Bloc-Notes
• Depuis 3 jours, la Pologne est en crise, avec une attaque de Tusk contre la Cour constitutionnelle et une riposte immédiate et très ferme du président Karol Nawrocki. • La crise est fondamentale et porte sur la situation à venir de la Pologne, - comme État-nation souverain ou pays vidé de sa substance et soumis à une UE dominée par l'Allemagne. • Tusk est soutenu par l'Allemagne et l'UE, Nawrocki par... Trump. • La Pologne fait donc ce qu'aurait dû faire la France. • Mais bon, Macron hein...
__
La crise a éclaté en Pologne. Il s'agit de la prise en main du Tribunal Constitutionnel, de tendance conservatrice et souveraine : on a reconnu la main de Tusk, guidée par les Allemands de Merz et adoubée par von der Layen. Le président Nawrocki, conservateur populiste, qui était en route vers le Sénégal pour une visite d'État (comme ça se trouve), a fait faire un 180° à son avion et est revenu sur place pour se plonger dans la bagarre, vers le Tribunal où il arrivait peu après minuit, ou 00h00 ce 31 octobre. La police était déployée autour du bâtiment pour en interdire l'accès, puis laissait passer le président tandis qu'une foule de partisans du PiS et des partis conservateurs s'était rassemblée, suivie par des contre-manifestants pro-Tusk.
Le retour très rapide de Nawrocki suivi de son intervention au Tribunal a stoppé le coup d'État institutionnel initial. Depuis, différents mouvements, rencontres, manifestations ont lieu sans qu'on puisse distinguer pour l'instant une issue à ce désordre. Nawrocki a suscité des réunions pour chercher une issue à la crise dans l'ordre constitutionnel, tout en affichant sa détermination à bloquer l'action lancée par Tusk et les européistes-globalistes, évidemment avec le soutien à 100% de Bruxelles, peut-être avec l'infiltration de fonctionnaires européens mis sous "faux-drapeau" à des postes polonais stratégiques. Nawrocki semble être d'une fermeté et d'une autorité exemplaires.
Le site 'Point de rupture' de 'John', qui est d'origine polonaise, développe dans un style coloré une description de la situation dans la rue , avec les manœuvres et autres "faux-drapeaux". Il est évident que 'John' a beaucoup de contact et certaines de ses affirmations, de même que ses sources, doivent être considérées comme possibles, sinon probables.
"Déjà, il y a eu beaucoup de commentaires de la part de Polonais et de gens qui sont crédibles sur certaines situations étonnantes parmi les policiers et les militaires qui étaient placés autour du bâtiment de la cour constitutionnelle polonaise où il y a eu des manifestations. Quand certains ont parlé avec des soldats et des policiers, ils ont rapporté tout simplement qu'à cause de leur accent on identifiait des Allemands en uniformes polonais. On n'a pas de preuve de tout cela ni quoi que ce soit, mais ce sont des témoignages de beaucoup de Polonais qui étaient sur place."
'John', comme divers autres commentateurs anti-Tusk et anti-UE, affirment que le but des "tuskistes" est d'annihiler complètement la tendance anti-globaliste en Pologne, de remplacer le zloty par l'euro, de s'aligner sur l'Allemagne pour soutenir une UE dominée par les Allemands, - est-ce ceux qui, par dizaines de milliers, battent le pavé dans les rues des villes allemandes, contre le régime Merz ? L'Allemagne est-elle vraiment dans l'état d'esprit de mettre la main sur la Pologne, puis sur l'UE ? Dans tous les cas, cet état d'esprit se trouve dans la bulle du chancelier Merz, là où l'armée allemande ira, au côté des Ukrainiens de Zelenski, jusqu'à Moscou comme au bon vieux temps.
Tusk comme Zelenski
En quoi a consisté ce qui semble plus n'être qu'une tentative qui devait être rapide et expéditive de "coup d'État institutionnel" désormais bloquée en une phase d'observation et de manœuvres politiques ? - Tout cela accompagné de diverses manœuvres, tandis que s'élaborent les narrative des diverses unités de relations publiques du type McKinsey (le 'célérusses' des globalistes, avec Nawrocki comme agent de Moscou ne manque évidemment pas à l'appel)...
Sur cette question de la technique de la tentative "tuskiste" qui ne témoigne pas d'une lecture soignée de Curzio Malaparte, Dimitri Medvedev, l'ultra-dur ex-président et n°2 de Poutine, développe la thèse suivante :
"Il y a un coup d'État constitutionnel en Pologne. Les libéraux de la famille d'accueil bruxelloise de Tusk oppriment les conservateurs du PiS, apparemment en partie à cause de la haine de ce dernier pour les banderistes ukrainiens. La méthode est exactement la même qu'en Ukraine néonazie : annuler les pouvoirs de la Cour constitutionnelle."
Cette appréciation encontre complètement le jugement d'Andrew Korybko, qui le développe en mettant en évidence que Tusk est manifestement en moins bonne position que le Zelenski de 2020-2022 (la référence de Medvedev), avec une situation générale complètement différente comme l'on s'en doute, - et des chances de succès déjà fortement compromises, sinon complètement :
"Medvedev vise juste en comparant Tusk à Zelenski. La tentative de coup d'État judiciaire du premier, qui vise à façonner l'ordre européen d'après-guerre en empêchant la formation d'une future coalition dirigée par des conservateurs adversaires de la transformation de l'UE en une fédération dominée par l'Allemagne, est similaire à celle de Zelenski de 2020. Zelenski avait suspendu la présidence de la Cour constitutionnelle pendant la crise politique de cette année-là, déclenchée par leur décision sur les réformes anti-corruption, sur laquelle les lecteurs peuvent en savoir en savoir plus ici.
