11/02/2013 info-palestine.net  7min #76718

 L'ingénieur gazaoui enlevé en Ukraine opte pour la grève de la faim pour protester contre l'isolement cellulaire

Dirar Abu Sisi : 2 ans en cellule d'isolement, sans accusation ni procès

lundi 11 février 2013 - 06h:00
Adam Whittock

Près de deux ans se sont écoulés depuis que Dirar Abu Sisi a été kidnappé en Ukraine par les services de renseignements israéliens, le Mossad. Il a été emmené de force dans un train à Kiev, tandis qu'il était en route pour voir son frère, puis il a suivi un parcours tortueux jusqu'à son arrivée à la prison d'Ashkelon en Israël.

Dirar Abusisi, après avoir perdu un tiers de son poids, au cours de deux années de détention en Israël - Photo : Richard Silverstein

Depuis lors, il est resté confiné en cellule d'isolement, sans procès.

Le Mossad prétend que Dirar a été impliqué avec le parti politique du Hamas, utilisant ses connaissances d'ingénieur électricien pour construire des fusées devant être tirées sur Israël. Plus tard, ils l'ont accusé de cacher des informations au sujet de Ghalid Shalit, un soldat israélien qui a été fait prisonnier (par la résistance palestinienne) à Gaza en 2006.

À ce jour, il y a eu zéro preuve que Abu Sisi ait jamais été lié à la construction de fusées pour le compte du Hamas. Même après la libération de Ghalid Shalit dans un échange de prisonniers en octobre 2011, Abu Sisi est resté enfermé dans une prison israélienne, en isolement.

Des interdictions ont été imposées concernant son cas, immédiatement après son enlèvement le 18 février 2011. Par conséquent, toutes les informations sur son arrestation et sa détention peuvent ne pas être communiquées. Trois semaines plus tard, quelques informations ont été divulguées, Israël reconnaissant avoir placé Sisi dans une prison israélienne. Depuis lors, aucune information officielle n'a été publiée au sujet de son emprisonnement.

Le kidnapping et la détention d'Abu Sisi

En décembre 2012, Mohammad Al-Abid, un avocat de l'association Addameer pour la défense des droits de l'homme et le soutien aux prisonniers,a eu accès à Dirar dans la prison d'Ashkelon. Dans l'interview qui a suivi, Dirar a raconté son calvaire.

« Je suis allé (en février 2011) d'Égypte en Jordanie, où j'ai été interrogé par les services jordaniens du renseignement qui ont enquêté sur mon identité et m'ont directement emprisonné. Ils m'ont bandé les yeux et m'ont conduit dans un centre de détention où ils m'ont interrogé sans discontinuer pendant 14 heures. »

Après avoir atteint l'Ukraine, j'ai été emmené de force dans un train de Kharkov à Kiev, en plus d'être agressé physiquement par les forces de police ukrainiennes et les agents du Mossad israélien.

« Ils m'ont bandé les yeux, » a poursuivi Abou Sissi, « et ils m'ont attaché les pieds et les mains avant de me jeter violemment dans une voiture en compagnie de deux policiers. »

« Ensuite, j'ai été placé dans un endroit très petit dans un avion. Je n'étais pas capable de s'asseoir, ni de me tenir debout ou me déplacer, devant rester en position accroupie pendant 5 heures avec mes mains et mes jambes en arrière. Par la suite je me suis senti étouffer, et je me suis évanoui. »

Selon Veronika, l'épouse de Abou Sissi, qui est palestinienne et ukrainienne, ils avaient quitté la bande de Gaza dans le but « de remplir les formalités nécessaires en Ukraine pour y vivre en permanence, en famille. Nous voulions vivre en paix dans le pays. (L'opération) Plomb Durci a usé le peu de patience qu'il nous restait. »

De l'avis de Veronika, Israël a arrêté Abou Sisi en raison de « son cerveau ». Il était directeur de l'usine de production électrique à Gaza. Presque à lui seul, il a reconfiguré l'usine pour qu'elle puisse fonctionner avec le carburant diesel de qualité moyenne venu d'Égypte à la place du gazole haute qualité dont la fourniture dépendait d'Israël.

« A l'âge de 34 ans, il était directeur de la centrale électrique, » explique Veronkia. « Peu de gens, avec la confiance en Dieu et le talent nécessaires, peuvent être directeur d'usine à un âge aussi jeune ». Il a résolu les continuels problèmes économiques et de service, et depuis sa nomination au poste de directeur en 2003 jusqu'à son arrestation, la centrale n'a pas fait défaut une seule fois, au contraire de ce qui s'était de nombreuses fois produit auparavant.

