📚 31/10/2026 reseauinternational.net  20min ⁂️ 4 #331744

Le temps des avertissements est révolu - 1

800px/467px - 54.52 Koreduce by 50%del

par Phil Broq

Le temps n'est plus aux avertissements. Il est à la préparation ! Il suffit, pour s'en convaincre, d'ouvrir un journal, d'allumer un poste de télévision ou de regarder, sans les œillères du conformisme, l'état de décomposition politique, morale, sociale et spirituelle de notre pays et du monde occidental en général. Tout converge. Tout se dégrade. Tout semble désormais concourir à un même dénouement visant à l'effondrement d'un ordre ancien dont les derniers fondements sont rongés de l'intérieur. La question n'est donc plus de savoir si la situation est grave. Elle l'est à un degré que beaucoup refusent encore de mesurer pour savoir combien de temps encore nous pourrons nous payer le luxe du déni.

Avec le recul, le XXe siècle apparaît comme l'un des chapitres les plus effroyables de l'histoire humaine. Deux guerres mondiales, auxquelles certains ajoutent, par ses dimensions idéologiques, géopolitiques et militaires, la guerre froide comme une troisième guerre mondiale larvée ; d'innombrables conflits civils, accompagnés de massacres, de purges, de déportations, de génocides et de prétendues opérations de "nettoyage" ethnique ; des famines organisées, des répressions totalitaires et des crises économiques dont la succession a durablement ébranlé les sociétés. Rarement l'humanité aura déployé autant d'ingéniosité pour perfectionner les moyens de sa propre destruction. Le sommet de cette barbarie fut sans doute atteint en août 1945, lorsque les États-Unis larguèrent deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, frappant massivement des populations civiles.

Ces bombardements, dont la nécessité militaire et la justification morale demeurent l'objet de controverses historiques, ont ouvert une ère nouvelle dans laquelle l'homme possède désormais les moyens techniques d'anéantir des populations entières en quelques secondes. Voilà le véritable visage du progrès au XXe siècle pour une civilisation capable de conquérir l'atome, mais incapable de s'affranchir de la barbarie ; une intelligence scientifique prodigieuse mise au service d'une puissance de destruction sans précédent.

Sur le plan politique et idéologique, ce siècle fut également dominé par l'affrontement planétaire de deux systèmes socio-économiques rivaux, présentés comme irréconciliables entre le capitalisme occidental et le communisme soviétique. Deux modèles prétendant chacun incarner une certaine conception de l'avenir de l'humanité, mais dont les rivalités, les ambitions impériales et les affrontements indirects ont alimenté une succession de crises et de conflits. Ainsi, derrière les discours sur la civilisation, la liberté, l'égalité ou le progrès, le XXe siècle aura surtout révélé une vérité autrement moins glorieuse où l'homme moderne, si fier de ses conquêtes intellectuelles et techniques, n'a nullement renoncé à ses instincts de domination, de violence et d'extermination. Il les a simplement dotés de moyens infiniment plus puissants.

Mais cette tragédie ne fut pas seulement militaire, politique et économique. Elle fut également spirituelle. Le XXe siècle a vu s'accélérer un phénomène autrement plus profond avec l'effacement progressif de Dieu de la conscience des hommes et le recul de la soumission à l'ordre divin. À mesure que l'homme s'enivrait de ses conquêtes scientifiques, techniques et industrielles, il se persuadait de pouvoir se suffire à lui-même, déterminer seul le bien et le mal, réinventer la morale à sa convenance et organiser le monde sans référence à aucune autorité supérieure.

La transcendance fut progressivement reléguée au rang de vestige du passé, la religion considérée comme une entrave à l'émancipation individuelle et l'obéissance à Dieu remplacée par le culte de l'autonomie absolue. L'homme moderne ne voulait plus recevoir sa loi mais entendait en devenir lui-même l'unique auteur. Cette émancipation prétendument libératrice a pourtant coïncidé avec les entreprises de destruction humaine les plus monstrueuses de l'histoire.

