📚 04/11/2026 reseauinternational.net  6min ⁑️ 2 #332222

Entre raids et négociations, le bras de fer entre les États-Unis et l'Iran reste sur le fil du rasoir

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par Paolo Hamidouche

Raids et diplomatie, vents de guerre et espoirs de dialogue : la confrontation entre les États-Unis et l'Iran demeure une épreuve ardue. Mais, en toile de fond, Moscou et Pékin observent également la situation avec intérêt.

Raids et négociations : dans le Golfe, la diplomatie se poursuit, y compris par les armes. Alors que la journée du lundi 2 novembre avait laissé entrevoir des signes encourageants en faveur d'un dialogue entre les États-Unis et l'Iran - après une confrontation qui avait atteint une limite critique sur le plan politique, menaçant d'ouvrir une nouvelle phase de la "troisième guerre du Golfe" -, les événements de la nuit ont introduit des éléments contradictoires, témoignant de la grande fragilité de la situation.

Raids et médiations : États-Unis et Iran face à face

Dans la nuit, des raids américains - qualifiés de "défensifs" par des responsables s'étant confiés à la presse américaine - ont été signalés sur l'île de Qeshm. Cette île constitue l'un des piliers stratégiques permettant à Téhéran d'exercer son influence sur le détroit d'Ormuz ; les frappes visaient des infrastructures balistiques appartenant aux Gardiens de la Révolution islamique (IRGC). Des sources ayant requis l'anonymat ont indiqué à l'agence Associated Press que la cible était constituée de batteries sol-air utilisées contre des actifs américains. Ces événements témoignent d'une tension qui demeure élevée et d'une confrontation qui se poursuit à tous les niveaux, alors même que la voie de la médiation semble se consolider, ou du moins, ne pas risquer de dérailler.

Après des semaines marquées par l'éventualité d'une reprise des attaques américaines contre l'Iran - période durant laquelle Téhéran s'est déclaré prêt au combat, menaçant d'étendre le conflit à l'échelle régionale en cas d'offensive ennemie -, et alors que des informations en provenance d'Israël suggéraient que Benjamin Netanyahou cherchait à relancer les attaques contre Téhéran pour consolider son pouvoir après avoir perdu sa majorité lors des élections, la journée de lundi a apporté des développements intéressants. Donald Trump a tempéré les attentes concernant une éventuelle reprise imminente des raids contre l'Iran. Parallèlement, la République islamique a fait savoir que le gouvernement civil - dirigé par le président Masoud Pezeshkian et représenté activement par le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi - a reçu du Guide suprême, Mojtaba Khamenei, le mandat de négocier avec les États-Unis. De son côté, le vice-président américain J.D. Vance s'est déclaré "optimiste" quant à la possibilité d'un accord, à la suite de nouveaux pourparlers indirects.

Rappelons que J.D. Vance avait adressé une lettre à Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale - véritable centre névralgique de l'appareil stratégique iranien - afin d'évaluer les marges de manœuvre pour une négociation. Par ailleurs, ces derniers jours, plusieurs personnalités politiques israéliennes de premier plan, dont le chef du parti des Démocrates, Yair Golan, ont remis en question la capacité de Benjamin Netanyahou à mener une nouvelle phase de la confrontation avec l'Iran. Au sein de l'opposition, des discussions se poursuivent également sur l'éventualité de remplacer le premier ministre par Gadi Eisenkot (Davide Malacaria a rédigé une note sur la situation politique en Israël, incluant une analyse du mécanisme de formation du gouvernement ; elle est disponible en téléchargement gratuit ici).

Russie et Chine : une diplomatie mondiale autour de l'Iran

Par ailleurs, divers éléments suggèrent une implication d'acteurs internationaux dans la médiation. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a reçu à Pékin - de manière inattendue - Ali Bagheri-Kani, adjoint de Mohsen Rezaei. Cette rencontre a eu lieu le jour même où le sultan d'Oman, Haitham bin Tariq, se trouvait également à Pékin pour un entretien avec le président Xi Jinping. Pékin est partie prenante aux négociations entre l'Iran et Oman concernant un mécanisme pour le détroit d'Ormuz dans l'après-guerre ; par le passé, nous avons relevé, dans certaines analyses, des éléments suggérant une facilitation diplomatique de la part de la République populaire - partenaire étroit de l'Iran, mais qui cherche également, de plus en plus, à renforcer ses liens avec Mascate.

Des échanges sont en cours pour tenter de donner un nouvel élan aux négociations, après des semaines durant lesquelles l'engrenage inévitable vers le conflit semblait difficile à enrayer. Rezaei s'est, pour sa part, entretenu avec le président russe Vladimir Poutine, témoignant ainsi de la solidité des liens qui unissent l'appareil sécuritaire de Téhéran et Moscou. Ces dernières semaines, Poutine s'était déclaré prêt à soutenir les négociations irano-américaines, en recevant au Kremlin l'émissaire de Trump, Steve Witkoff. L'ensemble de ces éléments témoigne d'une volonté stratégique d'aboutir à une résolution négociée du conflit ; une démarche qui, pour l'Iran, repose sur la définition d'un statut clair concernant le détroit d'Ormuz, tandis que pour les États-Unis, elle vise à obtenir des concessions plus avantageuses que celles prévues par le Mémorandum d'Islamabad de juin.

À la croisée des chemins : diplomatie ou conflit

L'alternative entre paix et guerre n'est pas encore définitivement tranchée. Plusieurs dynamiques politiques majeures se dessinent : aux États-Unis, on observe une double approche influençant le processus décisionnel du président Trump. D'une part, le courant proche de Vance - longtemps critique à l'égard des aventures militaires au Moyen-Orient - regagne en influence, et ce, au moment même où le risque d'une escalade incontrôlée semblait le plus manifeste. Parallèlement, la banalisation des raids et des opérations militaires témoigne d'une tension qui demeure vive et qui devra être contenue dans un contexte de chaos généralisé.

Au sein de la République islamique, le Conseil suprême de sécurité nationale s'est imposé, dans les faits, comme l'instance souveraine - au sens schmittien du terme - habilitée à trancher en état d'urgence. C'est en son sein que sont élaborées les stratégies de réponse militaire en cas d'attaque (telles que décrites par Rezaei ces dernières semaines), les axes de diplomatie internationale (comme en témoigne la visite du secrétaire adjoint à Pékin) et les modalités de confrontation avec les adversaires. La délégation de pouvoirs de Khamenei à Pezeshkian s'explique par le fait que le chef de l'État préside ce même Conseil. Reste à déterminer si les tractations actuelles - frénétiques, à l'image de celles qui avaient précédé les raids de février - visent simplement à éviter une escalade, ou si elles reposent sur des bases plus solides. La pression exercée par les acteurs mondiaux suggère l'ouverture de fenêtres d'opportunité plus larges ; la récente visite à Téhéran de représentants du "Pacte de La Mecque" en est une illustration. Une partie du monde rejette l'idée d'un nouveau conflit. Pourtant, les raids nocturnes rappellent qu'aucune issue n'est encore écrite. Il faudra faire preuve de haute politique, d'une diplomatie de haut vol et d'une grande patience pour discerner la trajectoire que prendra cette confrontation. Il s'agit, avant tout, de comprendre ce que les États-Unis, l'Iran et - en arrière-plan - Israël considèrent comme la configuration optimale pour la sécurité régionale. La marche vers le sentier de la guerre n'est pas inévitable, mais elle est loin d'être écartée. Et il reste difficile de déterminer ce que veulent tous les acteurs en présence.

source :  Paolo Hamidouche

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