🇵🇸 06/11/2026 palestine-solidarite.fr  10min ⁎️ 3 #332481

À l'âme de Félix là-haut, dans les cieux

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Par Rami Abou Reida

𝗜𝗹 𝘆 𝗮 𝗱𝗲𝘀 𝗱𝗼𝘂𝗹𝗲𝘂𝗿𝘀 𝗾𝘂𝗶 𝗻𝗲 𝗰𝗼𝗻𝗻𝗮𝗶𝘀𝘀𝗲𝗻𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝗱𝗲 𝗳𝗿𝗼𝗻𝘁𝗶𝗲̀𝗿𝗲𝘀, 𝗲𝘁 𝗱𝗲𝘀 𝘃𝗶𝘀𝗮𝗴𝗲𝘀 𝗾𝘂𝗲 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗻'𝗮𝘃𝗼𝗻𝘀 𝗷𝗮𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗿𝗲𝗻𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗲́𝘀, 𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗾𝘂𝗶 𝘀'𝗶𝗻𝘀𝘁𝗮𝗹𝗹𝗲𝗻𝘁 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗻𝗼𝘀 𝗰œ𝘂𝗿𝘀 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲 𝘀𝗶 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗮𝘃𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗰𝗼𝗻𝗻𝘂𝘀 𝘁𝗼𝘂𝘁𝗲 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝘃𝗶𝗲.

En temps de guerre, nous apprenons que la perte ne se limite pas aux maisons détruites, ni à ceux que les guerres emportent. Parfois, une histoire venue de loin, celle d'une personne que nous n'avons jamais rencontrée, ouvre une nouvelle blessure dans nos âmes et nous rappelle que la douleur humaine est la même, quels que soient les lieux et les langues.

Le 5 août, j'ai écrit un texte sur Félix, ce jeune homme que je n'ai jamais connu, mais dont l'histoire m'a profondément bouleversé. Je l'ai gardé sans le publier, à la demande de son père, mon ami Cyril, qui avait besoin de temps avant de décider s'il était prêt à partager ce souvenir douloureux avec le monde.

Aujourd'hui, je reviens à ces mots, à l'occasion de la commémoration de sa disparition, non pas seulement pour évoquer la mort, mais aussi pour réfléchir à ce qu'une vie peut laisser dans celle des autres, même après la disparition de celui qui l'a vécue.

Ce n'est pas seulement l'histoire d'un père qui a perdu son fils, ni celle d'un jeune homme parti à un âge où la vie aurait dû être pleine de rêves. C'est aussi une histoire de conscience humaine, d'une douleur que la distance ne peut isoler, et d'un monde qui cherche encore une justice absente et une paix qui tarde à venir.

Nous ne pouvons peut-être pas faire revenir ceux que nous avons perdus, ni effacer ce que leur absence laisse dans le cœur de leurs proches. Mais nous pouvons refuser que l'injustice devienne une chose ordinaire et continuer à défendre le droit de chaque être humain à la vie, à la dignité et à la sécurité.

Car l'espoir ne consiste pas à oublier nos morts, mais à porter leur mémoire avec nous, tout en essayant de construire un monde où aucun père n'aurait à dire adieu à son enfant trop tôt, et où aucun être humain ne perdrait sa foi en la justice et en l'humanité.

𝗖'𝗲𝘀𝘁 𝗹'𝗵𝗶𝘀𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲 𝗱𝗲 𝗙𝗲́𝗹𝗶𝘅... 𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗰'𝗲𝘀𝘁 𝗮𝘂𝘀𝘀𝗶 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗵𝗶𝘀𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲 𝗮̀ 𝘁𝗼𝘂𝘀, 𝗰𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗱'𝘂𝗻𝗲 𝗱𝗼𝘂𝗹𝗲𝘂𝗿 𝗾𝘂𝗶 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗿𝗮𝘀𝘀𝗲𝗺𝗯𝗹𝗲 𝗲𝘁 𝗱'𝘂𝗻 𝗲𝘀𝗽𝗼𝗶𝗿 𝗾𝘂𝗲 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗻𝗲 𝗱𝗲𝘃𝗼𝗻𝘀 𝗷𝗮𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗮𝗯𝗮𝗻𝗱𝗼𝗻𝗻𝗲𝗿, 𝗮𝘂𝘀𝘀𝗶 𝗹𝗼𝗻𝗴 𝗾𝘂𝗲 𝘀𝗼𝗶𝘁 𝗹𝗲 𝗰𝗵𝗲𝗺𝗶𝗻 𝘃𝗲𝗿𝘀 𝗹𝗮 𝗽𝗮𝗶𝘅.

