Manlio Dinucci

Approvisionnés en armes, provenant notamment de Croatie, par un réseau international organisé par la Cia. Sous la chape de la « guerre couverte » rien de plus facile que de doter quelques groupes de têtes chimiques, à lancer avec des fusées sur des civils pour ensuite filmer le massacre en l'attribuant aux forces gouvernementales. On crée ainsi le casus belli qui justifie une escalade ultérieure, jusqu'à la guerre aérienne, étant donné que la guerre menée à l'intérieur n'arrive pas à faire tomber l'état syrien. Cette option, motivée par l'imposition d'une « no-fly zone », prévoit un lancement massif de missiles cruise, plus de 70 dans la première nuit, joint à des vagues d'avions qui larguent des bombes à guidage satellitaire en restant hors de l'espace aérien syrien.
Les préparatifs ont commencé non pas après, mais avant la présumée attaque chimique. En juillet a été déployé le groupe d'attaque du porte-avions étasunien Harry Truman, comprenant deux croiseurs et deux contre-torpilleurs lance-missiles ayant à bord des unités des marines, qui opère dans les aires de la Sixième et de la Cinquième Flotte. Un autre contre-torpilleur lance-missiles, le Mahan, au lieu de rentrer à son port d'attache en Virginie, est resté en Méditerranée aux ordres de la Sixième Flotte. La U.S. Navy a ainsi à elle seule déjà positionné cinq unités navales, plus quelques sous-marins, en mesure de lancer sur la Syrie des centaines de missiles cruise. Les chasseurs-bombardiers sont prêts à décoller aussi des bases en Italie et au moyen-Orient. Aux forces aéronavales étasuniennes se joindraient, toujours sous commandement du Pentagone, celles des participants à la réunion en Jordanie (Italie comprise) et d'autres pays. La Syrie dispose cependant d'un potentiel militaire que n'avaient pas la Yougoslavie et la Libye, dont plus de 600 installations anti-aériennes et des missiles de portée allant jusqu'à 300Kms. La guerre s'étendrait au Liban et à d'autres pays moyen-orientaux, déjà impliqués, et compliquerait ultérieurement les rapports de Washington avec Moscou.
C'est là-dessus qu'on est en train de réfléchir à Washington, tandis qu'à Rome on attend les ordres.
Manlio Dinucci
Edition de mardi 27 août 2013 de il manifesto
Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio