📚 03/11/2026 mondialisation.ca  41min ⁂️ 3 #332127

Retour en force des agrocarburants: moins de nourriture et toujours plus d'accaparements de terres

Par  Grain

400px/223px - 46.73 Koreduce by 50%del

"La Papouasie n'est pas une terre vide", affirment les Awyu. Avec d'autres communautés autochtones de cette province située à l'extrémité orientale de l'Indonésie, les Awyu luttent depuis des années contre l'expansion des plantations sur leurs territoires ancestraux. Leur résistance est à l'origine de Solidaritas Merauke, une large coalition de la société civile qui milite contre le plus grand projet de déforestation au monde. Près de trois millions d'hectares de terres communautaires — une superficie équivalant à près de la moitié de celle du Sri Lanka — doivent être convertis en vastes plantations de palmiers à huile, de canne à sucre et de riz dans le kapubaten de Merauke, au sud de la Papouasie, en Indonésie1.

Le projet a été lancé il y a plus de dix ans, mais il a été suspendu en raison d'une forte résistance. Il a récemment été relancé et rebaptisé "plan stratégique national" dans le cadre de la politique de sécurité énergétique de l'Indonésie. Des milliers de soldats ont été envoyés dans la région pour sécuriser les terres destinées aux plantations et réprimer la résistance2.

Le projet de Merauke est au cœur du plan du gouvernement visant à réduire les importations de combustibles fossiles. L'Indonésie est le premier producteur mondial de biodiesel, et la Papouasie est appelée à devenir la nouvelle frontière pour l'expansion des plantations de palmiers à huile, dont provient la matière première utilisée le plus fréquemment pour produire ce carburant. Le gouvernement entend également faire de cette région une zone majeure de production de canne à sucre destinée à la production de bioéthanol.

Ce qui se déroule en Papouasie s'inscrit dans une nouvelle vague d'expansion mondiale des agrocarburants, également appelés biocarburants, alimentée par la montée des tensions géopolitiques, les préoccupations liées à la sécurité énergétique et l'imbrication des crises alimentaire, climatique et énergétique3.

Pourquoi les agrocarburants reviennent-ils à la mode ?

<Lors de la COP30 à Belém, le Brésil a proposé de doubler la production mondiale d'agrocarburants d'ici 20354. Plus de 100 scientifiques ont dénoncé cette proposition, qualifiant de dangereuse cette fausse solution climatique, mais celle-ci a reçu le soutien du Japon, de l'Inde et de 24 autres pays5. Malgré un large faisceau de preuves démontrant le contraire, de nombreux gouvernements à travers le monde continuent de considérer les agrocarburants comme un moyen efficace de réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports, responsable de près de 17 % des émissions mondiales. La production mondiale d'agrocarburants a augmenté de plus de 50 % au cours des dix dernières années6.

Jusqu'à récemment, les politiques en faveur des agrocarburants concernaient principalement le transport routier, qui représente les trois quarts de l'énergie consommée par l'ensemble du secteur des transports dans le monde. Les réglementations varient selon les pays. Elles peuvent fixer des objectifs en fonction de la quantité d'agrocarburants utilisée, comme aux États-Unis, ou du degré de propreté du carburant, comme dans l'Union européenne. Elles peuvent également prévoir des allégements fiscaux et d'autres mesures incitatives, ou définir la proportion d'agrocarburants à incorporer aux autres carburants, une approche principalement utilisée en Asie du Sud-Est et en Amérique latine. Ainsi, la norme B10 désigne un mélange de carburant contenant 10 % de biodiesel, la norme B3 un mélange en contenant 3 %, la norme B7 un mélange en contenant 7 %, etc. La norme E10 signifie quant à elle que le carburant contient 10 % de bioéthanol. Aujourd'hui, les agrocarburants représentent environ 4 % des carburants utilisé dans le transport routier à l'échelle mondiale7.

Mais les objectifs de décarbonation ont également accru la demande en agrocarburants dans le transport aérien, où ils représentent actuellement 0,6 % de l'ensemble des carburants utilisés. L'Organisation de l'aviation civile internationale s'est fixé pour objectif d'atteindre zéro émission nette pour le transport aérien mondial d'ici 2050. Les "carburants d'aviation durables" (CAD), produits à base de biomasse, sont censés contribuer à plus de la moitié des réductions d'émissions nécessaires pour atteindre cet objectif. Les gouvernements s'emploient à aligner leurs politiques sur les projets du secteur. Par exemple, l'UE s'est fixée pour objectif de porter la part des carburants d'aviation durables à 6 % des carburants fournis dans les aéroports européens d'ici 2030, puis à 70 % d'ici 20508.

La situation est similaire dans le secteur du transport maritime, où les agrocarburants représentent 0,5 % de l'ensemble des carburants utilisés. L'Organisation maritime internationale (OMI) s'est également fixé un objectif de zéro émission nette à l'horizon 2050. En 2028, un mécanisme de tarification doit entrer en vigueur, permettant aux navires utilisant des agrocarburants d'éviter les pénalités liées à leurs émissions de carbone9. L'Union européenne s'est fixé des objectifs de réduction des émissions dans le transport maritime de 6 % d'ici 2030 et de 80 % d'ici 2050, qu'elle alignera sur la réglementation de l'OMI. Ces objectifs ont déjà entraîné une hausse des ventes de mélanges contenant du biodiesel pour les navires à destination des ports européens10.

