📚 04/11/2026 reseauinternational.net  15min ⁑️ 4 #332224

Ormuz : le détroit tient par l'escorte, les arsenaux décrochent

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par Jules Kaizen

Le détroit d'Ormuz n'a pas rouvert. Il tourne au ralenti, sous escorte américaine, au quart de son trafic de navires d'avant-guerre. La solution militaire ne rend pas le passage : elle le taxe, et la taxe se prélève sur les stocks de ceux qui escortent.

Le pétrole passe. Sous escorte, par convois, entre deux séries de frappes. Une trentaine de transits par jour contre 138 avant la guerre.

Le détroit n'est pas fermé : il est sous péage. Et le péage ne se paie pas en argent. Il se paie en munitions, en carburant et en réserves.

1. Le détroit n'est pas fermé, il est escorté

Le détroit fait 33 kilomètres de large à son point le plus étroit. Un quart du pétrole transporté par mer y passe quand il est ouvert, 20 millions de barils par jour.

Depuis le 28 février 2026, les États-Unis et Israël frappent l'Iran. Téhéran restreint la navigation et vise les navires qui passent sans son autorisation. Washington impose un blocus naval sur les ports iraniens.

La fermeture a commencé fin février et duré jusqu'en juin. Une réouverture partielle a suivi le mémorandum américano-iranien du 17 juin. Elle s'est défaite en quelques semaines, les attaques contre la marine marchande ayant repris et le blocus ayant été rétabli. Ce n'est pas le détroit qui a rouvert, c'est un couloir.

La référence d'avant-guerre est de 138 navires par jour, base 2025. Le centre d'information maritime de la coalition compte, dans sa note du 15 octobre, 121 transits assistés par la marine américaine entre le 11 et le 14 octobre, soit environ 30 par jour. La navigation indépendante, elle, tombe à quelques unités par jour, entre 1 et 5 selon les relevés.

Ce centre est un organisme de la coalition occidentale. Ses comptages sont les plus complets disponibles ; ses lectures des intentions iraniennes sont celles d'une partie au conflit.

Ce régime a un nom, et ce n'est pas la réouverture. C'est un péage. On y passe, escorté, encadré, vérifié, sous l'œil de deux marines qui se jaugent. L'escorte n'ouvre pas le détroit : elle le taxe.

Et ce péage a un tarif. L'assurance d'une cargaison qui traverse le détroit est passée de 0,05 dollar à 3,50 dollars le baril, selon Madhur Kakkar, fondateur d'Elevate Financial Services, cité par le média spécialisé AGBI. 70 fois plus cher qu'avant la guerre, pour le même trajet.

Les volumes ne se recoupent pas, et il faut le dire. Le New York Times, repris par le Conseil des Amériques, compte moins de 4 millions de barils par jour début août. C'était 20 millions avant la guerre. La BBC rapporte que Kpler en mesure 80% des niveaux d'avant-guerre en septembre. Les deux mesures ne portent ni sur la même période, ni sur le même objet.

La facture humaine se compte aussi mal. 149 incidents confirmés depuis le 1er mars par le centre maritime. L'Organisation maritime internationale (OMI) en notifie 106 et compte au moins 24 marins tués. Les deux ne s'additionnent pas : l'un compte ce qu'il a pu confirmer, l'autre ce qui lui a été signalé. Le second est un plancher, la majorité des navires attaqués ne signalant pas l'incident.

Les 13 et 14 octobre, 4 navires ont été touchés en quelques heures par des projectiles non identifiés. Un seul naufrage est confirmé. Le porte-conteneurs GFS Pride, pavillon de Singapour, a brûlé, dérivé, puis coulé le 14 octobre au large de Ras Shaykh Masud. 21 membres d'équipage évacués, aucun blessé.

Le 14 octobre, les Gardiens de la révolution ont revendiqué qu'un porte-conteneurs avait heurté une mine sur une route non autorisée. Le centre maritime a répondu qu'aucun élément ne corroborait la revendication.

2. Ce que l'escorte ne protège pas

Le 1er novembre, un méthanier qatari a été touché par des objets non identifiés dans le golfe Arabique. Le Al Mayeda transporte du gaz naturel liquéfié. Il appartient à Nakilat, la compagnie qatarienne de transport de gaz. Aucun blessé, navire opérationnel, aucune conséquence environnementale signalée.