Ainsi, derrière les discours sur la civilisation, la liberté, l'égalité et le progrès, le XXe siècle aura surtout révélé une vérité autrement moins glorieuse : l'homme moderne, si fier de ses conquêtes intellectuelles et techniques, n'a nullement renoncé à ses instincts de domination, de violence et d'extermination. Pire encore, en prétendant s'affranchir de Dieu, il s'est progressivement affranchi des limites spirituelles et morales qui devraient encadrer sa puissance. Il a voulu devenir son propre maître, son propre législateur et, dans une certaine mesure, son propre dieu. Il a perfectionné ses armes sans perfectionner son âme, accru ses richesses sans nourrir son esprit et multiplié ses droits tout en oubliant ses devoirs. Le drame du XXe siècle est peut-être que jamais l'Homme n'a été aussi puissant matériellement, et jamais il n'a démontré avec autant d'éclat les conséquences effroyables de son orgueil lorsqu'il prétend se passer de Dieu.

Cette faillite spirituelle et morale du XXe siècle n'a évidemment pas disparu avec lui. Bien au contraire, elle semble avoir trouvé, au XXIe siècle, un terrain particulièrement favorable à son approfondissement. Les deux grands totalitarismes du siècle dernier ont disparu ou se sont transformés, la guerre froide a officiellement pris fin, mais les causes profondes du désordre demeurent : l'orgueil de l'homme, le rejet de toute transcendance, l'affaiblissement des nations, la dissolution des repères moraux et la confiscation du pouvoir par des intérêts qui échappent de plus en plus au contrôle des peuples. Et la France, qui fut longtemps une puissance politique, intellectuelle et spirituelle majeure, n'échappe nullement à cette dynamique. Elle en offre même une illustration particulièrement frappante. Ce qui se joue aujourd'hui dans notre pays n'est donc pas une simple succession de crises conjoncturelles, mais l'aboutissement possible d'un long processus de renoncement, de déconstruction et de dépossession. C'est à la lumière de cette évolution historique et spirituelle qu'il faut désormais examiner la situation française.

La France, une nation phare livrée aux prédateurs

La France ne traverse pas une simple crise politique. Elle subit une décomposition profonde, dont les manifestations économiques, institutionnelles, morales et spirituelles ne sont que les symptômes visibles. Une confrérie de prédateurs, un cartel d'usurpateurs politiques et d'intérêts organisés, continue de disposer du pays comme d'un patrimoine privé, tout en prétendant le servir. Les gouvernements se succèdent, les promesses se renouvellent, les discours se ressemblent, mais la trahison demeure. La souveraineté s'efface, les institutions se discréditent, l'autorité se délite et la confiance collective se consume.

La paix civile elle-même paraît de plus en plus fragile. Les fractures sociales, identitaires, économiques et culturelles s'approfondissent. Les tensions s'accumulent sous une surface institutionnelle qui donne encore, par habitude, l'illusion de la stabilité. Mais une société peut conserver ses apparences d'ordre longtemps après avoir perdu les ressorts profonds de sa cohésion.

Et voici que se profile une nouvelle échéance présidentielle. Que voit-on ? Non pas une classe politique capable de redresser le pays, mais une succession de prétendants occupés à se disputer ce qui reste de sa dépouille. Chacun convoite les lambeaux du pouvoir, chacun promet une restauration dont les conditions mêmes ont été méthodiquement détruites. On se dispute le gouvernement d'un pays que l'on n'a plus les moyens, parfois même plus la volonté, de gouverner.

Il y a quelque chose de proprement obscène dans ce spectacle où les candidats rivalisent de slogans sur l'avenir alors que le présent échappe à leur maîtrise. Ils parlent de réformes quand c'est la structure même de la nation qui s'effondre. Ils promettent des lendemains meilleurs quand ils sont incapables de nommer les périls immédiats. Aucun homme politique, ou presque, n'oserait dire à ses électeurs ce que suggère pourtant la lecture la plus inquiétante de notre époque : nous sommes peut-être en train d'assister aux dernières lueurs du monde ancien. Car le politique moderne n'est plus prisonnier de son électorat mais de ces mécènes. Il lui faut alors rassurer, promettre, séduire puisqu'il ne peut annoncer une catastrophe sans compromettre sa carrière. Il préfère donc administrer les apparences plutôt que regarder la réalité en face. La vérité, pourtant, ne disparaît pas parce qu'elle est politiquement inconvenante.