Les préoccupations liées à la sécurité énergétique constituent un autre facteur clé de la croissance actuelle de la production d'agrocarburants. Dans un contexte marqué par "l'invasion de l'Ukraine" par la Russie et la guerre menée par Israël et les États-Unis contre l'Iran, qui déstabilisent les marchés des combustibles fossiles, les gouvernements misent de plus en plus sur les agrocarburants pour réduire leur dépendance aux importations de combustibles fossiles. Immédiatement après les premières frappes aériennes étasuniennes et israéliennes contre l'Iran, les obligations et objectifs d'incorporation d'agrocarburants ont été sensiblement revus à la hausse au Brésil, au Vietnam, en Inde, en Thaïlande, dans l'UE, aux États-Unis, en Indonésie, en Malaisie et en Argentine. Des pays comme la Chine et les Philippines ont également accéléré leurs projets concernant les carburants d'aviation durables11. Selon les calculs de l'organisation Transport & Environment, la demande mondiale en agrocarburants pourrait bondir de 70 % d'ici à 2030 si toutes les politiques qui les soutiennent étaient mises en œuvre12.

La politique étrangère des États-Unis contribue également à l'essor des agrocarburants sur le plan commercial. Pour compenser la baisse de ses exportations de maïs vers la Chine, l'administration Trump menace d'imposer des droits de douane pour inciter un nombre croissant de pays à conclure des accords commerciaux les engageant à instaurer des obligations d'incorporation d'agrocarburants et à importer d'importantes quantités d'agrocarburants produits aux États-Unis. L'Équateur s'est ainsi engagé à importer 1 000 tonnes d'éthanol en provenance des États-Unis en franchise de droits de douane, tandis que le Guatemala a dû instaurer une obligation d'incorporation de 10 % d'éthanol (E10) et s'engager à acheter au moins 189 millions de litres d'éthanol étasunien par an13.

En vertu d'un accord commercial signé avec les États-Unis en 2026, l'Indonésie a dû s'engager à importer chaque année plus d'un million de litres de bioéthanol étasunien en franchise de droits. De même, la Malaisie a été contrainte de supprimer intégralement ses droits de douane, tandis que le Vietnam a dû passer à l'E10 et réduire de 10 à 5 % ses droits de douane sur les importations de bioéthanol étasunien. Dans le cas du Japon, un engagement a été accepté portant sur l'achat annuel de bioéthanol et d'autres produits agricoles étasuniens pour une valeur de 8 milliards de dollars des États-Unis14.

État des lieux de la production mondiale d'agrocarburants

La production mondiale d'agrocarburants reste fortement concentrée dans un petit nombre de pays [voir les Graphiques ci-dessous]. Elle a atteint 192 milliards de litres en 2024, principalement sous forme de bioéthanol (63 %), de biodiesel (26 %) et de diesel renouvelable (10 %). La production de carburant d'aviation durable (CAD) n'a représenté que 1,2 milliard de litres15.

En 2024, le marché mondial du bioéthanol était évalué à 95 milliards de dollars et celui du biodiesel à 44 milliards de dollars16. Les principaux acteurs industriels sont des bioraffineries, de grandes sociétés agroindustrielles, des négociants en matières premières et des compagnies pétrolières ( voir le tableau1). Cinq entreprises seulement — POET, Valero Energy, ADM, Raízen et BP — détiennent 23 % du marché mondial du bioéthanol, POET en contrôlant à elle seule près de 10 %. La capacité de production de COFCO devrait augmenter si l'acquisition des deux grandes sucreries de Bunge au Brésil, annoncée en 2026, se concrétise. Wilmar détient quant à elle plus d'un quart du marché du biodiesel, tandis que Valero et Neste représentent à elles deux 46 % du marché du diesel renouvelable.

Ces entreprises implantent souvent leurs raffineries à proximité des principaux bassins de production agricole des États-Unis, du Brésil et de la région Asie-Pacifique. Sur le marché mondial des CAD, évalué à 2,72 milliards de dollars, Neste est le premier producteur17. Toutefois, de grandes compagnies pétrolières et agroindustrielles telles que Chevron, Eni, ADM, Bunge, Corteva et Louis Dreyfus s'engagent résolument dans une intégration verticale afin de sécuriser leurs approvisionnements en matières premières et d'accroître leur production18.

La promotion des agrocarburants en Asie

Si les États-Unis, le Brésil et, dans une certaine mesure, l'Union européenne sont les principaux producteurs d'agrocarburants, l'Asie, et en particulier la région Asie-Pacifique, constitue le marché qui connaît la croissance la plus rapide au monde, tant en matière de production que de consommation.

La plupart des pays de la région Asie-Pacifique sont des importateurs nets de combustibles fossiles et sont donc particulièrement vulnérables aux ruptures d'approvisionnement. La dépendance au pétrole en provenance du Moyen-Orient varie de 40 % en Chine, en Inde et au Vietnam à 77 % au Japon19. Dans ce contexte, les agrocarburants apparaissent comme une solution de remplacement intéressante.

Comme le montre le tableau 2 ci-dessous, les obligations d'incorporation, qui visent à développer la production nationale de matières premières destinées aux agrocarburants et les capacités de raffinage, sont élevées dans toute la région. L'Indonésie, la Malaisie, l'Inde, la Thaïlande et le Vietnam ont tous renforcé leurs obligations cette année. Les Philippines font exception : face à la flambée des cours mondiaux de l'huile de coco et du diesel, le gouvernement a renoncé à une augmentation prévue de l'obligation d'incorporation de biodiesel B3, un mélange composé de 3 % de biodiesel et de 97 % de diesel pétrolier20.

Loin de ne constituer qu'une stratégie de réduction de la dépendance aux importations de combustibles fossiles, les obligations d'incorporation sont également un puissant outil de soutien aux grands acteurs de l'agro-industrie. Elles leur garantissent un marché captif pour des produits agricoles tels que l'huile de palme en Indonésie ou la canne à sucre, la mélasse et le maïs en Inde, soutenant ainsi les entreprises qui les produisent21.Ces obligations contribuent à maintenir la demande et à protéger les producteurs contre les aléas des marchés mondiaux et les restrictions à l'exportation. Toutefois, comme indiqué précédemment, les pays asiatiques subissent également des pressions des États-Unis pour ouvrir leurs marchés aux importations d'agrocarburants.

