Soldats de l'armée israélienne lors d'une opération à Jénine, en Cisjordanie occupée, janvier 2025 (Service de presse de l'armée israélienne / Wikimedia Commons / CC BY-SA 3.0)
Extension des confiscations de terres, restrictions militaires, déplacements massifs de population et plus de 100 nouvelles colonies juives ont transformé un territoire déjà fragmenté - ainsi que le tissu même de la vie palestinienne.
Au cours des quatre dernières années, la Cisjordanie occupée a connu une transformation profonde sous l'action du gouvernement israélien sortant. En particulier depuis le 7 octobre 2023, Israël a intensifié ses opérations militaires, étendu les colonies et les avant-postes, imposé de vastes restrictions à la circulation des Palestiniens, renforcé son contrôle sur de vastes zones et remodelé le statut juridique du territoire.
Ce qui était déjà un paysage fragmenté, divisé par des postes de contrôle, des colonies et des zones militaires fermées, est devenu de plus en plus difficile à parcourir pour les Palestiniens, et plus encore à habiter. Des routes qui reliaient autrefois les communautés sont désormais bloquées, des villages sont de plus en plus isolés et des lieux où l'activité de colonisation était restée limitée pendant des décennies sont aujourd'hui confrontés à une présence israélienne grandissante. Pour de nombreux Palestiniens, ces changements ont fondamentalement modifié leur rapport à leur terre, à leurs moyens de subsistance et à leur sentiment de sécurité.
Depuis le début de l'année 2023, des soldats et des colons israéliens ont tué au moins 1 341 Palestiniens en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est. Les pogroms de colons soutenus par l'État - qui ne retiennent généralement l'attention des médias que lorsque leurs victimes sont des ressortissants étrangers - ont entraîné le déplacement total ou partiel d'au moins 127 communautés palestiniennes. Les opérations militaires israéliennes en cours dans trois camps de réfugiés du nord du territoire ont privé 30 000 Palestiniens de leur logement, tandis que 3 000 autres ont été déplacés ces derniers jours dans le cadre d'une nouvelle opération menée dans la ville d'Hébron.
Au cours de la même période, le gouvernement sortant a approuvé au moins 103 colonies juives, notamment dans la zone controversée E1, avec pour objectif déclaré d'empêcher toute possibilité de création d'un État palestinien territorialement continu.
Mais la transformation de la Cisjordanie ne peut se mesurer uniquement à l'aune de ces chiffres. Dans l'ensemble du territoire, des gestes aussi ordinaires que se rendre à l'école, rendre visite à des proches, cultiver des terres agricoles ou accéder à un hôpital sont devenus des activités marquées par l'incertitude et le danger.
Cette transformation se manifeste également dans les petits détails du quotidien : un père près de Jénine qui craint de laisser sa famille seule à la maison ; un agriculteur aux environs d'Hébron qui, après avoir perdu son permis de travail en Israël, s'est tourné vers la culture de ses terres, avant d'être blessé par balle alors qu'il tentait de protéger ses oliviers ; une famille de Masafer Yatta qui a recouvert ses fenêtres de grillage métallique pour empêcher les colons de l'attaquer à l'intérieur de son domicile.
Les changements ont été particulièrement marqués dans les zones déjà vulnérables à l'expansion des colonies et aux restrictions militaires : de la vallée du Jourdain septentrionale aux villages situés à l'est de Ramallah, en passant par les communautés des collines du sud d'Hébron. Mais, de plus en plus, les colons établissent de nouveaux avant-postes et s'emparent de terres dans des zones qui relèvent officiellement de la juridiction de l'Autorité palestinienne (AP).
Les opérations et les restrictions militaires ont aggravé ces pressions, tandis que la perte des emplois en Israël et l' aggravation de la crise financière dans laquelle Israël a plongé l'AP ont encore davantage fragilisé les conditions de vie. Même Ramallah, capitale administrative de la Cisjordanie, longtemps considérée comme relativement épargnée par certaines des réalités les plus brutales de l'occupation, éprouve de plus en plus de difficultés à préserver une apparence de normalité.
L'effet cumulatif de ces évolutions - que l'organisation israélienne de défense des droits humains B'Tselem a qualifié de " projet d'élimination" - a été de fragmenter davantage la société palestinienne sur les plans géographique, économique et social.
Ce projet d'enquête de +972 Magazine et de Local Call retrace ces changements à travers les vies de Palestiniens vivant dans l'ensemble du territoire. Leurs témoignages révèlent comment l'occupation israélienne s'est faite plus intrusive, comment les frontières entre les colons et l'armée se sont de plus en plus estompées et comment les pressions cumulées de ces quatre dernières années ont transformé la vie quotidienne. Ils racontent également l'histoire d'un peuple qui lutte pour préserver une certaine normalité, protéger ses familles et rester sur ses terres, alors même que l'espace dans lequel il peut vivre en sécurité ne cesse de se réduire.
Pris ensemble, ces témoignages dressent le portrait d'un territoire en pleine transformation - non seulement sur la carte, mais aussi dans les aspects les plus intimes de la vie palestinienne.
