24/08/2014 tlaxcala-int.org  5min #90492

 Gaza : sortir de l'impasse

Sortir de l'impasse de Gaza

 John V. Whitbeck

Seule une pression sérieuse de l'extérieur sur Israël pour qu'il accepte les demandes raisonnables des Palestiniens pourra éviter une répétition du massacre en cours

Dans les décombres laissées par les bombardements israéliens sur Gaza (AFP)

Après la rupture de la "pause" de six jours, conclue afin de permettre des négociations en vue d'un cessez-le-feu durable, et avec la reprise par Israël des attaques contre les populations prises au piège dans Gaza, les personnes qui se sentent concernées, un peu partout dans le monde, se demandent comment il sera possible de concilier les exigences farouchement opposées des deux camps alors que chacun d'eux est irrésistiblement mû par le besoin d'obtenir un gain qui pourra justifier les sacrifices consentis et effacer, aux yeux de son propre peuple, tout ce qui peut être assimilé à une défaite ou un à échec. Dans le camp palestinien, il y a eu 2000 morts et plus de 10 000 blessés ainsi que d'innombrables destructions de maisons et d'équipements urbains. Dans le camp israélien, il y a eu 64 soldats et 2 civils tués.

Estimer jusqu'a quel point les exigences respectives de chacun des deux camps sont raisonnables -ou déraisonnables - peut aider tout gouvernement étranger, s'il est mû par l'intention sincère de contribuer à mettre fin au cycle de violence et à avancer vers une paix durable fondée sur un minimum de justice, à décider quel camp doit faire l'objet d'une pression en mesure de le persuader ou de le contraindre à être raisonnable.

Est-il déraisonnable d'exiger, comme le fait la Palestine, que les résidents de Gaza soient autorisés à quitter leur prison, à bâtir un port convenable, à rebâtir leur aéroport (détruit par Israël en 2002), à cultiver leurs champs, y compris dans la bande de 3 kms à partir de la frontière, de pêcher dans une zone maritime supérieure à 3 milles marins (=5,5 km) à partir de la côte, à exporter leurs produits et à importer les produits de première nécessité ?

Par ailleurs, est-il déraisonnable de demander que les 61 Palestiniens libérés dans le cadre de l'accord Shalit, et enlevés de nouveau par Israël juste après l'enlèvement en Cisjordanie des trois jeunes colons, soient à nouveau remis en liberté ?

C'est tout ce que la Palestine demande. À quels humains pourrait-on refuser des demandes aussi modestes, tout comme elles ont été refusées aux Palestiniens de Gaza tout au long des sept ans de siège et de blocus ?

De l'autre côté, est-il raisonnable d'exiger, comme le fait Israël, que Gaza soit totalement démilitarisée avant tout accord définitif prévoyant la fin de l'occupation ? Est-il raisonnable d'exiger que sa population soit privée de tout moyen de résister à une occupation qui dure depuis 47 ans (le droit à la résistance contre l'occupation étrangère est reconnu par le droit international) ou seulement de rappeler à ce monde qui a choisi de les ignorer, que les gens de Gaza survivent dans des conditions misérables ?

Une « démilitarisation « avancée de l'État de Palestine pourrait bien être inclue dans un accord définitif qui mettrait fin à l'occupation puisque les Palestiniens savent qu'il ne serait pas bon de donner à Israël des excuses pour envahir et occuper de nouveau la Palestine, mais ce dont on a besoin maintenant n'est pas d'un acquiescement à l'occupation mais de la fin de cette occupation.

Le meilleur résultat que peut espérer maintenant le gouvernement israélien est de maintenir le statu quo (siège de Gaza inclus) et de préserver encore une fois l'impunité pour ses crimes, un résultat qu'il peut facilement obtenir simplement en refusant tout accord avec les Palestiniens, refus rendu d'autant plus tentant pour Israël que maintenant, les puissances occidentales exercent d'énormes pressions sur la Palestine pour l'empêcher d'adhérer à la Cour pénale internationale ou de recourir au droit international pour protéger son peuple. Mais un tel résultat, injuste et inacceptable pour les Palestiniens, ne pourrait que garantir, pour un avenir proche, un nouveau cycle de morts et de destruction.

Seules des pressions extérieures inspirées par la morale et le droit, contraignant Israël à répondre aux exigences les plus raisonnables des Palestiniens, assorties de menaces de conséquences graves s'il s'obstine, peuvent offrir l'espoir d'un résultat où les deux parties seraient gagnantes, écartant le risque d'une répétition de la dernière agression. Malheureusement, avec les USA, les principaux États européens et l'Égypte fermement alignés aux côtés d'Israël, de telles pressions, sérieuses et inspirées par le droit, sont difficiles à imaginer, à moins d'une initiative palestinienne capable de changer la donne.

Dans le but de permettre à Israël de sauver la face en mettant fin au siège de Gaza (première étape en vue de la fin de l'occupation de l'État de Palestine en entier), la direction palestinienne peut publiquement demander le déploiement de troupes des Nations-Unies, des USA ou de l'OTAN à Gaza et en Cisjordanie pour protéger aussi bien les Israéliens que les Palestiniens d'attaques futures, mais à la condition que le programme convenu prévoie un retrait total d'Israël de l'État occupé de Palestine.

Ni les Israéliens ni les Palestiniens n'auront la paix et la sécurité tant que l'occupation ne se termine pas pour ouvrir la voie ou bien à une solution acceptable à deux États ou bien à un seul État démocratique. Le cycle actuel de massacres à Gaza a peut-être produit une situation où, même les gouvernements occidentaux, prisonniers de ce réflexe qui consiste à toujours faire des déclarations publiques de soutien à Israël, prennent conscience de cette réalité. Il faut miser sur cette prise de conscience pour les stimuler, en les aiguillonnant, à agir réellement dans ce sens.

L'Assemblée générale des Nations unies, par la résolution  A/RES/68/12 du 26 novembre 2013, a proclamé 2014 Année internationale de solidarité avec le peuple palestinien. Dessin de Carlos Latuff

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