La Chine suit une voie quelque peu différente. Elle applique depuis longtemps une obligation d'incorporation d'éthanol à hauteur de 10 % (E10) dans les carburants destinés au transport routier, mais le taux moyen national reste très inférieur à ce seuil. Le gouvernement mise bien davantage sur les véhicules électriques pour réduire la consommation de combustibles fossiles22. En ce qui concerne le biodiesel, la Chine privilégie les huiles de cuisson usagées comme matière première. Elle est devenue un important exportateur de biodiesel vers l'UE, la Malaisie et Singapour, tandis que la consommation de ce carburant dans le secteur maritime chinois progresse également rapidement23. Au Japon, la consommation d'éthanol dans les transports terrestres est elle aussi très faible et repose entièrement sur les importations en provenance des États-Unis et du Brésil. Elle augmentera toutefois si le gouvernement concrétise son projet d'introduire un taux d'incorporation de 10 % (E10) d'ici 203024.

Le Japon fait également partie des nombreux pays de la région, dont Singapour, Taïwan et l'Inde, qui prévoient d'imposer aux compagnies aériennes l'incorporation de 3 à 10 % de CAD d'ici 2030. Comme la Thaïlande et la Malaisie, le Japon construit des installations de production de CAD en prévision de cette évolution. La Chine, pour sa part, entend devenir un important exportateur de CAD, avec une capacité de production susceptible de dépasser celle de l'UE, à plus de 3 milliards de litres par an. Des entreprises chinoises telles que COFCO développent également leur production d'agrocarburants à l'étranger25.

Tableau 2. Programmes nationaux en faveur des agrocarburants destinés au transport routier dans les principaux pays asiatiques

1274px/1454px - 340.12 Koreduce by 50%delpng2jpg
940px/289px - 62.27 Koreduce by 50%del

Données compilées par GRAIN à partir de rapports nationaux, de publications du secteur, de sources d'entreprises et de médias.

Alimentation contre carburants

L'expansion des marchés des agrocarburants intervient à un moment où la production et la distribution mondiales sont soumises à des tensions croissantes. Il y a vingt ans, une expansion similaire de ces marchés, portée par la hausse des prix du pétrole, avait été largement critiquée pour son effet sur les prix alimentaires26. Il est désormais largement admis que l'augmentation de la production d'agrocarburants exacerbe la concurrence avec la production alimentaire en raison des cultures, des terres agricoles et de l'eau, ce qui entraîne une hausse et une plus grande volatilité des prix alimentaires.

Peu après le lancement des attaques menées par les États-Unis et Israël contre l'Iran en 2026, la FAO a averti qu'une transition durable vers les agrocarburants aurait des répercussions durables sur la volatilité des prix alimentaires27. L'utilisation accrue de cultures vivrières pour produire des agrocarburants renforce la corrélation entre les prix alimentaires et ceux du pétrole et attire davantage de spéculation financière. Cette dernière contribue, à son tour, à des flambées des prix alimentaires.

90 % des agrocarburants sont produits à partir de cultures destinées à l'alimentation28. Au Brésil, la production d'éthanol absorbe la moitié de la récolte de canne à sucre, tandis qu'aux États-Unis, elle mobilise un tiers de la récolte de maïs. Les obligations d'incorporation et les politiques actuellement en vigueur vont encore aggraver la situation. Selon les prévisions de l'OCDE et de la FAO, d'ici à 2035, la production de bioéthanol mobilisera 7 % de la production mondiale de céréales et 22 % de de la production mondiale d'huile végétale29. Même l'Association internationale du transport aérien (IATA) reconnaît que les matières premières issues de la biomasse ne seront pas suffisantes pour atteindre l'objectif de décarbonation du secteur à l'horizon 205030.

La concurrence entre production alimentaire et production d'agrocarburants se fait déjà sentir dans les pays asiatiques, où vivent plus de la moitié des personnes souffrant de la faim dans le monde31. L'Inde, par exemple, renforce son soutien aux agrocarburants alors qu'elle se classe au 102ème rang sur 123 pays dans l'Indice mondial de la faim 202532. L'augmentation de la production d'agrocarburants exerce une pression sur le programme national de sécurité alimentaire, qui fournit des céréales subventionnées à quelque 800 millions de personnes grâce aux excédents de production de riz, de blé, de maïs et de céréales secondaires. Avec l'adoption d'une politique de sécurité énergétique en 2020, le gouvernement a commencé à autoriser la production de bioéthanol à partir des stocks excédentaires de riz et de maïs gérés par la Food Corporation of India (FCI).

En 2026, 7,2 millions de tonnes de riz provenant des stocks de la FCI ont été réservées aux fabricants d'éthanol, soit 2 millions de tonnes de plus que l'année précédente. En outre, la vente de 5,5 millions de tonnes supplémentaires de brisures de riz, couramment utilisées dans les programmes de repas scolaires et de distribution de rations alimentaires, a été autorisée par voie d'enchères électroniques, auxquelles les producteurs d'éthanol ont également librement accès33. Le gouvernement accorde par ailleurs diverses subventions et garanties de prix pour soutenir la production de maïs destiné au bioéthanol. Ces incitations réduisent insidieusement les superficies consacrées aux légumineuses, aux oléagineux et aux céréales secondaires, ce qui revient, dans les faits, à sacrifier la qualité nutritionnelle de l'alimentation pour subventionner la sécurité énergétique. L'utilisation du maïs a donc connu une hausse spectaculaire, passant de 0,8 million de tonnes en 2022-2023 à environ 12,8 millions de tonnes en 2024-2025, un tiers de la production nationale de maïs étant désormais destinée aux carburants34.

L'utilisation du maïs comme carburant aura de graves conséquences sur la sécurité alimentaire, car il constitue un aliment de base dans de nombreuses régions tribales de l'Inde et un ingrédient essentiel de l'alimentation animale. Les coûts des aliments pour animaux ont déjà augmenté dans les secteurs de la volaille et de la production laitière. Les importations de maïs ont elles aussi progressé, passant de 137 000 tonnes en 2023-2024 à près d'un million de tonnes en 2024-2025. Pour la première fois depuis des décennies, le pays est devenu un importateur net de maïs. En raison des politiques gouvernementales, le riz et le maïs représentent désormais 61 % du bioéthanol produit dans le pays35.