Le cœur lourd de l'histoire de Félix et de la douleur de son père, je me suis retrouvé à écrire ces quelques lignes, en pensant à tous ceux qui ont perdu des êtres chers et qui ont partagé notre douleur, même à distance.

Ces quelques lignes introduisent un article intitulé :

𝗨𝗻 𝗮𝗽𝗽𝗲𝗹 𝗿𝗲𝘀𝘁𝗲́ 𝘀𝗮𝗻𝘀 𝗿𝗲́𝗽𝗼𝗻𝘀𝗲...

Un article consacré à 𝗰𝗲𝘂𝘅 𝗾𝘂𝗶 𝘀𝗼𝘂𝗳𝗳𝗿𝗲𝗻𝘁 𝗱𝗲 𝗹𝗼𝗶𝗻.

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𝑨̀ 𝒍'𝒂̂𝒎𝒆 𝒅𝒆 𝑭𝒆́𝒍𝒊𝒙... 𝒍𝒂̀-𝒉𝒂𝒖𝒕, 𝒅𝒂𝒏𝒔 𝒍𝒆𝒔 𝒄𝒊𝒆𝒖𝒙.

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𝗠𝗼𝗻 𝗰𝗵𝗲𝗿 𝗖𝘆𝗿𝗶𝗹𝗹𝗲,  Cyrille Hanappe

Permets-moi de partager avec toi ce texte. Je n'avais pas prévu de l'écrire, mais il est sorti de mon cœur sans demander la permission, après avoir lu ton message. Tes mots m'ont profondément bouleversé, et je me suis retrouvé à écrire, comme si l'écriture était ma modeste manière de partager ta douleur et de rendre hommage à la mémoire de Félix.

Ce texte, je l'ai écrit pour toi, et non dans l'intention de le publier. Si tu estimes qu'il doit rester entre nous, je respecterai entièrement ton choix. Mais si tu penses qu'il mérite d'être publié, alors la décision t'appartient entièrement, car c'est ton histoire, et Félix est ton fils.

J'espère que tu ne verras dans ces mots aucune atteinte à ton intimité, mais seulement l'expression sincère de mon affection et de mon profond respect pour toi et pour ta famille, d'un père à un autre.

𝗟𝗼𝗿𝘀𝗾𝘂𝗲 𝗷'𝗮𝗶 𝗱𝗲𝗺𝗮𝗻𝗱𝗲́ 𝗮̀ 𝗖𝘆𝗿𝗶𝗹𝗹𝗲 : "𝗘𝘀-𝘁𝘂 𝗺𝗮𝗿𝗶𝗲́ ? 𝗔𝘀-𝘁𝘂 𝗱𝗲𝘀 𝗲𝗻𝗳𝗮𝗻𝘁𝘀 ?"

Je ne m'attendais pas à ce que cette simple question, au cours d'une conversation avec mon ami Cyrille, me conduise à l'une des histoires les plus douloureuses que j'aie entendues depuis le début de la guerre contre Gaza.

J'attendais une réponse ordinaire, semblable à celles que les gens donnent à cette période de l'année. Je m'attendais à ce qu'il me réponde avec un sourire : "Oui, j'ai une famille, et nous passons nos vacances d'été à profiter d'un peu de repos et de détente."

Mais ce qui m'est parvenu était tout autre.

Cyrille m'a écrit :

"Oui, je suis marié. Ma femme s'appelle _____ Nous avons deux fils : _____, né en 2004, et Félix, né en 2007. Félix s'est suicidé le 5 novembre 2024, à l'âge de dix-sept ans, en se jetant par la fenêtre."