Les prophéties ont une chronologie qui interpelle

À cette décomposition nationale s'ajoute une situation internationale dont la gravité n'échappe désormais à personne. Le Moyen-Orient s'embrase et le conflit opposant la Russie à l'OTAN par le biais de l'Ukraine, avec le risque d'une confrontation plus large entre la Russie et l'Union mafieuse européenne, concentrent des périls dont nul ne peut raisonnablement garantir la maîtrise. Deux foyers de guerre majeurs, deux espaces géopolitiques susceptibles de devenir les théâtres d'une conflagration aux conséquences mondiales. Les lignes rouges se déplacent, les menaces se durcissent, les alliances se crispent et les mécanismes de désescalade semblent de plus en plus précaires.

C'est dans ce contexte que mérite d'être rappelée la chronologie attribuée au voyant bavarois Alois Irlmaier, dont les visions, rapportées principalement dans les années 1940 et 1950, décrivent une succession de bouleversements. Et cette chronologie est particulièrement troublante. Le processus conduisant aux grands bouleversements commence paradoxalement par une période de prospérité matérielle sans précédent. L'homme, comblé par le confort, l'abondance et les facilités de la vie moderne, finit par croire qu'il a définitivement conquis sa sécurité et qu'il n'a plus besoin de rien au-delà de ses propres moyens. Cette illusion de toute-puissance s'accompagne d'une perte de la foi sans précédent, d'un éloignement toujours plus profond de Dieu et d'un effacement progressif de toute référence transcendante.

À cette déchristianisation succède une perversion des mœurs, caractérisée par la désagrégation des repères moraux, la banalisation de comportements autrefois réprouvés et la confusion savamment entretenue entre liberté et absence de toute limite. C'est alors qu'intervient l'arrivée massive d'étrangers, présentée dans cette chronologie comme un facteur supplémentaire de transformation profonde de la société. Puis vient le bouleversement économique avec une inflation considérable, une dépréciation continue de la monnaie, l'érosion de l'épargne et l'effondrement des certitudes matérielles sur lesquelles reposait la prospérité. Les tensions accumulées finissent par déboucher sur une révolution, autrement dit une rupture politique et sociale majeure, avant que ne survienne l'ultime étape annoncée. Et cette ultime étape est l'attaque des Russes à l'Ouest, pendant la nuit. Avouez que c'est assez incroyable.

Ainsi se dessine, dans les visions attribuées à Irlmaier, une succession implacable d'événements, allant de l'ivresse de l'abondance à la décomposition spirituelle, puis à la désorganisation économique, à la révolution et, enfin, à la guerre. Ce qui donne à cette chronologie sa force particulière est précisément l'enchaînement de ces étapes, dont les correspondances avec certaines évolutions contemporaines méritent, à tout le moins, d'être examinées avec discernement.

Certes, il serait intellectuellement malhonnête de présenter chaque élément comme une preuve irréfutable de l'accomplissement d'une prophétie. Mais il serait tout aussi commode de refuser d'examiner les correspondances que certains observateurs établissent entre cette séquence et les évolutions contemporaines. Et le fait mérite d'être souligné car si Irlmaier aurait initialement situé une partie de ses annonces dans le contexte allemand, d'autres traditions visionnaires évoquent des bouleversements qui dépassent largement les frontières d'un seul pays. Et d'autres textes attribués à Marie-Julie Jahenny, notamment, font eux aussi référence à une révolution d'inspiration communiste, souvent désignée comme la "révolution rouge".

Dès lors, une hypothèse mérite d'être examinée pour savoir si les nouveaux "rouges" n'étaient plus ceux qui brandissent le drapeau rouge, mais ceux qui avancent sous la bannière du mondialisme ? Le communisme contemporain n'aurait plus nécessairement besoin de revendiquer les symboles qui ont conduit à son discrédit historique. Il pourrait trouver de nouveaux relais dans certaines mouvances altermondialistes, dans les courants révolutionnaires qui investissent les questions écologiques et sociales, mais également dans des projets idéologiques qui prétendent dépasser les nations au profit d'une gouvernance supranationale. Il convient certes de ne pas confondre mondialisme, mondialisation économique, internationalisme marxiste et communisme car ces notions recouvrent des réalités différentes, parfois même contradictoires. Mais c'est précisément cette distinction qui mérite d'être interrogée.