Les prix alimentaires sont également affectés par le détournement croissant de l'huile de palme vers la production de biodiesel. Ainsi, en Indonésie, en 2022, la part de l'huile de palme utilisée pour produire du biodiesel (46 %) a dépassé pour la première fois celle destinée à l'alimentation (44 %). Cette année-là, une grave pénurie d'huile de cuisson a entraîné une flambée des prix, poussant le gouvernement à interdire les exportations d'huile de palme pendant trois semaines36. En Thaïlande, peu après l'annonce par le gouvernement d'un objectif d'incorporation de biodiesel B7, de grandes enseignes comme 7-Eleven ont commencé à limiter les achats d'huile de cuisson par leurs clients. Cette situation a suscité des inquiétudes en Malaisie voisine, qui s'est toujours efforcée de concilier ses objectifs en matière d'énergies renouvelables et la sécurité alimentaire nationale. Les autorités se sont montrées réticentes à aller au-delà du B15, car cela aurait nécessité 300 000 tonnes supplémentaires d'huile de palme par an, qui auraient été détournées à d'autres usages37. En 2022, le Conseil malaisien de l'huile de palme, organisme public de la filière, a même recommandé aux pays de suspendre temporairement ou de réduire leurs obligations d'incorporation de biodiesel afin de garantir un approvisionnement suffisant en huiles et en matières grasses pour l'alimentation. Mais quand l'approvisionnement en combustibles fossiles a été perturbé par la guerre contre l'Iran, la Malaisie a rapidement relevé son obligation d'incorporation de biodiesel au niveau B1538.

En Thaïlande, la nouvelle réglementation sur l'E20 entraîne l'affectation d'une plus grande quantité de manioc à la production d'éthanol, et incite les communautés agricoles des régions rizicoles traditionnelles du Nord-Est à se tourner vers la culture de la canne à sucre39. Au Vietnam, bien que le gouvernement affirme vouloir exclure les cultures vivrières de base de la production d'éthanol, sa nouvelle obligation E10 nécessitera probablement l'utilisation de canne à sucre, de maïs, de manioc et d'autres cultures vivrières40.

Aucune de ces nouvelles mesures de soutien aux agrocarburants dans la région ne semble avoir pris en compte le "Super El Niño" prévu pour 2026-27. Ce phénomène climatique extrême, dont les effets se font déjà sentir, devrait rendre les produits alimentaires encore moins abordables pour les consommateurs et consommatrices qui subissent déjà les conséquences de la hausse de l'inflation. Rien qu'en Asie du Sud-Est, les conditions météorologiques plus chaudes et plus sèches de cette année devraient réduire la production d'huile de palme de 5 % en Indonésie et de 8 à 10 % en Malaisie41.

Les agrocarburants intensifient l'accaparement des terres

En 2025, Transport & Environment estimait que 32 millions d'hectares étaient consacrés à la culture de matières premières destinées aux agrocarburants. Compte tenu des obligations d'incorporation et des politiques en vigueur cette année-là, l'organisation estimait qu'il faudrait 20 millions d'hectares supplémentaires d'ici à 2030. Toutefois, si l'on tient compte des obligations d'incorporation approuvées en 2026, les besoins en terres pourraient être bien plus importants42. Ainsi, la réglementation sur l'E20 adoptée par l'Inde en avril 2026 devrait nécessiter 7 millions d'hectares supplémentaires. Le gouvernement indonésien est en train de sélectionner un million d'hectares à travers le pays afin d'y développer la culture de la canne à sucre, du manioc et du sorgho sucré pour satisfaire à sa nouvelle obligation d'incorporation de bioéthanol. Sa nouvelle obligation B50 pour le biodiesel devrait, quant à elle, nécessiter 2,3 millions d'hectares supplémentaires, ce qui implique la conversion à grande échelle de terres agricoles, de forêts et de tourbières en plantations de palmiers à huile43.

La conversion de superficies toujours plus vastes pour la production d'agrocarburants ne peut qu'accentuer les conflits fonciers et la spoliation des populations. Les principales entreprises productrices d'agrocarburants s'approvisionnent depuis longtemps en matières premières dans des régions touchées par des accaparements de terres à grande échelle et le déplacement de communautés locales. C'est notamment le cas du soja et de la canne à sucre provenant du Cerrado brésilien, ou de l'huile de palme issue de zones forestières d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine44. La nouvelle vague d'expansion ne fera qu'amplifier ces phénomènes.

En République du Congo, par exemple, la société énergétique italienne Eni mène un projet de 150 000 hectares destinés à la culture de ricin pour produire du biodiesel, au détriment de la production alimentaire locale45.

En Indonésie, le gouvernement et les entreprises agroindustrielles ne cherchent pas seulement à développer la production d'agrocarburants sur des millions d'hectares de terres forestières et communautaires à Merauke, en Papouasie46. Ils envisagent également de créer une "ceinture de l'huile de palme" sur l'île de Sulawesi, qui permettrait d'étendre les plantations de palmiers à huile sur une superficie pouvant atteindre un million d'hectares47. Le projet est piloté par PT Hardaya Inti Plantations, une entreprise contre laquelle les communautés locales du district de Buol luttent depuis des décennies en raison de ses accaparements illégaux de terres, de la destruction de l'environnement et de ses violations des droits humains48.

