Durant tout le vingtième siècle, jamais la situation politique, culturelle, économique et sociale au Proche-Orient, en particulier en Syrie, en Palestine et en Irak n'a été aussi complexe qu'aujourd'hui.

(1)Depuis la fondation de l'État d'Israël, la lutte entre les autochtones et les immigrés sionistes agressifs qui occupaient le pays n'a jamais cessé. D'emblée la stratégie adoptée pour chasser du pays ses occupants légitimes a consisté à les « expulser par la peur », faisant de millions de Palestiniens des sans-patrie.

(2) Ce qui se déroule en ce moment à Gaza sous les yeux d'une communauté mondiale censée être civilisée en ce vingt-et-unième siècle, c'est un pogrom contre les habitants. Cette catastrophe n'est pas seulement arabe ou islamique, elle est humaine - et c'est beaucoup plus grave. Aucun être humain ne peut rester neutre face à cette violence brute, s'abstenir de protester et de condamner ses exécutants et ses commanditaires. Mais pourquoi le gouvernement israélien a-t-il décidé cette violence brute ? Dans son livre « Le pouvoir », Bertrand Russell écrit : « Quand un pouvoir fondé sur la religion ou une structure de type religieux voit sa stabilité ébranlée, il a recours à la violence brute. » L'idée fondamentale des sionistes qui règnent sur Israël repose sur une conception de l'Ancien Testament qu'ils ont bricolée eux-mêmes mais qui n'a pas de fondement réel. Le judaïsme qui règne en Israël n'est pas une religion, mais une structure de type religieux. Les crimes commis par le pouvoir israélien ne peuvent pas être justifiés, même par la Tora.
(3) L'idée fondamentale de la stratégie « Vaincre en répandant la peur », que d'aucuns défendent en Iran, bien qu'ils ne soient ni Juifs, ni sionistes, c'est que « la raison du plus fort est la meilleure ». Mao Zedong, le leader de la révolution chinoise, a dit un jour que « le pouvoir est au bout du fusil. » Et un proverbe arabe affirme que « Le droit s'abrite à l'ombre des épées. »
À l'opposé de cette thèse, qui assimile le droit au pouvoir, il existe un autre choix, celui de soumettre le pouvoir au droit.
Fonder son action sur le principe que le pouvoir a toujours raison peut parfois et à court terme permettre d'atteindre son but, mais pas toujours et pas à long terme. La stratégie consistant à soumettre le pouvoir au droit, elle, ne donne pas de résultat à court terme, mais à plus long terme elle finit par triompher. En outre le premier objectif de la stratégie visant à « répandre la peur » est de créer cette peur et cet effroi. Or si la cible de cette stratégie ne réagit pas par la peur, elle s'avère inefficace. Et les Palestiniens d'aujourd'hui ne sont plus ceux des années 40 et 50, et le monde aussi a changé.
(4)C'est ainsi que l'équation opposant la population palestinienne et Israël sous le rapport de ces deux stratégies -« le droit est du côté du pouvoir » et « le pouvoir doit être soumis au droit »- a changé. Il y a eu des époques où les Palestiniens ont été contraints de recourir à la violence pour faire valoir leurs droits. Mais l'équation a changé. Le monde a reconnu le droit des Palestiniens à un État. C'est le gouvernement palestinien et non l'Organisation de libération de la Palestine qui est actuellement membre de l'ONU. Pour mettre fin au conflit et rétablir la paix on a accepté la solution à deux États souverains, Israël et la Palestine. Mais Israël ne veut pas la paix. Quand la pression a augmenté pour qu'Israël engage des pourparlers de paix avec des responsables du gouvernement palestinien, ceux-ci ont posé comme condition préalable l'arrêt des la politique de colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem. Plusieurs instances internationales, comme L'ONU et l'Union européenne, ont exigé qu'Israël cesse de construire des colonies. Israël s'y est refusé et a de plus pris comme prétexte que le gouvernement présent à la table ne représentait pas tous les Palestiniens et que ceux-ci ne s'entendaient pas entre eux et que l'accord passé avec Mahmoud Abbas ne contribuerait pas à faire avancer la paix. Mais lorsque le Hamas est revenu au gouvernement de la Palestine, Israël a pris prétexte qu'un groupe terroriste (le Hamas) siégeait dans ce gouvernement et qu'Israël n'était pas prêt à s'asseoir à la même table, bien que le gouvernement de Mahmoud Abbas ait reconnu l'existence d'Israël et qu'une union avec le Hamas ne pouvait signifier qu'une chose : le Hamas acceptait les positions d'Abbas. Mais Israël ne faisait que chercher des prétextes pour justifier son refus.