Personne n'a revendiqué l'attaque. Doha ne l'attribue à personne et annonce une enquête.

"Le Qatar considère qu'il s'agit d'un acte dangereux, qui menace la sécurité de la navigation maritime et la sécurité de l'approvisionnement énergétique mondial".

Ce n'est plus seulement du pétrole. C'est du gaz liquéfié, et le Qatar est devenu la marge d'approvisionnement de l'Europe depuis l'abandon du gaz russe. Toucher un méthanier qatari dans le golfe, ce n'est pas frapper Doha : c'est atteindre le chauffage européen à sa source.

Le 23 septembre, le vraquier Cape Dao avait été touché au nord-est de Khasab, et un marin avait été tué. Le 14 octobre, la société de sécurité maritime Vanguard annonce qu'il coule après un sauvetage raté. Le centre maritime écrit l'inverse le même jour.

"Les avis NAVAREA IX 370/26 et HYDROPAC 2970/26 ont annoncé le naufrage du vraquier CAPE DAO ; son état reste disputé, mais il n'a pas coulé".

Un même navire, deux états, et aucun arbitre. C'est ce que la guerre fait à un fait : elle le rend disputé.

3. La coalition attend, l'Iran propose, Washington refuse

Le 17 avril, le Royaume-Uni et la France co-président un sommet des dirigeants. Le 12 mai, ils réunissent les ministres de la Défense et les représentants de 38 nations.

29 États signent une déclaration conjointe, dont l'Allemagne, le Qatar et le Japon. La mission est d'accompagner la marine marchande, de rassurer les opérateurs et de conduire des opérations de déminage.

"Les opérations ne commenceront que dans un environnement permissif et dans le plein respect du droit international et des constitutions nationales".

Autrement dit : après un cessez-le-feu durable. La mission n'est pas une réponse à la fermeture, c'est une conséquence de la paix.

Près de 6 mois plus tard, des planificateurs de plus de 30 pays se réunissent encore à Londres. Le HMS Dragon, destroyer de type 45, est pré-positionné. Aucune opération n'a été conduite.

Fin octobre, le président américain proroge le cessez-le-feu avec l'Iran jusqu'à la conclusion des négociations, "d'une manière ou d'une autre", rapporte la presse spécialisée. Il ordonne dans le même mouvement le maintien du blocus naval. Téhéran parle de siège et de violation du cessez-le-feu.

L'Iran a pourtant une sortie à proposer. Le plan en 7 étapes a été présenté à l'Assemblée générale des Nations unies en septembre. Il est désormais compressé pour être exécutable en 2 jours, sous médiation qatarie.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, l'a porté le 2 novembre devant la presse. Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement, est le négociateur en chef.

Le détail des 7 étapes n'est pas public. La presse reconstitue 4 conditions. 3 portent sur l'économie : la levée du blocus naval, la restitution des avoirs gelés, des dérogations sur les exportations pétrolières. La quatrième demande l'arrêt des combats sur tous les fronts.

Washington a refusé. La réponse de Donald Trump, citée par la BBC le 1er octobre :

"Ce n'est tout simplement pas assez bon".

4. Deux guerres, un seul arsenal

La campagne aérienne contre l'Iran a duré 39 jours de combat actif. L'amiral Brad Cooper dirige le commandement central américain. À la date du cessez-le-feu, il rapporte 13 629 munitions de frappe tirées contre plus de 13 000 cibles.

Le Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS), centre de réflexion de Washington, chiffre la campagne à 40 milliards de dollars. Dont 26,1 milliards de munitions, premier poste de la facture. Ce ne sont ni le déploiement ni les bases : ce sont les objets qu'on a lancés.

Ces objets manquent. Le rapport de l'inspection générale du Pentagone, à la mi-juillet, conclut à des pénuries sur des munitions critiques. Selon une analyse du CSIS reprise par Axios, les stocks d'intercepteurs Patriot et de systèmes de défense à haute altitude (THAAD, sigle anglais) ne seront pas reconstitués avant 2029, et cela suppose que la guerre ne reprenne pas.