Mais les procureurs israéliens affirment que Abu Sisi a appris la construction de fusée à Kharkiv, en Ukraine en 1995. Le nom de l'institution où il a étudié était, parait-il, le « Military Engineering Academy ».  Mais cet endroit n'existe pas ! contre la détention totalement illégale de Dirar Abu Sisi.


À l'Académie de Kharkiv, où Abu Sisi a effectivement étudié, un professeur du nom de Philip Govorov se souvient de lui. Il affirme que la spécialisation d'Abu Sisi a été faite dans le domaine des « centrales électriques, réseaux et systèmes » - et très peu à ce qui touche à la science militaire, sans parler de construire des fusées.

Dans un autre rapport, cette fois venu de la British Broadcasting Corporation, il a été déclaré que Abu Sisi avait d'abord été détenu par le Hamas qui voulait le forcer à travailler pour eux, juste avant son départ de Gaza pour l'Ukraine. Si l'on peut s'autoriser une certaine ironie, c'est un peu comme si Israël avait donc été dupé en croyant que Sisi était une cible prioritaire dont il fallait à tout prix s'emparer.

Sisi a nié toute implication avec le Hamas, concentrant entièrement ses efforts sur ??l'approvisionnement en énergie dans la bande de Gaza. Son épouse a déclaré que « à aucun moment, il n'a été engagé politiquement. »

Cela pourrait être simplement un autre cas où le Mossad bloque toute information et où Dirar serait réellement impliqué dans « une complicité » avec le soit-disant terrorisme. Mais aux preuves fournies contredisant les accusations apparemment fantaisistes d'Israël, s'ajoutent des déclarations contradictoires qui tentent de légitimer son arrestation.En fait, il est tout simplement question d'un homme qui a travaillé pour assurer à la bande de Gaza un avenir meilleur et pacifique, avec un talent qu'Israël ne voulait pas voir utilisé contre sa politique d'occupation.

La lutte pour la justice: des campagnes nationales et internationales pour sa libération

En août 2012, Veronika et le Réseau UFree pour les prisonniers palestiniens, ont joué un rôle actif dans le développement d'une campagne de soutien et de solidarité avec Dirar.

Dans une interview, Khaled Waleed, le porte-parole du réseau UFree, a expliqué comment son organisation était « solidaire avec Dirar, tout en contactant et en faisant pression sur certains gouvernements au sujet de leur participation à l?enlèvement. »

Le réseau UFree affirme également posséder des informations classées {top secret} qui prouvent l'implication des services de sécurité d'un certain nombre de pays dans le kidnapping d'Abou Sisi.

Quand Abu Sisi a quitté Gaza pour se rendre en Ukraine via l?Égypte et la Jordanie, il a été suivi par plusieurs personnes.

M. Waleed est persuadé que les gouvernements de la Jordanie et de l'Ukraine ont été complices de l'emprisonnement de Dirar Abu Sisi. Il a déclaré qu '« ils l'avaient surveillé depuis qu'il avait quitté la bande de Gaza : où il était, ce qu'il faisait... Ce qui facilita grandement la tâche des Israéliens. »

Dans le passé, Veronika a intenté des poursuites contre les autorités ukrainiennes et a fait campagne auprès de divers organismes des Nations Unies et de l'Union européenne, mais en vain.

Abu Sisi a lui-même été actif dans la résistance à son emprisonnement. En utilisant le peu de possibilités qu'il lui reste, il a suivi diverses grèves de la faim - la dernière en septembre 2012 - malgré les punitions et les représailles féroces de la part de ses gardiens israéliens.

Les diverses pétitions internationales, les rapports des médias, les grèves de la faim en solidarité et les campagnes de sensibilisation sur les réseaux tentent de faire pression sur les gouvernements européens, la Jordanie et Israël, poussant à la libération d'Abou Sisi. Son histoire, comme celle de milliers d'autres prisonniers enfermés dans les prisons israéliennes, n'est certainement pas terminée.

Les violations répétées des lois internationalement par Israël, en arrêtant et en incarcérant des Palestiniens, sont caractéristiques dans le cas d'Abu Sisi. Israël défie quasiment toutes les lois adoptées au niveau international qui ont pour objet de protéger les droits de l'homme et des prisonniers.

Le réseau UFree network a lancé (une pétition au niveau international  ufree-p.net

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