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17/01/2012 blog.inso1337.net  5 min #62242

La monnaie et le totalitarisme du monde marchand

Un des grands reproches que je fais à la théorie libertarienne, c'est qu'elle ne voit dans l'échange que l'échange « Marchand ». C'est à dire, pour reprendre l'exemple de mon  article précédent, l'échange ou chaque partie y trouve un intérêt personnel :

Dans l'échange, les deux individus s'enrichissent. Ainsi, quand Jean achète un pain à son boulanger pour 5 euros, il juge que son billet de 5 euros vaut moins que le pain du boulanger. Le boulanger lui, juge que le pain vaut moins que le billet de 5 euros. Les 2 s'enrichissent. L'échange enrichit donc tout le monde.

Toute la théorie de l'école autrichienne repose sur ce fondement, très critiquable.

J'ai déja essayé de montrer dans l'article précédent la fausseté de cet argument. J'aimerais en parler sous un autre point de vue, celui de la monnaie.

Comment est distribuée la monnaie, selon toutes les théories économiques majoritaires ? Par les banques. Que ça soit la banque centrale, ou des banques libres, ou quoique ce soit d'autre, elle est distribuée par une banque, toujours. Où est le problème ?

La monnaie est échangée via des crédits. Il y a des intérêts à rembourser. Il est donc nécessaire de produire quelque chose avec cette monnaie, et de faire un bénéfice dans sa vente pour rembourser les intérêts. Où est le problème ? Il est simple. L'homme est forcément marchand dans un tel système.

Qu'il vende un service (son travail contre salaire), qu'il vende un bien (le marchand ou l'entreprise), il cherche toujours à faire un bénéfice, et l'échange est nécessairement marchand.

Pourtant, l'homme est libre. Il peut choisir son activité. Même si elle n'est pas marchande, son activité créera d'autres richesses, mais aujourd'hui non monétisées. Certains vont développer des logiciels libres, d'autre créer ou organiser quelque chose par une association, etc...

L'échange n'est plus marchand dans une telle situation. Les développeurs de logiciel libre créent un logiciel, produit immatériel. Toute copie de ce logiciel est libre, ils ne peuvent recevoir de rémunération de la même manière que s'ils produisaient un objet matériel. Les membres d'associations qui aident leur prochain, c'est pareil. Ils aident, c'est tout. Ce qu'ils en gagnent, la reconnaissance par exemple, n'est pas monétisé. Le problème est qu'en ne pratiquant que pour seule activité une activité non-marchande, l'individu ne peut démarrer le moindre échange monétisé avec son prochain, puisqu'il n'aura obtenu d'argent d'une quelconque manière. La banque ne lui donnera rien : il n'est pas en position de rembourser par des intérêts.

On me rétorquera : oui, mais ils peuvent être rémunérés par le don ! Oui, effectivement, ils peuvent n'avoir comme activité que de développer du libre, aider leur prochain, et recevoir la monnaie par le don. Que se passe-t-il alors ? Avant de donner, il y a eu échange marchand pour que la banque fasse circuler de la monnaie. On place, ici encore, l'échange marchand dans la chaîne, avant toute activité. L'activité humaine est enchaînée à l'activité marchande. L'homme ne peut rien produire, rien échanger, rien créer, sans qu'une activité marchande n'ait eu lieu précédemment dans la chaîne.

Ainsi, l'individu qui passerait ses journées à peindre créerait des richesses. Il peut les monétiser, mais qui l'y oblige, sauf ce totalitarisme marchand ? L'étudiant créera des richesses en établissant des réflexions nouvelles sur ce qu'il apprend. La femme ou l'homme au foyer, en s'occupant de son ménage, participe aussi à la création de richesses de la société. Et s'en est de même pour tout ceux qui aujourd'hui ne monétisent pas leur activité, car non-marchande.

C'est là tout le vice des libertariens du type «  jusnaturaliste ». Ils veulent un homme parfaitement libre, soit : mais ils se trompent gravement sur la manière d'y arriver. Ce ne sont pas aux banques de permettre de décider qui à le droit d'avoir de la monnaie ou non. Il n'y a pas à juger de l'activité de son prochain : tout individu est richesse. La monnaie ne peut être émise ailleurs que directement via l'individu.

C'est là que le dividende universel prend tout son sens. Une croissance continue de la masse monétaire, distribuée équitablement entre chaque individu. Le développeur de logiciel libre, l'artiste, l'étudiant, le retraité, mais aussi le marchand, le patron, l'ouvrier, tous recevront la monnaie, du simple fait d'exister. Chacun pourra démarrer d'autres échanges économiques, sans avoir eu à justifier un échange marchand précédemment dans la chaîne.

Le dividende universel est la seule manière de créer de la monnaie qui fasse de l'homme un individu libre. Je vous invite à lire ou relire la  TRM, qui changera votre regard sur la monnaie. Le problème de l'origine de la monnaie d'échange y est explicité sous « Le problème des 3 producteurs ». Vouloir faire de l'individu un homme uniquement marchand, c'est faire du constructivisme. Le constructivisme est la peste qui n'a jusqu'à présent construit que des crises.

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