Aba Ash-Sharqiyah : le retour des colonies évacuées
Une petite balançoire est suspendue près de l'entrée de la maison de Qusai Hijazi, à Aba Ash-Sharqiyah, à l'est de Jénine. Pour Hijazi, père de trois enfants et marié, cette maison située sur une colline représentait la vie qu'il souhaitait construire : un havre de sécurité pour sa famille et un avenir pour ses enfants. Aujourd'hui, pourtant, il craint même de sortir de chez lui.
Sa maison donne sur Ganim et Kadim, deux colonies israéliennes démantelées en 2005, parallèlement au "désengagement" israélien de Gaza, mais rétablies au début de cette année après que le gouvernement a abrogé certaines dispositions de la loi sur le désengagement qui interdisaient l'accès à ces zones.
Le retour des colons - accompagné d'ordres de confiscation de terres, de démolitions, de nouvelles routes desservant les colonies et d'une présence militaire croissante - transforme le paysage environnant ainsi que la vie des Palestiniens qui y habitent.
"Je ne sors plus du tout de la maison, alors que cette terre m'appartient", a déclaré Hijazi en montrant ses oliviers. Il a également reçu une notification de l'armée israélienne lui ordonnant d'arrêter les travaux de construction de sa maison, l'empêchant notamment de construire un escalier menant au toit.
La peur de Hijazi concerne également la sécurité de sa femme et de ses enfants, qu'il redoute de laisser seuls en cas d'attaque de colons. "Avant de partir travailler, j'emmène ma femme rendre visite à sa famille ou ailleurs", a-t-il expliqué. "Même lorsque je vais au supermarché, je les emmène avec moi."
Cette vigilance permanente a également eu des conséquences sur ses moyens de subsistance. "Les choses sont devenues difficiles. J'ai perdu la moitié de mon travail parce que je dois être ici", a-t-il déclaré. Il travaillait auparavant en Israël, mais, à la suite de l'annulation des permis après le 7 octobre, il s'est tourné vers l'agriculture, qui ne suffit pas à subvenir aux besoins de sa famille.
Aba Ash-Sharqiyah fait partie de plusieurs villages de la région de Jénine qui n'avaient connu que peu ou pas d'activité de colonisation pendant plus de deux décennies, mais qui sont désormais confrontés à une reprise de l'expansion des colonies, à des restrictions militaires et à des menaces de violences de la part des colons. Parmi les Palestiniens qui subissent ces changements, la crainte grandit que ces pressions cumulées ne visent pas simplement à les intimider et à rendre leur vie plus difficile, mais, à terme, à les contraindre à quitter leurs terres.
Walid Habbas, chercheur au Forum palestinien pour les études israéliennes (MADAR), estime que ces évolutions reflètent un changement politique plus large dans l'approche israélienne de la Cisjordanie, qu'il attribue en partie à l'influence grandissante de la droite religieuse.
Selon lui, la position d'Israël est claire : "Nous ne voulons plus gérer la vie des Palestiniens ; nous voulons les déplacer."
Habbas identifie trois évolutions interdépendantes qui se sont accélérées sous le gouvernement sortant et qui affectent la manière dont les habitants organisent leur vie quotidienne.
La première est économique : la perte des emplois en Israël, la rétention des recettes fiscales palestiniennes et la perturbation des voies de transport ont renforcé l'isolement et la fragmentation de l'économie palestinienne. Les postes de contrôle et les fermetures de routes rendent de plus en plus difficile le transport des marchandises entre les villes, fragilisant les entreprises et les moyens de subsistance.
"Chaque ville est devenue indépendante des autres", explique Habbas, décrivant comment les restrictions de circulation peuvent empêcher une entreprise laitière de Bethléem de distribuer ses produits à Naplouse ou à Qalqilya.
La deuxième évolution est l'intensification et l'extension des violences commises par les colons. Les Palestiniens ont de plus en plus peur de circuler entre les communautés, de travailler leurs terres ou même de quitter leur domicile.
La troisième, et peut-être la plus lourde de conséquences, est la montée de la peur du déplacement. Habbas souligne que les discussions sur les déplacements forcés, qui se sont intensifiées pendant le génocide à Gaza, font de plus en plus partie des conversations quotidiennes en Cisjordanie.
Ces craintes, ajoute-t-il, sont renforcées par le sentiment largement répandu parmi les Palestiniens de ne disposer d'aucune direction politique efficace, de bénéficier de peu de soutien de la part des gouvernements arabes et de ne plus croire que le droit international pourra les protéger. "Il est impossible de trouver un Palestinien qui ne parle pas de déplacement", affirme-t-il.
Quant à Hijazi, il explique qu'après avoir demandé un avis juridique au sujet des ordres d'arrêt des travaux émis par l'armée israélienne, il craint que ceux-ci ne débouchent finalement sur des ordres de démolition et d'évacuation, contraignant sa famille à quitter son domicile.
"Si cela arrive, je quitterai la maison plutôt que de regarder quelque chose arriver à ma famille", a-t-il déclaré.
Al-Lubban Ash-Sharqiyah : un kiosque au bord de la route
Vers minuit, le 7 octobre 2026, des colons israéliens sont entrés dans un petit café et relais routier situé près du village d'Al-Lubban Ash-Sharqiyah, au sud de Naplouse, et ont planté des dizaines de drapeaux israéliens devant son entrée. Selon le propriétaire du café, Muayyad Oweis, dont la maison se trouve juste derrière le kiosque, ils sont revenus le lendemain et l'ont averti qu'il ne devait pas retirer les drapeaux.