La crise s'est étendue à la phase à grande échelle du conflit ukrainien qui a éclaté en 2022, entraînant ainsi des lois juridiquement controversées qui ont été promulguées sous prétexte du temps de guerre, qui ont prolongé les mandats de certains juges après leur expiration, comme l'a souligné Poutine. Après l'expiration du mandat de Zelenski en mai 2024, Medvedev écrit qu'il"a craché sur la Constitution de son "pays", a ignoré la Cour constitutionnelle et n'a même pas prolongé, mais a usurpé le pouvoir suprême".
La similitude entre le coup d'État judiciaire réussi de Zelenski et celui de la tentative de Tusk est que les deux dirigeants ont suspendu les chefs de leurs tribunaux constitutionnels respectifs (techniquement le Tribunal constitutionnel dans le cas de la Pologne) au milieu d'un différend très sensible afin de centraliser leur propre pouvoir. Dans le cas de la Pologne, le différend concerne le fait que le gouvernement conservateur précédent aurait orienté le Tribunal, auquel les libéraux au pouvoir reprochent de donner la priorité au droit polonais plutôt qu'au droit de l'UE.
Contrairement à Zelenski, Tusk ne manipulera probablement pas les processus politico-juridiques dans le but de rester au pouvoir indéfiniment, quelle que soit la tenue des prochaines élections du Sejm (Parlement) de 2027. Ce qu'il tente est beaucoup plus insidieux puisqu'il s'agit de subordonner la Pologne à une UE dirigée par l'Allemagne. C'est pour cette raison que de nombreux Polonais patriotes l'accusent de trahison et exigent qu'il soit traduit en justice pour sa tentative de coup d'État ou au moins qu'il démissionne puis s'exile dans dans son Allemagne bien-aimée.
La seule issue réaliste à la pire crise de la Pologne depuis le communisme est d'avancer la date des élections de 2027, que des sondages crédibles d'avant la tentative de coup d'État annoncent comme ramenant les conservateurs au pouvoir dans une coalition avec leur nouvelle faction éparée et les deux partis nationalistes libertaires. Avec ce qui est en train de se passer, qui a uni les forces conservatrices fracturées et a conduit la plupart des Polonais à se rassembler autour de Nawrocki qui mène directement la résistance au coup d'État, ils remporteraient probablement une victoire écrasante."
Un choc qui secoue l'Europe-UE
On mentionnera d'abord pour cette partie de notre présentation le commentaire de conclusion de Koryblo, qui situe l'importance de la crise actuelle, pour la Pologne mais aussi pour l'Europe-UE en général ; et pour l'UE institutionnelle également, en tant que bureaucratie rappelant aux Polonais celle des communistes ; bref, l'UE en tant que machine globaliste de déconstructuration des États-nations et de leurs souverainetés..
"Le sort géopolitique de l'ordre européen d'après-guerre sera décidé par la résolution de cette crise. Soit Tusk gagne, il subjugue la Pologne à l'Allemagne, puis l'UE achevé sa transformation en une fédération dominée par l'Allemagne ; soit l'État de droit gagne, la Pologne mène la réforme de l'UE dans une union d'États-nations comme Nawrocki a déclaré à la fin de l'année dernière, et la Pologne reprend son rôle historique de puissance régionale. Les enjeux ne pourraient pas être plus élevés pour la Pologne et l'Europe dans son ensemble."
On a tout de même remarqué qu'il ne s'agit pas de ce fameux "éclair dans un ciel bleu" qu'on aime bien citer, mais bien d'un éclair dans un ciel déjà grondant d'un immense orage continental et considérable, et parcouru de nombreux éclairs à mesure, -- même si celui de Pologne est particulièrement puissant... Pendant ce temps, l'Allemagne qui prétend empocher la Pologne et l'UE d'un même coup, subit des troubles de rues considérables, avec un Merz situé à 10% de faveur dans les sondages (à peu près l'équivalent de Tusk en Pologne, contre les 52%+ de Nawrocki) ; même chose en France, avec le calamiteux Macron qui pourrait songer à monter une 'start-up' des ratages en tous genres avec Tusk, même chose au Portugal, en Italie et ainsi de suite.
Tout le monde se radicalise... Le clan-UE, avec des plans grossiers et paniquards dans l'illégalité la plus complète de l'ingérence systématique, comme complot de Tusk qui semble avoir été tracé par les pieds-nickelés, malgré le bel uniforme du jeune homme. Le clan des anti-globalistes, parcouru par des effluves d'un 'Polexit' de circonstance, est de plus en plus gagné par la conviction qu'il n'existe pour l'Europe aucune autre issue que la liquidation de cette UE devenue une guillotine pour les États-nations.
C'est une vaste bataille, qui, à elle seule ou avec d'autres, résume la GrandeCrise et exerce une pression qu'on mesurera de plus en plus forte sur le conflit en Ukraine. Tous les spectateurs, ceux qui comptent les coups et ceux qui mettent la main à la pâte pour leur camp préféré, ont un rôle à jouer, en Pologne comme partout en Europe. Pour une fois, Trump n'a aucune difficulté à se situer dans cet affrontement, en même temps qu'il lance l'idée de Viktor Orban comme prochain Secrétaire Général de l'ONU : il déteste autant l'UE qu'il est bon ami du président Nawrocki, qu'il a soutenu avec fougue lors de la campagne présidentielle. La Pologne est effectivement une vaste bataille où vous retrouvez, comme dans toutes les subcrises de notre temps crisique, tous les fils qui conduisent à la GrandeCrise.
Mis en ligne le 1er novembre 2026