La Société-Réseau - Chapitre 7 : Les structures sociales

@dav 12-06-2018 19 min #142400

Une société humaine solide et tangible repose surtout sur la densité des liens qu'il y a entre les gens. Ces liens peuvent être de différentes natures mais la catégorie empathique, faite de sentiments, d'admiration, de respect, ou de compassion sont très nettement les liens les plus solides.

C'est toujours contre-productif quand une organisation est divisée par l'inimitié. Cependant, en même temps, on ne peut pas demander à tout le monde de s'entendre. Il y a des solutions pour cela.

7.1 - A propos des hiérarchies

Entre le chef de tribu, qui vit au contact de sa peuplade et lui fait profiter de son expérience et de sa sagesse, et les architectures de pouvoir telles qu'elles existent aujourd'hui, des dizaines d'échelons intermédiaires se sont intercalés et ont fini par couper la tête de la réalité du sol sur lequel elle se tient vaguement debout.

Il est vrai que dans les cas où un choix est indécidable parce que les différentes options ont des résultats indiscernables, ou qui dépassent la capacité d'expression (quand c'est la difficulté à dire les choses qui bloque le dialogue), c'est toujours bon d'avoir un chef attitré en la sagesse de qui tout le monde fait confiance pour trancher la question, et mettre fin à l'interminable discussion. On peut aussi confier cela à la démocratie, ou ne rien faire.

Dans la plupart des cas la hiérarchie est le moyen d'accélérer l'exécution d'un ordre, et de ne pas être ralenti par les questionnements des uns et des autres. Ils sont pressés, impatients et donc intolérants et inefficaces. Le problème c'est que les hiérarchies ne permettent pas de parler d'égal à égal, et que dans la psychologie sociale primitive, elle est intimidante, et il faut sans cesse se battre contre l'imposition d'une tendance à la soumission. Ce comportement engendre des distorsions, dont le haut de la hiérarchie tient à se tenir écarté, au point de privilégier la médisance, le sentiment de supériorité, l'inconséquence et l'autoritarisme.

Le principal inconvénient de ce schéma linéaire et unidirectionnel est la déresponsabilisation collective qu'elle conforme.

7.2 - Une hiérarchie fonctionnelle

A partir de là on peut vouloir supprimer les hiérarchies, mais il suffira de les simplifier, pour que des groupes horizontaux puissent travailler en bonne entente. Il faut surtout revoir la fonction de la hiérarchie, afin qu'elle retrouve une signification qui soit fonctionnelle.

Normalement, c'est élémentaire, les hommes doivent toujours parler d'égal à égal, si ils veulent contribuer aux mêmes objectifs. On doit toujours pouvoir refuser un ordre qu'on n'approuve pas ; ou tout du moins être d'accords sur le fond, et ainsi sincère dans son action, et donc plus efficace. On doit toujours avoir sa responsabilité propre.

Avoir une compétence « supérieure » implique de protéger, défendre, et de l'enseigner à ceux qui ne l'ont pas. En effet, les postures et les rôles ne peuvent pas être aussi figées. Quand une tâche doit être accomplie, elle doit toujours revenir à celui qui est le plus compétent, et dès lors celui-ci se met au service des autres.

Et enfin, il existe une multitude de critères objectifs de « supériorité », et c'est avant tout ceux-là qu'il faut savoir reconnaître. On pourrait envisager des hiérarchies qui se forment et se recomposent en fonction de chacune des tâches auxquelles un collectif doit s'affairer. C'est un peu cette idée qui permet de faire que la gestion systémique soit confiée à des comités spécialisés dans chacune des questions politiques (au lieu d'avoir un président-monsieur-je-sais-tout). Quand on entend parler de « monde multipolaire » en fait ce n'est que le stade primitif d'un système fonctionnel. Il ne le sera que lorsque ses structures seront adaptatives aux circonstances.

Cette structure dynamique, dans laquelle la fonction des membres est décidée par leur seule et libre contribution, obtient une grande légitimité. Mais même dans ce cas il faudra encore avoir des procédures supplémentaires pour empêcher qu'il ne suffise d'une seule personne appuyer, par exemple, sur des boutons rouges. C'est à dire qu'un sommet hiérarchique ne doit pas avoir carte blanche pour faire ce qu'il veut. Son éminence et sa qualité en tant que leader consistera seulement à prouver que ses choix passés étaient les bons, et pour ce faire il aura vite l'idée de prêter une oreille attentive à ses subordonnés.

