Quel que soit le vainqueur de l'élection, que ce soit Netanyahou à nouveau ou l'un de ses rivaux, il maintiendra le pays sur la même voie suprémaciste ethnique que celle qu'Israël suit depuis des décennies. Trump, Burnham, Macron et d'autres dirigeants occidentaux le comprennent. Ils veulent écarter Netanyahou non pas pour qu'il y ait un véritable changement, mais simplement pour pouvoir revenir à ce qui constituait le business as usual avant le génocide de Gaza : un rythme plus lent, plus graduel, dans l'éradication du peuple palestinien. Ils veulent pouvoir requalifier le génocide de Gaza en folie historique d'un seul homme, en catastrophe tragique qui ne peut être inversée mais peut être atténuée s'il s'en va.
Middle East Eye, le 1er octobre 2026
Traduction : lecridespeuples.substack.com
Commentaire de Jonathan Ofir :
Les votes en Israël ayant désormais été intégralement dépouillés, il apparaît clairement que l'électorat israélien a, une fois encore, voté très majoritairement à droite. Le Likoud de Netanyahou arrive en tête avec 27 sièges (le grand parti d'opposition Yashar, dirigé par le général de réserve Gadi Eisenkot, concepteur de la meurtrière "doctrine Dahiya", arrive en deuxième position avec 21 sièges). Bien que le bloc gouvernemental actuel de Netanyahou n'ait pas obtenu la majorité (il dispose de 53 sièges, alors que 61 sont nécessaires pour atteindre la majorité absolue), le bloc de l'opposition comprend lui aussi des partis de droite, comme Yashar, ainsi que le parti encore plus à droite d'Avigdor Lieberman, Israël Beiteinou (7 sièges), la formation Ensemble de Naftali Bennett et Yaïr Lapid (12 sièges), et même Les Démocrates, dirigés par le général de réserve Yaïr Golan (8 sièges), qui ne veulent même plus entendre parler d'une solution à deux États. La gauche non sioniste est représentée par la Liste commune, qui défend la représentation politique des Palestiniens et obtient un résultat surprenant de 11 sièges (Ra'am, le parti palestinien conservateur, en obtient 8). Mais, dans sa grande majorité, le bloc sioniste juif refuse de s'allier avec ces formations. Ainsi, le "bloc de l'opposition", si l'on exclut les partis palestiniens, ne compte que 48 sièges. Et bien que Les Démocrates aient commencé à envisager une coopération, cette perspective suscite la controverse. Le racisme sioniste constitue la grille de lecture générale de ce tableau politique.

La visite éclair de Benjamin Netanyahou aux États-Unis la semaine dernière, pour s'adresser à l'Assemblée générale des Nations unies, a fourni une preuve supplémentaire que le Premier ministre israélien est désormais un paria universel.
Il est abandonné même par ses alliés les plus proches.
Il n'était peut-être pas surprenant que 77 nations, dont une poignée d'États européens, quittent la salle en signe de protestation parce qu'un suspect recherché pour crimes de guerre, un fugitif de la Cour pénale internationale (CPI), se voyait offrir une tribune sur la plus grande scène du monde.
Ce qui s'est passé, ou plutôt ce qui ne s'est pas passé, loin de la tribune était bien plus notable. Netanyahou n'a passé que huit heures aux États-Unis avant de repartir pour Israël. Il est difficile de croire que ce fut son choix.
Il s'est vu refuser son habituel moment de gloire avec Donald Trump à la Maison-Blanche, et n'a même pas pu obtenir un entretien avec le secrétaire d'État Marco Rubio.
Il n'y a eu aucune invitation à s'adresser au Congrès américain, ni, avec elle, les scènes habituelles de législateurs célébrant avec ravissement son incitation anti-palestinienne.
L'ancien ambassadeur d'Israël à Washington, Michael Oren, a déclaré à Reuters : "Je ne me souviens pas d'une fois où le Premier ministre soit venu aux États-Unis sans rencontrer le président."
La mise à l'écart de Netanyahou contrastait fortement avec l'accueil réservé à Xi Jinping. Le dirigeant chinois a été accueilli personnellement à l'aéroport par Trump, avec tapis rouge et survol militaire.