Au Brésil, les entreprises du secteur des agrocarburants affirment lutter contre la déforestation en plantant des arbres destinés à fournir des matières premières. Mais ces plantations causent aussi de graves préjudices aux communautés. Dans l'État du Mato Grosso, par exemple, où les plantations d'eucalyptus provoquent déjà de graves conflits entre les communautés locales et les grandes entreprises de pâte à papier, on estime qu'il faudrait planter 400 000 hectares supplémentaires d'eucalyptus pour éviter d'utiliser les forêts primaires comme source de combustible dans les usines de bioéthanol de l'État. FS, l'une des principales entreprises brésiliennes de production de bioéthanol, a déjà bien avancé dans ses projets de plantation de 100 000 hectares en 202649.

L'UE, qui dépend des importations d'huiles végétales pour satisfaire ses obligations d'incorporation de biodiesel, affirme pouvoir lutter contre l'accaparement des terres et la déforestation en important des effluents d'usines d'huile de palme (POME) et des huiles de cuisson usagées. Pourtant, des enquêtes indiquent que des entreprises européennes ont importé d'Asie du Sud-Est de l'huile de palme frauduleusement certifiée comme POME ou comme huile de cuisson usagée. Par ailleurs, selon certaines allégations, des huiles de cuisson usagées importées de Chine auraient été mélangées à de l'huile de palme50. Selon Biofuelwatch, de telles défaillances des systèmes de certification touchent également d'autres chaînes d'approvisionnement en agrocarburants51. Par exemple, les autorités brésiliennes enquêtent sur une usine de bioéthanol de BP située dans l'État du Tocantins, certifiée dans le cadre du programme national RenovaBio, pour des dommages environnementaux et des faits de déforestation52.

Les répercussions de la production d'agrocarburants sur les communautés ne se limitent pas à l'approvisionnement en matières premières. Dans le district de Hanumangarh, au Rajasthan, en Inde, par exemple, des communautés protestent contre un projet d'usine d'éthanol de 16 hectares. Son propriétaire, Dune Ethanol Pvt Ltd, affirme que l'installation sera la plus grande d'Asie. Elle puiserait quotidiennement 6 millions de litres d'eau dans la nappe phréatique dans une région rizicole déjà confrontée à un grave stress hydrique, tout en transformant près d'un million de tonnes de riz et de maïs. Les communautés locales s'inquiètent également des rejets d'émissions toxiques et des autres conséquences sur la santé publique53. Des manifestations similaires se sont multipliées dans tout le Chhattisgarh, surnommé "grenier à riz" de l'Inde, où 34 usines d'éthanol et 11 distilleries sont prévues54.

Des réponses cohérentes doivent être apportées aux crises alimentaire, climatique et énergétique

Les agrocarburants ne font pas qu'aggraver la crise alimentaire : Ils fragilisent également les véritables solutions à la crise climatique. Si l'on tient compte uniquement du changement indirect d'affectation des terres et de la déforestation, les agrocarburants émettent, à l'échelle mondiale, 16 % de CO2 de plus que les combustibles fossiles qu'ils sont censés remplacer, selon les estimations de Transport & Environment. Leur empreinte environnementale est également généralement plus lourde en matière de consommation d'eau55.

Certains agrocarburants, notamment ceux produits à partir d'huiles de cuisson usagées, sont censés avoir une empreinte écologique plus faible. C'est pourquoi l'Union européenne exclut les agrocarburants issus de cultures agricoles pour la production de carburant d'aviation et produit environ 80 % de son CAD à partir d'huiles de cuisson usagées. Toutefois, la demande européenne a tellement augmenté la valeur économique et la demande d'huiles de cuisson usagées et d'autres résidus d'huiles végétales qu'elle a également fait grimper la demande de matières premières telles que l'huile de palme. Les prix élevés encouragent non seulement l'expansion des plantations de palmiers à huile, mais aussi l'importation d'huile de palme frauduleusement certifiée comme huile de cuisson usagée. En outre, rien ne permet d'affirmer que les huiles de cuisson usagées pourront réellement suffire à satisfaire les objectifs de l'UE en matière de CAD et de carburants maritimes sans une réduction significative de la consommation énergétique globale de ces secteurs. La demande mondiale liée au transport aérien devrait plus que doubler d'ici 2050, tandis que le commerce maritime devrait augmenter de 40 à 100 % au cours de la même période56.

Nous ne devons plus perdre de temps à chercher des solutions portées par les entreprises pour remédier aux problèmes d'un système énergétique et alimentaire mondial non durable. La production d'énergie doit répondre aux besoins des populations, et non aux intérêts des entreprises. Il faut mettre en place un mix énergétique mondial et un système d'échanges internationaux conçus pour réduire les transports routiers, aériens et maritimes, et favoriser des économies davantage ancrées dans les territoires, fondées sur l'agroécologie, qui ne créent pas de nouvelles zones sacrifiées au détriment des communautés et ne mettent pas en péril la sécurité alimentaire.

Tableau 1. Quelques-unes des plus grandes entreprises productrices d'agrocarburants

1198px/1470px - 329.92 Koreduce by 50%delpng2jpg
1182px/462px - 105.71 Koreduce by 50%delpng2jpg

* Nouveaux pays ciblés / ** Chiffres de vente (et non de production) / *** Chiffre estimé

Données compilées par GRAIN à partir des données des entreprises et de médias.

Nous remercions Manveetha Muddaluru, Transport & Environment et Biofuelwatch pour leur contribution à cette publication.

Image de bannière : Visite de promotion organisée par PT Agrinas Palma Nusantara au village d'Anggai, dans la régence de Boven Digoel, province de Papouasie-Sud, au sujet de la plantation destinée à la production de biocarburants dans la région. Photo : PUSAKA, 2026

Notes:

1 Solidaritas Merauke, "Indonesia's announcement to end deforestation is meaningless without halting the South Papua national strategic project", 8 octobre 2026,  farmlandgrab.org

2 Voir : Dandhy Laksono et Cypri Dale, "Pig Feast: Colonialism in our time" (documentaire), 2026,  youtube  ; Solidaritas Merauke, "Strong condemnation of permit issuance to serve the interests of corporations, robbing the nature and privatizing the customary land in South Papua", 19 janvier 2026,  farmlandgrab.org, et Victoria Milko, "World's largest deforestation project fells forests for bioethanol fuel, sugar and rice in Indonesia", 7 avril 2025,  apnews.com

3 Dans cet article, nous éviterons d'utiliser le terme "biocarburant", car il ne rend pas compte avec précision des conflits sociaux et environnementaux engendrés par la production de carburant à partir de cultures par l'agro-industrie.

