
par Pierre-Alain Depauw
La vaccination contre le papillomavirus (HPV) n'est obligatoire quasiment nulle part au monde. Elle est intégrée dans les programmes nationaux de santé et souvent fortement recommandée pour les jeunes filles et les garçons (souvent entre 11 et 14 ans), mais elle repose sur l'incitation plutôt que sur la contrainte légale.
Quelles règles ?
La quasi-totalité des pays européens, ainsi que la Suisse et le Canada ont adopté la vaccination contre le HPV dans leurs calendriers vaccinaux nationaux, mais sous forme de recommandation (et souvent proposée gratuitement en milieu scolaire, comme en France en classe de cinquième).
La Pologne voulant faire du zèle avait annoncé son intention de rendre obligatoire la vaccination contre le HPV à partir du 1er janvier 2027 sous prétexte d'un taux de couverture insuffisant par rapport aux objectifs européens.
Aux États-Unis, la vaccination ne relève pas d'une loi fédérale obligatoire, mais certains États ou juridictions ont pu par le passé l'exiger pour l'entrée à l'école (avec des possibilités d'exemption), comme Rhode Island ou le District de Columbia, tandis que d'autres (comme le Texas autrefois) ont fait marche arrière.
Ailleurs dans le monde, plus de 160 pays incluent le vaccin anti-HPV dans leurs programmes publics nationaux (via GAVI ou des financements étatiques, notamment au Rwanda, en Australie ou au Royaume-Uni).
Le spectre de GAVI
La direction de Gavi, l'Alliance du Vaccin, est structurée autour d'une gouvernance bicéphale associant la gestion exécutive et le Conseil d'administration. Le Dr Sania Nishter est à la tête du Secrétariat exécutif de Gavi. De nationalité pakistanaise et médecin de formation, elle a pris ses fonctions officielles le 18 mars 2024. Helen Clark, ancienne première ministre de la Nouvelle-Zélande, assure la présidence suprême du Conseil d'administration de Gavi depuis janvier 2026. Elle a succédé à José Manuel Barroso à la fin de son mandat fin 2025.
Les liens de GAVI avec Bill Gates
Gavi entretient un lien historique, financier et structurel très fort avec Bill Gates à travers sa fondation. Bill Gates est en effet le co-fondateur de l'organisation, L'alliance Gavi a été officiellement lancée en janvier 2000 lors du Forum économique mondial de Davos grâce à un don initial crucial de 750 millions de dollars de la Fondation Bill & Melinda Gates.
La Fondation Gates n'est pas qu'un simple donateur ; elle dispose d'un siège permanent au Conseil d'administration de Gavi, au même titre que l'OMS, l'UNICEF et la Banque mondiale. Elle participe donc directement aux décisions stratégiques et aux choix de gouvernance.
Depuis sa création, la Fondation Bill & Melinda Gates est restée l'un des contributeurs financiers les plus importants de Gavi, aux côtés des grands gouvernements donateurs (comme le Royaume-Uni, les États-Unis ou la France). Ses contributions cumulées se chiffrent en milliards de dollars au fil des décennies.
En résumé, la fondation de Bill Gates est le partenaire fondateur, l'une des principales sources de financement et un membre clé de la gouvernance de GAVI.
Une proposition de loi de vaccination obligatoire en France
En France, malgré les inquiétudes et mises en garde, une proposition de loi portant précisément sur l'obligation de vaccination des jeunes de 11 à 26 ans contre les papillomavirus humains (HPV) a été officiellement déposée à l'Assemblée nationale par le député Jean-Carles Greller (groupe Horizons / Droite républicaine). Le texte a été enregistré par la Présidence de l'Assemblée nationale le 27 octobre 2026 (sous le numéro 3413) et a été renvoyé à la commission des affaires sociales pour examen.
Bien qu'il n'ait pas déposé de texte de loi contraignant, le député Michel Lauzzana (Ensemble pour la République) avait présenté en mai 2026 un rapport d'évaluation de la campagne vaccinale au collège. Il y affirmait qu'il faudrait réfléchir à une obligation légale si la couverture vaccinale ne parvenait pas à atteindre le seuil de 80% fixé pour l'immunité collective. En parallèle, la Ligue contre le cancer s'est fortement mobilisée pour demander que cette vaccination devienne obligatoire.