Des avertissements ignorés
La visite de Netanyahou à l'ONU a été exploitée par les deux camps, par les responsables israéliens comme par les dirigeants occidentaux, pour faire avancer leurs agendas respectifs, distincts et contradictoires.
Netanyahou est à un mois d'élections générales très disputées dans lesquelles, pour la première fois, son incapacité à empêcher l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 fait l'objet d'un examen minutieux.
Selon un nombre croissant de rapports récents, il avait été averti par des dirigeants égyptiens et du Golfe qu'un événement majeur, un "séisme", viendrait de Gaza dans les jours et les semaines précédant la percée du Hamas, mais il n'a pas agi.
Netanyahou avait programmé son discours à l'ONU pour la plage horaire de grande écoute en Israël, afin de toucher le plus large public national possible. Il en a profité pour traiter d'autres dirigeants mondiaux de "lâches moraux" et d'"hypocrites".
Comme le note l'analyste israélien Jonathan Ofir, Netanyahou a également utilisé la tribune de l'ONU pour glisser une expression biblique en hébreu, conçue pour servir de message codé aux auditeurs restés au pays : un appel à ce qu'Israël mène le génocide jusqu'au bout.
Voici l'extrait-clé de l'article en question de Jonathan Ofir :
Le discours lui-même n'était qu'un pot-pourri de mensonges et d'incitation à la haine, oscillant entre condamnations de Zohran Mamdani et de Hassan Piker et récit de la propagande habituelle sur les atrocités du 7 octobre, en passant par la reprise éhontée de la formule selon laquelle Israël aurait "l'armée la plus morale du monde".
Mais le Premier ministre israélien a ensuite choisi de conclure son discours par un verset de la Bible en apparence obscur : "Nezah Israel lo yeshaker", soit "l'éternité d'Israël ne faillira pas". La formule est parfois traduite par "l'Éternel d'Israël ne mentira pas".
Dans les deux cas, les lecteurs peu familiers de la Bible trouveront sans doute tout cela vague. Mais les partisans de Netanyahou dans le camp national-religieux savent exactement à quoi il fait référence, et c'est un message codé génocidaire.
Il importe de rappeler que les élections israéliennes ne sont plus que dans un mois (le 27 octobre), de sorte que son discours s'adressait en grande partie à cet électorat.
Voici donc le contexte.
Cette expression, tirée de Samuel I, 15:29, renvoie au génocide d' Amalek, ou des Amalécites, l'ennemi juré des Israélites. C'est une référence biblique que Netanyahou a appliquée à de nombreuses reprises aux Palestiniens d'aujourd'hui, de la manière la plus tristement célèbre au début du génocide de Gaza.
Le roi Saül fut réprimandé par le prophète Samuel pour n'avoir pas complètement éradiqué les Amalécites. Saül avait épargné leur roi Agag et "le meilleur des moutons et du bétail", que les Israélites "n'étaient pas disposés à détruire complètement". Selon la Bible, ce degré d'anéantissement était insuffisant et trahissait la prétendue faiblesse du roi Saül. C'est pourquoi le prophète Samuel réprimanda le roi biblique :
"Le Seigneur t'a oint roi d'Israël. Et il t'a envoyé en mission, en disant :"Va et détruis complètement ces méchants, les Amalécites ; fais-leur la guerre jusqu'à ce que tu les aies anéantis."Pourquoi n'as-tu pas obéi au Seigneur ? Pourquoi t'es-tu jeté sur le butin et as-tu fait le mal aux yeux du Seigneur ?"
Saül chercha à défendre ses actes, mais Samuel lui délivra un message sans appel :
"Tu as rejeté la parole du Seigneur, et le Seigneur t'a rejeté comme roi d'Israël !"
Saül demanda pardon, mais Samuel lui délivra ce message implacable :
"Le Seigneur a arraché aujourd'hui de tes mains le royaume d'Israël et l'a donné à l'un de tes voisins, à quelqu'un de meilleur que toi. Celui qui est l'Éternel d'Israël ne mentira pas ni ne changera d'avis ; car il n'est pas un être humain, pour changer d'avis."
