Si Israël n'est pas traîné en justice, il commettra les mêmes crimes encore et encore
Des Palestiniens fuient leurs maisons dans le quartier de Shujaiyeh à Gaza-Ville.16 Juillet 2014. (PhotoLefteris Pitarakis/AP
Alors que nous mettons cet article sous presse (16 juillet 2014), la troisième agression d'envergure menée par Israël contre Gaza depuis cinq ans entre dans sa deuxième semaine sans qu'on sache quand elle prendra fin. Jusqu'à présent, Israël a tué 200 Palestiniens - dont 80% de civils selon l'ONU- et en a blessé 1300. Les officiels israéliens se vantent de la précision de leurs tirs mais la forte proportion de victimes civiles causée par le ciblage délibéré des habitations, des hôpitaux, des écoles, des mosquées et autres infrastructures non militaires, incluant un centre de rééducation pour handicapés moteurs, invite à la conclusion tirée par l'éditorialiste de Haaretz, Gidéon Lévy, qui écrit : « l'objectif de 'l'Opération Bordure Protectrice est de restaurer le calme, le moyen : tuer des civils. Le slogan de la Mafia est devenu la politique israélienne officielle ».
Bien sûr, la stratégie de Hamas consistant à lancer des missiles de faible précision-environ mille jusqu'à présent- est aussi atroce que les bombardements beaucoup plus meurtriers d'Israël. Les deux sont des violations du droit international qu'on peut considérer comme crimes de guerre [ce n'est pas si sûr : Norman Finkelstein a par exemple démontré que le droit des Palestiniens à la résistance est inscrit dans le droit international, Note de Tlaxcala]. Mais l'énorme disparité dans le nombre de victimes entre les deux camps- un seul tué et quelques blessés chez les Israéliens jusqu'à présent - révèle la véritable nature de cette « guerre » dans laquelle une des armées les plus puissantes du monde utilise des F16, des hélicoptères de combat, des drones et l'artillerie lourde contre une population pratiquement sans défense, emprisonnée et privée de toute possibilité de fuir ou de se cacher.
Le soutien us-américain à Israël, toujours promu par les politiciens des deux grands partis, ne surprend plus personne, car c'est un automatisme réglé de longue date. N'empêche, on ne ressent pas autre chose que de l'indignation et de la honte quand on entend la Maison Blanche et les diplomates us-américains parler du « droit d'Israël à se défendre » alors qu'il fait pleuvoir des bombes et des missiles sur les gens de Gaza. La plupart des médias n'ont fait que répéter ce vieux cliché du « cycle de la violence », comme si le conflit n'avait commencé qu'avec l'enlèvement et l'assassinat des trois adolescents israéliens. Mais ce qui est totalement occulté dans cette frénésie médiatique est le contexte politique à l'origine de ce nouveau déchaînement de violence, à savoir l'effondrement, au printemps dernier, de cet infortuné processus de paix, effondrement qui a conduit à un vide porteur de tous les dangers. John Kerry a attribué cet échec à la poursuite effrénée par Israël de son projet de colonisation aors qu'Israël pour sa part l'a rejeté sur l'accord entre Hamas et l'Autorité palestinienne, accord qu'il est déterminé à détruire.
Le gouvernement israélien a vite saisi le prétexte de l'enlèvement des trois adolescents pour mener une campagne d'arrestations de centaines de membres de Hamas-sur fond de black-out imposé par une directive du Shin Beth aux médias pour tout ce qui se rapporte à l'affaire- alors qu'il savait que ces adolescents avait été assassinés plusieurs jours plus tôt, selon toute vraisemblance par des voyous agissant seuls plutôt que par le Hamas. Parallèlement, le gouvernement a monté une campagne aux cris de « rendez-nous nos garçons ! » (#BringBackOurBoys), exploitant cyniquement la détresse des parents de ceux-ci pour déclencher l'hystérie publique contre les Palestiniens et Hamas en particulier. Manœuvre réussie, peut-être au-delà de ce qui était espéré puisqu'un climat sinistre rappelant les pogroms s'est abattu sur le pays quand les cadavres des adolescents ont été retrouvés, avec Netanyahou lui-même lançant sur Tweeter un cri demandant « la vengeance pour le sang d'un petit enfant ». Les attaques par de la populace ont culminé dans le lynchage d'un adolescent palestinien.
La conclusion d'un cessez-le-feu est difficile étant donnés les troubles qui affectent la région, une raison qui doit inciter les gouvernements européens et de la région à encore plus d'efforts. Le cycle actuel, cependant, se perpétuera tant que les questions essentielles ne sont pas traitées- nous parlons ici, non pas du cycle de la violence mais du cycle de l'impunité. L'impunité est cette situation qui permet à l'agresseur de violer le droit international et les droits humains élémentaires sans qu'il soit tenu pour responsable, ce qui lui permet de commettre encore et encore les mêmes crimes. Et c'est ce qui arrive maintenant, une situation contre laquelle le rapport Goldstone- les conclusions de l'enquête menée par les Nations Unies sur l'Opération Plomb Durci en 2008-2009- avait, avec beaucoup de clairvoyance, mis en garde. Ce rapport disait que traduire en justice ceux qui avaient commis des crimes de guerre -aussi bien Israël que Hamas- était probablement le seul moyen efficace d'éviter un autre déchaînement de violence.
Ce sont les USA qui ont empêché que les recommandations du rapport Goldstone bénéficient d'une écoute équitable aux Nations Unies. Ce sont les USA, le bailleur de fonds clé de l'armée israélienne, son défenseur inconditionnel dans les rencontres internationales, qui portent la plus lourde responsabilité dans cette occupation qui dure depuis des décennies. Le Congrès et la Maison Blanche peuvent apparaître comme des forteresses inexpugnables pour ceux qui luttent pour que la justice l'emporte dans cette région. Mais il ne faut jamais sous-estimer la force de l'action populaire quand elle est déterminée et soutenue. La campagne en vue de traduire Israël en justice est petite mais elle est en pleine croissance, chose dont les médias et les politiciens sont conscients. Ce qui est clair est que, avec des groupes comme J. Street et Jewish Voice for Peace [lobbys juifs usaméricains en faveur d'une solution de paix, Note de Tlaxcala] sur la scène politique, s'opposer à l'AIPAC [principal organe du lobby sioniste US, Note de Tlaxcala] et compagnie ne constitue plus un suicide politique. Il est de notre devoir en tant que citoyens us-américains de forcer les politiciens à entreprendre les actions qui s'imposent afin de contraindre Israël à mettre fin à son occupation, afin que la Palestine recouvre sa liberté.
