Par Ana Vračar

Le samedi 31 octobre a marqué le début d'une nouvelle journée de mobilisations de masse à travers la France. Depuis près de deux mois — sous l'impulsion des revendications des étudiants du secondaire et de l'enseignement supérieur en faveur d'un meilleur système éducatif public — des centaines de milliers de personnes participent aux manifestations contre les politiques du président Emmanuel Macron et des gouvernements successifs.
Selon les syndicats étudiants, au moins 500 000 personnes ont participé aux manifestations samedi, dont 200 000 dans la capitale.
"Nous en sommes désormais à la sixième semaine de mobilisation des lycéens et, plus largement, de la jeunesse", a déclaré à BreakThrough News Christophe Benoît, secrétaire général adjoint de la Confédération générale du travail (CGT) à Lille.
"C'est un mouvement bien résumé par les propos d'un lycéen s'exprimant lors d'une récente assemblée : 'Nous voyons les difficultés sociales de nos parents, et nous y voyons le reflet de notre propre avenir'".
Les élèves et les jeunes ont formulé des revendications pour renforcer le système éducatif public en France. Celles-ci comprennent notamment des investissements dans les infrastructures scolaires, la suppression de la plateforme d'orientation Parcoursup et la garantie d'un accès juste et équitable à l'enseignement supérieur.
Leurs revendications sont clairement liées aux griefs soulevés par d'autres mouvements pendant la présidence de Macron, qui ont mis en garde contre les conséquences dévastatrices du report de l' âge de la retraite, de l'érosion des droits du travail et de l'absence de mesures face à la crise du coût de la vie.
"Contre la politique de Macron"
S'exprimant depuis la manifestation de samedi à Paris, Maurizio Coppola, de l'Assemblée internationale des peuples (IPA), a souligné que les manifestations sont organisées "contre les mesures d'austérité, contre la politique de Macron. Ces dix dernières années", a ajouté M. Coppola, "ces politiques ont démantelé les salaires et les services sociaux".
La convergence du mouvement des jeunes et des étudiants avec les syndicats et des mouvements comme celui des Gilets jaunes a profondément ébranlé la position de Macron et du Premier ministre Sébastien Lecornu. Face à une mobilisation générale fondée sur des revendications clairement progressistes, les autorités ont réagi par la violence : des dizaines de blessés et des milliers d'étudiants interpellés ont été recensés depuis le début des manifestations.
Un virage autoritaire en France ?
La réponse de l'État s'est avérée si ouvertement violente qu'elle a suscité de vives inquiétudes parmi les organisations de défense des droits de l'homme. Amnesty International France a replacé certains aspects de cette réponse dans le contexte d'un éventuel virage autoritaire des autorités du pays.
"Un État qui adopte des pratiques autoritaires cherche à faire taire les voix dissidentes en restreignant l'espace d'expression", ont-ils écrit. "En France aujourd'hui, le droit de manifester est gravement menacé, avec une série d'interdictions de manifestation, d'arrestations et de répression policière".
Le gouvernement a également tenté de décourager la participation aux mobilisations en imposant interdictions et restrictions de manifestation.
Entre autres, le tracé de la marche de samedi à Paris a fait l'objet d'un litige devant les tribunaux jusqu'à la toute dernière minute. Alors que les syndicats et les associations étudiantes réclamaient une marche dans le centre de Paris, la préfecture de police a insisté pour la déplacer vers une zone plus éloignée.
Les organisateurs ont contesté ces restrictions devant les tribunaux, avertissant que cette décision risque non seulement de semer le chaos, mais constitue également une atteinte notable au droit de manifester.
Même si les tribunaux se sont prononcés en faveur des organisateurs, le Conseil d'État — instance qui fait office de plus haute juridiction administrative et de conseiller du gouvernement — a infirmé cette décision et imposé des modifications de dernière minute. Les manifestants de Paris ont tout de même pris part à la manifestation, tout comme des milliers de personnes sont descendues dans les rues d'autres villes.
Grève générale du 5 novembre
Le succès du mouvement continue d'encourager de nouvelles mobilisations, notamment une grève générale le 5 novembre.
"C'est une grève générale contre Macron, son système et l'économie de guerre qu'il a mise en place", a déclaré Coppola. "Cette solidarité ne peut être stoppée par quelques mesures mineures. Cette solidarité ne peut être stoppée par la répression que l'État français exerce sur le mouvement".
"Il s'agit de savoir quel type de société nous voulons", a souligné Benoît, en référence à la grève générale. "Il est absolument essentiel que le mouvement syndical unisse ses forces à celles de la jeunesse pour obtenir de réelle avancées — pour l'ensemble de la population aussi — face aux politiques capitalistes dont nous souffrons en France depuis des décennies maintenant. Nous avons besoin d'un grand mouvement, d'un mouvement de masse, et nous devons nous attaquer à ceux qui prennent réellement les décisions dans ce pays, c'est-à-dire les patrons".
Jeudi dernier, la CGT à elle seule avait déjà recensé 185 annonces d'actions de grève en vue du 5 novembre. Les syndicats étudiants ont annoncé des actions supplémentaires pour la semaine prochaine, notamment un appel à l'occupation des lycées et des universités, pour soutenir la grève générale et les revendications des manifestants.
Ana Vračar
Article original en anglais : France's Youth Mobilise, Savage Minds, le 1er novembre 2026.
Traduit par Spirit of Free Speech
Image en vedette: Un manifestant donne un coup de pied dans une grenade lacrymogène à Charenton, à l'est de Paris, alors que des échauffourées ont éclaté entre des manifestants et les forces de l'ordre vers la fin du défilé. Crédit photo © Abdul Saboor
La source originale de cet article est Savage minds
Copyright © Ana Vračar, Savage minds, 2026
Par Ana Vračar