Dans la lecture critique que nous proposons, les nouveaux "rouges" ne seraient donc pas nécessairement les héritiers affichés de Moscou ou de Pékin, mais les promoteurs d'une transformation radicale de l'ordre politique, économique et social, sous des appellations et des références renouvelées. Le vieux vocabulaire révolutionnaire aurait cédé la place à celui de la gouvernance mondiale, de la transformation systémique et du dépassement des souverainetés nationales. Les méthodes et les finalités peuvent différer, mais la question du pouvoir, de la dépossession des peuples et de la remise en cause des structures nationales demeure centrale.

En réalité, capitalisme et communisme partagent un même horizon visant à l'accumulation du capital, l'expansion des capacités productives et la croissance indéfinie de la puissance économique, quitte à sacrifier sur cet autel toute autre considération humaine, sociale, morale ou spirituelle. Leur querelle porte moins sur la finalité du système que sur les modalités de son organisation, la propriété des moyens de production et la répartition des richesses qu'ils génèrent. Dès lors, l'éternelle opposition entre libéraux et communistes apparaît, sous le seul angle économique, singulièrement moins irréconciliable qu'on ne le prétend. Les travaux de Marx ne surgissent pas dans un vide intellectuel : ils prolongent, critiquent et complètent une tradition d'économie politique dont les penseurs libéraux furent eux-mêmes les principaux artisans. La rupture concerne essentiellement la propriété et la distribution du capital, non l'obsession productiviste qui constitue le socle commun de ces deux doctrines. Autrement dit, les uns veulent que le capital soit entre les mains des propriétaires privés, les autres qu'il soit collectivisé ; mais tous deux persistent à faire de la production, de l'accumulation et de la puissance matérielle les principaux moteurs de l'organisation sociale. Deux doctrines rivales, mais une même religion : celle de la matière et de la croissance.

À cette lumière, la grande croisade occidentale contre "l'Empire du Mal" communiste apparaît sous un jour autrement moins glorieux. Derrière la grandiloquence des discours sur la liberté, la démocratie et la lutte contre le totalitarisme se dissimulait avant tout un affrontement de puissances, une lutte d'empires pour le contrôle des territoires, des ressources, des marchés et des zones d'influence. La guerre froide fut incontestablement un conflit idéologique, mais elle fut tout autant une confrontation géopolitique et stratégique entre deux superpuissances. L'idéologie servait à mobiliser les peuples, à légitimer les alliances, à désigner l'ennemi et à donner une justification morale aux ambitions impériales. Elle constituait un formidable instrument de propagande, parfois une conviction sincère, mais aussi, trop souvent, un paravent commode. Les États-Unis et l'Union soviétique ne se sont pas affrontés pendant près d'un demi-siècle par simple amour de la liberté ou de la révolution prolétarienne : ils se disputaient la prééminence mondiale. Et lorsque leurs intérêts convergeaient, les grands principes avaient parfois la fâcheuse tendance à disparaître des discours. La morale était destinée aux peuples ; la géopolitique, elle, se pratiquait dans les chancelleries.

L'importance fondamentale de la productivité dans la formation de la richesse et, par conséquent, dans la puissance des États avait été remarquablement mise en évidence dès la fin du XVIIIe siècle par Adam Smith, dans son célèbre ouvrage Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, publié en 1776. Loin de se contenter d'une définition superficielle de la richesse, Smith entreprend d'en rechercher les fondements véritables. Sa conclusion est déterminante : la richesse d'une nation ne réside pas simplement dans ses réserves d'or, l'étendue de ses terres ou l'abondance de ses ressources naturelles, mais avant tout dans sa capacité à produire des biens et des services. De cette productivité collective découlent, directement ou indirectement, les différentes formes de richesse de l'agriculture, l'industrie, les infrastructures, les transports, l'immobilier, le capital financier et la production manufacturière. Smith met ensuite en évidence le mécanisme qui commande cette dynamique : la division du travail. Plus les tâches sont spécialisées, plus les travailleurs acquièrent de l'habileté, gagnent du temps et améliorent leurs méthodes de production.

