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🇺🇸 07/11/2026 mondialisation.ca  14min ⁑️ 6 #332519

La diplomatie sonnante et trébuchante de Jared Kushner

Par  Philip Giraldi

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De nombreux observateurs de l'administration hautement dysfonctionnelle du président Donald J. Trump ont souligné qu'un facteur majeur des désastres en politique étrangère pourrait bien provenir de la nomination aux postes de négociateurs en chef de deux magnats de l'immobilier personnellement liés au président. Steve Witkoff et le gendre de Trump, Jared Kushner, sans la moindre expérience diplomatique, se sont fait mener par le bout du nez et constamment déjouer par leurs homologues étrangers. Le Congrès et les médias nationaux auraient également dû être conscients que Kushner disposait d'un accès privilégié à Trump et qu'il pouvait être enclin à lui donner de mauvais conseils en échange de "faveurs" financières.

En réalité, il y avait de nombreuses bonnes raisons de se méfier tout particulièrement du gendre Jared Kushner compte tenu de ses antécédents en matière d'affaires louches. En effet, toutes ces inquiétudes se sont avérées fondées : il suffit de citer l'échec total des deux émissaires spéciaux du président à en juger par leur implication dans les soi-disant négociations de paix concernant les conflits entre la Russie et l'Ukraine ainsi qu'au Moyen-Orient. Dans les deux cas, la situation, du point de vue des intérêts réels des États-Unis, s'est détériorée malgré des preuves manifestes que d'autres parties aux négociations cherchaient une solution. Kushner, partisan inconditionnel de la "priorité à Israël", tout comme son complice Witkoff, a tout mis en œuvre pour protéger l'État hébreu, ce criminel de guerre, ainsi que les États arabes considérés comme des alliés, et s'est montré totalement inefficace face aux Russes, qui, à juste titre, ne lui font aucunement confiance. La famille Kushner entretient par ailleurs des relations très étroites avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui avait pour habitude de séjourner chez les Kushner, dans le New Jersey, il y a quelques années lorsqu'il se rendait aux États-Unis. La fondation de la famille Kushner a également financé des colonies israéliennes en Cisjordanie palestinienne, une pratique pourtant illégale, faisant de Jared un choix particulièrement absurde en tant que négociateur désigné par les États-Unis.

Kushner est, bien sûr, marié à Ivanka, la fille de Donald Trump qui s'est convertie au judaïsme, lui permettant ainsi d'accéder au poste qui lui a été attribué à la Maison Blanche. Il était et reste par ailleurs un partenaire commercial du président et de sa famille. Tout bien considéré, cela signifie que Jared Kushner a pu exploiter son statut à la Maison Blanche pour prendre des mesures destinées à enrichir la famille Trump, lui-même et sa propre famille en recourant à la fois aux manipulation et au trafic d'influence auprès de ses interlocuteurs dans le monde de la politique étrangère, tout particulièrement dans les États du Golfe.

Pour ne citer qu'un seul exemple illustrant comment la politique, les intérêts israéliens et la recherche du profit cohabitent, il suffit de se pencher sur le récit élogieux de Kushner sur la splendeur du futur  complexe touristique de type Riviera qui portera très probablement le nom de Trump et arborera une statue dorée du président, complexe construit sur les décombres de l'ancienne Gaza qui recouvrira ou éliminera d'une manière ou d'une autre des dizaines de milliers de corps palestiniens. Voilà la perspective d'un promoteur immobilier qui, malheureusement, caractérise parfaitement ce personnage. La participation de Kushner au "Conseil de paix" bidon de Trump n'a guère été qu'une couverture offrant à Netanyahu un permis de tuer délivré par le président américain, lui-même à la solde d'Israël, qui estime que seule compte sa capacité à ignorer ses responsabilités présidentielles et à exploiter sa position pour s'enrichir, et pas qu'un peu !

