27/07/2014 ism-france.org  5min #89788

 Les Palestiniens assassinés par Israël dépassent le millier, tandis que de nouvelles dépouilles sont tirées des décombres

Plus d'une centaine de corps retirés hier des décombres à Ghaza - L'horreur des bombardements israéliens

Par Fares Chahine
La trêve de 12 heures, entre Israël et les factions palestiniennes, obtenue par Robert Serry, envoyé des Nations unies pour la paix au Proche-Orient, a permis, hier, aux équipes de secours de retirer une centaine de cadavres de civils palestiniens des décombres de maisons pulvérisées par les bombardements israéliens. 33 cadavres ont été trouvés dans la seule localité de Beït Hanoune, au nord de l'enclave palestinienne. Les autres dépouilles mortelles ont été récupérées au quartiers martyr de Chedjaiya (est de la ville de Ghaza), du camp de réfugiés d'El Maghazi (Centre) et de Rafah (sud de la bande de Ghaza).

Selon les services de secours de l'Autorité palestinienne, au moins un millier de Palestiniens ont été tués et quelque 6000 blessés, en grande majorité des civils depuis le début de l'offensive israélienne le 8 juillet. L'Unicef a évoqué, vendredi, un bilan d'«au moins 192 enfants» tués.

Profitant de l'accalmie, les habitants se pressaient d'acheter vivres et carburant, au milieu du ballet ininterrompu d'ambulances, tandis que le bourdonnement incessant des drones rappelait la menace. Les quelque 1,8 millions de Palestiniens de Ghaza, entassés dans la misère sur un minuscule territoire de 362 km2 soumis à un blocus israélo-égyptien depuis 2006, côtoient quotidiennement l'horreur. Ils sont persuadés que les prochains jours qui les attendent seront difficiles. A Khouzaa, une localité située dans le sud de l'enclave palestinienne, les soldats israéliens ont interdit aux équipes médicales de secourir la population. Ils ciblent les ambulances qui tentent de s'approcher.

Selon des témoins, les rues de la localité sont jonchées de cadavres et de nombreuses personnes se trouvent encore coincées sous les décombres. Sans moyen de locomotion, les familles n'ont aucune solution pour faire évacuer leurs blessés. Une véritable atmosphère de terreur règne depuis plusieurs jours dans cette localité proche de la clôture de séparation qui tient lieu de frontière entre Ghaza et Israël. Dans la nuit de vendredi à samedi, l'armée israélienne a commis un nouveau massacre. Un avion de chasse israélien a bombardé une maison à Khan Younes, tuant 20 membres de la famille Ennajar. 7 enfants et 4 femmes figurent parmi les morts.

Chedjaiya, un quartier réduit en cendres

Des ambulanciers et des secouristes qui ont pu pénétrer dans le quartier Chedjaiya, où plus de 160 Palestiniens ont été tués, ont dit avoir été choqués par le désastre qui a frappé le quartier. M'hamad, un jeune homme de 28 ans qui y réside et que nous avons rencontré dans une des écoles de l'agence onusienne pour l'aide aux réfugiés, où il a trouvé asile avec une trentaine des membres de sa famille, certifie ne pas avoir reconnu Chedjaiya quand il s'y est rendu. « Ce n'est plus qu'un tas de cendres. Il y avait du sang partout. L'armée israélienne a tout rasé, c'est effroyable. Il ne reste rien de notre maison. Mais nous nous estimons heureux. Les membres de ma famille sont au moins vivants. Ce n'est pas le cas de nos pauvres voisins », se console-t-il.

Le pilonnage intensif que Ghaza a subi depuis le 8 juillet a provoqué dans l'enclave palestinienne une importante crise humanitaire. Les réfugiés sont estimés à plus de 300 000, un chiffre qui risque d'augmenter très vite au cas où Israël poursuivrait son agression. Les hôpitaux, dont certains ont été bombardés, comme celui de Beït Hanoune et de Deir El Balah, sont complètement dépassés. Ils manquent de tout et ont une capacité d'accueil très limitée. Or, les blessés se comptent par plusieurs centaines maintenant. De plus, les denrées alimentaires commencent à manquer et les longues coupures d'électricité ajoutées au manque de carburant ont causé des pénuries en eau potable et des perturbations au niveau des stations de pompage des eaux usées. Si la situation perdure, la population sera exposée à toutes sortes d'épidémies.

La Cisjordanie occupée s'enflamme

L'appel à des manifestations populaires pour soutenir la bande de Ghaza, lancé par la direction palestinienne et le président Mahmoud Abbas, a trouvé un large écho en Cisjordanie occupée. Une dizaine de citoyens ont été froidement abattus par des soldats israéliens au cours d'affrontements entre manifestants et forces israéliennes. La répression israélienne a été très forte.

Les soldats ont usé de balles réelles contre des manifestants qui se sont défendus à leur tour en leur jetant des pierres et parfois des cocktails Molotov. Si le mouvement populaire se poursuit, l'armée israélienne fera certainement appel à plus de soldats réservistes.

Une troisième Intifadha est peut être en train de couver. L'impasse politique dans laquelle se trouve le processus de paix du fait de l'intransigeance israélienne et de la poursuite de la colonisation, en plus des massacres commis par l'armée israélienne dans la bande de Ghaza peuvent en tout cas constituer les catalyseurs d'une nouvelle révolte populaire.

A signaler qu'au moment où nous mettons sous presse, les chefs de la diplomatie des Etats-Unis, du Qatar, de Turquie et de plusieurs pays européens ont demandé, au terme d'une réunion à Paris, une prolongation de la trêve pour « 24 heures renouvelables », indiquant chercher « aussi rapidement que possible un cessez-le-feu durable » qui réponde aux besoins « légitimes » des Israéliens et des Palestiniens.

Selon la télévision israélienne, le cabinet de sécurité, réuni hier soir, aurait accepté de prolonger la trêve uniquement de quatre heures, jusqu'à 21h GMT. Plus qu'insignifiant eu égard l'étendue du drame des Palestiniens.

Source :  El Watan

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