Le contexte de cette expression est crucial. Transposé à l'Israël d'aujourd'hui, Netanyahou dit à ses partisans : ils doivent aller jusqu'au bout dans l'anéantissement de l'Amalek d'aujourd'hui. Tout ce qui serait en deçà reviendrait à rejeter la parole de Dieu.
L'objectif de Netanyahou était de démontrer aux électeurs qu'il reste une force avec laquelle il faut compter sur la scène internationale, et que lui seul peut protéger Israël d'un monde prétendument enlisé dans un sentiment "antisémite" et anti-israélien.
Les dirigeants occidentaux, au contraire, souhaitent démontrer précisément l'inverse, espérant pousser Netanyahou vers la sortie en suggérant aux Israéliens que leur dirigeant est un homme fini, qu'il est allé trop loin.
Il est temps de s'en débarrasser.
Cela pourrait ne pas être simple. Netanyahou est le grand survivant politique, ayant exercé pendant près de deux décennies, un record, la fonction de Premier ministre de son pays, plus longtemps même que le père fondateur d'Israël, David Ben Gourion. Il a mis ce temps à profit pour attiser dans une large part de la société israélienne une ferveur ultranationaliste et génocidaire toujours plus grande.
Un handicap politique
L'antipathie actuelle des capitales occidentales envers Netanyahou ne repose assurément sur aucune évaluation éthique des récents agissements d'Israël : un déchaînement génocidaire de trois ans à travers Gaza ; l'expansion violente des colonies juives et le nettoyage ethnique en Cisjordanie occupée ; le bombardement et le nettoyage ethnique du sud du Liban ; et le rôle de premier plan du dirigeant israélien, aux côtés des États-Unis, dans le déclenchement d'une guerre catastrophique contre l'Iran dont les retombées ont déstabilisé l'économie mondiale.
Washington, soutenu par ses États clients européens, a été un partenaire ardent de ces crimes, fournissant les munitions, le renseignement et le levier diplomatique pour aider Israël à les commettre.
Mais Netanyahou apparaît désormais comme un handicap politique, même pour Trump.
Le président américain, en chute libre dans les sondages, a besoin d'un bouc émissaire, et le Premier ministre israélien semble être le seul à convenir pour ce rôle.
L'antagonisme est, en partie, personnel.
Plusieurs rapports récents indiquent que Netanyahou a tout fait pour séduire Trump, contre l'avis de ses généraux, afin de l'amener à lancer une guerre non provoquée et illégale contre l'Iran.
La promesse d'une victoire décisive a persuadé Trump qu'il pouvait s'assurer une place dans les livres d'histoire comme le président qui avait "remodelé le Moyen-Orient". Une fois l'Iran hors du tableau, les États-Unis jouiraient d'un contrôle incontesté sur le pétrole de la région.
Et tout cela devait prétendument se produire quelques semaines après que Trump eut consolidé son emprise sur le pétrole du Venezuela, à la suite d'une opération illégale menée en début d'année pour enlever le président Nicolás Maduro.
Avec la défaite de l'Iran et la soumission du Venezuela, la Chine, rival économique, se serait retrouvée totalement dépendante des États-Unis pour l'accès au principal lubrifiant de l'économie mondiale. Trump aurait pu éviter une confrontation militaire directe avec Pékin, la mettant au pas simplement en menaçant de fermer le robinet du pétrole.
Mais, bien sûr, rien de tout cela ne s'est produit.
Washington est aujourd'hui engagé dans une guerre impossible à gagner contre l'Iran, qui a fait comprendre à Téhéran l'étendue de son pouvoir sur le détroit d'Ormuz, et le pouvoir parallèle d'Ansar Allah, ses alliés au Yémen, sur le détroit de Bab al-Mandab. Ensemble, ils peuvent infliger à l'économie mondiale des dommages sans limites.
La flambée des prix de l'essence dans les stations-service américaines sera probablement un facteur décisif de l'effondrement du vote républicain aux élections de mi-mandat de novembre et de la perte probable des deux chambres au profit des démocrates, ce qui ferait de Trump un président "canard boiteux".
Entre-temps, la guerre a appris aux États clients de Washington dans le Golfe qu'ils sont extrêmement vulnérables à toute riposte de Téhéran et du Yémen, un fait qui leur est rappelé chaque fois que Trump ordonne une nouvelle salve inconsidérée de frappes contre l'Iran.
Malgré toute sa puissance militaire, Washington a montré qu'il est incapable de défendre ses alliés du Golfe.
L'heure des comptes
Mais Netanyahou n'est pas confronté à l'heure des comptes uniquement à cause de son rôle dans l'orchestration d'une guerre désastreuse contre l'Iran.
Malgré les meilleurs efforts des classes politiques et médiatiques occidentales au cours des trois dernières années, la réalité de la destruction de Gaza par Israël, et du meurtre et de la mutilation de plusieurs dizaines de milliers d'enfants palestiniens, est devenue de plus en plus difficile à cacher ou à justifier.
Même parmi les segments du public peu intéressés par les affaires du monde, la vérité s'impose peu à peu, aidée par des batailles dans les espaces culturels grand public qui ont basculé de façon définitive contre Israël.
NAZA, un nouveau documentaire sur Gaza réalisé par des cinéastes israéliens, a reçu une ovation debout record de 25 minutes à la Mostra de Venise le mois dernier. On y voit des soldats et des officiers du renseignement israéliens, rendus anonymes, documenter en détail la manière dont ils ont orchestré le génocide dans la minuscule enclave. Il doit être disponible gratuitement en streaming en novembre.
L'équipe d'Irlande, contrainte de jouer contre Israël en Ligue des nations de l'UEFA ce week-end, n'a pas caché ses sentiments. Ses joueurs ont porté des brassards noirs en signe de solidarité avec les victimes d'Israël à Gaza et ont refusé de serrer la main de leurs adversaires. Le capitaine irlandais Dara O'Shea s'est engagé à reverser ses primes de match à des causes humanitaires à Gaza.
La superstar de la musique Ed Sheeran s'est retrouvé, de façon inattendue, dépeint comme le méchant de l'histoire pour ne pas avoir soutenu sa première partie, le rappeur Macklemore, à propos des déclarations de ce dernier contre le génocide à Gaza.
Comme on pouvait le prévoir, confronté à des propriétaires de stades pro-israéliens menaçant de mettre fin à la tournée, Sheeran a cédé et lâché Macklemore. Mais Sheeran est sonné par un contrecoup généralisé qui l'a clairement pris par surprise.
Et d'éminents responsables politiques britanniques, tels que l'ancien Premier ministre Keir Starmer et les ministres des Affaires étrangères David Cameron et David Lammy, font pour la première fois l'objet d'un examen critique sérieux dans les médias dominants au sujet de leur conduite à l'égard de Gaza.
La semaine dernière, un documentaire de Channel 4, Britain's Gaza Secrets Exposed, a révélé que des responsables britanniques avaient imposé une méthodologie profondément défaillante, apparemment pour pouvoir ignorer les preuves croissantes de crimes de guerre systématiques commis par Israël à Gaza.
En conséquence, ils ont pu se dérober à leurs obligations légales d'agir contre Israël, notamment en mettant fin aux ventes d'armes.
Une vague de réprobation
Les capitales occidentales réalisent enfin que cette vague montante de réprobation face au génocide de Gaza ne peut être endiguée.
Aux États-Unis, où les liens avec Israël sont invariablement décrits par les responsables politiques comme "indéfectibles", 62 % des personnes interrogées ont déclaré à Pew en juillet avoir une opinion négative du gouvernement de Netanyahou.
Par ailleurs, un sondage le mois dernier a révélé que 60 % des Juifs américains souhaitent que le Premier ministre israélien soit chassé du pouvoir lors des prochaines élections.
Comme l'a observé le journal israélien Haaretz : "Trump est parfaitement conscient du déclin constant et vertigineux du soutien à Israël parmi les Américains."
C'est pourquoi lui et d'autres dirigeants occidentaux sont désespérés de redéfinir le débat. Désigner Netanyahou comme seul responsable des atrocités israéliennes à Gaza ne les dédouane pas, car ils se sont si manifestement associés à lui à chaque étape.
Les dirigeants occidentaux veulent plutôt reporter l'attention sur la Cisjordanie, où leur rôle est plus facilement dissimulé et où les violations de la loi par Netanyahou sont indéniables.
Depuis octobre 2023, lui-même et son ministre des Finances, Bezalel Smotrich, fasciste revendiqué, ont accordé tant aux milices violentes de colons juifs qu'à l'armée israélienne une plus grande liberté pour terroriser les familles palestiniennes et les chasser de leurs terres en vue de l'annexion de la Cisjordanie.
Dans le nouveau récit intéressé de l'Occident, Netanyahou n'est pas un paria parce qu'il est recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité pour avoir affamé la population de Gaza.
Ni parce que la Cour internationale de justice enquête actuellement sur son gouvernement à la suite d'allégations "plausibles" selon lesquelles il commet un génocide dans l'enclave.
Ni parce que son gouvernement a supervisé le meurtre d'au moins 21 000 enfants là-bas, et très probablement bien plus.
Ni parce qu'il continue de violer un "cessez-le-feu" factice, dans lequel Israël a tué plus de 1 400 Palestiniens parqués dans les ruines de leur enclave depuis la fin supposée des combats. 4 900 autres habitants de Gaza ont été mutilés sur la même période.
Non, Netanyahou n'est pas un paria aux yeux des dirigeants occidentaux à cause de l'un quelconque de ces crimes sauvages, crimes dont ils ont été pleinement complices.
Son tort, celui sur lequel ils sont désormais déterminés à concentrer l'attention, est le rôle de Netanyahou depuis octobre 2023 dans l'intensification de la construction et de l'expansion de colonies illégales en Cisjordanie pour expulser les Palestiniens de leurs terres.
Mais ce récit ne fonctionne que si les responsables politiques et les médias occidentaux ignorent soigneusement le contexte : depuis plus d'un demi-siècle, tous les gouvernements israéliens ont parrainé l'expansion des colonies, dans le but de nettoyer ethniquement la population palestinienne.
Netanyahou n'est pas une exception en cela. Il a simplement saisi l'occasion d'accélérer les expulsions en Cisjordanie sur fond de sympathie mondiale après l'attaque du Hamas en une seule journée en octobre 2023.
"Nettoyage ethnique"
L'explication la plus probable du fait que la Grande-Bretagne et onze autres États occidentaux, dont la France et le Canada, ont déclaré le mois dernier leur intention d'imposer des sanctions aux colonies de Cisjordanie est qu'ils avaient reçu pour la première fois de l'administration Trump des signaux indiquant qu'il n'y aurait pas de répercussions sérieuses.
Le nouveau gouvernement britannique d'Andy Burnham a également osé qualifier de "nettoyage ethnique" ce qu'Israël a fait aux Palestiniens de Cisjordanie. Fait notable, et paradoxal, le Royaume-Uni a évité d'employer ce terme pour décrire le nettoyage ethnique encore plus éhonté d'Israël à Gaza, une campagne d'expulsions qui a très clairement été facilitée par des bombes et une logistique occidentales.
Des responsables placés sous l'autorité de Mike Huckabee, l'ambassadeur américain en Israël, fervent partisan, auraient rédigé une cinglante réprimande en prévision de l'annonce britannique des sanctions. Elle accusait Londres de reproduire le "manuel du mouvement antisémite de boycott, désinvestissement et sanctions [BDS]".
Cette ligne d'attaque attendue, privilégiée par les groupes du lobby israélien, était vraisemblablement la raison pour laquelle Ed Miliband, ministre britannique des Affaires étrangères, s'est donné tant de mal, de façon exagérée, pour distancier publiquement sa nouvelle politique du BDS.
Mais en réalité, aucune attaque n'est venue de l'administration Trump. Au lieu de cela, Marco Rubio, homologue américain de Miliband, a déclaré de façon anodine : "Je n'ai aucun commentaire à faire là-dessus pour le moment" [à propos de la politique de sanctions].
Le lendemain, Trump a semblé gagner du temps avec une réponse inhabituellement évasive : "Je veux savoir pourquoi, tout d'un coup, cela s'est produit" [l'annonce des sanctions britanniques].
Trump et Rubio n'ont rien dit de plus de substantiel sur la question.
