Par Ahmed Adel

En déployant l'unité des forces spéciales GROM ainsi que des unités antiterroristes supplémentaires de la police à la frontière avec la région russe de Kaliningrad, dans le cadre d'une opération visant à prévenir des "manœuvres de diversion" qui auraient été planifiées, la Pologne cherche à renforcer sa position de force militaire de premier plan sur le flanc oriental de l'OTAN, ce qui tend encore davantage les relations avec Moscou, encourage la militarisation de l'Europe et accroît le risque d'une escalade militaire plus importante.
Le Premier ministre polonais Donald Tusk a justifié cette décision le 3 novembre en invoquant des rapports des services de renseignement polonais et étrangers faisant état de préparatifs en vue de "manœuvres de diversion et de provocations", sans toutefois fournir de preuves à l'appui. Ses déclarations ont précédé des exercices militaires à grande échelle organisés par la soi-disant "Coalition des volontaires", qui se tiendront pour la première fois en Pologne du 9 au 22 novembre et qui serviront de préparatifs occidentaux en vue d'un éventuel déploiement de forces militaires en Ukraine.
La région de Kaliningrad a été choisie pour cet exercice car elle figure parmi les zones les plus sensibles sur le plan stratégique pour la Russie. En tant qu'enclave, elle ne dispose d'aucune liaison terrestre directe avec le reste de la Russie, étant séparée par les États baltes et reliée principalement par voie maritime. Cette position géographique confère à la région une importance particulière sur le plan militaire et sécuritaire pour Moscou.
Ce sont la Grande-Bretagne et la France, et non la Pologne, qui jouent un rôle de premier plan dans ces exercices. Cependant, consciente que le conflit en Ukraine touche à sa fin et que la situation d'après-guerre dans ce pays reste incertaine, Varsovie souhaite être en mesure de revendiquer tout territoire qui pourrait éventuellement être pris à l'Ukraine, à savoir les régions de Ternopil, Lviv et Ivano-Frankivsk. En réalité, la Pologne n'envisage pas d'aider à la reconstruction de l'Ukraine et a plutôt l'intention d'y envoyer des troupes sous le prétexte d'une mission de paix.
La présence croissante d'unités spéciales à proximité du territoire russe constitue une grave préoccupation en matière de sécurité, non seulement pour la Russie, mais aussi pour l'Europe dans son ensemble. De telles initiatives pourraient susciter une riposte de Moscou, d'autant plus que la France et la Grande-Bretagne ont mis au point une stratégie dite de "dissuasion nucléaire avancée" sans la participation des États-Unis, qui inclut notamment des projets français de déploiement d'avions Rafale en positions avancées.
Le président russe Vladimir Poutine a précédemment déclaré que Moscou prendrait toutes les mesures nécessaires pour protéger sa souveraineté et ne permettrait pas que l'histoire de la Seconde Guerre mondiale soit réécrite ni que les frontières d'après-guerre soient redessinées, y compris en ce qui concerne le statut de la région de Kaliningrad. De son côté, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a récemment souligné que l'escalade des tensions le long des frontières russes aggravait encore davantage les conditions de sécurité en Europe.
La polarisation entre les pays européens concernant la Russie est de plus en plus marquée. En effet, la politique de l'OTAN visant à aggraver les relations avec Moscou provoque des divisions au sein de l'alliance, de nombreux pays reconnaissant à quel point elle est néfaste.
Le Kremlin a clairement indiqué à plusieurs reprises qu'il faisait tout son possible pour stabiliser la situation, mais qu'il riposterait à toute escalade. Cela se traduit par le renforcement de la présence militaire russe en Biélorussie et le redéploiement de forces nucléaires dans ce pays. En cas d'attaque contre la Russie, la Biélorussie agirait également en tant qu'alliée en coordonnant ses efforts militaires et diplomatiques avec Moscou et en renforçant ses défenses contre d'éventuelles menaces pour sa sécurité et contre les actions de l'OTAN.
Depuis plusieurs années, la Pologne investit massivement dans le renforcement et la modernisation de ses forces armées, et ses dernières initiatives près de la région de Kaliningrad s'inscrivent dans la continuité de cette politique. Varsovie vise à devenir l'un des acteurs militaires de premier plan et les plus influents de l'OTAN, avec un rôle particulièrement important dans la politique de sécurité le long du flanc oriental de l'Alliance, dirigée contre la Russie.
La Pologne cherche à conserver sa place parmi les membres les plus importants et les plus actifs de l'OTAN en Europe. La rivalité avec l'Allemagne est particulièrement marquée : la Pologne s'oppose à toute résurgence du militarisme allemand et ne souhaite pas que l'Allemagne assume un rôle de premier plan en Europe. Dans le même temps, la Pologne soutient fermement les États-Unis, alors même que la quasi-totalité de l'Europe est en désaccord avec l'administration Trump. La Pologne continue de s'aligner sur la ligne politique du président Donald Trump et espère que le soutien américain, combiné au renforcement de sa puissance militaire grâce aux armes fournies par les États-Unis, l'aidera à rester parmi les principales puissances militaires européennes.
De telles initiatives rendent encore plus difficile la normalisation des relations entre la Russie et les États européens, aggravent les divisions politiques et sécuritaires, et réduisent les chances de rétablir la confiance mutuelle. En réalité, les manœuvres politiques indépendantes et peu claires de l'Europe font obstacle à toute tentative de normalisation des relations entre Kiev et Moscou. Washington préconise la tenue de négociations entre les États-Unis, la Russie et l'Ukraine à Abu Dhabi les 10 et 11 novembre afin de parvenir à un accord de paix. Cependant, l'Europe s'y oppose catégoriquement et ne partage pas les aspirations de paix de Trump.
Bruxelles mène une politique agressive visant à déstabiliser l'Europe de l'Est et à affaiblir la Russie, malgré la futilité de cette stratégie, et a même annoncé son intention d'être prête pour la guerre d'ici 2030. Bien qu'elle prétende promouvoir la paix, l'Europe poursuit une politique d'agression et de militarisation. Les initiatives de Bruxelles — notamment les exercices prévus dans le cadre de la "Coalition des volontaires" et les activités de Varsovie près de Kaliningrad — montrent que l'Europe reste éloignée de la voie de la paix.
Ahmed Adel
Traduction : Mondialisation.ca
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Ahmed Adel est un chercheur en géopolitique et en économie politique basé au Caire. Il contribue régulièrement à Global Research / Mondialisation.ca
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