
Par Nate Bear, le 30 novembre 2025
Les États-Unis ont paralysé le Venezuela. Tous les vols à destination et en provenance du pays sont annulés. Vingt-neuf millions de personnes sont désormais prises au piège, à la merci de l'armée la plus sanguinaire, la plus débridée et la plus immorale de l'histoire mondiale.
Samedi soir, Trump a tweeté que l'espace aérien vénézuélien est désormais fermé à toutes les compagnies aériennes. De nombreux internautes estiment que Trump ne peut légalement pas prendre une telle décision. L'espace aérien d'un pays ne peut pas être fermé d'un simple tweet ! Tout de même, un pays souverain ! Le tweet le plus "drôle" affirmait que Trump viole le droit international. Il a été largement retweeté, probablement par des gens qui n'ont rien retenu de ces deux dernières années. Ni même des vingt dernières, ou des cinquante dernières années. Voire soixante-dix
LE DROIT INTERNATIONAL N'EXISTE PAS.
On parle ici de l'empire américain. De l'impunité impériale. De la puissance brute. De bombardiers B-52. De huit cents bases militaires américaines dans quatre-vingts pays. D'unités d'intervention. D'escadrons de la mort. De massacres d'enfants. De la famine organisée. Des genocides. De l'apartheid. De la répression contre quiconque s'oppose à l'empire, dissimulée par le langage et les artifices du droit international. Un droit international vraiment concret, effectivement applicable et universaliste, censé restreindre les exactions des États, quel qu'il soient ? N'y comptez pas.
Ces derniers mois, les États-Unis ont assassiné illégalement au moins quatre-vingts Vénézuéliens, prétendument pour trafic de drogue, alors que certains d'entre eux se sont avéré n'être que de pauvres pêcheurs cherchant simplement à nourrir leur famille.
Donc non, le droit international n'existe pas.
Car malgré les prétendues normes et l'esprit de la loi, qui stipulent qu'un dirigeant ne saurait forcer arbitrairement la fermeture de l'espace aérien d'un autre pays, c'est la puissance brute qui l'emporte. Pour l'heure, le trafic aérien est interrompu au-dessus du Venezuela, présageant une attaque imminente. Une campagne de bombardements sous le faux prétexte que le président vénézuélien, Nicolas Maduro, serait à la tête d'un gang de narcotrafiquants.
Au moins, pour l'Irak, ils avaient mis les formes. Cette dernière fable est tout droit sortie d'un roman de Lee Child. Elle est aussi invraisemblable et mal ficelée que n'importe laquelle des aventures de Jack Reacher.
Si vous vous intéressez au prétexte invoqué par la Maison Blanche pour justifier des attaques contre le Venezuela et renverser, voire tuer, Maduro, voici un bref aperçu du contexte.
El Cartel de los Soles
Le gouvernement américain affirme que Maduro dirige un gang de trafiquants de drogue appelé "El Cartel de los Soles". Ce nom était quasiment tombé dans l'oubli. Mais ces derniers mois, les responsables américains ont dépoussiéré les archives et ressuscité un nom familier. Le gouvernement américain sait tout de ce cartel, car c'est lui qui l'a créé.
Ce n'est pas une conspiration. C'est un fait avéré.
À la fin des années 1980 et au début des années 1990, les trafiquants de drogue échappaient en effet aux opérations américaines de lutte contre le trafic de cocaïne. La CIA et la DEA ont donc élaboré un plan : créer leur propre gang pour démasquer et infiltrer les réseaux de trafic de drogue. La CIA a alors recruté le chef de l'unité antidrogue de la garde nationale vénézuélienne, le général Ramón Guillén Davila, qui a créé et mis en place le Cartel de los Soles. Sous sa direction, ce cartel a acheminé 22 tonnes de cocaïne vers les villes américaines. Il a été démantelé en 1993, ne servant plus les intérêts des États-Unis, puis réactivé en 2025, au prétexte d'une intervention militaire contre le Venezuela.
En 1993, le magazine d'information télévisé américain 60 Minutes a consacré un épisode à ce sujet. Ces dernières semaines, même la chaîne CNN, pourtant fidèle à l'empire, a dû admettre, a admis que ce prétexte était peut-être un peu tiré par les cheveux.
Les États-Unis sont donc en train d'inventer une histoire dans l'histoire. L'administration Trump ressuscite un épouvantail créé à l'origine par les États-Unis et hisse un nouvel avatar, Maduro, au pinacle de leur création, pour éliminer les deux. C'est le Frankenstein des opérations de changement de régime. Quand Lee Child rejoint Mary Shelley.
S'appuyant sur cette fiction, les avocats du ministère de la Justice élaborent actuellement une justification juridique pour une agression contre le Venezuela, légitimant ainsi le recours à la force par Trump - très probablement l'élimination de Maduro - sans l'aval du Congrès. Le tweet de Trump sous-entend que le document est prêt, et l'attaque imminente.