𝗝𝗲 𝗺𝗲 𝘀𝘂𝗶𝘀 𝗮𝗿𝗿𝗲̂𝘁𝗲́ 𝗱𝗲 𝗹𝗶𝗿𝗲 𝗽𝗲𝗻𝗱𝗮𝗻𝘁 𝗾𝘂𝗲𝗹𝗾𝘂𝗲𝘀 𝗶𝗻𝘀𝘁𝗮𝗻𝘁𝘀.

J'ai eu l'impression de ne pas comprendre ce que je venais de lire, tant le choc était immense.

J'ai relu le message une deuxième fois, puis je suis allé vérifier la traduction pour m'assurer que je ne m'étais pas trompé : avais-je mal compris, ou bien mon français m'avait-il trahi ? Ou était-ce réellement la vérité ?

𝗠𝗮𝗶𝘀 𝗹𝗮 𝘃𝗲́𝗿𝗶𝘁𝗲́ 𝗲́𝘁𝗮𝗶𝘁 𝗲𝗻𝗰𝗼𝗿𝗲 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗱𝘂𝗿𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗷𝗲 𝗻𝗲 𝗹'𝗮𝘃𝗮𝗶𝘀 𝗶𝗺𝗮𝗴𝗶𝗻𝗲́𝗲.

Je suis revenu à l'écran et j'ai poursuivi ma lecture. Les mots devenaient de plus en plus lourds à chaque ligne. Un frisson a parcouru tout mon corps, et mes yeux se sont remplis de larmes, exactement comme au plus fort de la guerre, lorsque j'apprenais la mort en martyr d'un proche, d'un ami ou d'un voisin, ou encore l'anéantissement d'une famille entière.

Puis j'ai lu ces mots :

"Félix était un jeune homme passionné et profondément engagé. Il ne supportait pas l'injustice. Il a laissé une lettre dans laquelle il disait qu'il léguait toutes ses économies à la cause palestinienne. Depuis sa mort, nous marchons sur ses pas. J'étais déjà engagé pour la Palestine avant son décès, mais ce qui est arrivé a encore renforcé mon engagement."

Je me suis arrêté une nouvelle fois.

𝗔̀ 𝗚𝗮𝘇𝗮, 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗮𝘃𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗳𝗶𝗻𝗶 𝗽𝗮𝗿 𝗰𝗿𝗼𝗶𝗿𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗲́𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝘀𝗲𝘂𝗹𝘀 𝗮̀ 𝗽𝗼𝗿𝘁𝗲𝗿 𝗰𝗲𝘁𝘁𝗲 𝗱𝗼𝘂𝗹𝗲𝘂𝗿.

Mais la vérité est que cette guerre dessine des cercles que les caméras ne montrent pas. Elle s'étend jusqu'au cœur d'êtres humains vivant dans des lieux lointains. Ils n'ont pas entendu les bombardements de leurs oreilles, mais ils les ont entendus avec leur conscience.

Je ne sais pas ce qui s'est passé dans l'esprit de Félix durant ses derniers jours, et personne n'a le droit de réduire l'histoire d'un être humain à une seule cause. Mais les paroles de son père révèlent le cœur d'un jeune homme incapable de se réconcilier avec l'injustice, ainsi qu'une sensibilité humaine rare dans un monde qui s'habitue peu à peu aux images du sang et des ruines.

Avant de partir, il a choisi de donner tout ce qu'il avait économisé en soutien au peuple palestinien. Ses économies n'étaient pas importantes, mais elles représentaient tout ce qu'il possédait.

𝗣𝗮𝗿𝗳𝗼𝗶𝘀, 𝗹𝗮 𝘃𝗮𝗹𝗲𝘂𝗿 𝗱'𝘂𝗻 𝗱𝗼𝗻 𝗻𝗲 𝘀𝗲 𝗺𝗲𝘀𝘂𝗿𝗲 𝗽𝗮𝘀 𝗮̀ 𝗹𝗮 𝘀𝗼𝗺𝗺𝗲 𝗱'𝗮𝗿𝗴𝗲𝗻𝘁 𝗾𝘂'𝗶𝗹 𝗿𝗲𝗽𝗿𝗲́𝘀𝗲𝗻𝘁𝗲, 𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗮𝘂 𝗰œ𝘂𝗿 𝗾𝘂𝗶 𝗹'𝗼𝗳𝗳𝗿𝗲.