Il y a ensuite la récente avalanche de reportages suggérant que Netanyahou a personnellement négligé d'écouter de multiples avertissements de l'Égypte et des Émirats arabes unis selon lesquels une attaque sans précédent venait de Gaza dans les jours précédant la percée du Hamas le 7 octobre 2023.
Netanyahou a appelé Abou Dhabi à démentir les fuites. Mais jusqu'ici, ce pays n'a pas daigné l'aider en le faisant.
Ces deux pays, parmi les États clients les plus proches de Washington dans la région, ont toujours semblé soucieux d'éviter de défier ouvertement un Trump notoirement vindicatif.
Un théâtre de diversion
Dans son discours à l'ONU, Burnham a relevé le dilemme auquel sont confrontés les gouvernements occidentaux : "Nous vivons à une époque de faible confiance dans la politique. Si nous continuions à parler de la solution à deux États, sans accompagner ces mots d'actes, cette confiance tomberait encore plus bas, et nos ennemis chercheraient à exploiter l'aliénation qui en résulterait."
Burnham semble ignorer la réalité : si la confiance est si faible, c'est en partie parce qu'une succession de gouvernements britanniques n'ont pas seulement collaboré au génocide à Gaza, mais ont aussi arrêté des critiques du génocide en les traitant de partisans du terrorisme.
Miliband a fait précisément la démonstration du type d'hypocrisie dont Burnham avait averti qu'elle aliène l'opinion publique, lorsqu'il a déclaré cette semaine au congrès du Parti travailliste, sous de vifs applaudissements, que "des millions de personnes dans ce pays", opposées au génocide, "avaient raison".
La veille, des dizaines de manifestants avaient été arrêtés devant le lieu du congrès pour avoir tenu en silence des pancartes indiquant : "Je m'oppose au génocide. Je soutiens Palestine Action."
Burnham et Miliband veulent le beurre et l'argent du beurre. Ni l'un ni l'autre n'a indiqué avoir la moindre intention d'abandonner la décision du gouvernement précédent d'utiliser les lois antiterroristes contre quiconque tient une telle pancarte, ou qui "avait raison", comme Miliband l'admet maintenant.
Ce à quoi se livrent ici les dirigeants occidentaux est le théâtre cynique de la diversion.
Les déclarations "Vous aviez raison" et "Nous partageons votre douleur", les promesses de sanctions et les appels urgents à deux États, ne relèvent de rien de plus que de l'ostentation vertueuse. Elles sont conçues pour détourner l'indignation publique face aux atrocités d'Israël de la complicité des capitales occidentales et la diriger exclusivement contre Netanyahou.
Le nouveau discours laisse entendre que les fanatiques religieux armés des colonies de Cisjordanie, devenus toujours plus violents et plus puissants politiquement depuis plus d'un demi-siècle, sous des gouvernements israéliens successifs, sont uniquement la création de Netanyahou.
Le nouveau discours soutient que l'assurance croissante de ces pogromistes, qui travaillent de longue date main dans la main avec l'armée israélienne, n'a absolument aucun rapport avec le soutien inconditionnel de l'Occident à Israël pendant de nombreuses décennies.
Comme si de rien n'était
En s'absolvant, cependant, les dirigeants occidentaux fabriquent nécessairement un nouveau mensonge pour tromper leurs opinions publiques : un mensonge qui suggère que les "terroristes colons" sont une sorte de milice personnelle de Netanyahou qui tient ou tombe avec son mandat de Premier ministre.
L'implication de ce nouveau récit est que, si Netanyahou était évincé du pouvoir, une direction plus empathique émergerait, que les puissances occidentales pourraient cultiver pour faire la paix avec les Palestiniens.
Tout cela est une absurdité manifeste.
Comme l'opinion publique israélienne, les dirigeants de tout le spectre politique sioniste et suprémaciste ethnique, étroit, d'Israël ont partagé la logique génocidaire qui a propulsé l'effacement de Gaza ces trois dernières années.
Aucun n'a exprimé de désaccord. Tous se sont livrés à l'incitation au génocide.
