Suheir Abu Oksa Daoud, 6 novembre 2026.- Les citoyens palestiniens ont célébré les récentes élections législatives en Israël, y voyant une réussite historique : l'obtention de 19 sièges au Parlement, un nombre suffisant pour empêcher l'un ou l'autre des principaux blocs politiques sionistes de former un gouvernement.
Le taux de participation a atteint des niveaux exceptionnellement élevés, tant au sein de la population israélienne en général que parmi les citoyens palestiniens en particulier, avec une participation arabe avoisinant les 80 %. À titre de comparaison, ce taux était d'un peu plus de 53 % lors des précédentes élections, en 2022.
Cette performance électorale inédite a privé de majorité parlementaire aussi bien le bloc du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu que celui de l'opposition, dirigé par Gadi Eisenkot.
Elle a affaibli plusieurs partis sionistes, contrariant les espoirs de gains importants pour Otzma Yehudit (Force juive), le parti d'extrême droite mené par Itamar Ben-Gvir, et a évincé de l'échiquier politique la formation de droite Amkha Yisrael (Peuple d'Israël), dirigée par Yoseph Haddad, qui n'a pas réussi à franchir le seuil électoral.
La Liste arabe unie (LAU), bras politique du Mouvement islamique, s'est présentée, une fois de plus, indépendamment des autres partis palestiniens et a décroché huit sièges, le huitième ayant été obtenu grâce à un accord de répartition des voix excédentaires conclu avec la Liste commune. Cette dernière, une alliance regroupant trois formations : le Front démocratique pour la paix et l'égalité (Hadash), l'Assemblée nationale démocratique (Balad) et le Mouvement arabe pour le changement (Taal), a remporté 11 sièges.
Ces quatre partis avaient uni leurs forces en amont du scrutin de 2015, marquant un tournant dans la vie politique des citoyens palestiniens d'Israël. Cette alliance avait alors obtenu 13 sièges, devenant ainsi la troisième force parlementaire à la Knesset.
Toutefois, ce succès ne s'est traduit par aucune amélioration concrète de la situation politique des citoyens palestiniens. Au contraire, la loi sur l'État-nation israélien, qui dispose que le droit à l'autodétermination au sein de l'État d'Israël est "propre au peuple juif", a été adoptée par la suite, en 2018, ne laissant aux représentants arabes guère d'autre pouvoir que celui d'exprimer leur condamnation.
Menace existentielle
L'histoire va-t-elle se répéter cette fois-ci ?
De nombreux citoyens palestiniens d'Israël estiment faire face à une menace existentielle sous le gouvernement d'extrême droite de Netanyahu. La guerre génocidaire menée à Gaza et le nettoyage ethnique en Cisjordanie ont exacerbé ces craintes, renforçant l'urgence de chasser ce gouvernement du pouvoir. Par conséquent, nombre de Palestiniens, qui avaient boycotté les élections pendant des années, ont décidé de voter, tout en étant conscients que leur participation pourrait ne pas entraîner de changement significatif.
Leur mobilisation massive dans les urnes a constitué un défi direct à Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale au sein du gouvernement Netanyahu. Ce dernier a été en première ligne des efforts visant à délégitimer la participation politique et l'existence collective des Palestiniens ; sous son mandat, la criminalité a augmenté tandis que le nombre de condamnations a diminué.

Mansour Abbas
Mansour Abbas, à la tête de la Liste arabe unie (LAU), espère intégrer le prochain gouvernement israélien, qu'il soit dirigé par Netanyahu ou par une autre personnalité. Ni les événements d'octobre 2023, ni la guerre qui a suivi à Gaza, ne semblent avoir entamé cette ambition ou affaibli sa détermination à accéder au pouvoir et à l'influence politique.
Il l'avait déjà fait en 2021, lorsque la LAU, bras politique du Mouvement islamique, a rejoint une coalition gouvernementale dirigée par Naftali Bennett, un ultranationaliste religieux, et Yair Lapid, un centriste laïc. Cette participation a marqué une étape importante dans l'histoire politique israélienne et arabe.
Mansour Abbas a suscité, à maintes reprises, la controverse par des déclarations et des actes perçus par ses détracteurs comme étant en contradiction avec les principes nationaux palestiniens ; il a notamment manifesté sa volonté de collaborer avec tout gouvernement israélien prêt à accepter sa participation. Ses partisans présentent la LAU comme une formation engagée à répondre aux besoins, tant spirituels que matériels, des citoyens palestiniens d'Israël, dans les sphères sociale, politique et culturelle. Ses critiques, en revanche, s'interrogent sur l'éloignement du parti vis-à-vis du consensus national palestinien qui reconnaît les Palestiniens d'Israël comme un groupe national autochtone, prône la protection de leurs droits collectifs et réclame l'abrogation des lois discriminatoires, telle que la "loi sur l'État-nation", ainsi que sur son approche face aux défis auxquels est confrontée la minorité palestinienne en Israël. Certains ont reproché à Abbas de franchir des lignes rouges sur les plans religieux et national, notamment après sa déclaration selon laquelle "Israël a été créé en tant qu'État juif et le restera, indépendamment de l'avis d'autrui".
Néanmoins, Abbas a défendu sa volonté d'intégrer une coalition gouvernementale, faisant valoir qu'une participation au gouvernement permettrait à son parti d'exercer une plus grande influence sur la politique menée. Il a souligné l'importance de relever des défis socio-économiques et politiques urgents, tels que la criminalité, la pénurie de logements, l'éducation, l'allocation de budgets aux autorités locales arabes, ainsi que le conflit israélo-palestinien dans son ensemble.
Et maintenant ?