Félix avait à peu près le même âge que mon fils Mohammed.

Lorsque j'en ai pris conscience, je n'ai plus lu ce message en tant qu'écrivain de Gaza, mais en tant que père.

J'ai imaginé Mohammed mon fils, blessé dans les premiers jours de la guerre, qui a survécu par miracle à un bombardement dont quelques instants seulement le séparaient de la mort.

L'espace d'un instant, je n'ai plus vu Félix comme le fils de Cyrille, mais comme mon propre fils.

J'ai imaginé tous les pères qui attendent le retour de leurs enfants à la maison.

Puis j'ai imaginé Cyrille, dont le fils ne reviendra jamais.

𝗤𝘂𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗰𝗿𝘂𝗮𝘂𝘁𝗲́ 𝗾𝘂'𝘂𝗻𝗲 𝘀𝗶𝗺𝗽𝗹𝗲 𝗾𝘂𝗲𝘀𝘁𝗶𝗼𝗻 𝘀𝘂𝗿 𝗹𝗮 𝗳𝗮𝗺𝗶𝗹𝗹𝗲 𝘀𝗲 𝘁𝗿𝗮𝗻𝘀𝗳𝗼𝗿𝗺𝗲 𝗲𝗻 𝘂𝗻𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘃𝗲𝗿𝘀𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝘀𝘂𝗿 𝗹'𝗮𝗯𝘀𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗲́𝘁𝗲𝗿𝗻𝗲𝗹𝗹𝗲.

Puis une pensée m'a traversé l'esprit : perdre un être cher n'est pas un instant qui s'achève avec les funérailles. C'est une douleur quotidienne qui renaît sans aucune pitié. C'est une blessure qui rouvre ses portes à chaque occasion, à chaque petit détail qui faisait autrefois partie de la vie de celui qui est parti.

Elle les rouvre devant sa chaise vide, son vêtement encore suspendu, le parfum dont l'odeur demeure accrochée à la mémoire, son plat préféré, l'équipe de football qu'il soutenait, un livre laissé ouvert, un stylo qui garde encore l'empreinte de ses doigts, une photographie, une chanson, un mot prononcé au hasard, ou lorsqu'on croise un de ses amis ou une de ses amies.

𝗔𝗹𝗼𝗿𝘀 𝘁𝗼𝘂𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝘀𝗼𝘂𝘃𝗲𝗻𝗶𝗿𝘀 𝗿𝗲𝘃𝗶𝗲𝗻𝗻𝗲𝗻𝘁 𝗱'𝘂𝗻 𝘀𝗲𝘂𝗹 𝗰𝗼𝘂𝗽 ; 𝗹𝗲𝘀 𝘆𝗲𝘂𝘅 𝘀𝗲 𝗿𝗲𝗺𝗽𝗹𝗶𝘀𝘀𝗲𝗻𝘁 𝗱𝗲 𝗹𝗮𝗿𝗺𝗲𝘀, 𝗹𝗲 𝗰œ𝘂𝗿 𝘀𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘀𝘂𝗺𝗲

Même les choses qui paraissent ordinaires aux autres deviennent, dans le cœur de celui qui a perdu un être aimé, des portes infinies ouvertes sur la nostalgie et la douleur.

Félix était, selon les mots de son père, un jeune homme aimé de tous, généreux, souriant. Il avait beaucoup d'amis, filles et garçons, et personne n'a compris comment il avait pu parvenir à une telle fin.