4 Voir : IICA, "Framework for Action for Belém 4X: Doubling liquid biofuel production without additional hectares", 2025,  repositorio.iica.int

5 Voir : Transport & Environment, "CrOP30: Why burning food for land-hungry biofuels is fuelling the climate crisis", 9 octobre 2025,  transportenvironment.org ; Cato Sandford, Chris Malins et Josie Phillips, "Diverted harvest. Environmental Risk from Growth in International Biofuel Demand", novembre 2024, Cerulogy_Diverted-harvest_November_2024.pdf ; Transport & Environment, "Scientists call on global leaders to limit crop biofuels ahead of COP30", 5 novembre 2025,  transportenvironment.org

6 Les incitations liées aux crédits carbone passent par les marchés volontaires du carbone et les marchés de conformité, tels que le Renewable Fuel Standard de l'Agence étasunienne de protection de l'environnement, le dispositif brésilien RenovaBio (crédits échangeables) ou le système d'échange de quotas d'émission de l'UE (SEQE-UE). Voir : IEA, "Biofuels", n/d,

 web.archive.org

; Stanford University, "Energy for transportation", mars 2026,  understand-energy.stanford.edu ; Najma Hasnah, "Trading biofuels and carbon credits: The convergence of energy transition commodities", 19 septembre 2025,

 web.archive.org ; AIE, "Carbon accounting for sustainable biofuels", juillet 2024, CarbonAccountingforSustainableBiofuels.pdf

7 Stanford University, "Energy for transportation", mars 2026,  understand-energy.stanford.edu.

8 Voir : Commission européenne, "ReFuelEU aviation", n/d,  transport.ec.europa.eu ; ICAO, "State action plan to monitor the progress of a long-term aspirational goal (LTAG) for international civil aviation CO2 emission reductions", Décembre 2023, WP23-AI-2-SAP-LTAG_clean.pdf

9 Les navires qui dépassent les seuils définis devront payer des pénalités carbone en fonction de la quantité d'émissions excédentaires produites. Voir : Accross the Ocean, "The 2026 global carbon tax enforcement: What shippers must know about new maritime emission penalties", 7 janvier 2026,  atoshipping.com

10 Voir : AIE, "Renewables 2025. Analysis and forecasts to 2030", octobre 2025,  iea.org ; Commission européenne, "FAQ - Maritime transport in EU Emissions Trading System (ETS)",  climate.ec.europa.eu;

11 Samyak Pandey et Aditya Kondalamahanty, "Middle East oil shocks renew global interest in biofuels", 18 juin 2026,  spglobal.com

12 Simon Suzan et Riccardo Gambini, "Seeds of crisis", juin 2026,  transportenvironment.org

13 Voir : Erin Krueger, "US-Ecuador trade agreement includes TRQ for ethanol", 23 mars 2026,  ethanolproducer.com ; "Guatemala commits to E10 mandate, imports of US ethanol", 2 février 2026,  ethanolproducer.com

14 Voir : Erin Krueger, "Ethanol industry applauds US trade agreement with Indonesia", 24 février 2026,  ethanolproducer.com ; Erin Krueger, "US-Ecuador trade agreement includes TRQ for ethanol", 23 mars 2026,  ethanolproducer.com ; "Guatemala commits to E10 mandate, imports of US ethanol", 2 février 2026,  ethanolproducer.com ; Sebastian Strangio, "Vietnam announces cuts to tariffs on US goods as Trump trade announcement looms" 27 mars 2025,  thediplomat.com ; Reuters, "Vietnam to make switch to ethanol-blended fuel in move to boost U.S. imports", Hanoi, 27 août 2025,  reuters.com ; USDA-GAIN, "Expanding U.S. Agricultural Exports in Vietnam's Rising Market", 9 juillet 2026,  fas.usda.gov ; Eric Krueger, "White House confirms inclusion of ethanol in US-Japan trade deal", 9 septembre 2025,  ethanolproducer.com

15 Ina Chirita, Sophie Byron et Dana Agrotti, "Decarbonizing aviation: The scale-up challenge", 8 janvier 2026,  spglobal.com

16 Voir : Azocleantech, "Ethanol Market Size Will Reach US$162.7 Billion by 2032 as Clean Energy Policies, Biofuel Innovation, and Decarbonization Drive Unprecedented Growth |According to DataM Intelligence", 24 août 2025,  azocleantech.com ; Market.us, "Biodiesel Fuel Market", juin 2025,  market.us

17 Fortune Business Insights, "Sustainable aviation fuel market size, share & industry analysis", 22 juin 2026,  fortunebusinessinsights.com

18 Voir : Biofuelwatch, "A global fat grab: examining the push for aviation biofuels", 21 janvier 2025,  biofuelwatch.org.uk ; Rainforest Foundation Norway, "PFAD and biofuels", 2023, RF_PFAD_report_1123_oppslag.pdf ; Hyung-Ja de Zeeuw et Barend Bekamp, "Europe's sustainable aviation fuel market: Cleared for takeoff but still taxiing", 12 juin 2025,  rabobank.com ; ENI, "SAF Enilive: the biojet fuel for a more sustainable aviation", n/d,  eni.com ; Daniela Castillo Monagas, "Bunge Brazil achieves world's first certification for soybeans for SAF", 26 janvier 2026,  worldbiomarketinsights.com

19 Voir : AIE, "Reliance on Middle East oil and gas supplies by country", 28 avril 2026,  iea.org ; "Asia Pacific", n/d,  iea.org