Mais cette spécialisation possède une condition essentielle avec l'étendue du marché. Plus celui-ci est vaste, plus la division du travail peut se développer, plus la productivité augmente et plus l'accumulation du capital devient possible. Ce capital, réinvesti dans les moyens de production, permet à son tour d'accroître encore la productivité. Le mécanisme s'autoalimente : extension du marché, spécialisation, augmentation de la production, accumulation du capital, puis nouvelle expansion productive. Nous voici donc devant l'un des ressorts fondamentaux de l'économie moderne avec une dynamique d'expansion permanente dans laquelle le marché appelle toujours davantage de production, et la production toujours davantage de marché. La question qui se pose alors est celle de ses limites pour savoir réellement jusqu'où peut-on pousser cette logique d'accumulation et d'expansion sans finir par sacrifier l'homme, les sociétés, les nations et, finalement, toute considération morale et spirituelle sur l'autel de la croissance ?

La révolution ne porte pas toujours l'uniforme de ses ancêtres et elle peut aussi se présenter en costume de modernité, avec le langage du progrès et les promesses d'un avenir prétendument inéluctable. Ainsi, lorsque les textes prophétiques évoquent une "révolution rouge", rien ne permet d'affirmer qu'ils désignent nécessairement un retour à l'identique du communisme soviétique. Pour ceux qui rapprochent ces annonces de notre époque, la question est plutôt de savoir si cette révolution pourrait emprunter des voies nouvelles et des habits idéologiques inattendus. Les "rouges" ne seraient alors plus forcément ceux que l'on désigne spontanément, mais ceux qu'il faudrait apprendre à identifier derrière leurs nouveaux discours et leurs nouvelles bannières.

Ces rapprochements ne constituent pas une démonstration historique de l'avenir. Ils forment néanmoins un corpus de récits prophétiques qui, pour ceux qui les prennent au sérieux, imposent une réflexion sur les signes de notre temps. Car ce qui frappe n'est pas seulement l'annonce de catastrophes futures, mais la description d'une dégradation préalable avec l'abondance qui endort, l'impiété qui s'installe, les mœurs qui se défont, la monnaie qui s'effondre, la société qui se fracture, puis la violence politique et militaire qui s'exerce désormais au grand jour contre les peuples Et une telle succession mérite au minimum d'être méditée.

La guerre et le dernier aveuglement des dirigeants

Nous vivons donc une époque dans laquelle l'hypothèse d'une guerre généralisée n'est plus une extravagance réservée aux esprits alarmistes. Les conflits actuels démontrent combien les équilibres internationaux sont fragiles et combien une succession de décisions, de provocations ou d'erreurs de calcul peut entraîner des conséquences incontrôlables.

Le Moyen-Orient demeure une poudrière. L'affrontement russo-occidental constitue un autre foyer de danger majeur. Et la possibilité d'une extension de ces conflits oblige à envisager des scénarios que les responsables politiques préfèrent généralement maintenir à distance du débat public. Mais il serait profondément naïf de ne considérer ces guerres qu'à travers le prisme des rivalités territoriales, des antagonismes religieux ou des oppositions idéologiques officiellement invoquées. Derrière les discours sur la démocratie, la sécurité, la liberté des peuples et la défense des valeurs occidentales se jouent également des intérêts économiques, financiers, énergétiques et stratégiques considérables. Le contrôle des ressources, la maîtrise des voies commerciales, les marchés de l'armement, les circuits financiers et la redistribution des rapports de puissance constituent autant de facteurs qu'il serait irresponsable d'ignorer. La guerre a ses proclamations officielles, mais elle possède aussi ses comptables, ses financiers et ses bénéficiaires.

À cet égard, le rôle historique de la City de Londres mérite une attention particulière. Ce centre financier international, dont l'influence dépasse largement les frontières britanniques, occupe une place majeure dans les circuits mondiaux du capital, des assurances, du commerce des matières premières et des investissements. Il serait excessif d'en faire le quartier général d'une direction secrète de tous les conflits ; il serait tout aussi absurde de prétendre que les intérêts financiers internationaux sont étrangers aux grandes recompositions géopolitiques. Les guerres ne sont jamais uniquement ce que les discours officiels prétendent qu'elles sont. Elles sont aussi des affrontements d'intérêts, des occasions de redistribution des richesses, des instruments de puissance et parfois des opérations dont les bénéfices économiques se concentrent très loin des champs de bataille.

