⚖️ 15/03/2011 alterinfo.net  5min ⁎️ 1077 #50817

 Le nucléaire ou la fuite en avant : plaidoyer pour un développement durable

Nucléaire : une partie de l'Europe sur un volcan

Les centrales nucléaires, de par leur présence et leur masse, rappellent que le risque reste présent, larvé mais bien réel. Il est d'autres 'INB' (Installations nucléaires de base) tout aussi hasardeuses. Invisibles aux yeux du public car en cours de programmation, elles ne focalisent pas l'attention. La réflexion ne devrait-elle pourtant pas s'exercer en amont, afin de prévenir, plutôt que de tenter de guérir, plus tard ? Le projet de poubelle nucléaire souterraine enclenché à BURE (Lorraine/Champagne-Ardenne) focalise nombre de lanceurs d'alerte. Leur crainte : un sous-sol qui ne se prête pas à un enfouissement de déchets radioactifs virulents et une sismicité qui amènerait à un défaut d'étanchéité contaminant une bonne partie de la France ainsi que les pays riverains du bassin mosan (vallée de la Meuse).

http://www.alterinfo.net/photo/art/default/2775435-3929692.jpgL'ennemi n°1 de tout enfouissement de déchets radioactifs, c'est l'eau. Cette eau qui corroderait l'emballage des déchets nucléaires, libérant alors les particules radioactives et les entraînant au fil des circulations souterraines. A Bure, l'ANDRA (Agence nationale des déchets radiocatifs), promoteur du cimetière souterrain a martelé pendant des années que le sous-sol était idéal car opportunément sec. Or, des citoyens tenaces et via le CLIS (Comité local d'information et de suivi) ont fini par faire avouer à l'agence qu'en réalité « le sous-sol de Bure contient des millions de mètres cube d'eau » dans la couche supérieure. Cette strate étant en effet composée de calcaire (oxfordien), celui-ci se trouve truffé de gouffres et de cavités, autant d'éléments qui ne peuvent que piéger l'eau en grande quantité. A tel point que de temps immémorial ce secteur est localement qualifié de « château d'eau ».

Les séismes, la bête noire de Bure

Aujourd'hui la région de Bure est un bloc homogène, mais coincé entre deux zones d'effondrement géologiques : le fossé de Gondrecourt-le-Château et le fossé de la Marne. Si le projet d'enfouissement allait à son terme, le sous-sol à 500 mètres de profondeur se verrait transformé en un véritable gruyère par la multitude de galeries creusées (des dizaines de km, au bas mot, sur 15 km²). Le bloc perdrait alors son homogénéité. Il réagirait aux énormes pressions et dépressions et subirait les effets de séismes réguliers se produisant à seulement quelques dizaines de kilomètres, dans la zone sismique des Vosges. Les failles et microfailles en nombre (1), actuellement « cicatrisées », se rouvriraient, drainant et entraînant les eaux supérieures vers le dépôt nucléaire puis, suivant les pendages souterrains, vers l'ouest et le nord.

Une question, de fond, se pose : pourquoi l'agence Andra annonce-t-elle, et persiste-t-elle à affirmer que la région de Bure est « asismique », sans séisme ? Voilà quelque temps, le géophysicien A.Mourot (aujourd'hui disparu) et J.Leray avaient finement étudié le sujet et avaient été stupéfaits de leurs découvertes : « Une recherche a été entreprise pour savoir combien il y avait eu de séismes dans la région parisienne depuis le début de 1980 jusqu'à nos jours (2003). La recherche a porté sur une zone de 220 km environ dans le sens Est-Ouest et de 160 km dans le sens Nord-Sud, centrée sur Paris. La réponse du réseau national de surveillance sismologique LDG (Laboratoire de géophysique du Commissariat à l'Energie atomique) est de 9 (neuf) séismes, dont la magnitude ne dépasse pas 2,6. Si on déplace la même zone de recherche pour la centrer sur la région de Bure, on obtient pour la période du 1er janvier 1980 au 29 janvier 2003 le nombre de 810 séismes (huit cent dix). A ceux là, il faut ajouter le gros séisme de Rambervillers (M=5,4) du 22 février dernier, plus les très nombreuses répliques. On arrive donc à un chiffre voisin de 900 (neuf cents), soit cent fois plus que dans la région parisienne. Où faut-il mettre un éventuel stockage de déchets nucléaires ? »

Sans failles et asismique, la région de Bure ?

Pour confirmer ce coup de semonce, la nature espiègle secouait la terre le 22 février 2003, à moins de 100 km de Bure (Saint-Dié-des-Vosges), d'une magnétude « surprenante » de 5,4 (2), séisme ressenti dans un rayon de 200 à 300 km. L'équipe locale s'étant adjointe les compétences de J.Muller (docteur en géologie, directeur de recherche honoraire du Cnrs), elle synthétisait ses recherches à travers une carte des plus parlantes.

Asismique la zone de Bure ? Non seulement on y découvre le siège de séismes mais elle est également en relation avec tout un jeu de grandes failles décrochantes et actives. Ces grandes failles dont on ne sait pas grand-chose et qui suscitent l'interrogation, voire l'inquiétude de spécialistes : « Le territoire français est traversé par des failles actives très anciennes, qui peuvent être réactivées sous le jeu des contraintes tectoniques. Le problème est que « nous n'avons pas une bonne connaissance des failles actives susceptibles de générer des séismes majeurs dans notre pays », explique Michel Granet [directeur de l'Institut de physique du globe, de Strasbourg] » (3)

Au vu d'un passé récent, et plus ancien (cf séismes de Neufchâteau et de Bâle), la région de Bure n'est pas absolument pas à l'abri d'évènements majeurs qui remettraient en question la sûreté d'un enfouissement. D'autant qu'un site est programmé en surface, qui accumulerait les fûts avant de les enfouir. Qui des effets d'un fort séisme, ou majeur ?
Comment des scientifiques qui n'ont pu prévoir le séisme du Japon avec des données sismologiques sur 140 ans pourraient-ils prévoir l'évolution d'un site de stockage sur plusieurs centaines de milliers d'années ?
Peut-on accepter de telles incertitudes et de tels risques ?

(1) cf le récent rapport scientifique indépendant de l'IEER  rcpt.yousendit.com /c142c52022783096d1ad16a9311ecd31
(2) Journal de la Haute-Marne du 23.02.03
(3) Le Monde du 24.02.2003

Contacts :
Jean-Marc FLEURY > 06 16 27 14 91 06 16 27 14 91
Jacques LERAY > 06 81 31 17 36 06 81 31 17 36
Michel MARIE > 03 25 04 91 41 - 06 66 95 97 77 03 25 04 91 41 - 06 66 95 97 77

Fédération Grand-Est STOP déchets nucléaires
BP 17 - 52101 SAINT DIZIER Cedex - FRANCE
 www.villesurterre.com ; -  www.burestop.org -  www.stopbure.com

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