Le Venezuela ne se classe même pas parmi les cinq premiers pays producteurs de drogue en Amérique latine. La Colombie, le Pérou et la Bolivie sont de loin les principaux producteurs de la région. Le Venezuela ne figure pas non plus parmi les axes de transit les plus fréquentés. D'un point de vue logistique, cette hypothèse n'a aucun sens. La plupart des trafics transitent par voie terrestre via le Mexique, et non par voie maritime sur des milliers de kilomètres.
Donc bien sûr que non, la drogue n'est pas en cause. En réalité, les enjeux vont bien au-delà et sont liés à la domination hémisphérique... et le pétrole. Une énorme manne de pétrole très alléchante.
Machado, le pantin des États-Unis
Ils l'ont dit eux-mêmes. L'autre jour, la députée républicaine Maria Salazar (fille d'exilés cubains et grande partisane prévisible d'une intervention en Amérique latine) a déclaré que la destitution de Maduro
"pourrait être une aubaine pour nous en matière de combustibles fossiles". Interviewée par Fox News, elle a affirmé que "le Venezuela dispose de réserves bien plus abondantes que l'Arabie saoudite".
La marionnette américaine qui succédera à Maduro, très probablement Maria Corina Machado, se fera un plaisir de céder ces réserves aux États-Unis. Elle l'a d'ailleurs clairement fait savoir. Dans une interview accordée à Donald Trump Jr en octobre (oui, vous avez bien lu), elle a déclaré, visiblement surexcitée :
"Oubliez l'Arabie saoudite, nous possédons plus de pétrole qu'eux, soit des opportunités infinies ! Nous privatiserons pour vous l'ensemble de notre industrie. Les entreprises américaines en tireront d'énormes profits !"
Cette femme est également une sioniste invétérée qui a comparé la "lutte" d'Israël à celle du Venezuela. Et c'est cette fanatique qui vient de remporter le Nobel de la paix. Tout cela est si scandaleux et ouvertement pernicieux qu'on en rirait si les conséquences pour des millions de personnes ne rimaient pas avec un enjeu de vie ou de mort.
Carte FlightRadar24 illustrant une absence de trafic aérien au-dessus du Venezuela.
Ce nouvel épisode de changement de régime n'est pas sans rappeler celui de 1989, lorsque les États-Unis ont envahi le Panama pour renverser Manuel Noriega, le dirigeant du pays et ancien agent de la CIA, financé par les États-Unis à hauteur de plusieurs millions de dollars pour espionner les groupes de gauche. Noriega était un trafiquant de drogue notoire, mais la CIA a longtemps fermé les yeux sur ses activités parallèles, car sa réputation anticommuniste et antisoviétique en faisait un allié de circonstance. Mais comme tous ceux qui s'associent bêtement à la puissance impérialiste américaine, il a fini par tomber en disgrâce.
Concernant Maduro, les allégations sur son implication dans le trafic de drogue sont toutefois parfaitement infondées.
Mais rien n'a jamais arrêté, ni n'arrêtera les États-Unis dans leur soif de sang et de pétrole. L'Amérique est une entité morbide, perverse et dépravée, obsédée par le contrôle impérial mondial. Soyons bien conscients que le type d'attaque auquel nous allons assister est une opération de décapitation. Les États-Unis encouragent en effet depuis deux ans, d'abord sous l'administration Biden, puis sous celle de Trump, leur mandataire au Moyen-Orient à mener ouvertement de telles agressions. Au Liban, en Iran, au Yémen et au Qatar, Israël a assassiné des dizaines de dirigeants politiques grâce aux armes et aux renseignements américains. Tuer un adversaire d'un seul tir de missile symbolise la toute-puissance absolue. Pour des hommes comme Trump, Netanyahu, Biden, Obama et tous ceux qui les ont précédés, le frisson, la gloire, le contrôle et la domination procurés par de telles attaques symbolisent le summum du pouvoir, un pouvoir divin procurant à ces hommes au-dessus des lois le nec plus ultra de leur existence.
Le pétrole est un bonus. Cette démonstration de supériorité militaire américaine dans la région est la cerise sur le gâteau.
L'espace aérien vénézuélien est donc fermé.
Plus d'une centaine de vols quotidiens sont désormais annulés.
Ni vols nationaux, ni internationaux. Pas un gramme de fret. Pas le moindre approvisionnement.
Le pays attend que pleuvent les bombes bienveillantes, tandis que l'empire américain poursuit sa campagne terroriste mondiale vieille de plusieurs décennies, au nom de la domination du pétrole et des ressources.
Traduit par Spirit of Free Speech