Le café se trouve le long de la route principale reliant Naplouse à Ramallah, un itinéraire emprunté aussi bien par les Palestiniens que par les colons israéliens. Pour Oweis, dont le café assure les moyens de subsistance de huit personnes, ces drapeaux constituent le dernier épisode d'une série de menaces qui lui font craindre pour sa famille et son commerce.
Son expérience reflète une réalité plus générale qui s'installe dans toute la Cisjordanie, où l'intimidation et les violences croissantes des colons rendent même les activités ordinaires - tenir un commerce, se déplacer entre les villes ou simplement rester chez soi en sécurité - de plus en plus dangereuses.
"Nous souffrons des colons et de leurs attaques. Cela arrive tous les jours", déplore-t-il.
Oweis explique que son café a déjà été incendié et qu'il a également reçu des appels téléphoniques harcelants. Il estime que le dernier incident s'inscrit dans une tentative de le pousser, lui et d'autres Palestiniens, à quitter la région. "Ils ne veulent pas de moi ici. Ils ne veulent pas de nous tous ici, du peuple palestinien."
Désormais, Oweis craint que le fait de retirer les drapeaux ne provoque une nouvelle attaque, alors même que leur présence constitue un rappel permanent des menaces qui pèsent sur lui. Sa plus grande inquiétude concerne ses enfants, qui vivent avec lui dans une maison située à proximité.
"J'ai de jeunes enfants. J'ai peur pour eux, pas pour moi", dit-il. "Si je retire les drapeaux, ils pourraient venir me tuer ou faire du mal à mes enfants."
Il estime qu'il ne peut guère compter sur l'armée israélienne pour obtenir de l'aide. Selon lui, les soldats ont assisté à la plantation des drapeaux par les colons sur sa propriété sans intervenir. "À qui vais-je me plaindre ? À l'armée ? Ils ne feront rien."
Al-Mughayyir : un village assiégé
À Al-Mughayyir, un village d'environ 3 000 Palestiniens situé à l'est de Ramallah, les habitants se retrouvent désormais pratiquement assiégés. La communauté est encerclée par au moins 11 avant-postes de colons, dont certains ont été établis sur des terres classées en zone B, où l'AP est responsable des affaires civiles, tandis qu'Israël conserve le contrôle général de la sécurité. L'armée israélienne a bloqué l'entrée est du village, tandis que les colons ont fermé deux autres routes qui le reliaient à la localité voisine de Turmus Ayya.
Même l'étroit itinéraire restant, qui traverse la plaine de Marj Siya et où les villageois risquent d'être attaqués par les colons installés dans les avant-postes voisins, est fréquemment fermé par l'armée pendant plusieurs heures. Selon les habitants, les soldats soumettent les automobilistes de passage à des fouilles accompagnées de passages à tabac, d'humiliations et de vols.
Depuis octobre 2023, la pression conjuguée des violences des colons, des restrictions militaires et de la perte d'accès aux terres environnantes a rendu la vie quotidienne à Al-Mughayyir de plus en plus intenable. Les habitants décrivent une communauté qui peine à maintenir les aspects les plus élémentaires d'une vie ordinaire, comme aller travailler, se rendre à l'école, accéder à un hôpital ou rendre visite à des proches - autant d'activités désormais plongées dans l'incertitude et la peur.
Le durcissement des restrictions a isolé Al-Mughayyir des communautés voisines. Un habitant d'une vingtaine d'années, qui a demandé à rester anonyme par crainte de représailles, explique que les habitants des villages voisins ont, pour la plupart, cessé de venir, tandis que même les enseignants ont peur de se rendre à l'école locale. Les habitants évitent de sortir pour des soins médicaux ordinaires et les travailleurs craignent d'être arrêtés aux postes de contrôle, où ils risquent de perdre leur argent ou leurs effets personnels.
La pression s'est également étendue aux terres agricoles environnantes. En août 2025, l'armée israélienne a arraché des milliers d'oliviers dans la partie orientale du village, restreignant davantage encore l'accès des habitants à des terres qui assurent depuis longtemps leurs moyens de subsistance.
L'habitant raconte une attaque survenue en août sur la dernière route permettant d'entrer dans le village et d'en sortir. Elle impliquait un Palestinien qui avait été libéré d'une prison israélienne la veille. Cet homme se rendait à l'hôpital pour récupérer les résultats de ses examens médicaux lorsque des colons lui ont tendu une embuscade, l'aspergeant de gaz poivre et le frappant, ainsi que son frère et sa sœur.
Lorsque d'autres habitants sont venus voir ce qui se passait, ils ont rencontré des colons qui lançaient des pierres, tiraient des coups de feu et incendiaient des biens, raconte l'homme. Des soldats israéliens sont ensuite arrivés et ont tiré des gaz lacrymogènes sur les Palestiniens, empêchant une ambulance d'atteindre les blessés pendant environ deux heures, selon son témoignage.
Il estime que ces violences et ces restrictions font partie d'une entreprise plus vaste visant à chasser les Palestiniens du village. "Leur objectif est de nous expulser, tout le village, et de s'installer ici", affirme-t-il. Il se souvient qu'un colon lui a dit : "Ta terre n'est pas ici, tu iras ailleurs ; cette terre appartient à nos pères et tu partiras bientôt."
