L'étude de l'influence russophile sur le Benallagate : d'énormes failles méthodologiques

09-08-2018 2 articles les-crises.fr 35 min #144478

Suite au buzz déclenché par Nicolas Vanderbiest de EU DisinfoLab sur le "gonflage numérique" de l'affaire Benalla sur Twitter, nous avons publié  cet article mardi dernier - regrettant, comme beaucoup, que l'étude complète n'ait pas été disponible au moment des déclarations publiques de l'auteur ( comme ici).

  1.  Nos 13 questions, et les réactions de EU DisinfoLab
  2.  Analyse de l'étude EU DisinfoLab
  3.  Partie 2 - Méthodologie
  4.  Partie 3 - Analyse
  5.  Partie 1 - Enseignements
  6.  Parties 4 et 5 - Le EU DisinfoLab et FAQ

I. Nos 13 questions, et les réactions de EU DisinfoLab

Nous posions 13 questions à l'auteur, en lien avec ses déclarations - nous avons eu depuis quelques réponses :

  1. comment sont identifiés les tweets sur l'affaire Benalla ? Quels sont les mots clefs retenus ?
  2. comment Nicolas Vanderbiest définit-il scientifiquement un "bot" et du "militantisme" ?
  3. comment Nicolas Vanderbiest définit-il scientifiquement un "troll" ?
  4. comment sont traités les Retweets dans l'étude ?
  5. comment Nicolas Vanderbiest définit-il scientifiquement un "gonflage numérique" ?
  6. pourquoi Nicolas Vanderbiest ne donne-t-il pas une dizaine d'autres exemples de même type pour analyser la façon dont se propage l'information sur Twitter ?
  7. comment Nicolas Vanderbiest définit-il scientifiquement un "écosystème russophile" ?
  8. pourquoi avoir choisi de définir spécifiquement un "écosystème russophile" ? Est-il prévu, par déontologie élémentaire, de définir et mener des études avec un "écosystème américanophile", "écosystème europhile", "écosystème sinophile" etc...
  9. comment Nicolas Vanderbiest définit-il scientifiquement une personne "russophile" ? Et comment qualifie-t-il une personne qui n'est pas "russophile" - ce qui semble être son cas ?
  10. Nicolas Vanderbiest a-t-il bien ainsi intégré ainsi les comptes dans cet écosystème ? A-t-il tenu compte de volonté de désinformer ? Si oui, comment, quels en sont les critères ? Y a t-il des critères de diffusion de désinformation en lien avec "l'intérêt gouvernemental" ou "l'intérêt américain" ? Sinon, pourquoi ?
  11. Nicolas Vanderbiest a-t-il donc compté les retweets de ce compte PoteRusse comme des tweets ?
  12. pourquoi Nicolas Vanderbiest n'a-t-il pas pris la peine de contacter ce compte avant de le clouer publiquement au pilori, afin de valider son analyse ?
  13. pourquoi analyser simplement le nombre de tweets et non pas leur portée ?

Pour celles et ceux qui n'ont pas Twitter, lorsque Thomas Guenolé a retweeté notre étude, Nicolas Vanderbiest lui a répondu publiquement ceci ( source : son tweet) :

Si je comprends bien, il ne répond donc pas à la plupart des questions, et nous reproche d'avoir commenté son étude à lui (qui parlait du volume de l'affaire Benalla sur Twitter), et non pas celle concernant le "gonflage numérique" de l'affaire Benalla - étude qui hélas n'était pas disponible quand le billet est sorti, plusieurs jours après ses propres déclarations sur Twitter... Mais il tente régulièrement de faire croire qu'il existait une autre étude avant le 8 aout:

Ceci étant, ce n'est pas la première fois que ce chercheur pose question - comme il y a un an à l'occasion des MacronLeaks :

Hélas, il avait alors démontré une capacité d'écoute limitée...

II. Analyse de l'étude EU DisinfoLab

EU DisinfoLab a finalement publié son étude mercredi -  on peut la lire ici (mais ce n'est pas nécessaire, nous la reprenons en bonne part ci-après). Nous allons donc l'analyser dans ce billet.

"Hyperactivisme" qui restera à démontrer...

Cela commence bien : elle n'est apparemment disponible que sur le web en format  Adobe Spark, et ne peut pas être téléchargée en pdf, ni être imprimée :

De plus elle ne contient, semble-t-il, aucun nom d'auteur...

Mais on comprend assez bien les nouveaux éléments de langage, dans un contexte où les compétences et l'objectivité de l'équipe sont de plus en plus remises en question : "Il faut sauver le soldat Vanderbiest"

Ah bon. C'est tout de même dommage que l'étudiant, qui a écrit tout un article grâce au logiciel Visibrain, qui a communiqué énormément sur la nouvelle étude tout en diffusant des graphiques, ne semble soudain plus tellement intéressé par cette dernière...

Question : cela serait trop demander de connaitre le nom du ou des auteurs de l'étude ? Et leurs références en Data Science ?

