
par Paolo Hamidouche
Dans la guerre spatiale, la clé réside dans la dissuasion, qui doit être obtenue grâce à une meilleure connaissance de la situation ainsi qu'à des capacités offensives et défensives.
L'économie spatiale - qui s'articule autour de l'utilisation de l'espace orbital - a dépassé les 600 milliards de dollars en 2025, notamment grâce à l'arrivée récente d'acteurs privés proposant des services de mise en orbite, et bien plus encore.
Aujourd'hui, l'espace n'est plus le domaine réservé des États ; c'est un espace où des entreprises privées fournissent des services devenus essentiels, tels que l'imagerie, les signaux GPS et l'accès à Internet. L'utilisation militaire de l'espace - désormais considéré comme un domaine à part entière, au même titre que les domaines terrestre, maritime, aérien et, plus récemment, cyber - revêt une importance croissante. En effet, l'espace fournit des données cruciales pour la conduite des opérations ; de plus, grâce aux nouvelles technologies, des processus fondamentaux pour ces opérations se déroulent désormais directement dans l'espace. (Un sujet que nous abordons régulièrement dans notre newsletter, InsideWeek ; l'inscription est gratuite).
Si, il y a quelques années, les satellites aidaient les forces armées à voir plus loin, à communiquer sur de longues distances et à frapper avec précision - tandis que l'imagerie satellitaire et les données d'alerte aux missiles aidaient les troupes à décider de leurs déplacements, du moment opportun pour agir ou pour se mettre à l'abri -, les capacités de calcul actuelles permettent désormais de traiter, directement dans l'espace, les données collectées par les plateformes spatiales. On obtient ainsi des informations immédiatement exploitables, sans avoir à effectuer ce traitement au sol.
L'espace devient donc un domaine de plus en plus stratégique pour les opérations militaires, mais aussi pour l'architecture commerciale, économique et sécuritaire d'une nation.
Par conséquent, la question de la Space Warfare - c'est-à-dire la conduite d'opérations militaires dans l'espace - prend de plus en plus les contours d'un véritable champ de bataille, où le conflit se manifeste à travers l'utilisation d'actifs placés en orbite. L'annonce faite début septembre par l'U.S. Air Force, selon laquelle les États-Unis ont déjà placé en orbite des "armes de contrôle de l'espace", a suscité un vif émoi. Selon certains analystes, il pourrait s'agir, en toute probabilité, de satellites conçus pour mener des opérations de guerre électronique (Electronic Warfare, EW) - notamment le brouillage des fréquences de transmission de satellites adverses, les rendant ainsi totalement inopérants.
D'autres acteurs internationaux, tels que la Russie, ont mis en œuvre un programme ASAT (anti-satellite) d'envergure. Celui-ci repose principalement sur des "satellites tueurs" capables de libérer de petits engins destinés à percuter les satellites adverses, ou encore sur des satellites conçus pour effectuer des opérations de proximité, en s'arrimant à leurs cibles afin de les dévier de leur orbite initiale. De son côté, la Chine mise sur des capacités non cinétiques basées au sol - comme des lasers destinés à aveugler les systèmes optiques des satellites en orbite terrestre basse (LEO) - tout en disposant, à l'instar de la Russie, de missiles ASAT capables d'atteindre des cibles dans l'espace depuis la surface terrestre.
La solution offerte par les armes à énergie dirigée (lasers, micro-ondes, armes à radiofréquence) s'avère être l'option optimale pour neutraliser les satellites adverses, sans l'inconvénient de générer des centaines de milliers de débris en orbite, susceptibles de frapper également des actifs alliés. Pour la même raison, l'explosion d'un engin nucléaire en orbite est déconseillée, car l'impulsion électromagnétique (IEM) qui en résulterait ne peut être ni circonscrite ni orientée.
Par ailleurs, le dernier document doctrinal de l'U.S. Space Force indique que, d'ici 2040, le domaine spatial sera un environnement hautement contesté, au sein duquel la guerre électronique (EW) jouera un rôle prépondérant, au point de constituer une véritable nouvelle dimension de combat, comparable aux domaines de conflit classiques.
La clé de la gestion de cet environnement réside donc, une fois de plus, dans la capacité à exercer une dissuasion crédible dans l'espace, ou dirigée vers celui-ci. Une telle dissuasion repose sur une parfaite "conscience de la situation" (situational awareness) ; cela implique non seulement de pouvoir surveiller un actif spatial, mais aussi d'en décrypter les intentions.
À cette fin, il est indispensable de renforcer la surveillance en orbite en mobilisant tous les modes d'observation. Il est surtout nécessaire de disposer de capacités de calcul en orbite - appuyées par l'intelligence artificielle - permettant de traiter rapidement les données recueillies, afin d'obtenir des informations fiables sur les intentions derrière une manœuvre spatiale adverse. Si cette nouvelle conscience de la situation constitue le point de départ, l'objectif final est de détenir des capacités spatiales, offensives comme défensives, aptes à dissuader toute action hostile de la part d'un adversaire, voire à neutraliser de telles actions. Dans ce cas également, compte tenu des caractéristiques du domaine considéré, l'automatisation doit jouer un rôle central, tant dans la gestion que dans l'évaluation de la menace. Par ailleurs, la mise en œuvre des capacités offensives et défensives doit être menée avec une grande prudence afin d'éviter de mettre en péril les actifs spatiaux "amis" ; il convient donc d'exclure les systèmes d'armes susceptibles de générer des débris lors de leur utilisation.
Si la dissuasion constitue l'élément clé, il est tout aussi indispensable d'élaborer des plans opérationnels pour le milieu spatial, tant pour faire face à un éventuel échec de la dissuasion que pour répondre aux activités agressives "en deçà du seuil de conflit" - des agissements observés ces dernières années de la part d'acteurs tels que la Russie et la Chine. Dans ce contexte, l'inaction s'avère contre-productive : elle ne fait que renforcer l'assurance de l'adversaire, l'incitant ainsi à intensifier la confrontation. On risque alors d'atteindre un point de non-retour où, malheureusement, une réponse tout aussi agressive deviendrait inévitable, déclenchant une escalade qui ne se limiterait pas au seul environnement spatial.
source : Paolo Hamidouche