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Des millions de dollars pour diffuser l'islamophobie : la France, cible majeure d'une opération israélienne

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Par  Le Média en 4-4-2, le 30 octobre 2026

137 pages d'enquête. 30 pays ciblés. 533 millions d'expositions documentées, jusqu'à 831 millions estimées. En France, 991 placements publicitaires et plus de 120 millions d'expositions.

Des vidéos qui présentent les musulmans comme des envahisseurs. Des publicités qui accusent le Qatar de financer l'"islamisation" de l'Europe. Et des millions d'affichages achetés sur les réseaux sociaux sans que le public sache réellement qui paie. Depuis octobre 2023, cette opération s'est déployée dans 30 pays. Son ampleur apparaît dans  l'enquête originale publiée le 29 octobre 2026 par Marc Owen Jones et Sohan Dsouza, sous le titre "Manufacturing the Great Replacement".

"Consultez l'enquête originale intégralement traduite en français en bas de cet article. 137 pages de l'enquête originale, disponibles dans une traduction française de 152 pages. Le rapport de Marc Owen Jones et Sohan Dsouza contient les preuves techniques, les chiffres et les documents retraçant cette campagne internationale de propagande islamophobe".

Les chercheurs recensent 533 millions d'expositions à ces contenus et estiment que le total pourrait atteindre 831 millions en tenant compte des publicités disparues des archives. En France, pays le plus ciblé en nombre de placements publicitaires recensés, le calendrier de diffusion croise plusieurs échéances électorales. Et derrière les comptes anonymes, les traces informatiques conduisent vers Israël.

Exemple : le compte Médiacœurs a lui aussi été confronté à des commentaires racistes et haineux. Dans un témoignage relayé sur X par Kamélia, il est affirmé qu'après une plainte, certains auteurs de ces messages auraient reconnu lors de leurs auditions avoir été rémunérés pour publier des commentaires racistes. L'exemple décrit un mécanisme particulièrement inquiétant : payer des internautes pour saturer les discussions de propos haineux et donner l'illusion d'une colère populaire spontanée.

Derrière les vidéos islamophobes, des achats publicitaires opaques et des fichiers qui ramènent jusqu'en Israël.

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Trois ans de propagande, des millions de dollars dépensés

L'étude repose sur une collecte d'annonces, de vidéos, de fichiers techniques et de données publicitaires. Elle répertorie 1 473 publicités sur Facebook, 189 vidéos diffusées sur 15 chaînes YouTube, ainsi que 359 annonces sur TikTok. Les vidéos YouTube totalisent à elles seules 132 millions de vues publiques ; les annonces TikTok cumulent une portée de 72,2 millions selon les archives exploitées.

La campagne ne s'arrêtait pas aux plateformes. Elle disposait de sites Internet, de faux profils modifiant Wikipédia, d'une pétition publiée au nom d'une organisation de défense des droits humains sans existence vérifiable et d'affichages jusque sur les panneaux de Times Square, à New York. Pour l'argent, un chiffre est confirmé par Meta : environ 1,2 million de dollars de dépenses lors de la première vague. En croisant les données commerciales disponibles avec les diffusions retrouvées, les chercheurs évaluent les achats publicitaires à 5,08 millions de dollars, et jusqu'à 8,22 millions dans leur scénario élargi. La fabrication des contenus et les autres frais ne sont pas compris dans ces estimations. Presque aucune annonce n'était déclarée comme  politique : les règles de transparence applicables à cette catégorie ne jouaient donc pas.

La France, première cible en nombre de publicités

Sur 2 748 placements géographiques identifiés dans les archives, 991 concernaient la France. L'étude lui attribue environ 121 millions d'expositions recensées, derrière le Royaume-Uni, mais devant les États-Unis. Une partie des messages empruntait le vocabulaire français de la laïcité. Une page s'appelait "Défendons la laïcité". D'autres films détournaient des jeux vidéo : dans "Grand Theft Qatar", un personnage vêtu à la mode du Golfe achetait des bâtiments européens pour les transformer en mosquées.

La première vague a circulé avant les européennes de juin 2024 et durant la séquence politique qui a suivi. Les achats ont repris sous de nouvelles identités à partir de novembre 2024, puis à grande échelle à l'automne 2025. En 2026, la France, l'Italie et l'Allemagne figurent au cœur du dispositif, alors que la présidentielle française de 2027 approche. Les chercheurs décrivent une propagande placée dans le paysage politique bien avant l'ouverture officielle d'une campagne électorale.