Car a priori, il n'y a plus que 4 possibilités :

L'étude prétendant analyser les interactions de 4 millions de tweets de 250 000 personnes a donc-t-elle été réalisée par :

Réponse A : Gary, avec son Master d'Affaires Européennes et de Coopération Franco-Polonaise ?

Il est vrai qu'il a aussi une énorme expérience de "Big Boss"® de l'ONG du numéro d'urgence 112 (c'est probablement le moment d'appeler...)

Réponse B : Alexandre, avec son Master en Communication ?

Réponse C : Martin, avec son Master de Management et d'études Ibériques ?

Réponse D : Léa, avec son Master de Droit public comparé européen ?

Réponse E : Le Stagiaire ?

"URGENT MERCI !" (source ici et  )

On appréciera la vision de "Militant de la Contre-Désinformation" - qui ne s'exercera à l'évidence pas sur celle de l'Union européenne...

Réponse F : La réponse F ?

En fait, le seul chapeau de l'étude suffit à en relativiser fortement la crédibilité :

"L'Affaire Benalla, révélée par le Monde, suivie de plusieurs rebondissements de la part de l'exécutif français, existe sans les réseaux sociaux. Dans le même temps, l'affaire Benalla a occupé Twitter en ce mois de juillet dans des volumes que nous n'avions presque jamais croisés auparavant. Ce volume a également été fortement amplifié par un petit nombre de comptes. Nous nous posons alors la question : comment s'exerce cette hyperactivité ? S'agit-il de partages militants ou est-ce également un gonflage numérique contaminé par de la désinformation ?"

Le "Ce volume a également été fortement amplifié par un petit nombre de comptes" n'a guère de sens, puisque par principe Twitter est animé par un petit nombre de comptes...

Après une enquête de longue haleine, l'ONG Les-Crises.fr© est heureuse de vous communiquer la source originelle du "gonflage numérique" de l'affaire Benalla, puisqu'avant ce tweet, le volume était quasiment nul :

On notera aussi le fait de laisser croire qu'il n'y a qu'une alternative fermée entre "partages militants" et "un gonflage numérique contaminé par de la désinformation".

On voit que l'officine défend son existence, en mettant en avant "la désinformation", alors que l'Affaire Benalla est probablement un très bel exemple d'affaire mobilisant les citoyens sans création de beaucoup de désinformation.

Bien entendu, nous ne disons pas qu'il n'y a pas eu, ici ou là, des rumeurs, erreurs, mensonges ou malveillance - on parle de 4 millions de Tweets ! Mais macroscopiquement, il n'y a pas eu de manipulation ayant largement trompés Français et ayant perduré longtemps dans leur esprit. Bref, à ce stade, on voit déjà que l'étude semble très douteuse...

III. Partie 2 - Méthodologie

L'étude commençant par les enseignements (sic !), nous sautons cette partie, et y reviendrons, comme il se doit, à la fin. Les premiers mots sont :

Définition fort juste - mais on voit mal comment ils vont prouver que le partage était délibéré, et qu'il ne s'agissait pas d'erreurs de bonne foi...

Nous obtenons ensuite la réponse à une question importante : comment ont été sélectionnés les tweets ?

Notre seule réserve sera peut-être sur le fait d'avoir pris toute référence à "Macron", ce qui a pu ramener un volume non négligeable d'informations sans lien avec l'affaire.

C'est ensuite que sont amenées certaines définitions, fort surprenantes et critiquables :

D'accord, mais... pourquoi ? Ou plutôt pourquoi seulement ça ? Pourquoi ne pas faire aussi un écosystème de médias mainstream, d'ailleurs scindé entre gauche et droite... (RTL-Europe 1 - TF1 - BFM et Arte - France Inter etc). Sinon, cela induit un biais colossal... Et encore, c'est une proposition simpliste. Il faudrait mener une étude statistique approfondie, afin d'analyser l'échantillon en composantes principales, pour trouver les regroupements statistiquement logiques.

C'est une telle analyse qui devrait aboutir à prouver que cela a un sens de s'intéresser à RT. Ici la logique est inversée, et donc faussée : on part de la conclusion, et on bâtit l'étude pour prouver qu'on a raison. Illustrons par un exemple : ce choix aboutit à retenir 5 000 comptes "diffuseurs de RT". Imaginons qu'ils soient particulièrement hyperactifs. L'étude va conclure "les diffuseurs de RT ont été hyperactifs dans l'affaire Benalla - suivez mon regard". MAIS imaginons, en fait, que ces comptes partagent systématiquement le contenu de TOUS les médias, RT comme TF1 et le Monde. On voit alors que cela n'a pas de sens de les identifier par la diffusion de RT, la conclusion sera la même si on regrouper les gros diffuseurs du Monde ; on montrait en fait simplement que les "hyperactifs de tout" ont été hyperactifs sur Benalla...

On se demande bien comment une identification aussi fine a été faite, à partir de quelles identifications (ce n'est pas précisé), avec quelles requêtes (qui dit qu'elles sont justes et non biaisées ?).