Le chiffre le plus cru est un rapport de flux. L'armée américaine a pris livraison de 172 intercepteurs Patriot sur l'exercice 2026, et en a consommé plus de 1000 dans la guerre iranienne, toujours selon le CSIS. Le Pentagone a réagi : il a signé des accords pour porter la production annuelle de THAAD de 96 à 400 et celle des Patriot PAC-3 de 600 à 2000. Même à ce rythme, l'écart ne se comble pas cette année.

L'arithmétique de l'interception est cruelle. Une bombe lisse à guidage ajouté livre la même charge de 450 kilos qu'un missile de croisière Tomahawk. La première coûte 100 000 dollars, le second 2,6 millions. L'escorte fait donc tirer des objets chers contre des objets bon marché.

Le second front paie la différence. Pendant les 4 premiers jours de la guerre iranienne, les États-Unis et leurs alliés ont tiré plus de 800 missiles Patriot, rapporte le Kyiv Post, davantage que ce que l'Ukraine a reçu en 3 ans. Dans les 90 derniers jours, Kiev en a reçu 24, pour un besoin de 350 par mois.

"C'est pourquoi nous nous trouvons aujourd'hui dans cette crise ; les munitions dépensées au Moyen-Orient auraient suffi à maintenir nos systèmes Patriot opérationnels au combat pendant plusieurs années encore".

Yuriy Ihnat dirige le département communication du commandement de l'armée de l'air ukrainienne.

La manière de tirer dit autre chose. Les équipages ukrainiens tirent un intercepteur par cible. Des forces déployées au Moyen-Orient en auraient tiré jusqu'à 8 pour une seule, selon lui. La différence tient à l'expérience, dit-il, et elle sépare un stock qu'on gère d'un stock qu'on vide.

Et le même stock ne défend pas deux théâtres, mais trois. Taïwan attend des livraisons d'armes américaines dont le retard approche 30 milliards de dollars, intercepteurs Patriot compris.

5. L'énergie renchérit l'arme

Le même conflit renchérit ce qui sert à le mener. L'acier est passé d'environ 700 euros à 3500 euros la tonne, l'aluminium de 5 euros à 15 euros le kilo. Le chiffre vient d'un industriel : Paolo Può, président du constructeur de navires militaires Cantiere Navale Vittoria, au Corriere della Sera, repris par Euractiv.

La dépendance est en amont. La plupart des matières premières des produits militaires ne sont pas, ou très peu, extraites dans l'Union européenne. Manquent la cellulose pour la poudre, le caoutchouc synthétique, les semi-conducteurs. Rheinmetall constitue des stocks d'aluminium, de plastiques et de composants électroniques, et déclare avoir "significativement augmenté son fonds de roulement".

Le carburant suit la même pente. Le budget américain de la défense tablait sur le carburéacteur à 3,67 dollars le gallon pour l'exercice 2026. Le prix réel est monté à environ 4,46 dollars. Sur une consommation projetée de 3,05 milliards de gallons, le surcoût atteint 800 millions de dollars pour 4 mois de guerre. Il monterait à 1,4 milliard si les prix mettaient 6 mois de plus à revenir.

10 cents de plus au gallon sur 3 milliards de gallons font environ 300 millions de dollars. La facture carburant d'une guerre ne se lit pas dans les communiqués : elle se lit dans les milliards de gallons.

L'assurance fond. La réserve stratégique américaine est passée de 411 millions de barils fin décembre 2025 à 282,2 millions au 16 octobre. Sur une capacité autorisée de 714 millions, le stock est à 40%. Or les États-Unis ne remplissent leur engagement de 90 jours auprès de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) qu'en additionnant cette réserve et les stocks des industriels. Le filet n'est pas entièrement public.

Puis il y a le produit qui relie les deux guerres. Le brut revient, le carburant non. Dans la semaine du 19 octobre, les exportations de brut du Golfe par les 3 routes, Ormuz, mer Rouge et large d'Oman, atteignaient 19 millions de barils par jour, en hausse de 12%. Les livraisons de produits raffinés étaient 43% plus basses, à 3,6 millions. Les raffineries de Sitra à Bahreïn et de Mina Al Ahmadi et Mina Abdullah au Koweït ont été frappées et ne retrouveront pas leur plein régime avant la mi-2027, selon Kpler. Les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes ont aggravé le même marché.

