📺 07/11/2026 acrimed.org  6min ⁎️ 3 #332534

Cnews : Fin de concession

 Mathias Reymond

La question du retrait de la fréquence attribuée à CNews est légitime. Légitime au sens où la chaîne ne respecte pas son cahier des charges et fait délibérément le choix de le contourner. C'est pourquoi nous nous associons à ce combat, qui se manifeste actuellement par  une pétition.

Le 10 décembre 2024,  une convention a été signée entre l'Arcom et CNews, permettant à la chaîne d'émettre durant 10 ans maximum (avant un éventuel renouvellement) sur la TNT à compter du 1er septembre 2025. Le contrat impose à CNews de garantir "le pluralisme de l'expression des courants de pensée et d'opinion". CNews s'engage aussi "à ne pas inciter à la haine ou à la violence" et à refuser "tout comportement discriminatoire". Elle est également tenue de "lutter contre les discriminations" et doit refléter "la diversité des origines et des cultures" dans ses programmes.

Faire la liste des manquements à ces obligations serait trop long ici, mais  Le Monde l'a fait il y a quelques mois, qualifiant au passage CNews de "chaîne championne des sanctions de l'Arcom" (1). Pourtant, alors que CNews avait déjà manqué à ses engagements à de multiples reprises lors de la précédente période contractuelle (marquée par de nombreuses mises en demeure et sanctions cumulées), sa concession a été renouvelée par l'Arcom à l'été 2024.

Les sanctions que le gendarme de l'audiovisuel met en œuvre sont essentiellement financières et marginales. Récemment, lors de l'émission "100% Politique" du 2 juin 2025, CNews avait diffusé des extraits vidéos d'Éric Zemmour déclarant : "Ils cassent, ils pillent, ils volent, ils agressent, ils brûlent. [...] Ils sont pour la plupart des enfants de l'immigration arabo-musulmane. [...] Si nos casseurs du samedi soir méritent le nom de barbares, c'est bien dans la tradition des barbaresques, comme on disait au XVIIe siècle. C'est-à-dire des pirates, des pillards qui venaient d'Alger ou de Tunis pour écumer les côtes françaises et repartir avec leurs butins. Au moins à l'époque, ils repartaient dans leurs tanières une fois leurs forfaits accomplis." Sur le plateau, l'animateur Erik Tegnér s'était déclaré "100 % d'accord" avec ces propos. Le 24 juillet 2026, l'autorité de régulation avait sanctionné la chaîne pour "manquement à ses obligations de maîtrise de l'antenne et pour incitation à la haine". Cela a été la plus grosse amende infligée à la chaîne de Vincent Bolloré : 200 000 euros, soit 0,0024% du patrimoine du milliardaire (estimé à 8,5 milliards d'euros). Une paille : cela reviendrait à prélever 24 centimes sur un compte en banque de 10 000 euros.

Aussi, compte tenu de l'absence d'infléchissement de la chaîne et de la faiblesse des sanctions imposées par l'Arcom, la question du retrait de la fréquence attribuée à CNews est légitime. Légitime au sens où la chaîne ne respecte pas son cahier des charges et fait délibérément le choix de le contourner. C'est pourquoi nous nous associons à ce combat, lequel se manifeste actuellement par  une pétition avoisinant le million de signataires.

D'autres chaînes, privées ou publiques, propagent des fake news, malmènent le pluralisme interne, diffusent des propos racistes, circonscrivent les contours des discussions (et des invités) acceptables mais aucune dans de telles proportions. Ainsi, la répétition des sanctions suivies d'aucun effet justifie l'appel à sa fermeture. Accepterait-on par exemple qu'un opérateur téléphonique ne tienne pas ses engagements en termes de couverture du réseau ? Tolérerait-on qu'une entreprise privée concessionnaire de service public achemine de l'eau non potable, ne respectant pas ainsi le cahier des charges qu'elle s'était engagée à remplir ? Assurément non. Pourquoi alors cette clémence à l'égard d'un média qui n'honore pas ses contrats ?

L'exemple du non renouvellement de la chaîne privée vénézuélienne RCTV en mai 2007 offre un parallèle historique pertinent. À l'époque, la décision de l'État de récupérer sa fréquence hertzienne avait suscité l'indignation de  beaucoup de médias en France, lesquels avaient propagé de fausses informations et craignaient une mainmise de l'État chaviste sur la télévision... alors qu'il y avait 48 chaînes privées pour seulement six chaînes publiques (2). (3)

Notons en outre qu'aujourd'hui, le retrait d'une fréquence TNT n'empêcherait nullement la chaîne de continuer à émettre en France. Elle pourrait basculer sur les box des différents opérateurs de télécommunications ainsi que sur Internet. C'était le cas de la chaîne russe, RT France, jusqu'à sa suspension en mars 2022, et c'est encore le cas d'autres médias internationaux, qui continuent d'émettre librement sur les réseaux français. On pense par exemple à la chaîne de propagande israélienne i24News. Diffuser des fake news pour justifier des guerres, nier la colonisation en Cisjordanie, réfuter le génocide des Palestiniens est visiblement toléré ! Au vu de la permissivité réglementaire des pouvoirs publics vis-à-vis de cette chaîne, la pérennité numérique de CNews serait garantie.

Quoi qu'il en soit, une évidence s'impose : couper le signal d'une officine privée qui squatte une fréquence publique sans jamais en honorer les contreparties ne relève en rien de la censure. C'est une simple mesure de salubrité publique.

Mathias Reymond

(1) Voir aussi la  rubrique d'Acrimed consacrée à CNews.

(2) Lire Bernard Cassen, " Désinformation sur le Venezuela", Le Monde diplomatique, 30 mai 2007.

(3) Pour mémoire, si RCTV avait perdu sa concession, c'est surtout parce qu'elle était devenue une véritable machine de propagande et, comme le rappelait Le Figaro à l'époque, qu'elle avait "ouvertement conspiré contre le président en place en relayant les appels à renverser le régime". Le quotidien notait aussi que "lors du coup d'État, du 11 avril 2002, le canal [RCTV] annonçait qu'Hugo Chávez avait démissionné et accepté que le dirigeant du patronat local, Pedro Carmona, assure l'intérim à la tête de l'État. En réalité, le président était maintenu au secret dans une île au large du Venezuela par des militaires putschistes."

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