Jared Kushner a apparemment hérité de gènes le rendant cupide au-delà de toute raison.  Son père, Charles, occupe actuellement le poste d'ambassadeur des États-Unis en France, nommé par Trump. Il ne parle pas français et ne cesse de se plaindre de l'antisémitisme dans le pays. Il a déjà été condamné et a purgé près de deux ans de prison il y a plus d'une décennie dans une affaire de fraude fiscale, une histoire qui a dégénéré en un récit bizarre impliquant des vidéos à caractère sexuel, notamment le recours aux services d'une prostituée. Kushner avait engagé cette femme pour séduire son beau-frère qui témoignait contre lui dans l'affaire de fraude, s'arrangeant pour enregistrer une relation sexuelle entre les deux et envoyer la vidéo à sa sœur afin de forcer ce proche à se rétracter. Charles a par la suite bénéficié d'une grâce totale de la part de Trump après avoir largement contribué à la campagne présidentielle de ce dernier, puis s'est vu attribuer le poste d'ambassadeur.

Le magnat de l'immobilier Jared a suivi les traces de son père, notamment en étant vraisemblablement impliqué dans le meurtre et le démembrement en 2018 à Istanbul du journaliste dissident saoudien résidant aux États-Unis Jamal Khashoggi par des agents saoudiens. Il serait alors devenu le  plus ardent défenseur de la monarchie saoudienne à la Maison Blanche en échange d'un compte bancaire offshore bien garni en dollars ouvert par Riyad. De ce fait, le meurtre d'un résident américain par les Saoudiens n'a jamais été sérieusement remis en cause.

Jared a également fait la une de l'actualité récemment à la suite d'un stratagème pas tout à fait légal impliquant la dynastie bancaire des Rothschild, orchestré à l'aide de fonctionnaires locaux corrompus pour acquérir une île au large de l'Albanie  pour y construire un complexe touristique de luxe au bord de la mer Adriatique. Les habitants, révoltés tant par le projet lui-même que par la corruption qui l'entoure, sont descendus par dizaines de milliers dans la rue pour manifester, forçant le gouvernement à revenir sur cet accord.

Corruption serait un second prénom parfaitement adapté pour Jared ! Au-delà des projets immobiliers conçus au mépris de l'environnement et au prix d'une montagne de cadavres, la tragédie de Jared Kushner tient à sa contribution au démantèlement de la politique étrangère américaine, par déférence envers Trump et pour servir les intérêts de sa propre famille, générant au passage des milliards de dollars, parfois issus de délits d'initiés. Un  nouveau livre de Matthew Cole consacré à ces agissements perfides vient de paraître sous le titre "Princes et voleurs".

Plusieurs articles ont également été consacrés à ce livre et à des questions connexes, dont l'un, signé Charles P. Pierce dans le magazine Esquire, portait le  titre sans doute approprié "Jared Kushner est la pire chose qui soit jamais arrivée à ce pays, voire au monde", sous-titré "Un nouveau livre révèle l'ampleur de ses magouilles au Moyen-Orient".

Le livre avance que Jared Kushner a mené une sorte de diplomatie lucrative sans tenir compte des intérêts réels des États-Unis, un comportement que beaucoup pourraient considérer comme une trahison. Si l'on tient également compte de l'accès de Jared à des secrets du renseignement grâce à sa présence à la Maison Blanche, on peut raisonnablement affirmer qu'il a partagé ces informations avec ses "investisseurs" du golfe Persique et d'Israël. Il s'est livré à des activités d'espionnage. L'une des révélations majeures concerne la façon dont lui et plusieurs dirigeants des Émirats arabes unis ont conspiré, au cours du premier mandat de Trump, pour constituer une caisse noire de 2 milliards de dollars pour influencer la politique étrangère américaine dans la région. Les liens de Kushner avec les capitaux du Golfe ont également fait l'objet d'une attention particulière plus récemment. Après avoir quitté la Maison Blanche en 2020, sa société de capital-investissement, Affinity Partners,  a reçu un investissement de 2 milliards de dollars de la part d'un fonds souverain saoudien dirigé par le prince héritier Mohammed ben Salmane, une  transaction qui a attiré l'attention des organismes de surveillance éthique. Affinity  a également investi dans la société d'un fabricant d'armes israélien, mettant en doute sa sincérité dans les "négociations" pour parvenir à un accord de paix avec les Palestiniens.

Jared Kushner savait certainement à l'époque, et sait aujourd'hui encore que toute tentative de sa part d'influencer la politique américaine au profit d'un gouvernement étranger qui lui a fourni des fonds fait de lui un agent d'une puissance étrangère, et l'oblige à s'enregistrer en vertu de la loi de 1938 sur l'enregistrement des agents étrangers (Foreign Agents Registration Act). Cette loi exige que les citoyens exerçant ce type de lobbying se déclarent auprès du ministère de la Justice et indiquent le pays pour lequel ils travaillent. Une fois enregistré, l'individu ou le groupe est tenu de faire preuve d'une transparence totale quant à ses sources de revenus et à ses contacts politiques avec des responsables étrangers. On peut supposer que Kushner risque d'être visé par une enquête et inculpé par le nouveau Congrès qui sera mis en place après les élections récentes pour toute une série de délits, mais dans l'éventualité où cela se produirait ces deux prochaines années, il sera certainement gracié par Trump.

Que dit Jared Kushner de ces accusations ? Comme on pouvait s'y attendre, il a nié les allégations contenues dans le livre de Cole, bien qu'il ait refusé d'être interviewé. Son avocat a toutefois promis d'intenter des poursuites judiciaires et en a déjà engagé une contre Vanity Fair, qui a publié  un articlede Cole sur le sujet. Les allégations du livre sont en effet étayées par des descriptions des sources — souvent anonymes — auxquelles Cole a eu accès dans ses notes, citant, par exemple, "une source confidentielle disposant d'informations de première main" et "un entretien de l'auteur avec une source ayant assisté à la réunion". Ce que l'on sait déjà confirme que la relation clé de Kushner, au-delà de celle avec Israël, fut initialement celle entretenue avec le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed (largement connu sous le nom de MBZ). Cette relation s'est développée après la première élection de Donald Trump en 2016, Kushner étant identifié comme l'acteur disposant d'un compte bancaire secret bien garni pour pouvoir influencer le nouveau président sur la politique au Moyen-Orient. Selon Cole, quatre hauts responsables du premier mandat de Trump, dont deux conseillers à la sécurité nationale, lui ont déclaré ne pas avoir connaissance d'une quelconque autorisation présidentielle permettant à Kushner d'avoir accès aux comptes bancaires d'un gouvernement étranger, signe que la relation avec les Émirats arabes unis était secrète dès le départ.

Une source très fiable, identifiée de manière plausible par Pierce dans son article consacré à la relation entre Kushner et les Émirats arabes unis, a de quoi surprendre : il s'agit en effet des  services du renseignement du gouvernement néerlandais.

"Vers la fin de l'année 2017, les Services du renseignement et de la sécurité de la Défense des Pays-Bas (MIVD) ont fait une découverte surprenante : un agent du Service principal du renseignement militaire des Forces armées de la Fédération de Russie (GRU), un hacker du dark web spécialisé dans le vol de données bancaires, s'est déplacé au Royaume-Uni pour une mission d'espionnage. Lorsque ce ressortissant russe est arrivé en Angleterre, les Néerlandais l'ont informé des deux options possibles : soit il pouvait travailler pour eux contre le GRU, soit il serait arrêté par les Britanniques. Une fois placé en détention par les autorités britanniques, l'agent serait inculpé d'espionnage. S'il était reconnu coupable, il passerait des années dans une prison britannique. Le Russe a choisi de changer d'employeur. Plus tard dans l'année, l'agent russe a donné aux espions néerlandais accès à l'une des ressources les plus sensibles du GRU. Basée à Rostov, en Russie, l'équipe de piratage et de cybersécurité du GRU exploitait un serveur distant sur lequel elle stockait une partie de son butin. En parcourant ces fichiers secrets, les Néerlandais ont fait une découverte stupéfiante : des captures d'écran de l'iPhone de Jared Kushner. En surveillant le téléphone de Kushner, ils ont découvert qu'il s'en servait pour se connecter à un compte bancaire aux Émirats arabes unis. Au moment où les espions néerlandais ont pu accéder au téléphone, le compte avait déjà reçu des centaines de millions de dollars provenant d'une banque en Azerbaïdjan. Leur première hypothèse a été que ce compte bancaire était lié au gouvernement azerbaïdjanais.