Ceux qui envoient les hommes mourir ne sont pas nécessairement ceux qui en supportent les conséquences financières ; ceux qui paient le prix du sang ne sont pas toujours ceux qui tirent profit des bouleversements. Il faut donc regarder au-delà des déclarations diplomatiques et examiner les intérêts matériels qui accompagnent chaque conflit : qui finance, qui arme, qui assure, qui prête, qui contrôle les ressources et qui profite de la reconstruction ? Ce sont des questions autrement plus dérangeantes que les éléments de langage servis quotidiennement aux opinions publiques. Car une guerre peut être présentée comme une nécessité nationale tout en produisant, pour certains acteurs économiques, des opportunités considérables. Les peuples en paient le prix ; les intérêts qui prospèrent dans leur sillage ne sont pas toujours ceux que l'on montre du doigt.

Or, dans la lecture prophétique qui traverse ces récits, ces deux théâtres de confrontation ne seraient pas des événements isolés, mais les éléments d'un bouleversement plus vaste. Et c'est précisément là que réside le problème du déni contemporain. Nous avons fabriqué une société qui considère comme raisonnable ce qui est rassurant et comme excessif ce qui dérange. Le catastrophisme est condamné avant même que les faits aient été examinés. L'avertissement est assimilé à une pathologie. La prudence devient une inconvenance. Pourtant, se préparer à une éventualité grave n'est pas annoncer qu'elle se réalisera nécessairement. C'est reconnaître que les risques existent et qu'il serait irresponsable de les ignorer.

Le monde politique, lui, continue de fonctionner selon les impératifs de communication, de calendrier électoral et de conservation du pouvoir. Il faut rassurer les marchés, préserver les majorités, éviter les paniques et protéger les carrières. Tout cela peut se comprendre dans le fonctionnement ordinaire des institutions. Mais lorsque l'époque devient extraordinaire, ces réflexes ordinaires peuvent se transformer en aveuglement collectif.

Et c'est bien là que réside l'un des drames de notre temps : alors que les périls s'accumulent, que les équilibres internationaux vacillent, que les nations se fragilisent et que les signes de décomposition se multiplient, ceux qui prétendent nous gouverner persistent à raisonner comme si nous étions encore dans un monde stable, prévisible et durable. Ils administrent le déclin, maquillent les fractures, repoussent les échéances et entretiennent l'illusion que tout pourra continuer comme avant.

Mais cette crise ne se limite ni aux États, ni aux économies, ni aux équilibres géopolitiques. Elle possède une dimension autrement plus profonde, qui touche au cœur même de notre civilisation : sa foi, son héritage chrétien et sa relation à Dieu. Car si les nations peuvent perdre leur souveraineté, les peuples leurs repères et les sociétés leur cohésion, que dire d'une Église dont une partie des autorités semble elle-même participer à l'affaiblissement de ce qu'elle devrait transmettre et défendre ?

C'est précisément ce second volet que nous examinerons dans un prochain billet. Nous aborderons la situation de la Tradition catholique, les restrictions liturgiques qui la frappent depuis le motu proprio Traditionis Custodes, les difficultés croissantes imposées à certaines communautés pour assurer leur renouvellement sacerdotal, mais également le scandale du déni qui entoure les avertissements prophétiques. Nous reviendrons notamment sur les annonces attribuées à Alois Irlmaier et à Marie-Julie Jahenny, sur les interrogations relatives aux dernières figures pontificales évoquées dans certaines traditions visionnaires et sur la nécessité de discerner ce qui relève de la révélation privée, de l'interprétation et des faits établis.

Car il ne suffit pas de comprendre les mécanismes d'un monde qui se défait. Encore faut-il s'interroger sur ce qui, dans l'ordre spirituel, est menacé, sur ce qui doit être préservé et sur les dispositions que le chrétien doit prendre face aux épreuves. La crise du monde est une chose. La crise de l'Église et la mise à l'épreuve de la foi en sont une autre, autrement plus décisive pour le salut des âmes. C'est à cette dimension, trop souvent reléguée au second plan, que sera consacré notre prochain billet.

 Phil Broq

 reseauinternational.net