La fondation d'un État palestinien souverain et la paix finiraient à long terme par rendre absurde l'existence d'Israël. C'est pourquoi Israël utilise sa situation actuelle et ses attaques militaires massives contre Gaza pour provoquer les Palestiniens et leur imposer la stratégie du « droit du plus fort. » Étant donné le déséquilibre entre la puissance militaire des deux peuples, le Hamas et les Palestiniens seraient alors perdants.
Mais c'est un mauvais calcul pour Israël. Israël a le pouvoir de raser la bande de Gaza, mais il ne gagnera pas la guerre. Les Gazaouis ont dû subir de lourdes pertes et il en subiront plus encore. Mais pas pour rien. La pression de l'opinion mondiale sur Israël s'accroît, même aux USA. Il est important que les Palestiniens ou leurs partisans ne se laissent pas prendre au piège des provocations israéliennes, refusent la violence et l'implication dans des affrontements armés et n'acceptent pas les conditions de paix défavorables voulues par Israël. En demandant de mettre fin au blocus de Gaza avant tout armistice, le Hamas pose une exigence conforme à l'humanité et acceptable pour le monde.
(5) La politique des gouvernements favorables aux Palestiniens - par exemple l'Iran - consiste à exiger, face aux nouvelles agressions, que les résolutions de l'ONU soient appliquées en totalité. Israël, bien que membre de l'ONU, ne s'est soumis à pratiquement aucune de celles-ci. En dépit de l'influence de sionistes sur les mass médias et les instances internationales, par exemple l'ONU, de nombreuses résolutions ont été votées contre la politique unilatérale d'Israël. Accroître la pression pour faire appliquer ces résolutions constitue un moyen de soutenir les Palestiniens. La résolution 242 exige d'Israël qu'il se retire derrière les frontières de 1967 et rende aux Palestiniens les territoires occupés. Une autre interdit la construction de colonies dans les territoires occupés, une troisième le blocus de Gaza etc. La dernière exige qu'Israël mette fin immédiatement à son agression militaire. En outre il faudrait soutenir les plaintes déposées par les Palestiniens contre Israël auprès des instances internationales. Depuis la reconnaissance du gouvernement palestinien par l'ONU, celui-ci a le droit, comme membre de l'ONU, de déposer plainte contre Israël auprès des instances internationales.
(6) Mais le problème palestinien et le bombardement de Gaza sont aussi un problème proche-oriental. Le problème syrien n'est toujours pas résolu. Et maintenant on assiste à des horreurs en Irak. Où chercher les origines de tout cela ? Quelles conséquences les évolutions futures auront-elles pour la sécurité de l'Iran ? Quels rapports entre la crise irakienne et le problème palestinien, d'une part, et les entretiens entre l'Iran et le groupe 5+1 sur le nucléaire iranien d'autre part, et quel est leur impact sur le dialogue entre l'Iran et les USA ? L'accord des deux parties sur une poursuite des négociations et leur reprise d'ici à quelques mois est certes positive. Mais les évènements en Irak et au Proche-Orient renforceront-ils les positions iraniennes ou les affaibliront-ils? Pour garantir sa propre sécurité et sa souveraineté nationale, l'Iran doit-il accepter de collaborer avec les USA contre l'EIIL, ou se cantonner à une position d'observateur, voire affronter les USA sur la scène internationale ?