principal itinéraire transafghan entrerait au Pakistan par le Kurram, dans le Khyber Pakhtunkhwa, le territoire le moins sûr du pays. Cette présidence sera jugée sur sa capacité à faire de la sécurité un préalable aux corridors.

Que devrait faire le Pakistan ? Premièrement, considérer la connectivité comme un portefeuille d'options, et non comme un pari unique. Il dispose de quatre voies d'accès potentielles: la ligne ferroviaire Ouzbékistan-Afghanistan-Pakistan, l'itinéraire proposé par le Kazakhstan via Hérat et Kandahar, le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) et les liaisons passant par l'Iran. Mais les vulnérabilités sont plus concentrées que ne le laisse penser la diversité des options disponibles. Les deux itinéraires septentrionaux traversent l'Afghanistan, où les principaux postes-frontières sont fermés au commerce depuis octobre 2025 — une année entière sans aucune date de réouverture; le CPEC dépend de la sécurité au Baloutchistan, où des militants ont pris pour cible des ressortissants chinois; l'itinéraire occidental traverse un pays en guerre. Une porte d'entrée dépendante d'un itinéraire unique est un otage, pas un atout.
Deuxièmement, assortir les corridors de conditions. Les engagements ferroviaires à travers l'Afghanistan devraient être liés à des objectifs de sécurité vérifiables, et la Structure régionale antiterroriste de l'Organisation de coopération de Shanghai devrait accueillir un mécanisme permanent de lutte contre le terrorisme en Afghanistan, fondé sur les conclusions du Groupe de surveillance des Nations unies.
Troisièmement, maintenir le caractère défensif de l'Alliance de La Mecque, tant sur le papier que dans la pratique. Diversifier les partenaires de sécurité, et non se substituer aux États-Unis: telle est la bonne interprétation et la politique à suivre.

Quatrièmement, mener à bien les engagements signés. Des projets tels que le gazoduc Pakistan Stream, longtemps reporté, devraient être soumis à des échéances d'achèvement plutôt que reconduits dans de nouveaux protocoles d'accord. Les engagements relatifs aux corridors devraient être inscrits dans la législation et reposer sur le consensus des provinces, afin de survivre aux gouvernements.
La carte de l'Eurasie passe désormais par le Pakistan. Que le Pakistan en détienne la clé ou se contente de rester sur le seuil dépendra moins des ambitions des grandes puissances que de sa propre capacité à gouverner, à assurer la sécurité et à tenir ses engagements.