
Par Nate Bear, le 5 novembre 2026
La soupe du jour, ce sont les élections de mi-mandat aux États-Unis.
J'étais réticent à commenter, parce que, disons, je ne voulais pas m'ennuyer, ni vous non plus, d'ailleurs.
Et pourtant, on y est.
D'après ce que j'ai compris, le parti du génocide de Gaza a gagné. Le parti qui, semaine après semaine, a fourni les bombes, les balles, les missiles et la couverture politique à un véritable génocide, a remporté la victoire.
Le parti qui a réduit en charpie des dizaines de milliers d'enfants pour Israël, pour lui-même, pour l'empire, pour des considérations géostratégiques et de politique intérieure. Ils ont gagné. Le parti qui a causé 99 % des morts de ce génocide a remporté la victoire. Le parti qui a regardé en direct depuis la salle de crise Gaza se transformer en terrain vague a gagné. Le parti qui a aidé le régime sioniste à déclencher une famine. Ils ont gagné.
Et certains des candidats qui ont remporté la victoire l'ont fait en menant campagne aux côtés de Kamala Harris - celle qui a cosigné les chèques pour cet holocauste - et en lui léchant les bottes.
Je parle d'Abdul El-Sayeed, un homme qui, en plus de faire campagne aux côtés de l'une des principales responsables du génocide, s'est également donné beaucoup de mal pour rassurer son monde en affirmant être un capitaliste de premier plan. Ce qui, pour quiconque y accorde un tant soit peu d'attention, n'est pas vraiment une surprise, puisque ce type est propriétaire et loue des biens immobiliers à Dubaï, en Inde et dans le Michigan. Il a certes pris ses distances avec l'AIPAC et qualifie le génocide de génocide, mais il condamne également la résistance armée contre Israël et est un partisan classique de la "solution à deux États". Il faut donc ajuster nos attentes en conséquence. Nous avons déjà vu ce numéro, celui où des progressistes déclarés révèlent leur impérialisme intrinsèque à peine installés sur le trône.
Une poignée de candidats que certains qualifieraient de véritablement progressistes, soutenus par les Socialistes démocrates d'Amérique, ont également remporté des sièges. Cinq, pour être précis, sur les 470 sièges répartis entre la Chambre des représentants et le Sénat. Parmi ces cinq candidats, d'après mes recherches, deux (Darializa Avila Chevalier et Chriss Rabb), une fois mis sous pression, ont condamné le Hamas et la résistance armée contre Israël. Y a-t-il d'autres enjeux que le génocide ? Oui. Votre posture sur le génocide, et en particulier sur la résistance au génocide, détermine-t-elle votre vision politique et votre éthique au sens large ? Oui, bien sûr. Renier et condamner ce que vous avez défendu lorsque vous êtes mis sous pression par l'establishment est-il un signe de faiblesse et de manque de droiture ? Oui, absolument.
Nous pouvons donc retenir trois candidats aux positions véritablement progressistes qui ne condamnent pas ceux qui luttent contre les oppresseurs coloniaux : Claire Valdez, Melat Kiros et Donavan McKinney. Bravo. La meilleure d'entre eux est Melat Kiros, qui, plutôt que de se contenter d'appeler à cessez l'aide militaire à Israël, réclame l'abolition d'Israël. C'est bien plus juste. Au moins, nous avons une gagnante de facto.

Une seule.
Et elle a été élue au sein d'un parti coupable de génocide.
Pourtant, de nombreux progressistes semblent se délecter des résultats. Certains pro-palestiniens publient même des messages de joie. Je ne dis pas qu'il ne se passe rien. Il aurait été impensable qu'un seul Américain partageant ces opinions politiques soit élu avant octobre 2023. Mais nous parlons d'un seul Américain pour un point qui devrait être évident : les États d'apartheid qui commettent un génocide doivent être démantelés, et le droit des opprimés à résister à ces États par la violence est inscrit dans le droit international.
Une seule.
Ainsi, face à ces cinq (pour être indulgent), trois (pour être modéré) ou une (pour être honnête) douzaines de Démocrates soutenus par le lobby sioniste, les Démocrates l'ont emporté, y compris quantité d'autres élus démocrates élus dans la foulée d'El-Sayed au Sénat. Beaucoup ont accepté l'argent du lobby sioniste, notamment Juliana Stratton, Chris Pappas et Sherrod Brown. Pappas, dans le New Hampshire, un "ardent défenseur d'Israël", a reçu près de 845 000 dollars de l'AIPAC. D'autres n'ont pas accepté l'argent de l'AIPAC, comme le très prisé James Talarico au Texas. À la place, il accepte l'argent de Miriam Adelson, soutient Israël et "son droit à se défendre" tout en exigeant que le Hamas soit désarmé. En d'autres termes, il estime qu'Israël a le droit de commettre un génocide contre une population sans défense, alors que n'importe quel cerveau un tant soit peu éveillé sait que ce "droit à la légitime défense" n'est qu'un euphémisme pour désigner des atrocités de masse.
À la Chambre des représentants, toute une liste de candidats soutenus par le lobby sioniste a remporté les élections. Un groupe de pression sioniste relativement récent, la "Democratic Majority for Israel", qui ne soutient que les Démocrates, a annoncé dans un communiqué de presse lesquels de ses candidats ont été élus. Au passage, leur façon de se vanter ouvertement du succès de leurs pratiques de corruption est tout simplement irréelle. Un Démocrate qui a remporté un siège à la Chambre des représentants, Adrian Boafo dans le Maryland, a reçu 5,7 millions de dollars de l'AIPAC pour remporter sa primaire (après quoi son élection était acquise d'avance).
CINQ POINT, SEPT MILLIONS DE DOLLARS SIONISTES !
Et puis nous avons les Démocrates sionistes sortants, comme le nouveau président de la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries. En 2014, lors d'un rassemblement en faveur d'Israël à New York, Jeffries a déclaré, en bombant le torse dans un fanatisme échevelé : "Israël aujourd'hui, Israël demain, Israël pour toujours !"
Et que faut-il comprendre lorsque Kamala Harris est présentée par El-Sayeed sous les hourras ? Que faut-il en conclure alors qu'El-Sayeed a été élu après avoir fait campagne à ses côtés ? À coup sûr, que le génocide n'a pas été un facteur rédhibitoire. Que faut-il penser d'un parti qui, à peine deux ans après avoir contribué à commettre et à faciliter le crime ultime au regard du droit international, voit les électeurs affluer en masse pour voter à nouveau pour lui ? Ce qui leur montre qu'en politique américaine, rien, politiquement parlant, n'est irrécupérable. Que rien n'est vraiment perdu, que tout n'est qu'une question de temps. Cela leur montre aussi que rien n'est interdit, qu'ils peuvent commettre les pires excès et l'emporter quand même.
J'entends déjà l'objection : "Mais Nate, que vouliez-vous qu'on choisisse ?"
La réponse est simple : vous n' aviez pas de choix. Les Américains n'ont jamais le choix.
Et pourtant, ils choisissent quand même.
Et on repart pour un tour, jusqu'à la fin des temps.
Traduit par Spirit of Free Speech