20 Conseil philipin de l'agriculture et de la pêche, "NSC on Coconut pushes for biofuel expansion amid global fuel concerns", 13 mars 2026,  pcaf.da.gov.ph

21 Akhmad Hanan, "Indonesia's biodiesel push", Lowy Institute, Sydney, 22 septembre 2025,  lowyinstitute.org ; Atul Muley, "Fueling a new future: How biofuels can revitalise rural India and ease urban strain", 28 décembre 2025, Fueling-a-new-future-How-biofuels-can-revitalise-rural-India-and-ease-urban-strain-Mr.-Atul-Mulay-The-Hindu-Business-Line.pdf

22 Selon l'AIE, les véhicules électriques représenteront plus d'un tiers du parc automobile du pays d'ici 2030 (voir :  iea.org

23 Voir : USDA - GAIN, "Biofuel annual. Peoples' Republic of China", 27 août 2025,  apps.fas.usda.gov ; Anita Yang, "Insight: China's biodiesel demand takes time to scale up; firms diversify export outlets", 22 avril 2026,  icis.com

24 USDA-GAIN, "Biofuels Annual. Japan", 10 décembre 2025,  apps.fas.usda.gov

25 Voir : USDA - GAIN, "Biofuel annual. Peoples' Republic of China", 27 août 2025,  apps.fas.usda.gov ; Jakarta Globe, "Indonesia targets E20 fuel mandate by 2028 to cut gasoline imports", 13 février 2026,  jakartaglobe.id ; Antara, "Danantara breaks ground on US$7 bln Indonesia downstream projects", 7 février 2026,  en.antaranews.com ; Mariana Letizio, "Cofco to buy two Bunge sugar mills in Brazil", 2 septembre 2026,  valorinternational.globo.com

26 Voir : Almuth Ernsting, "Les agrocarburants en Asie : Ils alimentent la pauvreté, la déforestation et le changement climatique", Seedling - juillet 2007, GRAIN, 14 juillet 2007,  grain.org ; Transport & Environment, "CrOP30: Why burning food for land-hungry biofuels is fuelling the climate crisis", 9 octobre 2025,  transportenvironment.org

27 FAO, "Global agrifood implications of the 2026 conflict in the Middle East", 15 mars 2026,  openknowledge.fao.org

28 Simon Suzan et Riccardo Gambini, "Seeds of crisis", juin 2026,  transportenvironment.org

29 Voir : Transport & Environment, "CrOP30: Why burning food for land-hungry biofuels is fuelling the climate crisis", 9 octobre 2025,  transportenvironment.org ; OCDE-FAO, "Perspectives agricoles de l'OCDE et de la FAO 2026‑2035", 29 juin 2026,  oecd.org ; Cato Sandford, Chris Malins et Josie Phillips, "Diverted harvest. Environmental Risk from Growth in International Biofuel Demand", novembre 2024, Cerulogy_Diverted-harvest_November_2024.pdf

30 Voir : IATA, "Global feedstock assessment for SAF production. Outlook to 2050", septembre 2025,  iata.org; Transport & Environment, "SAF around the world", n/d,  transportenvironment.org

31 FAO, "L'état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2025", 2025, https://openknowledge.fao.org/items/c8e59cc8-7ea8-4706-bfd9-14cd79b290e0

32 Voir : Welt Hunger Hilfe, "2025 Global Hunger Index: 20 years of tracking progress: Time to recommit to zero hunger", 2025, 2025.pdf ; Ministère des statistiques et de la mise en œuvre des programmes, Gouvernement de l'Inde, "Survey of Household Consumption Expenditure, 2022-23, NSS Report No. 591(HCES:2022-23)", 2023, Report_591_HCES_2022-23New.pdf

33 "Government reserves FCI rice stocks to bolster ethanol production and energy security", 20 juillet 2025,  agriculture.economictimes.indiatimes.com

34 Gapuma, "Maize diversion - fuel vs food: Is India's ethanol ambition outpacing agricultural reality?", 31 juillet 2025,  gapuma.com

35 Voir : Kushal Mittal, "Grain based ethanol gains momentum: What it means for India's blending programme", 26 juillet 2026,  thehindubusinessline.com ; USDA - GAIN, "India biofuels market - opportunities and challenges in a changing energy and agricultural landscape", 19 février 2026,  apps.fas.usda.gov ; Utkarsh Agarwal, "E20 achieved. India shifts from sugarcane to corn ethanol. Are OEMs ready for E27 or E30?", 21 février 2026,  businessworld.in

36 Rafi Adis Subarna, "Indonesia's biodiesel push poses risks to palm oil supply chain", 6 septembre 2024,  thediplomat.com

37 Nikkei Asia, "Southeast Asia's turn to crops for fuel leaves less for food and exports", 23 mai 2026,  asia.nikkei.com

38 Biofuels International, "B15 biodiesel rollout begins in strategic move to strengthen energy security", 3 juin 2026,  biofuels-news.com

39 Ravissa Suchato et al., "Alternative cropping adoption in Thailand: A case study of rice and sugarcane production", Heliyon, Volume 7, Issue 12, 2021,  sciencedirect.com

40 Viêt Nam News, "E10 biofuel opens up new value chain for agriculture", Hanoi, 3 juin 2026,  vietnamnews.vn

41 Voir : Reuters, "El Nino may cut crop yields in Malaysia by at least 8%, minister warns", 11 juin 2026,  reuters.com ; Eko Listiyorini et Kanupriya Kapoor, "El Niño to Crimp Indonesian Palm Oil Output, Producer Group Says", 28 août 2026,  bloomberg.com

42 Voir : Transport & Environment, "CrOP30: Why burning food for land-hungry biofuels is fuelling the climate crisis", 9 octobre 2025,  transportenvironment.org ; Simon Suzan et Riccardo Gambini, "Seeds of crisis", juin 2026,  transportenvironment.org