Pourquoi l'enquête remonte jusqu'à Israël

Le passage le plus précis du rapport ne porte pas sur les slogans, mais sur les fichiers vidéo. Sur Telegram, 78 vidéos avaient conservé des informations techniques généralement effacées lors d'une publication classique. Les chercheurs ont extrait 4 030 événements de montage datés : 3 626 étaient enregistrés dans le fuseau UTC+3. Les exportations suivaient la semaine de travail du dimanche au jeudi, avec des horaires de bureau. Une machine est passée d'UTC+3 à UTC+2 à la fin d'octobre 2024, au moment du changement d'heure israélien. Plusieurs disques, dossiers et compositions portaient des noms hébreux.

Une deuxième piste vient de Wikipédia. Le 30 janvier 2024, au milieu d'une série de modifications hostiles au Qatar effectuées par des comptes liés à l'opération et des connexions passant par des relais allemands, une adresse IP fixe située en Israël a servi à modifier les mêmes pages. L'enchaînement suggère qu'une connexion locale a été exposée pendant l'utilisation des relais. Sur cette base, les auteurs jugent l'origine israélienne de l'opération étayée avec un niveau de confiance "modéré à élevé".

Les circuits de paiement, eux, passent notamment par le Vietnam et le Brésil. Des intermédiaires interrogés expliquent avoir vendu des comptes publicitaires à des acheteurs anonymes. C'est l'une des particularités de cette affaire : la personne dont le nom apparaît sur la facture n'est pas nécessairement celle qui conçoit les messages. Le rapport identifie donc des lieux de production et des relais commerciaux, mais pas le donneur d'ordre final.

Le Qatar désigné comme coupable, les musulmans pris pour cible

Le procédé est simple. Une publicité montre des foules, des prières ou des manifestations, puis présente ces images comme la preuve d'une Europe menacée. Le Qatar apparaît comme l'organisateur caché d'un prétendu remplacement de population. Ce récit reprend les codes du "grand remplacement" : des événements sans lien démontré sont assemblés pour fabriquer l'impression d'un plan unique. Le message politique déborde largement la critique d'un État du Golfe. C'est la présence de musulmans en Europe qui est transformée en danger.

Les enquêteurs ont retrouvé des vidéos réutilisant des séquences diffusées par des comptes connus pour leurs publications anti-musulmanes, notamment RadioGenoa, mais aussi de contenus associés à Tommy Robinson ou Éric Zemmour. L'opération a aussi changé de registre selon les publics : attaques contre le Hezbollah au Liban, messages contre l'Iran, caricatures de migrants en Europe. Elle ne cherchait pas seulement à discréditer Doha. Elle entretenait une hostilité plus générale, adaptable aux tensions de chaque pays.

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Une opinion mondiale de plus en plus défavorable à Israël

Le contexte géopolitique explique pourquoi une telle propagande peut trouver un intérêt  politique. Selon le  Pew Research Center, la proportion médiane d'opinions défavorables à Israël atteignait 67 % dans 36 pays au printemps 2026. Aux États-Unis, un  sondage de l'université Marquette donnait en septembre 59 % d'avis défavorables et 29 % de favorables. En mars 2025, les deux camps étaient encore à égalité, à 43 %. La baisse du soutien est réelle et mesurable.

Les guerres à Gaza et au Liban, puis les frappes israélo-américaines contre l'Iran le 28 février 2026, ont profondément affecté les rapports internationaux. Leurs conséquences se lisent aussi à la pompe : en mars,  l'Agence internationale de l'énergie décrivait la plus forte perturbation de l'approvisionnement pétrolier jamais enregistrée. Le prix du carburant touche directement les ménages français. Dans ce climat, des responsables israéliens ont intérêt à conserver ou élargir leurs relais politiques à l'étranger. Le discours de la menace islamiste leur offre un terrain de convergence avec certaines droites européennes.

Marine Le Pen, Bardella, Vox : l'alliance par l'ennemi commun

Ce rapprochement n'est pas théorique. En mars 2025, Jordan Bardella et Marion Maréchal sont invités à une conférence en Israël par le ministre Amichaï Chikli. En août 2026, ce dernier revendique ses liens avec la droite conservatrice européenne, citant notamment Marine Le Pen, Bardella et Santiago Abascal, dirigeant de Vox en Espagne. Le langage politique fait le pont : la lutte contre l'islamisme devient, dans certains discours, une opposition plus large à l'immigration et à la présence musulmane en Europe. Le Rassemblement national gagne une forme de reconnaissance internationale. Des responsables israéliens trouvent des interlocuteurs qui partagent cette lecture des menaces.