Pour Rabea Abu Naim, 35 ans, militant qui a passé neuf mois en détention administrative israélienne - une forme d'incarcération sans inculpation ni procès - avant d'être libéré en juillet, la vie à Al-Mughayyir ressemble désormais à une autre forme d'emprisonnement.
Même les activités les plus ordinaires nécessitent aujourd'hui de calculer le risque de croiser des colons ou des soldats. "Dans chaque maison du village, vous trouverez un martyr, un prisonnier ou une personne blessée", dit-il.
Les violences ont eu des conséquences dévastatrices pour le village. Depuis octobre 2023, neuf habitants ont été tués par des tirs de soldats et de colons israéliens, selon les informations recueillies dans le cadre de cette enquête. Parmi eux figurait Fadi Na'asan, âgé de 17 ans, qui a été abattu par des soldats en juillet alors qu'il tentait de venir en aide à une famille palestinienne dont la maison avait été envahie par des colons à la périphérie du village.
Fadi était un passionné de football. Son père, Hamdallah, se souvient que son fils rentrait de l'école, déposait son sac à dos, prenait son sac de sport et partait directement à l'entraînement.
"Depuis l'âge de 12 ans, il adorait jouer", raconte son père. "C'était un joueur essentiel de l'équipe et il marquait beaucoup de buts pendant les matchs."
Une autre victime, Khalil Abu Alia, âgé de 16 ans, a été tué lors d'une incursion impliquant des soldats et des colons. Son père, Rasem, se souvient être sorti avec sa famille après le coucher du soleil pour voir ce qui se passait dans la rue. Ils se tenaient parmi d'autres habitants lorsque Khalil a reçu une balle dans le dos.
Khalil était dans la même classe qu'Aws Al-Na'asan, un autre élève tué par balle en mai. Selon Rasem, quatre élèves de la classe de son fils ont été tués au cours des trois dernières années. Pour ceux qui sont encore en vie, les violences jettent une ombre sur leur éducation et laissent de nombreux enfants dans la peur de reprendre leurs études.
Lors des funérailles de Khalil, sa grand-mère, Samar, a évoqué l'avenir dont son petit-fils ne pourrait jamais profiter. "Quels rêves ?", a-t-elle demandé. "Il n'y a pas de rêves ici, dans notre village."
Turmus Ayya : la prise de contrôle s'étend à la zone B
Hanan Hamayel regardait la télévision chez elle, à Turmus Ayya, au nord-est de Ramallah, lorsqu'elle a entendu une agitation à l'extérieur. En regardant par la fenêtre, elle a aperçu plus de dix colons israéliens qui lançaient des pierres. Elle s'est précipitée sur le balcon et s'est mise à appeler à l'aide. "Je ne savais pas quoi faire d'autre", raconte-t-elle.
L'attaque du 16 octobre s'inscrivait dans une vague de violences commises par des colons contre des communautés palestiniennes pendant la dernière récolte annuelle des olives. À Turmus Ayya, des colons ont attaqué des cueilleurs d'olives près de maisons d'habitation, blessant un habitant à la tête et incendiant des véhicules ainsi qu'une partie d'une maison, selon les habitants.
Le même jour, des colons ont attaqué des récoltants palestiniens dans le village voisin de Khirbet Abu Falah. Plusieurs journalistes étaient présents, notamment Heidi Levine, du Washington Post, qui a été frappée et grièvement blessée par un groupe de colons masqués.
Au cours des trois premières semaines d'octobre, la Commission de l'AP chargée de la colonisation et de la résistance au mur a recensé 317 attaques de colons israéliens contre des récoltants palestiniens d'olives et 92 attaques de l'armée.
Ces violences témoignent d'une tendance qui s'étend dans cette partie de la Cisjordanie, où les colons ont établi des avant-postes profondément à l'intérieur de la zone B. Dans les villages autour de Ramallah et de Naplouse, les attaques des colons atteignent de plus en plus les zones résidentielles, menaçant non seulement l'accès des Palestiniens à leurs terres agricoles, mais aussi leur capacité à rester en sécurité dans leurs propres maisons. Dans certaines communautés, cette pression a déjà contraint des familles à fuir, tandis que leurs tentatives de retour ont été accueillies par de nouvelles violences.
Quelques semaines auparavant, le 5 septembre, l'ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, s'était rendu à Turmus Ayya, où vivent de nombreux Palestiniens possédant la citoyenneté américaine, et avait condamné les violences des colons. Mais les attaques se sont poursuivies, laissant des habitantes comme Hamayel dans la crainte de sortir, même pendant la récolte des olives, une saison traditionnellement consacrée au travail de la terre en famille et entre voisins.
"Les colons sont ici 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Ils vont et viennent, semant la terreur. Où est la sécurité ?", demande-t-elle.
"Ils viennent tous les jours, à toute heure ; nous ne pouvons ni sortir pour cueillir les olives ni même quitter la maison", poursuit-elle. "Leur objectif est de nous effrayer, de semer la terreur. Ils veulent nous expulser et nous tuer, mais nous ne quitterons pas nos maisons."