43 Voir : USDA - GAIN, "Biofuels annual. India", 20 juin 2025,  apps.fas.usda.gov ; Ministère de l'agriculture et des services agricoles de l'Inde, "Progress of area coverage under Kharif crops as on 12.09.2025", 15 septembre 2025,  pib.gov.in ; et "Rabi crop sowing crosses 393 lakh hectares ; Wheat records the highest growth at 16.91%", 1er décembre 2025,  pib.gov.in ; Siwage Dharma Negara et Zi Xuan Ng, "Indonesia's biofuel bet risks backfiring", 1er août 2025,  eastasiaforum.org ; F+L Daily, "Indonesia targets 2027 for nationwide ethanol-blended petrol mandate", 17 novembre 2025,  fuelsandlubes.com ; Loso Judijanto, "Biodiesel mandates and food security: A review of the double-edged sword palm oil allocation in Southeast Asia", Annals of Social Sciences & Management Studies, Vol. 12, Issue 5, mars 2025, ASM.MS.ID.555850.pdf

44 Voir, par exemple : Business and Human Rights Centre, "Brazil: ADM, Bunge and Cargill using soy from farmers linked to land conflicts and human rights abuses, says Global Witness investigation", 7 décembre 2021,  business-humanrights.org ; Repórter Brasil, "Enslaved in Ethanol", décembre 2024, Monitor_Ethanol_EN.pdf ; Business and Human Rights Centre, "Brasil: Área ocupada há 40 anos por famílias produtoras de cana de açúcar é alvo de disputa com fornecedora da Ambev e Raízen", 22 juillet 2024,  business-humanrights.org ; Barbara Kuepper et Jonas Hulsens, "The dark side of Neste's biofuel production", 2020, 02097-opm-rapport-neste-21.pdf. Pour d'autres conflits récents liés à la production d'agrocarburants, voir : GRAIN, "Oil palm in Latin America: monoculture and violence", 26 mars 2024,  grain.org ; GRAIN et KRuHA, "De l'Asie à l'Afrique : l'expansion tentaculaire des plantations de palmiers à huile épuise les ressources en eau des communautés", 15 septembre 2022,  grain.org

45 OPEDH & GRAIN, "Eni et la production de biocarburants au Congo : les terres et moyens de subsistance paysans à haut risque", 14 juillet 2026,  grain.org

46 Voir : Romel S. Gurky, "Brazilian ethanol producers plan investment in Indonesia", 17 juin 2026,  petromindo.com ; "Disaksikan Presiden Prabowo dan Presiden Lula, Indonesia-Brasil Perkuat Kemitraan Strategis Sektor ESDM", 23 octobre 2025,  esdm.go.id ; GRAIN, "La voix des femmes : semons la résistance à l'agriculture industrielle", 27 mars 2025,  grain.org ; Asrida Elisabeth, "Merauke's land-hungry sugar rush: How tycoons seize indigenous land with government and military backing", 7 février 2025,  projectmultatuli.org

47 ""Nous nous battrons jusqu'à ce que nos terres nous soient rendues'' : Résistance paysanne aux plantations de palmiers à huile en Indonésie", Bulletin WRM 276, 15 octobre 2025,  wrm.org.uy

48 Forum-Asia, "End corporate impunity, protect farmers deceived by Buol palm oil plantations", 9 juin 2025 :  forum-asia.org

49 Voir : Camila Souza Ramos, "Etanol de milho pode demandar aportes de R$ 14 bi em eucalipto", 11 septembre 2026,  globorural.globo.com ; Maria Heloisa Barbosa Borges, "Major Brazilian ethanol producer becomes largest owner of planted forest in Mato Grosso, aiming to power plants with renewable energy instead of fossil fuels", 1er juillet 2026,  en.clickpetroleoegas.com.br ; Environmental Paper Network, "Brazil rises against eucalyptus plantations: 'These are not forests!' ", 18 mars 2025,  environmentalpaper.org

50 Voir : Sara Hussein, "Indonesia firms in palm oil fraud probe supplied fuel majors", 2026,  afp.com ; Matteo Civillini, "Top green jet fuel producer linked to suspect waste-oil supply chain", 23 mars 2026,  climatechangenews.com ; Transport & Environment, "UCO (Unknown Cooking Oil): High hopes on limited and suspicious materials", 18 juin 2024,  transportenvironment.org ; SourceMaterial, "Indonesian exporters in palm oil probe supplied European fuel majors", 16 mars 2026,  source-material.org; ResourceWise, "Chinese used cooking oil disrupts US biodiesel market", 23 mai 2024,  resourcewise.com

51 Biofuelwatch, "Whistleblowers reveal profound failure of ISCC to implement biofuel "sustainability standards"", 3 juin 2025,  biofuelwatch.org.uk

52 Roberto De Martin, "BP sugar mill in Brazil could lose certification if environmental damage is proven", 10 juillet 2026,  reporterbrasil.org.br

53 Vedaant Lakhera, "Tibbi's bitter harvest", 31 décembre 2025,  frontline.thehindu.com

54 Rakesh Sharma, "Modi's flagship biofuel push faces backlash from motorists", 6 juillet 2026,  bloomberg.com

55 Voir : Transport & Environment, "CrOP30: Why burning food for land-hungry biofuels is fuelling the climate crisis", 9 octobre 2025,  transportenvironment.org ; Cato Sandford, Chris Malins et Josie Phillips, "Diverted harvest. Environmental Risk from Growth in International Biofuel Demand", novembre 2024, Cerulogy_Diverted-harvest_November_2024.pdf ; Transport & Environment, "Scientists call on global leaders to limit crop biofuels ahead of COP30", 5 novembre 2025,  transportenvironment.org

56 Voir : IATA, "Les voyages aériens vont plus que doubler d'ici 2050", 17 mars 2026,  iata.org ; IRENA, "Shipping", n/d,  irena.org

 web.archive.org

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

Copyright ©  Grain, Mondialisation.ca, 2026

Par  Grain

 mondialisation.ca