
par Geoffrey Delavallée
Quand on parle "politique", le fameux clivage gauche/droite demeure le référent commun à tous. Il continue de présenter les différentes tendances doctrinales des partis politiques en les reportant sur un spectre... politique, qui va de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, je ne vous apprends rien. Bien sûr, il a mal vieilli : c'est quoi, être de gauche ?, c'est quoi être de droite ? Et puis, qu'est-ce que ça change ? Quand ils sont au pouvoir, ils ne font pas ce qu'ils avaient promis lors des élections ou ce à quoi on pouvait s'attendre d'eux.
Certains ont proposé de l'améliorer, comme Alain Soral. Le sulfureux polémiste (1) propose de lui adjoindre une ordonnée. Sur cet axe, on reporte alors un autre clivage que celui de l'économie (en abscisse) et qui concerne cette fois les mœurs : "conservateur/progressiste". Un plan cartésien est ainsi formé définissant quatre zones : une droite conservatrice et une autre progressiste, et réciproquement à gauche. Tout l'intérêt dudit plan, c'est de pouvoir définir en deux dimensions des degrés dans les prises de positions des partis politiques (qu'elles soient économiques ou culturelles). Et ainsi de comparer les partis ou leurs membres influents en fonction des questions de société ou des arbitrages économiques contemporains. Bien joué, bilout'. (2)
Ce spectre politique - dans ses versions simple ou augmentée - demeure un outil bien pratique pour structurer un débat électoral. Bien pratique mais pas neutre pour autant → il a en effet tendance à induire dans l'esprit des citoyens-électeurs des sortes de réflexes idéologiques parasitaires/illégitimes :
- Les extrêmes apparaissent radicales, donc anxiogènes (... car sans limites connues)
- Une politique centriste paraît - en conséquence - plus réfléchie : elle passe pour le choix de la sagesse
- la droite et l'extrême-droite partageraient une certaine parenté (et réciproquement à gauche : socialisme/communisme)
Qu'il me soit alors permis - à mon tour - de proposer une modeste contribution à la compréhension de nos systèmes politiques occidentaux. Je l'ai nommée "Δ idéologique", où ses sommets représentent les 3 systèmes politico-économiques occidentaux génériques, et où ses côtés symbolisent leurs éléments de convergence, deux à deux.
Ci-dessous un petit tableau synoptique proposant une définition systémique de ses 3 pôles :
En ce qui concerne les éléments de convergence, le modèle du Δ idéologique y donne toute la mesure de son potentiel :
- Les communistes et les nationalistes veulent un État fort, pensent "collectif" et proposent un idéal spirituel. (3)
- Les communistes et les capitalistes veulent réaliser leurs objectifs par le développement de l'économie : le "beau" (esthétisme) ou l'exploit héroïque ne sont pas de mise.
- Les capitalistes et les nationalistes pensent les êtres fondamentalement inégaux, et embrassent donc le principe de hiérarchie (4) au sein de la société.
Conclusion
D'après Marx, nos modèles de société évoluent depuis la nuit des temps, ce qu'on appelle communément l'Histoire. Qui pourra dire si nous allons - oui ou non - bientôt sortir du modèle économique capitaliste et du système politique parlementariste (petit-bourgeois) ? Révolte de gilets jaunes ? Crise écologique ? Et dans quoi allons-nous verser ?
Face à ces perspectives, le Δ idéologique a le mérite de baliser les possibles évolutions de nos sociétés et d'en préciser les étapes probables :
Contrairement à la logique du "spectre politique", la surenchère est inconcevable : 'y a pas de communisme ++ (une fois collectivisé, on ne peut pas aller au-delà).
Il établit aussi ce que l'on sait - intuitivement - depuis longtemps : les partis de droite et de gauche sont en réalité des partis "du centre" (... très capitalist-friendly), leurs oppositions au parlement se résumant à des assauts à fleuret moucheté (5). Ils n'ont que faire du Peuple ou de la Nation !
Et surtout il permet d'enfin résoudre l'énigme de la 3e voie : comment se fait-il que l'extrême droite (nationalisme) ait tant de points communs avec l'extrême gauche (communisme) alors qu'ils sont censés être situés à des extrêmes totalement opposés ?