Nous le voyons, si on détruit une structure hiérarchique qui est purement formelle, culturelle, où s'exerce l'animalité, on se retrouve obligés de déterminer des critères objectifs et des règles d'urbanité, et finalement ces structures n'apparaissent plus que comme une vague comédie de ce que devrait vraiment être une hiérarchie 1.

7.3 - Structure de la grégarité

Mais ce qui est important à noter c'est surtout comment fonctionnent les formes modernes d'organisation, ou structures de la grégarité. Le plus important dans un groupe, ce sont les liens affectifs qu'il y a entre les membres, car ce lien décuple la capacité d'écoute et de compréhension mutuelle. Rien que de travailler à trois personnes, est déjà une grande source de bonheur quand elles s'entendent. Au maximum un groupe peut rester solide jusqu'à une dizaine de personnes. Pour des groupes plus vastes, ne pas les segmenter revient à tous les déshumaniser, et écraser les différences. Et c'est à peu près cette structure de niches imbriquées qui devrait conformer l'ensemble de la société. Car ainsi les variations et la diversité des opinions seraient correctement relayés.

7.3.1 - Hiérarchie circulaire

Je me souviens (quand j'avais vingt ans) de celui qui fonda une radio parisienne (Ouï FM) me parler de la façon dont il se plaçait au centre de son équipe, en dessinant un cercle autour de lui avec les bras, formée de techniciens, régie publicitaire et animateurs (tous logés dans un appartement parisiens boulevard Sébastopol), dans la mesure où c'est à lui que revenait de faire le travail des uns et des autres, à n'importe quel moment, de jour comme de nuit. Il était contre le fonctionnement hiérarchique, chacun s'entre-aidait, et, en tant que directeur et fondateur, il ne rechignait pas à passer le balai.

La forme moderne de cette conception est plus révolutionnaire. Il existait encore dans les années 10 (de ce siècle) des petits chefs qui allaient visiter les bureaux pour voir où ça en était. Mais heureusement la frustration et le sentiment d'humiliation des travailleurs a fini par se voir 2. Cela revenait à avoir affaire à des clients absurdes à qui on n'a rien le temps d'expliquer. Être un bon « élève » c'était surtout se taire et ne rien laisser paraître, des contradictions et autres énormités dans lesquelles le-dit petit chef embarquait les gens, inconscient d'avoir outrepassé ses compétences, jusqu'à ce que l'un ou l'autre finisse par craquer et changer de boite, ou de métier. Le but de tout employé est de faire craquer son supérieur avant lui-même... c'est parfois une question de survie !

Dans une hiérarchie circulaire chacun est le chef d'un autre, de façon circulaire. Chaque domaine d'expertise a son expert, un pôle qui dépend de lui, et un pôle dont il dépend. Cela sous-tend l'assimilation du concept d'itération dans la conception, dans la mesure où elle nécessite un aller-retour entre les pôles de compétences. Ce n'est donc pas une relation hiérarchique, puisque les autres membres du cercle attendent après lui, et que tout est visible. Chacun peut intervenir sur le travail d'un autre, et faire de meilleures propositions. En pratique les groupes se mettent en ronde debout tous les matins et se disent les choses qui doivent être dites. Parfois aussi ils travaillent par duos interchangeables, l'un des deux étant condamné à ne pas toucher la souris.

Illustration 6: L'assemblage du cercle constitue une couronne de compétences.

On est vraiment très loin des modes encore répandus de hiérarchies abruptes et castratrices. Quand les gens embauchent, ils cherche plutôt des profils standards, formatés, conventionnels, typiques, plutôt qu'à constituer des groupes fonctionnels de personnes complémentaires, dont la judicieuse alliance a plus d'efficacité que dix fois leur nombre structurée en hiérarchie laborieuse (et mécontente). 3 Parfois les meilleures intelligences associées conforment des groupes déplorables, vaniteux, et s'en dégagent un sentiment d'insécurité et de frustration. L'efficacité consiste donc bien à savoir doser des complémentarités.

7.4 - L'économie humaine

C'est l'occasion de se rendre compte qu'un système social viable, c'est avant tout l'histoire d'une aventure humaine. Et surtout, sur le plan purement fonctionnel, l'économie providentielle d'énergie humaine que peut produire une organisation rationnelle des travailleurs.