𝗖'𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗲𝘂𝘁-𝗲̂𝘁𝗿𝗲 𝗽𝗿𝗲́𝗰𝗶𝘀𝗲́𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗰𝗲𝘁𝘁𝗲 𝗿𝗮𝗶𝘀𝗼𝗻 𝗾𝘂𝗲 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗱𝗲𝘃𝗼𝗻𝘀 𝗰𝗲𝘀𝘀𝗲𝗿 𝗱𝗲 𝘁𝗿𝗮𝗶𝘁𝗲𝗿 𝗹𝗮 𝗱𝗼𝘂𝗹𝗲𝘂𝗿 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲 𝘀'𝗶𝗹 𝗻𝗲 𝘀'𝗮𝗴𝗶𝘀𝘀𝗮𝗶𝘁 𝗾𝘂𝗲 𝗱𝗲 𝗰𝗵𝗶𝗳𝗳𝗿𝗲𝘀 𝗲𝘁 𝗱𝗲 𝘀𝘁𝗮𝘁𝗶𝘀𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀.

Les guerres ne tuent pas seulement ceux sur qui tombent les bombes. Elles laissent aussi de profondes cicatrices dans l'âme de ceux qui les regardent, et dans le cœur de ceux qui ne parviennent pas à comprendre comment le monde peut assister à tant de morts, puis continuer sa vie comme si rien ne s'était passé.

Cyrille a perdu son fils.

Quant à moi, j'ai eu le sentiment d'avoir perdu un jeune homme qui avait l'âge de mon fils, alors même que je ne l'avais jamais rencontré.

𝗖𝗲𝗿𝘁𝗮𝗶𝗻𝗲𝘀 𝗽𝗲𝗿𝘀𝗼𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲𝗻𝘁 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗻𝗼𝘀 𝗰œ𝘂𝗿𝘀 𝗽𝗮𝗿 𝗾𝘂𝗲𝗹𝗾𝘂𝗲𝘀 𝗺𝗼𝘁𝘀 𝘀𝗲𝘂𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁, 𝗽𝘂𝗶𝘀 𝘀'𝗲𝗻 𝘃𝗼𝗻𝘁 𝗲𝗻 𝗹𝗮𝗶𝘀𝘀𝗮𝗻𝘁 𝘂𝗻𝗲 𝘁𝗿𝗮𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗻𝗲 𝘀'𝗲𝗳𝗳𝗮𝗰𝗲𝗿𝗮 𝗷𝗮𝗺𝗮𝗶𝘀.

Et le monde a perdu un jeune homme qui croyait en la justice, qui pensait que l'être humain devait rester humain, même lorsque les autres perdent leur humanité.

Certains pensent peut-être que Gaza n'offre au monde que des images de destruction et de mort. Mais la vérité est qu'elle révèle aussi ce qu'il y a de plus beau chez les êtres humains.

Cette guerre m'a fait connaître des hommes et des femmes venus de pays lointains. Je ne les ai jamais rencontrés, et pourtant ils sont devenus plus proches de mon cœur que bien des personnes que j'ai connues toute ma vie.

𝗖𝘆𝗿𝗶𝗹𝗹𝗲 𝗲𝘀𝘁 𝗹'𝘂𝗻 𝗱'𝗲𝘂𝘅.

Un homme qui m'a prouvé que les distances n'empêchent pas les cœurs de se rencontrer, et que l'humanité est encore capable de triompher, même au milieu de toutes ces ruines.

𝗔̀ 𝗺𝗼𝗻 𝗮𝗺𝗶 𝗖𝘆𝗿𝗶𝗹𝗹𝗲

Il n'existe pas de mots capables de consoler un père qui a perdu son fils.

Et pourtant, alors que je vis depuis près de trois ans la guerre, les pertes, le déracinement et l'exil, la douleur d'un père qui perd son enfant demeure une blessure dont je ne peux imaginer la profondeur.

Mais je voudrais te dire une seule chose.

𝗟𝗼𝗿𝘀𝗾𝘂𝗲 𝗷'𝗮𝗶 𝗹𝘂 𝘁𝗼𝗻 𝗺𝗲𝘀𝘀𝗮𝗴𝗲, 𝗷𝗲 𝗻'𝗮𝗶 𝗽𝗮𝘀 𝘀𝗲𝘂𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝘃𝘂 𝗹'𝗶𝗺𝗺𝗲𝗻𝘀𝗶𝘁𝗲́ 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗽𝗲𝗿𝘁𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝘁𝘂 𝗽𝗼𝗿𝘁𝗲𝘀. J'ai aussi vu le père qui a semé dans le cœur de ses enfants les valeurs de la justice, de la compassion, de la dignité et du respect de l'être humain, et dont est né un jeune homme au grand cœur, incapable de vivre en paix avec l'injustice.

