21/06/2012 tlaxcala-int.org  5min #68898

Après deux guerres mondiales nous autres Allemands nous sommes fait notre idée de la guerre et la paix et ne voulons plus de propagande belliciste

 Rudolf Hänsel

Translated by  Michèle Mialane

« Il est difficile à notre société assoiffée de bonheur de voir à nouveau tomber des soldats allemands.»
Joachim Gauck à l'Académie militaire allemande des cadres, le 12 juin 2012 à Hambourg

Monsieur le Président !

Permettez au citoyen allemand né dans les années d'après-guerre que je suis de faire quelques remarques au sujet de votre intervention remarquée à l'Académie militaire allemande des cadres et de quelques-unes de vos affirmations.

Comment notre chef d'État peut-il - ainsi ai-je spontanément réagi avec mes tripes à la lecture de

- - Le Président Gauck en uniforme (montage)votre discours - nous dire à nous autres Allemands ce que nous devons penser de la guerre et de la paix. Puisque, pasteur et « révolutionnaire pacifique », vous n'avez à ma connaissance jamais tenu d'arme en main, je ne peux m'expliquer comment vous pouvez, devenu Président de la République fédérale, changer d'opinion au point de faire de la publicité pour des engagements militaires à l'étranger, justifier le recours à la force armée, et plaider en faveur d'une accoutumance à voir tomber nos soldats - donc faire de la propagande belliciste. Est-ce là votre intime conviction ou le chef d'État que vous êtes est-il là pour nous dicter ce qu'on doit penser en Allemagne? Je ne suis pas en mesure de décider si votre discours viole indirectement des principes constitutionnels, par exemple le refus des guerres d'agression ou l'interdiction de toute propagande belliciste, mais il faudrait voir au cas par cas.

En tout cas, votre discours s'intègre parfaitement dans la série de propos musclés tenus par Thomas de Maizière, notre Ministre de la Défense, au sujet des nouvelles responsabilités de l'Allemagne et de son rôle militaire dans le monde à l'occasion de la « Conférence sur la sécurité de Munich» le 3 février dernier (2012).

J'ajoute, touchant quelques déclarations contenues dans votre discours:

« Chères soldates et soldats, vous protégez et défendez les premières de nos valeurs, même hors des frontières de notre pays: la liberté et la sécurité, la dignité humaine et le droit de chacun à sa propre intégrité. » (...) Que la Bundeswehr s'engage dans les Balkans, dans l'Hindoukouch et au large de la Corne de l'Afrique contre les terroristes et les pirates - qui aurait pu l'imaginer il y a vingt ans ? (...) Cette Bundeswehr-là ne restreint pas la liberté, mais la conforte.(...) La Bundeswehr (...) est devenue le moteur de la paix. »

Où, Monsieur le Président, les soldats allemands confortent-il la liberté, la sécurité, la dignité humaine et le droit de chacun à sa propre intégrité, où la Bundeswehr est-elle le moteur de la paix ? En Allemagne, ou bien au Kosovo, en Afghanistan, en Somalie? Les gens de ces pays, grâce à l'engagement de la Bundeswehr aux côtés de l'OTAN, elle-même placée sous la conduite des USA, sont désormais moins libres, moins en sécurité, atteints au plus profond dans leur dignité humaine et beaucoup d'entre eux sont morts, blessés de guerre, souffrent de cancers et ont perdu tout espoir. Effectivement une participation de la Bundeswehr aux guerres d'agression de l'OTAN était impensable en Allemagneil y a vingt ans. Sur ce point vous avez raison.

« La violence, même celle de forces armées régulières, restera toujours un mal. Mais elle peut, tan que nous sommes de ce monde, être nécessaire et raisonnable, pour venir à bout d'une autre violence.(...)

Crise, corruption, guerre

Monsieur le Président, l'histoire nous apprend que la guerre, surtout une guerre d'agression en violation du droit international, n'a encore jamais été raisonnable ni n'est venue à bout de la violence. Permettez-moi de citer deux grands témoins de leur temps : Parlant de guerre et de paix, Léon Tolstoï (1828-1910) écrivait qu' « on ne peut ni ne pourra jamais donner d'explication raisonnable des guerres entre pays et peuples. » Et pour la première lauréate du Prix Nobel de la paix, la pacifiste engagée Bertha von Suttner (1843-1914), « aucune personne raisonnable n'essaiera d'ôter les taches d'encre avec de l'encre ou les taches d'huile avec de l'huile. Seul le sang doit encore et toujours être lavé par le sang.»

Monsieur le Président, vous avez ajouté : « Pour fonctionner une démocratie (exige) aussi de l'engagement, de l'attention, du courage et parfois le sacrifice suprême: celui de sa propre vie. (...) Il est difficile à notre société assoiffée de bonheur de voir à nouveau tomber des soldats allemands.»

Mourir pour « Dieu, l'Empereur et la patrie » ? Non, merci! Plus jamais ça, Monsieur le Président ! Ma grand-mère, qui a connu deux guerres mondiales, et ma mère ne se sont jamais consolées de la mort de leur fils et frère tombé durant la Deuxième guerre mondiale. Et elles ne sont qu'un exemple parmi des millions et des millions d'autres destinées dans toutes les guerres du monde.

Monsieur le Président, après deux guerres mondiales, nous autres Allemands nous sommes fait notre idée de la guerre et la paix et ne voulons plus de propagande belliciste.

Veuillez croire, Monsieur le Président, à ma très haute considération,

Dr. Rudolf Hänsel


Courtesy of  Junge Welt
Source:  jungewelt.de
Publication date of original article: 15/06/2012
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