La connivence entre MBZ et Kushner dans les événements qui ont suivi, quelle qu'en soit l'origine, représente sans doute le pire cas jamais vu de politique étrangère américaine gérée clandestinement au mépris de la Constitution, de la bureaucratie fédérale établie, ainsi que du président et du secrétaire d'État, qui n'étaient tous deux pas au courant de cette relation. Dans cette affaire, Cole montre comment Kushner a collaboré avec les Émirats arabes unis pour définir la politique américaine au Moyen-Orient et, en contrepartie, s'est vu accorder un accès illimité à des comptes bancaires servant de "caisses noires". Au-delà des Émirats arabes unis, on pense que Kushner a utilisé cet argent pour développer des relations et conclure des accords secrets avec Israël, l'Arabie saoudite et le Qatar. Une partie de ces fonds aurait également servi à mettre en place des régimes amis en Égypte, au Yémen, au Qatar et en Libye. L'un des principaux objectifs consistait à soutenir l'ascension de Mohammed ben Salmane au poste de prince héritier d'Arabie saoudite et, à terme, la normalisation des relations entre Israël et de nombreuses puissances musulmanes, c'est-à-dire les "accords d'Abraham".

Il s'avère que les attentes des Émirats arabes unis se sont confirmées par la suite. Trump a en effet nommé Kushner conseiller principal avec un mandat très général comprenant la recherche d'un règlement définitif au Moyen-Orient profitant à la fois à Israël et aux Émirats arabes unis. Kushner a tiré profit de cette situation en agissant sans le moindre contrôle, tout en bénéficiant d'un accès à des informations top secrètes et à l'oreille du président, le tout financé par des comptes en dollars pratiquement illimités provenant des Saoudiens et des Émirats.

Et il ne faut pas négliger ce qu'Israël avait à y gagner. Kushner, partisan inconditionnel du sionisme, a obtenu le soutien du Premier ministre Benjamin Netanyahu, car son accord avec MBZ a été profitable à l'État juif : les États du Golfe se sont en effet souvent abstenus de s'aligner sur les Palestiniens alors qu'Israël s'apprêtait à prendre le contrôle de Gaza et de la Cisjordanie. Kushner a également réussi à manipuler Trump, une tâche relativement aisée puisque lui-même et le président sont déjà largement sous l'emprise de Netanyahu. Fait intéressant, Kushner et sa famille, comme plusieurs membres de la famille Trump, y compris le président, se sont aussi considérablement enrichis, tandis que la politique étrangère américaine a été grandement influencée, voire contrôlée, par plusieurs puissances étrangères.

Philip Giraldi

Article original en anglais :  Jared Kushner's Diplomacy for Hire, The Unz Review, le 6 novembre 2026.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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Philip M. Giraldi, Ph.D., est directeur exécutif du Council for the National Interest, une fondation éducative qui milite en faveur d'une politique étrangère américaine au Moyen-Orient davantage axée sur l'intérêt national.. Son site web est  councilforthenationalinterest.org, et son adresse électronique est  email protected

Il est associé au Centre de recherche sur la Mondialisation (CRM / CRG)

La source originale de cet article est  The Unz Review

Copyright ©  Philip Giraldi,  The Unz Review, 2026

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