Une « loi scélérate » pour le temps des scélérats

13-06-2018 dedefensa.org 4 min #142410

On a débattu au Parlement, en France, sur la loi communément désignée comme anti-FakeNews. La fortune de cette expression en international english, - qui n'est pas celui de Shakespeare, - est telle, puisqu'employée par ceux qui suivent le train de la FakeInformationcontre les dissidents qui tentent d'endiguer cette marée, qu'elle est devenue une sorte d'emblème de notre temps où le mensonge est devenu une narrative officielle dont la logique entraîne un déterminisme de la négation des vérités-de-situation. On a donc fait une loi contre tout ce qui s'écarte des sentiers battus par la parole convenue. C'est une "loi scélérate" qui, sans véritable surprise, correspond complètement à son temps officiel : nos représentants officiels, nos gouvernements, constituent "le temps des scélérats".

Devant un auditoire quasiment vide et une ministre de la culture venue d'une maison d'édition créée par son père pour défendre les paroles de dissidents et qui elle-même entend remettre les dissidents dans les Fake-chemins, Mélenchon  a fait un discoursà la fois sur un ton mesuré et dans un style peu courant pour sa qualité, qui mérite largement son audition. Même s'il affirme que cette loi n'est pas due à une vindicte personnelle du président, ce dont nous doutons, Mélenchon a superbement plaidé contre cette "loi scélérate". Depuis ilnous a appris qu'il y avait eu une sorte de coup fourré peut-être bien dù à la gêne grandissante de ce pouvoir devant cette loi et le débat sur la loi ayant pris trop de temps, la loi n'avait pu être votée dans un tapage médiatique soudain réduit au silence de la méditation... On y reviendra...

« Grosse agitation médiatique et même la une du Figaro et du Monde. Mazette ! Puis Pchitttttt ! Plus rien. Certes, la loi a été discutée. Mais elle n'a pas été votée. Stupeur ! Les médias qui ont senti le vent du boulet sont rentrés dans leur coquille sans un mot, trop contents d'avoir échappé aux délires des macronistes. Officiellement, conformément aux normes habituelles de la désastreuse organisation des débats à l'Assemblée, le temps aura été insuffisant pour aller au bout de la procédure. En effet, il s'agissait de la niche parlementaire de la République en Marche. Ce temps spécial a une organisation spéciale : on ne peut débattre au-delà d'une heure du matin. C'est comme ça que notre proposition de "loi pour le droit de mourir dans la dignité"a été évacuée. À une heure du matin, il restait une foule d'amendements. Tout fut clos. Malaise ! Étrange quand même, non ? Sont-ils nuls à ce point ? Ça parait curieux.

» Aussitôt a fleuri une hypothèse. Comme les macronistes ont compris que le tollé sur le sujet n'allait pas décroître, ils ont eux-mêmes organisé l'impasse. En effet, s'ils tenaient tant que ça à ce texte, pourquoi ne pas l'avoir mis en premier plutôt que celui sur l'interdiction des portables à l'école ? Cette organisation des débats aurait donc eu pour objet de permettre l'élimination du texte sans le dire. D'où le silence des médias eux-mêmes le lendemain de cet exploit grotesque. Conclusion, ils se sont moqués de nous. Moqués du Parlement. Ils nous ont contraints à passer une journée et un débat sans objet. Ne reste que le plaisir de les avoir ridiculisés dans l'argumentation et de les voir détruire eux-mêmes leur travail initial. »

Quoi qu'il en soit, le phénomène FakeNewsmérite beaucoup de commentaires dans la mesure de son extraordinaire singularité. En effet, cette "loi scélérate" a au moins, du fait de son ambition inepte et des conditions insensés de son fonctionnement, suscité un nombre élevé de commentaires pour mettre en évidence son absurdité. Une "loi scélérate" pour un "temps des scélérats" ? Plus simplement, une loi de notre temps.

Ci-dessous, un texte de Jean Bricmont, publié sur RT le 7 juin 2018 (Docteur en sciences et essayiste belge, Jean Bricmont est professeur à l'Université catholique de Louvain. Il est auteur et co-auteur de plusieurs ouvrages dont La république des censeurs, Impostures intellectuelles [avec Alan Sokal].)

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