Le 20 octobre 2026, un exemple rend ce mécanisme particulièrement visible. Après les  manifestations françaises du 17 octobre contre la vie chère, les bas salaires et la dégradation des services publics, Benjamin Netanyahu  affirme que la France a cédé à une  "invasion de l'islam extrémiste". Les motivations sociales de la mobilisation passent au second plan dans son récit. Interrogé sur l'éventuelle arrivée de la droite au pouvoir en France, il estime qu'elle améliorerait les relations avec Israël et invoque un  "ennemi commun". Voilà, en quelques phrases, une colère sociale transformée en affrontement identitaire, puis reliée à un calcul diplomatique.

Le parcours de Julien Dray raconte une autre évolution du paysage français. Cofondateur de SOS Racisme en 1984, mouvement alors présidé par Harlem Désir, il avait participé à l'organisation de la mobilisation antiraciste contre le Front national. Dès 1990, un autre fondateur, Serge Malik, dénonçait dans son livre Histoire secrète de SOS-Racisme l'utilisation politique du mouvement par des réseaux proches du Parti socialiste. Aujourd'hui,  Dray intervient régulièrement sur  CNews, la chaîne de Vincent Bolloré, et ses  positions sur Israël font désormais l'objet de vives critiques. Le contraste entre le rôle historique de Dray et sa place actuelle à l'antenne est saisissant.

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Transformer une peur en soutien politique

Et pendant ce temps, que demandent les Français ? Un  baromètre Ipsos publié en septembre 2026 donne une réponse nette : 46 % souhaitent que le pouvoir d'achat soit au cœur de la présidentielle, 30 % les services publics et la protection sociale, contre 27 % l'immigration. Pourtant, 42 % pensent que l'immigration figurera parmi les principaux sujets de la campagne. Les Français décrivent donc eux-mêmes un écart entre ce qui les préoccupe et ce qui risque d'occuper le débat électoral.

Il suffit de regarder leur quotidien pour comprendre cet écart. Le loyer augmente, le plein d'essence pèse dans le budget, les salaires suivent mal, les rendez-vous médicaux s'éloignent. Ce sont des problèmes de décisions publiques, de répartition des moyens et de choix économiques. Les  colères qui rappellent les Gilets jaunes ont des destinataires politiques : ceux qui font les budgets, votent les lois et gouvernent. Les publicités étudiées par les chercheurs proposent un autre responsable, sans rapport démontré avec ces difficultés : le voisin musulman.

C'est là que la propagande peut changer la direction d'une colère. Au lieu de discuter de ce qu'il faudrait financer à l'hôpital, on débat d'une "islamisation" annoncée à coups de vidéos. Au lieu d'exiger des comptes sur le logement ou les revenus, on désigne une population entière comme menace. Une telle diversion peut servir plusieurs intérêts à la fois : les forces politiques qui bâtissent leurs alliances autour d'un ennemi commun, mais aussi ceux qui préfèrent que le débat ne porte pas sur les inégalités, la fiscalité ou le partage des richesses.

Les réactions recueillies dans le rapport montrent ce que ces annonces provoquent à petite échelle. Parmi 406 commentaires sous des publicités Facebook destinées au Royaume-Uni en 2024, 61 % soutenaient des positions islamophobes. Sur 2 560 commentaires YouTube analysés, 28 % approuvaient le message et 42 % s'y opposaient. Ces échantillons ne mesurent pas le vote des Français ni un basculement de toute l'opinion. Ils montrent quelque chose de plus immédiat : les messages payants ont alimenté des échanges où s'expriment haine et confrontation dans des espaces de discussion ordinaires.

Au bout de ces 137 pages, le fait essentiel est difficile à évacuer : pendant trois ans, des millions de dollars ont servi à répandre une propagande islamophobe dans 30 pays, avec la France comme cible majeure et des traces de production qui remontent en Israël. Le travail des chercheurs permet enfin de voir la machine, ses dépenses et ses méthodes. Il reste à identifier ceux qui ont payé la facture. Mais il reste aussi une responsabilité très française : ne pas laisser des publicités anonymes décider à notre place des sujets sur lesquels les gouvernants devront rendre des comptes.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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