
par Paolo Hamidouche
Un vaste arsenal de mesures de sécurité visant à protéger les industries stratégiques nationales face à la concurrence chinoise. L'Allemagne travaille à la mise en place d'un bouclier destiné à contrer l'offensive de Pékin dans certains des secteurs les plus cruciaux pour l'économie de l'ensemble de l'Union européenne...
Un ensemble complet de mesures de sécurité visant à protéger les industries stratégiques nationales face à la concurrence chinoise. L'Allemagne élabore un véritable bouclier pour contrer l'offensive de Pékin dans certains des secteurs les plus cruciaux pour l'économie de l'ensemble de l'Union européenne.
Les ministères du gouvernement dirigé par Friedrich Merz recensent actuellement les points faibles, les vulnérabilités et les "talons d'Achille" de la Chine, afin de déterminer les mesures à adopter pour cibler le géant asiatique. Bien que tout ne soit pas encore arrêté, les mesures les plus sensibles pourraient inclure de nouveaux droits de douane sur les véhicules hybrides "Made in China" - des taxes qui viendraient s'ajouter à celles déjà imposées par Bruxelles sur les voitures électriques chinoises.
Selon des indiscrétions recueillies par Bloomberg, il est également question d'imposer des coentreprises (joint-ventures), de renforcer le contrôle des investissements entrants et sortants, et de durcir le régime de contrôle des exportations.
Merz aiguise ses armes face à l'économie chinoise
Friedrich Merz n'entend pas affronter Xi Jinping seul. Les mesures allemandes devront être approuvées par le Conseil des ministres d'ici le 14 octobre, avant qu'un soutien plus large ne soit sollicité auprès de l'Union européenne. Berlin prépare donc les munitions ; il appartiendra ensuite à Bruxelles de tirer, au nom de tout le continent.
Deux points importants méritent d'être soulignés. Premièrement, l'Allemagne a traditionnellement adopté une approche prudente vis-à-vis de Pékin, en raison de ses liens commerciaux étroits avec la Chine et d'une économie fortement tournée vers l'exportation. Deuxièmement, une éventuelle réaction chinoise à l'initiative de Merz affecterait, plus ou moins indirectement, l'ensemble de la région. Mais pour quelle raison le gouvernement allemand a-t-il l'intention de lancer une croisade européenne contre le "Dragon" ? Le déficit commercial de l'UE vis-à-vis de la Chine dépasse désormais le milliard d'euros par jour, tandis que la crise industrielle à Berlin a entraîné des dizaines de milliers de licenciements.
Merz a admis avoir "sous-estimé la puissance et la force économique de la Chine", expliquant que l'Europe se trouve confrontée à "un tournant stratégique majeur".
Une croisade européenne
La question concerne une grande partie de l'Union européenne. Ce n'est pas un hasard si l'Allemagne collabore avec la France pour obtenir le soutien du plus grand nombre possible d'États membres de l'UE, en vue du sommet de Bruxelles prévu en octobre et des entretiens avec Pékin programmés pour la fin du même mois.
Berlin et Paris travaillent à l'élaboration d'un document commun, destiné à être partagé avec l'UE, qui détaille les mesures économiques à mettre en œuvre à l'échelle du bloc.
Il est intéressant de noter que les entreprises allemandes ont désormais la Chine dans leur viseur, après des années d'échanges ininterrompus avec l'Empire du Milieu. Les acteurs chinois - notamment dans le secteur automobile - se sont d'ailleurs imposés, mettant ainsi les constructeurs européens en difficulté.
Selon l'Office fédéral allemand de la statistique, en 2025, les exportations allemandes vers la Chine ont reculé de 9,7% pour atteindre 81,3 milliards d'euros, tandis que les importations ont progressé de 8,8% pour s'établir à 170,6 milliards. Des chiffres lourds de conséquences qui ont poussé Merz à adopter une ligne dure. Reste à voir qui suivra l'Allemagne dans cette périlleuse croisade économique.
source : Paolo Hamidouche