Il n'y a aucun espoir qu'ils fassent la paix avec les Palestiniens sous occupation illégale alors que les dirigeants israéliens ne peuvent même pas accorder à leurs propres "citoyens" palestiniens, une minorité très opprimée représentant un cinquième de la population d'Israël, une voix significative aux élections générales du mois prochain.
La commission électorale centrale, un organe politique dont les membres sont issus des principaux partis d'Israël, a voté pour interdire de candidature les quatre listes représentant la minorité palestinienne.
Quel que soit le vainqueur de l'élection du mois prochain, que ce soit Netanyahou à nouveau ou l'un de ses rivaux, il maintiendra le pays sur la même voie suprémaciste ethnique que celle qu'Israël suit depuis des décennies. Trump, Burnham, Macron et d'autres dirigeants occidentaux le comprennent.
Ils veulent écarter Netanyahou non pas pour qu'il y ait un véritable changement, mais simplement pour pouvoir revenir à ce qui constituait le business as usual avant le génocide de Gaza : un rythme plus lent, plus graduel, dans l'éradication du peuple palestinien.
Ils veulent pouvoir requalifier le génocide de Gaza en folie historique d'un seul homme, en catastrophe tragique qui ne peut être inversée mais peut être atténuée s'il s'en va.
Ils veulent que nous regardions résolument vers l'avant, vers les transactions immobilières et une lointaine solution à deux États, et non vers l'arrière : vers leur rôle actif dans le rasage des maisons de plus de deux millions de personnes, avec des munitions en grande partie américaines qui ont libéré huit fois la force explosive des bombes atomiques qui ont détruit Hiroshima et Nagasaki.
L'administration Trump a déjà autorisé l'expédition d'un grand nombre de ces mégabombes pour reconstituer les stocks israéliens, avant même que le résultat des élections israéliennes soit connu.
Fait notable, la même administration Trump qui a permis à Netanyahou, suspect de crimes de guerre, de se rendre à l'ONU à New York a empêché Mahmoud Abbas, dirigeant putatif des Palestiniens, de le faire.
En annonçant sa nouvelle politique de sanctions visant les colonies illégales d'Israël, Miliband tenait à souligner qu'elle n'affecterait en aucune façon le partage de renseignements avec Israël, ce type de coordination du renseignement qui a vu des avions britanniques mener des opérations de surveillance au-dessus de Gaza tout au long du génocide.
Et si Miliband a promis un "double verrou contre les exportations d'armes" vers Israël dans le cadre du train de sanctions du Royaume-Uni, dans la pratique pas une seule licence d'exportation d'armes existante n'a été révoquée ou suspendue depuis.
Une crédibilité en chute libre
Le combat actuel n'est pas dirigé contre un État israélien génocidaire, ni mené pour un État palestinien illusoire, et encore moins pour la justice envers le peuple palestinien sans cesse maltraité.
Il s'agit d'organiser une remise à zéro dans laquelle l'Occident remet au pouvoir la vieille garde d'Israël.
Les dirigeants occidentaux ont été embarrassés par les délires écumants du gouvernement de Netanyahou. Cette semaine, Smotrich a appelé Israël à déchaîner ses politiques génocidaires de Gaza sur la Cisjordanie, vraisemblablement en utilisant les bombes mêmes que Trump s'apprête à lui livrer.
Il a déclaré aux médias israéliens : "Nous devrions faire là-bas ce que nous avons fait à Gaza."
Les dirigeants occidentaux craignent ce que cela ferait à leur crédibilité en chute libre. Et ils ont des alliés en Israël, au sein de son opposition, dont la vision, du moins pour le moment, n'est pas celle de Smotrich d'une éradication de la Cisjordanie à la manière de Gaza.
Ils envisagent plutôt de poursuivre la trajectoire actuelle consistant à transformer progressivement les petits ghettos palestiniens survivants de Cisjordanie, pris au piège dans une mer de colonies juives illégales, en mini-camps de concentration, répliques de Gaza avant sa destruction.
Telles sont les visions concurrentes des Israéliens pour la Cisjordanie : le confinement absolu des Palestiniens dans une série de cages contre leur extermination.
Voilà ce qui est réellement en jeu, rien de plus, dans le combat de l'Occident pour évincer Netanyahou et défendre sa fameuse solution à deux États.