Le gazole a dépassé 200 dollars le baril en septembre, près du double du brut et de son niveau d'avant-guerre. Une raffinerie ne redémarre pas avec le détroit : il faut la réparer, et cela prend des mois.

6. Trois continents, trois réponses

Les autres sont-ils touchés comme l'Europe, ou ont-ils trouvé la sortie ? La réponse tient en trois continents.

L'Asie est la première destinataire : 80% du pétrole qui passe par Ormuz va chez elle. Elle encaisse le choc de plein fouet, mais elle avait de quoi amortir.

La Chine détenait 1,4 milliard de barils en inventaires à la fin de 2025, selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie. C'est plus que ce que détiennent ensemble les États-Unis, le Japon, toute l'Europe de l'OCDE, l'Arabie saoudite, la Corée du Sud, l'Iran, les Émirats arabes unis et l'Inde. Pékin a répondu par les tuyaux et par la chimie. Les livraisons par le pipeline Kazakhstan-Chine ont dépassé 1,7 million de barils sur le seul mois de mars, en hausse de 142% sur un an. Sa production de propylène atteint 42% de l'offre mondiale, contre 8% en 2020, grâce à la chimie du charbon.

Le Japon n'avait pas cette marge : 95% de son brut vient du Moyen-Orient. Il a payé par l'amont industriel, avec 40% de son naphta venu du Golfe et des vapocraqueurs d'éthylène qui tournent au ralenti. Le prix spot du naphta a doublé.

Le Vietnam achetait près de 80% de son brut au Koweït. La Kuwait Petroleum Corporation a suspendu ses livraisons en invoquant la force majeure le 7 mars. Le gazole vietnamien a grimpé de 51% en mai au-dessus de son niveau d'avant-fermeture.

L'Afrique, elle, paie deux fois. Le carburant et l'engrais renchérissent ensemble, et l'engrais fait la récolte. En Ouganda, le prix des carburants a plus que doublé et la monnaie a perdu 10% face au dollar. Au Zimbabwe, où plus de 70% de la population vit de l'agriculture, la hausse est devenue une priorité nationale.

Les pays réduisent leurs achats d'engrais, et la récolte de l'an prochain s'en ressentira. C'est le mécanisme que décrit Luz Maria de la Mora. Elle dirige, à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, la division du commerce et des matières premières.

L'Afrique ne se contente pas d'encaisser. Le Zimbabwe revendique des gisements de plus de 60 minéraux critiques, dont le lithium et le graphite, et se présente comme ami de tous. Le Congo va plus loin.

"L'Afrique ne peut plus être un réservoir de matières premières, et le Congo non plus".

La phrase est de Jean-Jacques Bouya, vice-premier ministre congolais chargé de la coordination, du développement des infrastructures et de l'aménagement du territoire. Elle vaut pour tout un continent : celui qui fournissait la matière première refuse le rôle.

Puis il y a ceux qui n'ont rien à contourner, parce qu'ils sont ailleurs. La production latino-américaine a bondi de 20% en 2025, Brésil et Guyana en tête. Le Brésil a franchi les 4 millions de barils par jour. Le Guyana produit plus de 900 000 barils et n'a pas une seule raffinerie.

En 5 mois, le Brésil a exporté vers la Chine 87% de plus que sur toute l'année 2025, et 138% de plus vers l'Inde. La région n'est pas une victime de cette crise : elle en est l'une des gagnantes.

La limite est réelle. L'Amérique latine pèse 11% de la production mondiale, le Moyen-Orient 30%. Elle ne remplace personne. Le Mexique, importateur net de produits raffinés malgré sa production de brut, subit la hausse du gazole et du fioul. Comme le résume Francisco Monaldi, du Baker Institute de l'université Rice.

"L'Amérique du Sud est devenue un lieu beaucoup plus attractif pour investir, parce qu'elle a un fort potentiel de croissance et qu'elle est loin des points chauds géopolitiques du monde".

7. L'Europe paie sans doctrine

Le 3 novembre, les stockages de gaz de l'Union européenne sont à 74,6%. La moyenne des 5 dernières années à la même date est de 90,7%. 16 points d'écart.

