📚 04/11/2026 reseauinternational.net  4min ⁑️ 5 #332190

Sept personnes au lieu d'une seule : pourquoi la Suisse est dirigée par tout un conseil

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par Dzen

Lors d'une visite d'État en Suisse, un chef d'État étranger est reçu par l'ensemble du gouvernement. La présence de ces sept personnes est en effet nécessaire : ici, c'est le Conseil fédéral dans son ensemble qui exerce les fonctions de chef d'État. Le pays a bien un président, mais celui-ci ne préside ce conseil que pendant un an. En 2026, ce sera Guy Parmelin, l'un des sept membres du gouvernement jouissant de droits égaux.

Cette structure répond à deux objectifs : attribuer à chaque dirigeant son domaine de compétence et faire en sorte que tous soient responsables des décisions communes. Les sept conseillers fédéraux dirigent sept départements, mais tranchent ensemble les questions fondamentales. Le président dirige les séances et aide à aplanir les divergences, sans pour autant devenir le supérieur hiérarchique des six autres.

Ce système est en place depuis 1848. Il s'inscrit dans la tradition suisse du consensus : une décision doit recueillir le soutien tant de la majorité que des minorités. C'est pourquoi les différents cantons, régions linguistiques et partis sont représentés au sein du gouvernement. À l'origine, un même canton ne pouvait élire plus d'un conseiller : cela empêchait les grands cantons de dominer au sein du Conseil. Depuis 1999, une règle plus souple est en vigueur, qui tient compte de la représentation des régions et des langues.

Le Conseil fédéral est élu par les deux chambres du Parlement lors d'une séance commune, pour un mandat de quatre ans. Il n'y a pas d'élection présidentielle directe par le peuple : le Parlement élit chaque année le président parmi les sept membres déjà en fonction. Le changement de président ne signifie donc pas en soi l'arrivée d'une nouvelle équipe. Les sept sièges au sein du gouvernement ont été conservés depuis la fondation de l'État fédéral, bien que la charge de travail ait augmenté et que l'élargissement du Conseil ait été proposé à plusieurs reprises.

Mais comment ces sept membres parviennent-ils à s'entendre sur tout ce que fait l'État ? Selon le portail gouvernemental, le Conseil fédéral examine environ 2500 dossiers par an. Parmi ceux-ci figurent des projets destinés au Parlement, des documents budgétaires et des modifications de décrets. Si l'on commençait à examiner chaque question uniquement lors de la séance, la table commune se transformerait rapidement en une pile de documents non lus.

C'est pourquoi le projet est d'abord discuté par les services fédéraux. Ensuite, le chef du département compétent signe la proposition, et ses collègues peuvent formuler des remarques. La Chancellerie fédérale en vérifie les aspects formels et juridiques. Une fois ces étapes franchies, le dossier est inscrit à l'ordre du jour du Conseil. Cette préparation est nécessaire pour identifier à l'avance les implications juridiques et financières, ainsi que les divergences entre les départements. La séance laisse ainsi davantage de place aux questions politiques majeures.

Un ministère spécifique prépare et met en œuvre les décisions, mais son chef est en même temps responsable du fonctionnement de l'ensemble du gouvernement. C'est là que réside la difficulté du système collégial : il faut tenir compte des intérêts de son propre ministère tout en recherchant une solution susceptible d'être soutenue par ses collègues. Le Conseil s'efforce de parvenir à un consensus ; le portail officiel souligne que les votes sont rares. Cela ne signifie pas pour autant que les sept membres partagent d'emblée le même point de vue. La recherche d'une solution commune peut s'avérer longue.

Une fois la décision prise, le débat change de nature. Chaque membre du Conseil est tenu de défendre publiquement la position commune, même s'il y était personnellement opposé ou si son parti défend un point de vue différent. Le lecteur des actualités voit une déclaration unanime du gouvernement, mais on ne peut en conclure qu'il n'y a pas eu de divergences au sein du Conseil. La position concertée est le résultat de son travail, et non la condition avec laquelle tous se sont présentés à la table des négociations.

Dans un tel système, un président reste néanmoins indispensable. Il dirige les débats, représente le pays lors des réunions, s'adresse à la population à l'occasion du Nouvel An et de la fête nationale du 1er août. En cas d'urgence, il peut ordonner des mesures préventives. Si le Conseil fédéral n'est pas en mesure de tenir une séance ordinaire ou extraordinaire, le président est autorisé à prendre une décision en solo. Cette fonction comporte des responsabilités concrètes et des pouvoirs exceptionnels, bien qu'elle n'implique pas une autorité permanente sur ses collègues.

De cette particularité découle une subtilité protocolaire intéressante. Selon les règles suisses, un déplacement du président à l'étranger est qualifié de "visite présidentielle" : une seule personne ne représente pas à elle seule le chef de l'État. Le pays hôte est en droit de lui organiser une visite d'État avec tous les honneurs. Un même invité peut bénéficier du protocole le plus élevé à l'étranger, puis, de retour chez lui, présider à nouveau une séance avec ses collègues, dont les voix ont le même poids que la sienne.

source :  Dzen

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