Ceci à son tour est l'occasion de s'apercevoir comment le capitalisme a fondé des hordes de travailleurs redondants et le plus possible incompétents, de façon à ce qu'on ait le plus possible besoin de faire travailler tout le monde. C'est amusant, car cela s'est constitué inconsciemment. Cela fait partie de la « culture d'entreprise ». Mais je peux le dire pour avoir fréquenté les plus bas fonds du monde professionnel, quand on est embauché dans un « boîte de merde », il est légitime de s'attendre à ce que l'employé tende le plus possible vers l'imbécillité la plus complète, et honorable qui soit - volontairement, mais ça on ne le dit pas ! (Le sabotage est une forme révolutionnaire visant à forcer la hiérarchie à se confronter à ses contradictions.)

En tous cas il est certain que le travail fait en équipe dans une entreprise constituée de nombreuses couches de hiérarques (une fois, ai-je vécu, sur 10 personnes il y avait 5 niveaux hiérarchiques), est extrêmement plus lent et qualitativement très inférieur que lorsqu'on est tout seul et heureux de faire son travail (ça aussi c'est du vécu).

Le but est véritablement de rendre le travail plus efficace, d'augmenter la productivité de façon providentielle, sans frein, pour le plus grand bien de tous, d'autant plus si pour cela, il faut passer par des structures de grégarité qui laissent les humains atteindre leur plein potentiel, et les laissant se passionner pour leur travail. C'est dès l'enfance, que se forme la compétence à la grégarité, le besoin d'interaction, lorsque les soins maternels, par leur qualité, permettent un plus grand développement intellectuel et physique. Dès l'enfance se joue le destin d'une nation.

7.5 - L'ossature du système

Les structures de pouvoir (hiérarchiques) sont fondées sur l'autorité. En cas de crise une société ne se réduit plus qu'à la simplification d'elle-même, et dans le cas du capitalisme, il n'en restera plus qu'une structure militaire. Changer de système c'est aussi changer ça.

La structure de base du système est son organisation décisionnelle. Réduite à sa plus simple expression, elle peut se passer d'informatique et siéger au sein d'un conseil de compétences, qui se mettent les uns au service des autres. Collaborer relève d'un plus haut degrés d'organisation que « rivaliser ». La Nature nous en montre l'exemple tous les jours.

7.6 - La philosophie de la non-ingérence

Il y a un rapport intime entre l'échelle individuelle et l'échelle sociale. La seconde démultiplie de façon très facile à critiquer les imperfections et les lacunes de la première.

A l'échelle sociale, on s'étonne que les organisations trans-nationales (comme l'Union Européenne) soient si peu efficaces, et si elles veulent l'être, qu'elles soient si promptes à devenir dictatoriales. Le débat sur la sortie de l'Union Européenne est légitime quand on voit que cette organisation transcende l'autorité des élus et décide, en amont, des moyens dont elle dispose, de ses lois, de son destin. Ils ont une façon punitive de résoudre les conflits. Ils plongent des peuples entiers dans la misère et la famine au nom du respect de leur statut de bienfaiteurs. Et quand il s'agit de ressources naturelles, il n'y a plus de loi ou de morale, les guerres sont fomentées dans des buts purement économiques.

A l'échelle individuelle, on voit que les relations hiérarchiques ont conduit les relations inter-humaines à se distendre, en raison des manies autoritaires qui surgissent, auréolées d'une sorte d'approbation culturelle (surtout télévisuelle). Les familles sont démembrées, les gens vivent isolément, et leurs relations sont tendues. Ceci, parce qu'ils veulent toujours forcer les autres à faire ce qui les arrangent, alors qu'eux-mêmes sont complètement impuissants face à leur destin. C'est comme une caisse de résonance du principe de la hiérarchie, répétée des milliards de fois entre toutes les personnes, qui trouvent toujours moyen de sous-estimer, déprécier ou rabaisser les autres, afin de conserver des chances de survie. C'est purement un comportement animal, éduqué par un système inique.

Ces deux échelles ont en commun la non-reconnaissance de l'intégrité de l'autre, l'individu ou le pays. C'est une question de mentalité, de confiance et de responsabilité. Le sens des responsabilité des uns ne dépend que de la confiance des autres. Pour cela, il devrait y avoir quelques additions aux droits de l'homme, qui nécessite la reconnaissance de sa responsabilité, et la liberté de choix des méthodes. De cela découle un effet non négligeable : la reconnaissance envers les autres.

C'est en créant une plus grande qualité de la relation entre les individus qu'on augmente la solidité de leurs liens. Être constamment sur les autres, les étouffer, les commander, les forcer, faire les choses à leur place, les télécommander, les utiliser, leur expliquer qu'ils n'ont qu'à obéir et qu'ils n'ont rien besoin de comprendre ou de savoir, revient à mettre en œuvre précisément ce qui veut être fui en bannissant l'esclavage, à savoir la perte de liberté, de dignité, et la déshumanisation. En effet, le soumis s'habitue à son sort et perd la faculté de penser par lui-même.