Le prix, lui, a franchi 100 euros avant de décrocher. Le contrat néerlandais de référence (TTF) a dépassé ce seuil pour la première fois depuis 2022. Il a clôturé à 103,94 euros le mégawattheure le 30 octobre, puis à 93,45 euros le 3 novembre, après un nouvel échec sous 100,52 euros en séance.

L'Allemagne est le cas le plus net. 61,2% de remplissage au 1er novembre, pour un objectif de 70% : 9 points manquants. L'objectif est une moyenne, 80% pour la plupart des stockages et 45% pour 6 d'entre eux.

Le ministère de l'Économie assure que l'approvisionnement de l'hiver est sécurisé, et le président de l'Agence fédérale des réseaux, Klaus Müller, relativise.

"Il n'est plus impératif, pour la sécurité de l'approvisionnement en gaz, que les objectifs de stockage soient atteints".

Il ajoute que le gaz est devenu nettement plus cher, et que tous les clients doivent en être conscients. Le directeur de la fédération des opérateurs de stockage, Initiative Energien Speichern, Sebastian Heinermann, parle d'un "signal d'alarme à prendre au sérieux".

"L'Allemagne entre dans la période de chauffe avec des réserves de sécurité plus faibles".

Il ajoute que la vulnérabilité augmente en cas de températures exceptionnellement basses ou de perturbation des importations. La loi ne prévoit aucune sanction.

La France a choisi un autre chemin. Le premier ministre Sébastien Lecornu annonce le 7 octobre la mise sur le marché de 10 millions de barils de gazole. Ils sont prélevés sur les réserves stratégiques. Objectif affiché : 12 à 18 centimes de moins par litre.

Le mécanisme est le fait décisif. Ces volumes ont été achetés avant la guerre et sont cédés à 0,28 euro le litre, contre 1,10 euro à la mi-octobre. L'État ne subventionne pas, il solde.

Au 31 octobre, le gazole se vendait encore autour de 2,37 euros le litre.

La France brûle son épargne d'avant-guerre pour amortir une guerre qui n'est pas finie. C'est sa doctrine : il n'y en a pas d'autre.

8. Le seuil n'est pas un prix, c'est une signature

Le détroit est un péage. On y passe, escorté, vérifié, au quart du trafic de navires d'avant-guerre. La coalition qui devait l'ouvrir attend un cessez-le-feu qu'aucune des deux parties ne veut signer. L'Iran propose une sortie que Washington juge insuffisante.

La facture est chiffrée : 26,1 milliards de dollars de munitions pour une campagne de 39 jours. 800 Patriot en 4 jours contre 24 en 90 pour l'Ukraine. Un stock stratégique à 40% de sa capacité. Et un gazole qui ne redémarre pas plus vite que les raffineries.

Et pendant que l'Amérique s'épuise à tenir la barrière, la valeur change de rive. L'Asie amortit avec ses stocks. L'Afrique refuse le rôle de réservoir, l'Europe solde son épargne et l'Amérique latine vend à ceux qui sortent du Golfe.

Ce n'est pas une crise. C'est la même crise, vue d'un détroit.

C'est le constat que nous faisions il y a 3 mois dans " 2026, la chute sans filet" : le pompier est lui-même en feu, et il n'y a personne pour prendre le relais. L'Occident a bâti sa puissance sur le contrôle de l'accès aux ressources des autres. Il n'en est plus le propriétaire, il en est devenu le client. Ormuz en donne la démonstration matérielle, et elle est plus dure que le constat général.

La question n'est donc pas de savoir si l'Occident peut rouvrir le détroit. La question est de savoir s'il peut continuer à traiter le passage comme un droit de propriété. La sortie que les faits dessinent n'est pas une victoire : c'est une insertion, négocier l'accès au lieu de le garantir par la force.

Le seuil qui ferait céder la mécanique n'est pas un prix. C'est une signature : un cessez-le-feu durable, et la coalition entre en mer. L'autre seuil est une température, un décembre froid sur une Allemagne à 61% et une réserve américaine à 282 millions de barils.

D'ici là, le détroit tient. Il tient comme tient un péage : tant que quelqu'un paie l'escorte. Et celui qui paie n'est plus celui qui possède.

Analyse arrêtée le mardi 3 novembre 2026, en fin de matinée en Europe. Les chiffres cités valent à cette date et peuvent évoluer.

source :  Georisk Watch

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