L'obligation vaccinale pour les 11-14 ans (Article 1er)... et même jusqu'à 26 ans
Le texte veut inscrire officiellement le vaccin anti-HPV sur la liste des vaccins obligatoires en France pour tous les adolescents (filles et garçons) âgés de 11 à 14 ans. Ce schéma repose sur l'administration de deux doses. En attendant que la mesure produise son plein effet sur les nouvelles générations, la loi prévoit un dispositif transitoire de rattrapage. La vaccination deviendrait ainsi obligatoire pour les jeunes adultes jusqu'à 26 ans révolus, selon un schéma nécessitant dans ce cas une troisième dose supplémentaire.
Pour compenser l'effort financier initial, le texte intègre un gage financier classique prévoyant la création d'une taxe additionnelle sur les produits du tabac.
Comment se positionnait ce député sur l'obligation vaccinale contre la Covid ?
Durant la crise sanitaire, Jean-Carles Grelier (qui était alors responsable des questions de santé pour le groupe Les Républicains à l'Assemblée nationale) était resté distant d'une obligation vaccinale généralisée pour toute la population. À l'image de sa famille politique de l'époque, il a cependant soutenu les dispositions de la loi du 5 août 2021 instituant l'obligation vaccinale contre la Covid-19 pour le personnel médical, paramédical et les agents des établissements de santé. Il prétendait que la liberté individuelle devait s'effacer derrière la responsabilité déontologique de protéger les patients vulnérables. Il a voté et soutenu la mise en œuvre du pass sanitaire puis du pass vaccinal. Pour lui et son groupe, ces outils constituaient un compromis nécessaire ("incitatif") pour pousser à la vaccination et éviter de nouveaux confinements économiques, tout en évitant de basculer juridiquement dans l'obligation vaccinale universelle par décret.
Sa position sur les 11 vaccins obligatoires de la petite enfance
Lors du débat parlementaire de l'automne 2017 portant sur le passage de 3 à 11 vaccins obligatoires pour les nourrissons, Jean-Carles Grelier s'est inscrit dans une posture de vigilance et de relais des inquiétudes citoyennes, sans pour autant contester le bien-fondé médical de la vaccination. Au moment du vote de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018, il a déposé plusieurs questions écrites au gouvernement pour souligner que cette extension à 11 vaccins "suscite encore bon nombre d'inquiétudes et d'interrogations émises tant par des professionnels de santé, que par des parents". Il pressait la ministre de la Santé de l'époque, Agnès Buzyn, d'apporter des réponses claires face aux contestations. À l'instar d'une partie de son groupe politique (Les Républicains à l'époque), il reprochait alors l'usage de la contrainte réglementaire brute imposée par l'État centralisé. Dans ses interventions officielles à l'Assemblée, il rappelait régulièrement qu'en réalité, plus de 70% des enfants français recevaient déjà ces 11 vaccins de façon volontaire via les injections combinées.
Son action en 2026 en faveur d'une obligation vaccinale contre le papillomavirus (HPV) démontre un glissement doctrinal majeur.
La reprise d'une position de Macron
Le 8 décembre 2022, lors d'une session du Conseil national de la refondation (CNR) consacrée à la santé, Emmanuel Macron s'était déclaré "ouvert à la vaccination obligatoire" contre les papillomavirus (HPV) si les campagnes de prévention incitatives ne suffisaient pas, "Si on n'y arrive pas par la recommandation, je pense qu'il faut aller vers l'obligation". Il affirmait qu'avoir des vaccins obligatoires s'est déjà révélé très utile par le passé pour d'autres maladies, et qu'il n'a "pas de tabou" sur ce sujet.
Le 28 février 2023 à Jarnac, en déplacement dans un collège de Charente pour lancer officiellement la campagne vaccinale gratuite en classe de 5e, il avait dit préférer d'abord "un travail de conviction, pour généraliser par l'adhésion". Toutefois, il ajoutait qu'il n'excluait pas de légiférer pour rendre le vaccin obligatoire "si on n'atteint pas les 80%" de couverture vaccinale.
Emmanuel Macron a donc toujours agité la menace d'une obligation vaccinale.
source : Médias-Presse-Info