De même entre les groupes sociaux, entre les cultures, les ethnies, les pays, doit toujours subsister une sorte de coquille qui assure leur indépendance et leur unité. On ne peut pas attendre d'eux qu'ils atteignent un niveau d'organisation suffisant si on est sans cesse en train de les déstabiliser. Les relations internationales devraient être faites d'entraide, de conseils, et de respect mutuel, et sans jugements de valeur. C'est dans cet esprit que les communautés inter-étatiques sont fondées, initialement, mais le chemin vers cet idéal est plein d'embûches.

Cette notion de non-ingérence, est un caractère vital des groupes humains et de la santé de leurs relations. Elle est, de façon holistique, applicable aux individus, dont la liberté n'est que celle que les autres leur permettent. C'est ça le sens de la phrase « la liberté s'arrête là où commence celle des autres ».

7.7 - La philosophie de l'ONU

En ce sens je salue, pour l'avoir compris tranquillement, le but de l'ONU, d'une manière que j'ignorais jusqu'alors. En général on entend que des critiques, sûrement légitimes, mais au fond c'est l'exemple le plus lumineux du genre d'organisation sociale vers laquelle il faut tendre.

Eux, font des proclamations. On dit que ce ne sont que des mots mais c'est bien plus que cela, ces mots sont un véritable conscience. Leur posture est de commettre des résolutions afin de dénoncer les actions étatiques qui ne sont pas conformes à la continuité du cercle vertueux, qui consiste à unifier les pays du monde, sous la bannière de ce même état d'esprit, de respect mutuel et de coopération. Car plus il est actif, plus la paix est globalisée. Cette dénonciation est moquée par des pays ayant commit des violations, et qui semblent vouloir recevoir des ordres abruptes, tels qu'ils les pratiquent. Il est parfaitement logique qu'ils ne les comprennent pas, puisqu'ils ne pensent pas du tout à manière de l'ONU, en termes de non-ingérence, et c'est justement à cause de cela qu'ils ne se gênent pas pour commettre des violations. Répondre favorablement à leur « désir » d'être « punis » constituerait une contamination idéologique de l'ONU, et la plongerait, comme l'Union Européenne, dans un cercle vicieux. Mais il faut seulement tenir bon et continuer les réprimandes, orales, jusqu'à ce que la population elle-même fasse le choix libre d'agir en conséquence. 4

La voix de cette conscience des relations inter-étatiques ne force pas les choses, contrairement à ceux qu'ils dénoncent. Leur dénonciation n'a pour seul but que d'enjoindre les personnes de bonne volonté à choisir librement de s'y associer, par les faits, chacun agissant au niveau qui est le sien. Ce fonctionnement est celui attentdu d'un Gouvernement Russel, seul à-même de contrer par sa légitimité les futurs gouvernements militarisés au service des banques. 5

On se trouve dès lors dans le schéma d'une hiérarchie dynamique, dont la légitimité ne dépend que de la liberté des membres actifs d'y adhérer. C'est donc surtout auprès des populations que les résolutions doivent être diffusées, ce sont eux les principaux intéressés. Ils ont beaucoup à apprendre de cet état d'esprit.

7.8 - Un système ouvert et contributif

Pour qu'un système social soit coopératif il faut que ses membres soient libres, et que simultanément ils soient dépendants des autres groupes. C'est une contradiction qui ne peut pas être résolue par l'imposition d'une hiérarchie qui s'ingère dans les affaires des autres.

L'enjeu étant de produire une intelligence sociale, il faut au minimum que l'intelligence de chacune des parties soit maximale. C'est pour qu'elle s'épanouisse qu'il est nécessaire de la laisser jouir de la Liberté, et de sa responsabilité.

Un système fermé permet la plus grande intelligence interne, mais promet également une inadéquation substantielle avec son environnement. Tandis qu'un système dépendant d'un autre (un sous-système), est démuni de liberté, de responsabilité, et n'a aucun contrôle sur son devenir. Bien souvent on se trouve dans ce schéma.

Un système ouvert est l'adjonction des qualités de chacun des deux précédents. Il réclame de la diplomatie et une unité. Disons que parmi les buts poursuivis par un groupe, une partie d'entre eux soient communs avec d'autres groupes. Dans ces cas leur contribution n'implique leur soumission qu'en respect d'un cahier des charges. Et dans l'autre sens, celui de l'influence du système sur ce groupe isolé, elle ne consiste qu'à émettre des moyens qui pourront améliorer sa contribution, mais en lui laissant une totale liberté de les adopter.