Jalud : aucun retour possible à la maison
La pression s'intensifie également dans un groupe de villages situés au sud de Naplouse, entre la route 60 et la route 5, notamment Jalud, Talfit et Qusra. Dans cette région, les colons ont établi des avant-postes sur des sommets stratégiques dominant les communautés palestiniennes et menaçant l'accès des habitants à leurs maisons et à leurs terres agricoles.
En janvier de cette année, des colons ont établi l'avant-poste de Tel Talpiyot sur une colline entre les villages, profondément à l'intérieur de la zone B. D'autres campements de colons sont ensuite apparus dans les environs, dont un à proximité des maisons de la famille Tubasi, à la périphérie de Jalud.
Après des mois de harcèlement et d'attaques répétées, les membres de cette famille ont été contraints d'abandonner leurs maisons en juillet. Des colons s'étaient installés aux abords de leurs habitations, rendant impossible pour la famille d'y rester en sécurité.
La famille a saisi la Haute Cour de justice israélienne, qui a ordonné aux autorités, en septembre, d'organiser le retour des habitants déplacés. Mais lorsque des soldats israéliens ont tenté d'escorter la famille jusqu'à ses maisons, dans la nuit du 28 septembre, un important groupe de colons a attaqué à la fois les habitants qui revenaient et les forces de sécurité.
Les colons ont bloqué les routes, lancé des pierres et déclenché des incendies, contraignant les soldats à évacuer la famille au lieu de permettre son retour. Deux des maisons de la famille ont été incendiées et largement vandalisées, les rendant inhabitables sans d'importants travaux de réparation.
Pour Muhammad Tubasi, cet échec du retour n'a fait qu'accentuer ses doutes quant à la volonté des autorités israéliennes de protéger sa famille ou de faire appliquer la décision du tribunal. Il s'est demandé si l'opération avait été suffisamment coordonnée pour garantir leur sécurité ou si elle avait simplement été destinée à montrer au tribunal qu'une tentative de retour avait été effectuée.
Tubasi a également contesté la présentation faite par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu des colons violents comme constituant un groupe relativement restreint de 150 jeunes extrémistes, distinct du mouvement de colonisation dans son ensemble.
"Rien que chez moi, il y avait 150 colons", a-t-il déclaré. "Est-ce que tous les jeunes des collines de Cisjordanie sont venus ici ? Et s'ils ne sont que 150, votre gouvernement est-il incapable de gérer un nombre aussi réduit ? Ce n'est tout simplement pas vrai."
Pour la famille, cependant, la question immédiate est de savoir si elle pourra un jour retourner sur sa propriété. Après avoir vu les photographies des destructions, Tubasi a eu du mal à imaginer comment ils pourraient y reconstruire leur vie.
"Comment pouvons-nous revenir ?", demande-t-il. "J'ai vu les photos, il ne reste plus rien - tout doit être reconstruit depuis le début."
E1 : la route vers la fragmentation
La petite communauté bédouine de Khan Al-Ahmar, à l'est de Jérusalem, est devenue un symbole de la résistance palestinienne au projet de colonisation israélien E1.
Le projet de construction a été gelé pendant des années face aux pressions internationales, laissant l'avenir de la communauté dans l'incertitude. Mais les autorités israéliennes ont désormais commencé à faire avancer les projets de développement de cette zone stratégique située entre Jérusalem-Est occupée et la colonie de Ma'ale Adumim. Cela signerait la disparition de Khan Al-Ahmar - et, pour beaucoup, celle de la solution à deux États.
"E1, c'est comme un cancer", a déclaré Eid Jahalin, un responsable de la communauté. "Si le gouvernement en prend ne serait-ce qu'une partie, la solution à deux États est terminée."
En plus de compromettre la perspective d'un État palestinien territorialement continu en coupant le territoire en deux, le projet menace de fragmenter davantage les villes palestiniennes de Cisjordanie, en perturbant les liaisons entre Ramallah, Jérusalem-Est et Bethléem. Mais pour les Palestiniens qui vivent dans le corridor de colonisation envisagé et aux alentours, les conséquences dépassent la seule question de l'avenir politique du territoire.
Les projets d'expansion des colonies et de restriction de l'accès à la région environnante menacent déjà les communautés et leurs moyens de subsistance, rendant difficile pour les habitants de rester sur leurs terres ou de circuler librement entre les villes et les villages.
"Comment notre vie a-t-elle changé ? Il y a des colons ici, là-bas et partout", explique Jahalin.
En décembre dernier, le gouvernement israélien a publié un appel d'offres portant sur plus de 3 400 logements dans la zone E1, avant de lancer un autre appel d'offres en août. Les autorités font également avancer les projets de construction d'une route qui détournerait la circulation palestinienne de la colonie de Ma'ale Adumim, permettant potentiellement à Israël de restreindre l'accès des Palestiniens au corridor E1.
En mai de cette année, les autorités israéliennes ont démoli des dizaines de commerces et d'autres structures commerciales à l'entrée est d'Al-Eizariya, une ville palestinienne située au sud-est de Jérusalem. Selon l'organisation israélienne de surveillance de la colonisation Peace Now, ces démolitions semblaient liées aux projets de construction de la nouvelle route.