J'ai vu un homme qui n'a pas transformé son chagrin en haine, mais en davantage de générosité, en davantage de solidarité envers un peuple qui goûte chaque jour à l'amertume de la perte.

Depuis Gaza, où les gens savent ce que signifie se réveiller en découvrant l'absence de ceux qu'ils aiment, je t'adresse, à toi, à ton épouse et à ton fils, mes plus sincères condoléances.

𝗤𝘂𝗲 𝗗𝗶𝗲𝘂 𝗳𝗮𝘀𝘀𝗲 𝗺𝗶𝘀𝗲́𝗿𝗶𝗰𝗼𝗿𝗱𝗲 𝗮̀ 𝗙𝗲́𝗹𝗶𝘅.

Et peut-être que la plus grande chose qu'un être humain laisse derrière lui après son départ n'est pas le nombre des années qu'il a vécues, mais la trace qu'il laisse dans le cœur des autres.

𝗥𝗲𝗽𝗼𝘀𝗲 𝗲𝗻 𝗽𝗮𝗶𝘅, 𝗙𝗲́𝗹𝗶𝘅

Tu as quitté un monde accablé par les guerres et l'injustice, mais tu as laissé derrière toi une empreinte qui demeurera vivante dans le cœur de ceux qui t'ont connu, et même dans celui de ceux qui ne t'ont jamais rencontré.

𝗧𝗼𝗻 𝗻𝗼𝗺 𝗿𝗲𝘀𝘁𝗲𝗿𝗮, 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗺𝗼𝗶, 𝗹𝗲 𝘁𝗲́𝗺𝗼𝗶𝗴𝗻𝗮𝗴𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗹'𝗵𝘂𝗺𝗮𝗻𝗶𝘁𝗲́ 𝗻'𝗮 𝗻𝗶 𝗻𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝗮𝗹𝗶𝘁𝗲́, 𝗻𝗶 𝗿𝗲𝗹𝗶𝗴𝗶𝗼𝗻, 𝗻𝗶 𝗳𝗿𝗼𝗻𝘁𝗶𝗲̀𝗿𝗲𝘀, 𝗲𝘁 𝗾𝘂'𝘂𝗻 𝘀𝗲𝘂𝗹 𝗰œ𝘂𝗿 𝘀𝗶𝗻𝗰𝗲̀𝗿𝗲 𝗽𝗲𝘂𝘁 𝗽𝗮𝗿𝗳𝗼𝗶𝘀 𝗱𝗶𝗿𝗲 𝗱𝗮𝘃𝗮𝗻𝘁𝗮𝗴𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝘁𝗼𝘂𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗱𝗶𝘀𝗰𝗼𝘂𝗿𝘀 𝗱𝘂 𝗺𝗼𝗻𝗱𝗲.

Que Dieu te fasse miséricorde, qu'Il accorde à tes parents et à ton frère la patience, et qu'Il fasse de ton souvenir une lumière guidant d'autres êtres humains vers davantage de compassion, de justice et d'amour.

𝗗𝗘́𝗗𝗜𝗖𝗔𝗖𝗘

𝗔̀ 𝗹'𝗮̂𝗺𝗲 𝗱𝗲 𝗙𝗲́𝗹𝗶𝘅 𝗹𝗮̀-𝗵𝗮𝘂𝘁.

À ce jeune homme que je n'ai jamais connu, mais dont l'histoire a laissé dans mon cœur une empreinte qui ne s'effacera jamais.

À son père, mon ami Cyrille, et à sa famille, avec toute mon affection et mes plus sincères condoléances.

 Rami Abou Reida

𝗥𝗮𝗺𝗶 𝗔𝗯𝗼𝘂 𝗥𝗲𝗶𝗱𝗮

Écrit le 5 Aout 2026

Publié le 5 novembre 2026

Mes écrits... depuis ma tente, à Al-Mawasi, Khan Younès

Source : auteur
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