Les gens, les groupes, les cultures ont leur propre chemin évolutif, et ce qu'il y a à découvrir en la matière de leurs relations est utile pour toute l'humanité. La diversité, c'est la richesse et la prospérité, mais à condition de la laisser s'épanouir.

Juste pour le côté scolaire, un exemple de système ouvert est Twitter, puisque les messages sont semi-privés, réservés à un groupe constitué, mais en acceptant que des modalités permettent à d'autres personnes d'y accéder également. Imaginez, juste pour rire, ce qui se passerait si le système social était aussi fluide et interopérable.

7.9 - Les cultures

Formatées, traumatisées, bousculées, les cultures du monde ont souffert d'un sociocide sans pareille mesure dans toute l'histoire de l'humanité, depuis que le capitalisme est roi. Le modèle hiérarchique abrupte ne fonctionne pleinement que si on ne se souvient d'aucun autre, ce qu'un siècle d'intense insistance a presque réussi à obtenir. Comme si tout le foisonnement humain n'avait aucune valeur. Pourtant, on redécouvre sans cesse les vertus de sciences et de savoirs qui furent considérés comme des superstitions, et, comme va la logique, on s'interroge sur le génie humain comme quelque chose qui nous échappe. On sait juste qu'il a plus tendance à surgir en temps de paix, et à s'obscurcir en temps de détresse. On sait déjà que la solution à nos problèmes va passer par la diversité culturelle, pour la même raison qu'on peut souhaiter la diversité écologique, pour ne rien manquer de ce que la nature a à nous enseigner.

7.10 - Les cercles

Il ne s'agira pas de choisir entre la centralisation et la décentralisation, pas plus qu'entre la maîtrise et la liberté. Le seul courant porteur de néguentropie reste et restera toujours l'envie sincère de contribuer à un système. Et ceci ne sera jamais obtenu que par la qualité des dépendances que permet ce système. Ce qui appartient au peuple doit être général, mais ce qui appartient à l'individu doit être universel.

Lire : [l'idéologie du développement]

7.11 - Synthèse

Le problème du rapport à la hiérarchie se résout de lui-même dans le contexte d'un système social qui recherche objectivement l'efficacité. Cette efficacité n'est pas toujours facile à faire avaler à des employés ainsi promis au chômage. Eux ils veulent de la labeur. En ce moment le politique (été 2017), en France, parle beaucoup « d'inversion des hiérarchies de valeurs », pour dire simplement que le droit du travail 6 profite aux employeurs alors qu'il est sensé en protéger les gens. C'est un exemple concret où on observe comment les droits humains, concédés aux personnes morales, les en prive 7. Mais dans un système non-inique l'inversion s'opère au niveau des « valeurs de la hiérarchie », en ayant la prérogative de cultiver le sens des responsabilités. Là encore (avec la conception des réseaux) c'est tout un paradigme qui se soulève de terre, qui démontre que l'intelligence collective procède de l'addition des autonomies individuelles.

A l'échelle sociale c'est ce modèle qu'on va vouloir obtenir, à tel point qu'il s'agira parmi les sous-buts du système de maximiser l'autonomie de chacun de ses membres, humains et moraux.

De cette manière les intelligences, au lieu de s'en remettre à des hiérarchies, pourront s'étoffer, s'additionner, et faire ainsi émerger des structures sociales qui soient véritablement rationnelles.

1 Cette procédure de déconstruction-reconstruction, est applicable à la démocratie, au système des échanges, et à tout ce qui nécessite d'être réformé.

2 Ceci se réfère à une étude récente sur les formes d'organisation du travail, notamment dans les pays avancés tels que la Suède, et qui sont en pleine mutation. La presse-peuple se contente de relater les modes vestimentaires qui vont avec.

3 Innover grâce aux personnes au profil atypique : youtube.com

4 « Le colonialisme n'est pas une machine à penser, n'est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l'état de nature et ne peut s'incliner que devant une plus grande violence »

Franz Fanon, Les Damnés de la Terre, 1961. Voir : [Concerning Violence]

5 Prémonition ? Prospective ? Non, information.

6 Dans le cadre de la Loi Travail

7 Voir le chapitre « Les Devoirs de systèmes sociaux ».

Davy Hoyau, auteur du livre "La Société-Réseau"

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