Parmi ceux qui ont perdu leur commerce figure Amir Abu Zahou, qui vend désormais des jouets dans une boutique de fortune après la démolition de son magasin. Originaire de Jénine, Abu Zahou s'était installé à Al-Eizariya environ deux ans auparavant à la recherche d'un moyen de subsistance. "Nous avançons jour après jour. Certains jours, les affaires marchent bien", explique-t-il.
Mais même lorsque son magasin est ouvert, les postes de contrôle israéliens et les fermetures de routes peuvent immobiliser les automobilistes pendant des heures, ce qui rend difficile l'arrivée de clients. "Parfois, les embouteillages ici remontent jusqu'à Hébron", dit-il. "Qui a envie d'acheter quoi que ce soit lorsqu'il est coincé dans les embouteillages pendant trois heures ?"
Idhna : deux fois privé de ses moyens de subsistance
Pendant 38 ans, Ismail Tmaizi a gagné sa vie en travaillant en Israël. Mais après le 7 octobre, les autorités israéliennes ont révoqué son permis de travail, le laissant sans revenu. Devant subvenir aux besoins de son épouse, de ses enfants et de ses petits-enfants dans sa ville natale d'Idhna, au nord-ouest d'Hébron, il s'est tourné vers les terres qu'il possédait.
Tmaizi a commencé à remettre en état une parcelle de deux dunams dans le secteur d'Al-Jalatiya, à environ un kilomètre des colonies israéliennes d'Adora et de Telem. Il y a planté des oliviers, du blé, de l'orge et des cultures saisonnières, dans l'espoir que cette terre fournisse à sa famille une autre source de revenus. Mais ce qui avait commencé comme une tentative de retrouver une certaine stabilité financière allait finalement aboutir à la perte dévastatrice de toute possibilité de gagner sa vie.
Les colons ont de plus en plus pris pour cible les agriculteurs de la région, explique Tmaizi : ils se sont emparés d'une source utilisée pour l'irrigation, ont chassé des habitants de leurs terres et ont fait paître leurs moutons dans des champs cultivés. Ils ont également endommagé des clôtures et des murs de pierre, tenté de voler du bétail et incendié des champs de blé et d'orge, empêchant ainsi les agriculteurs de récolter leurs cultures.
Parallèlement, selon les habitants, l'entrée principale d'Idhna est restée fermée pendant environ deux ans, limitant l'accès aux emplois, aux terres agricoles et aux services essentiels, tout en accentuant les difficultés de l'économie locale.
Le 12 juin, des propriétaires fonciers locaux ont organisé des prières du vendredi sur leurs terres agricoles pour protester contre les attaques. Tmaizi ne les a pas rejoints dans un premier temps, car il travaillait à l'aménagement d'une pièce pour son fils sur le toit de sa maison.
Ce matin-là, raconte-t-il, des messages ont commencé à circuler sur WhatsApp et dans les groupes d'information locaux, signalant que des colons et des soldats israéliens avaient attaqué les manifestants à l'aide de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes. Peu après, le frère de Tmaizi, Mohammed, l'a appelé pour l'avertir que des colons avaient mis le feu à des champs près de sa propriété et que les flammes se propageaient vers ses oliviers.
"Il m'a demandé de venir rapidement et d'ouvrir le portail pour que je puisse empêcher le feu d'atteindre les terres", raconte Tmaizi.
Il est arrivé vers 12 h 30 et a vu les flammes se rapprocher de sa parcelle. Sur une colline voisine, où des tentes et des drapeaux israéliens avaient été installés, Tmaizi pouvait voir des soldats et une trentaine de colons, dont certains étaient armés et masqués.
Tmaizi a ouvert le portail et s'est précipité à l'intérieur pour combattre l'incendie. Alors qu'il transportait de l'eau vers les flammes et tentait de les éteindre près de la clôture, un colon lui a tiré dans le dos.
Il a été transporté d'urgence à l'hôpital Al-Ahli d'Hébron, où il a subi une opération d'environ quatre heures et demie. Une partie de la balle est restée logée près de sa moelle épinière. Il a passé 21 jours à l'hôpital, dont 13 en soins intensifs.
Par la suite, avec l'aide de son frère et de militants israéliens, il a obtenu un permis pour se rendre au centre médical Shaare Zedek, à Jérusalem, afin d'y recevoir des soins complémentaires. Là-bas, raconte Tmaizi, les médecins lui ont diagnostiqué une paraplégie et lui ont annoncé qu'il ne marcherait plus.
Sa blessure l'a laissé alité dans un lit médicalisé, incapable de travailler ou de subvenir aux besoins de sa famille. Après avoir travaillé près de quatre décennies en Israël, puis tenté de gagner sa vie grâce à l'agriculture, il se retrouve désormais privé de ses deux sources de revenus.
"Je ne suis pas allé sur mes terres pour attaquer qui que ce soit", dit-il. "J'y suis allé pour les protéger du feu. Cette terre m'appartient. Je voulais simplement sauver mes oliviers, et je me suis retrouvé paralysé."
Hébron : vivre dans une enceinte militaire
Lorsque Fahd Al-Jabari et son père, Nasser, ont été blessés par balle le 16 août lors d'une attaque de colons à Hébron, une ambulance est rapidement arrivée pour les évacuer vers l'hôpital. Mais pendant environ 45 minutes, les deux hommes, âgés respectivement de 43 et 64 ans, sont restés étendus, en train de perdre leur sang, tandis que des soldats les empêchaient d'être rejoints par l'ambulance.