Yousef Jabareen
La Liste commune (Joint List) demeure attachée au discours national palestinien, tout en faisant preuve de souplesse sur d'autres aspects. Le 10 octobre 2026, son dirigeant, Yousef Jabareen, a annoncé que l'alliance était prête à offrir un filet de sécurité parlementaire à tout gouvernement qui remplacerait celui de Netanyahu.
Cela impliquerait de soutenir un gouvernement minoritaire depuis l'extérieur de la coalition au pouvoir, soit en votant en faveur de sa formation, soit en s'abstenant. Jabareen a précisé que ce soutien serait conditionné à des négociations portant sur les problèmes rencontrés par les citoyens palestiniens, notamment la criminalité violente, les démolitions de logements, leurs droits civiques et nationaux, ainsi que la création d'un horizon politique pour le peuple palestinien.
Néanmoins, compte tenu de l'orientation de plus en plus fasciste de la politique et de la société israéliennes marquées par des incitations au racisme flagrantes à l'encontre des citoyens palestiniens, par une remise en cause de leurs droits nationaux (tant sur le plan juridique que pratique) et par une contestation de la légitimité même de leur présence sur leur propre terre, la distinction concrète entre une participation directe au gouvernement et le maintien de celui-ci grâce à un soutien parlementaire extérieur pourrait devenir de plus en plus ténue.
Eisenkot a posé des conditions qu'Abbas ne devrait, semble-t-il, avoir aucun mal à accepter : reconnaître le "caractère juif" de l'État israélien, accepter la qualification du Hamas en tant qu'"organisation terroriste" et instaurer la conscription obligatoire des citoyens arabes au sein de l'armée israélienne.
Pour la Liste commune, accepter de telles conditions serait pratiquement impossible.
De nombreuses questions restent en suspens.
Gabi Eisenkot, ancien chef d'état-major de l'armée israélienne est le concepteur de la doctrine Dahiya qui prône un usage de la force disproportionné au cours de représailles contre des zones civiles servant de base à des attaques c'est-à-dire de ne pas faire de distinction entre cibles civiles et militaires (en infraction au principe fondamental du droit de la guerre). Il a appliqué cette doctrine au Liban en 2006 et à Gaza depuis octobre 2023.
Eisenkot sera-t-il enclin à faire des compromis sur certaines de ses exigences afin d'obtenir le soutien parlementaire des Arabes et d'écarter Netanyahu du pouvoir ?
Quelle influence le vote palestinien exercera-t-il réellement, que ce soit par une participation directe au gouvernement ou par un soutien parlementaire extérieur, sur les enjeux existentiels auxquels sont confrontés les Palestiniens dans l'ensemble de la Palestine historique, ainsi que sur le paysage politique régional dans son ensemble ?
Et que se passera-t-il si Netanyahu et Eisenkot décident plutôt de former un gouvernement d'union nationale qui, une fois de plus, exclurait les représentants palestiniens du processus de décision politique ?
Il faudra attendre encore plusieurs semaines avant que ces questions ne trouvent une réponse.
Source : The Electronic Intifada

L'autrice
Suheir Abu Oksa Daoud est originaire du village de Miilya, en Galilée occidentale (au nord de la Palestine 48). Elle est actuellement professeure de sciences politiques à la Coastal Carolina University, en Caroline du Sud. Elle est l'auteure de l'ouvrage Inside the Belly of the Whale. Son compte X : @sdaoud3