C'est ce que rapporte Areej Al-Jabari, leur voisine, qui a filmé la scène. Elle se souvient du sang, des cris des enfants et du sentiment d'impuissance qu'elle a éprouvé en regardant les deux hommes blessés attendre des soins médicaux.
Al-Jabari, âgée de 42 ans, mère de cinq enfants, militante des droits humains et décoratrice d'intérieur qui apporte également son soutien aux femmes de sa communauté, vit à Wadi Al-Hussein, près de la vieille ville d'Hébron, dans le secteur connu sous le nom de H2. Cette partie de la ville, qui représente un cinquième de sa superficie totale, abrite environ 35 000 Palestiniens vivant sous le contrôle permanent des soldats israéliens, aux côtés d'environ 800 colons israéliens qui continuent de s'emparer de maisons palestiniennes.
La maison d'Al-Jabari se trouve à côté de Beit HaShalom, un bâtiment de quatre étages dont les colons ont pris le contrôle il y a environ quinze ans.
Depuis octobre 2023, les restrictions israéliennes de longue date imposées à la vie des Palestiniens dans le secteur H2 se sont intensifiées, transformant les activités quotidiennes en entreprises parfois dangereuses. De nouveaux postes de contrôle militaires et des couvre-feux de plus en plus fréquents ont rendu plus difficile pour les habitants l'accès aux écoles, aux lieux de travail, aux mosquées et aux hôpitaux, tandis que les attaques des colons ont encore aggravé leur sentiment d'insécurité.
"Nos vies ont radicalement changé", explique Al-Jabari. "La rue est fermée et la zone est soumise à de sévères restrictions et à des couvre-feux. Lorsque nous avons besoin d'acheter des produits de première nécessité, nous devons nous rendre dans le secteur H1, car aucun magasin n'est ouvert ici. Nous vivons pratiquement dans une enceinte fermée."
Sept postes de contrôle divisent le quartier, précise-t-elle, séparant les habitants les uns des autres et restreignant leurs déplacements. Les couvre-feux peuvent durer plusieurs jours, notamment pendant les fêtes juives. Au cours des premiers mois de la guerre, les habitants n'étaient parfois autorisés à quitter leur domicile qu'une heure le matin et une autre le soir.
Les conséquences peuvent être particulièrement graves en cas d'urgence médicale. Pour se rendre à l'hôpital, il peut être nécessaire de se coordonner avec les autorités israéliennes, et les ambulances ne sont pas toujours autorisées à pénétrer dans la zone. "Si quelqu'un tombe malade ou est [blessé], l'ambulance ne peut pas nous atteindre facilement, même lorsqu'elle ne se trouve qu'à quelques pas", explique Al-Jabari.
Elle évoque les tirs contre Fahd et Nasser comme l'un des exemples les plus bouleversants. "Ils ont été laissés en train de perdre leur sang pendant longtemps, environ 45 minutes, alors que l'ambulance était tout près. Nous étions en contact avec l'ambulance, mais elle n'était pas autorisée à les rejoindre."
Bien que les attaques contre les habitants, les maisons et les véhicules soient antérieures à octobre 2023, Al-Jabari affirme qu'elles sont devenues plus dangereuses depuis cette date, notamment parce que davantage de colons se sont procuré des armes. Elle décrit des jeunes hommes battus par des soldats, dont les téléphones sont fouillés et qui sont placés en détention pendant sept ou huit heures. Al-Jabari elle-même a été agressée par un colon qui a lancé une pierre contre sa voiture, brisant une vitre.
Elle se souvient de plusieurs autres incidents. Dans l'un d'eux, un soldat et un colon sont entrés dans une mosquée et ont diffusé des chansons en hébreu par les haut-parleurs. Les habitants ont dû contacter les autorités israéliennes de liaison pour obtenir le départ de l'imam.
Dans un autre cas, un groupe de femmes a été détenu pendant environ sept heures après les prières de Tarawih, durant le ramadan, les mains et les jambes entravées. Leurs enfants ont également été détenus, puis relâchés, raconte-t-elle.
Pour Al-Jabari, ces incidents ont engendré un sentiment de peur omniprésent, laissant les familles dans l'incertitude quant à ce qui pourrait leur arriver chaque fois qu'elles sortent de chez elles, ou même lorsqu'elles restent à l'intérieur.
"Depuis le 7 octobre, nos vies sont définies par la peur", dit-elle. "Nous vivons dans une terreur permanente. À chaque instant, nous nous demandons : les colons pourraient-ils attaquer nos maisons ? Les soldats pourraient-ils arrêter nos enfants ou nous arrêter nous-mêmes ? Pourraient-ils nous tirer dessus ? Cela pourrait-il aller jusqu'à ce que nous soyons tués à l'intérieur même de nos maisons ?"
Ce qui l'inquiète le plus, c'est que la combinaison des violences, de l'isolement et des restrictions de circulation finisse par rendre la vie dans le quartier insupportable.
"Nous voulons vivre ici en sécurité. Nous voulons que nos enfants puissent aller à l'école. Nous voulons pouvoir nous déplacer, acheter ce dont nous avons besoin et accéder à un hôpital lorsque quelqu'un tombe malade.
"Ma plus grande crainte est que cette pression se poursuive jusqu'à ce que les gens en arrivent à dire : "Nous ne pouvons plus vivre ici et nous devons quitter nos maisons.""
Wadi Al-Rakhim : quand la maison n'est plus un refuge
L'année dernière, Yusuf et Mas'adah Shenaran ont installé un grillage métallique sur les fenêtres et le long de l'escalier de leur maison, à Wadi Al-Rakhim, dans la région de Masafer Yatta, au sud de la Cisjordanie, dans l'espoir de protéger leur famille contre les attaques des colons israéliens.
Ces protections étaient destinées à empêcher les pierres de briser les fenêtres et à empêcher les colons de pénétrer dans la maison. Mais elles n'ont guère pu les protéger lorsque des colons sont venus attaquer leur domicile au début du mois.
Dans la soirée du 6 octobre, des colons provenant de deux avant-postes établis à l'est et à l'ouest de la maison des Shenaran ont brisé leurs fenêtres et lancé des pierres sur Yusuf et leurs enfants, les blessant.
Depuis octobre 2023, les restrictions israéliennes de longue date imposées à la vie des Palestiniens dans le secteur H2 se sont intensifiées, transformant les activités quotidiennes en entreprises parfois dangereuses. De nouveaux postes de contrôle militaires et des couvre-feux de plus en plus fréquents ont rendu plus difficile pour les habitants l'accès aux écoles, aux lieux de travail, aux mosquées et aux hôpitaux, tandis que les attaques des colons ont encore aggravé leur sentiment d'insécurité.
"Nos vies ont radicalement changé", explique Al-Jabari. "La rue est fermée et la zone est soumise à de sévères restrictions et à des couvre-feux. Lorsque nous avons besoin d'acheter des produits de première nécessité, nous devons nous rendre dans le secteur H1, car aucun magasin n'est ouvert ici. Nous vivons pratiquement dans une enceinte fermée."
Sept postes de contrôle divisent le quartier, précise-t-elle, séparant les habitants les uns des autres et restreignant leurs déplacements. Les couvre-feux peuvent durer plusieurs jours, notamment pendant les fêtes juives. Au cours des premiers mois de la guerre, les habitants n'étaient parfois autorisés à quitter leur domicile qu'une heure le matin et une autre le soir.
Les conséquences peuvent être particulièrement graves en cas d'urgence médicale. Pour se rendre à l'hôpital, il peut être nécessaire de se coordonner avec les autorités israéliennes, et les ambulances ne sont pas toujours autorisées à pénétrer dans la zone. "Si quelqu'un tombe malade ou est [blessé], l'ambulance ne peut pas nous atteindre facilement, même lorsqu'elle ne se trouve qu'à quelques pas", explique Al-Jabari.
Elle évoque les tirs contre Fahd et Nasser comme l'un des exemples les plus bouleversants. "Ils ont été laissés en train de perdre leur sang pendant longtemps, environ 45 minutes, alors que l'ambulance était tout près. Nous étions en contact avec l'ambulance, mais elle n'était pas autorisée à les rejoindre."
Bien que les attaques contre les habitants, les maisons et les véhicules soient antérieures à octobre 2023, Al-Jabari affirme qu'elles sont devenues plus dangereuses depuis cette date, notamment parce que davantage de colons se sont procuré des armes. Elle décrit des jeunes hommes battus par des soldats, dont les téléphones sont fouillés et qui sont placés en détention pendant sept ou huit heures. Al-Jabari elle-même a été agressée par un colon qui a lancé une pierre contre sa voiture, brisant une vitre.
Elle se souvient de plusieurs autres incidents. Dans l'un d'eux, un soldat et un colon sont entrés dans une mosquée et ont diffusé des chansons en hébreu par les haut-parleurs. Les habitants ont dû contacter les autorités israéliennes de liaison pour obtenir le départ de l'imam.
Dans un autre cas, un groupe de femmes a été détenu pendant environ sept heures après les prières de Tarawih, durant le ramadan, les mains et les jambes entravées. Leurs enfants ont également été détenus, puis relâchés, raconte-t-elle.
Pour Al-Jabari, ces incidents ont engendré un sentiment de peur omniprésent, laissant les familles dans l'incertitude quant à ce qui pourrait leur arriver chaque fois qu'elles sortent de chez elles, ou même lorsqu'elles restent à l'intérieur.
Cette attaque est survenue après des mois de violence croissante à l'encontre des habitants de la communauté. En mars, un colon vêtu d'un uniforme militaire a tué Amir Shenaran, âgé de 28 ans, et blessé son frère Khaled, âgé de 32 ans, qui est paraplégique. En août, leur père, Mohammed, a reçu une balle dans l'épaule.
Pour Yusuf et Mas'adah, la menace de violence fait désormais partie de leur quotidien. "Nous ne pouvons pas vivre ainsi", a déclaré Mas'adah. "Nous ne pouvons ni nous déplacer librement ni dormir paisiblement chez nous."
By Shatha Yaish, Oren Ziv et Basel Adra - 26 octobre 2026
Source: 972mag.com