Pour revenir à leur propre définition, comment les auteurs savent-ils que c'est de la désinformation volontaire ? Et pas des erreurs. Ou surtout, de l'humour pour faire rigoler ses amis. "Emmanuel Hollande" et "Macron Cahuzac", ça compte comme "désinformation" - sérieusement ???

Il y a donc un réseau "Macron Leaks" en France - défini à partir d'une infirmation venant de "réseaux identifiés comme américains" (?).

Mais là encore, le document était en grande partie vrai ; c'est logique qu'une telle information se diffuse rapidement.

Là encore, pourquoi pas, mais pourquoi ne pas avoir défini un "Écosystème de désinformation En Marche" (et il existe !), un "Écosystème de désinformation pro-UE" et un "Écosystème de désinformation américain" ?

Là encore, erreur méthodologique, toujours la même : qui dit que ceux qui partagent RT ne partagent pas tout de la même façon ? Cela-il été vérifié ? Où est l'étude ?

On appréciera particulièrement ceci :

"Russophile c'est un fait quantifiable" - comme américanophile ?

Et on sent à quel point l'auteur aimerait bien faire partie desdits "services de renseignement"...

La partie "méthodologie" se termine ainsi, sans qu'y figure (pas plus que dans le reste de l'étude !) une information sur la prise en compte des RETWEETS (c'est quand on rediffuse un tweet à sa communauté. C'est comme la différence entre "écrire un mail" et "faire suivre un mail reçu" à tous ses contacts). C'est pourtant fondamental pour la compréhension !

Là encore, la réponse a été obtenue sur Twitter ( source) ;

#OnAuraitDûLeMettreParÉcrit - oui, sans doute...

Pour illustrer, c'est en fait marqué là, dans la capture en effet :

Quand les auteurs parlent de 4,5 millions de tweets, il s'agit en fait de 700 000 tweets, retwittés 3,8 millions de fois... ( source)

Question : pourquoi ne pas écrire clairement que les retweets sont comptés comme des tweets ? Pourquoi ne pas le dire systématiquement quand ils communiquent à l'extérieur des résultats ? Cela change tout...

Question : pourquoi ne pas réaliser quelques analyses sur les tweets seuls - vu qu'on parlerait alors ici des seuls créateurs de contenus

D'ailleurs, de même, l'étude ne fait aucune différence entre des tweets et de simples réponses lors de discussions.

EU DisinfoLab a même précisé que ( source) :

C'est là que saute aux yeux le manque de maitrise statistique et méthodologique.

Ils veulent regarder l'activité et la désinformation, mais ne s'intéressent pas à l'influence ! Ils vont donc se passionner pour un compte à 2 abonnés qui aurait diffusé 8000 tweets sur Benalla, en expliquant qu'il aura été très actif dans la diffusion du Benallagate ?

Mais une telle vision est logique pour eux, car il est certain que l'influence de la désinformation a été négligeable dans cette affaire - et donc que cette officine ne sert à rien sur ce sujet...

Question : pourquoi les auteurs ont ils simplement analysé le nombre de tweets et retweets et non pas leur portée/influence ? À quoi cela sert-il de tenir compte d'une masse de tweets s'ils ne sont lus par presque personne ?

IV. Partie 3 - Analyse

Les auteurs ont donc identifié 4 567 426 tweets et retweets émis par 247 701 acteurs en 10 jours - soit 2 tweets et retweets par jour en moyenne.

Ce seul chiffre, rapporté aux 22 millions d'utilisateurs mensuels et aux plus de 4 millions d'utilisateurs par jour de Twitter ( source) montre bien l'extrême concentration de l'utilisation de Twitter : la grande majorité des utilisateurs ne twittent pas. ( source)

Dès lors, le fait qui semble étonner les auteurs - à savoir que "1 % des twitteurs ont publié plus de 47 % des tweets et retweets sur l'affaire Benalla" - n'est pas très étonnant : on sait bien que la grande majorité des twitteurs twittent peu.

C'est en fait une loi d'Internet :

Wikipédia appelle même ça " la règle du 1 % " sur Internet - par exemple en 2005, 1,8 % des contributeurs avaient écrit plus de 72 % de tous les articles de Wikipédia.

Il est donc étonnant que les auteurs aient qualifié "d'hyperactifs" (laissant à penser à une anomalie) les 3 378 comptes ayant parlé de l'affaire Benalla et qui ont twitté ou retwitté plus de 200 fois sur ce sujet en 7 jours. Surtout qu'ils ne mènent aucune étude de concentration sur d'autres sujets !

Question : Pourquoi les auteurs n'ont-ils réalisé aucune étude de concentration sur d'autres sujets du même type ? Comment dès lors peuvent-ils soutenir qu'il y aurait une particularité dans la diffusion de l'information Benalla, et un" gonflage numérique" ? C'est peut-être le fonctionnement normal de Twitter.

Autre point central, sur lequel les auteurs passent très vite :

Vous avez bien lu : "Pour l'analyse, nous avons exclu les médias" !

Pourquoi ? Parce que !

On imagine que les auteurs estiment que, si on s'intéresse à la diffusion de l'affaire Benalla sur Twitter, le rôle de ces médias a été négligeable :

C'est dommage, ils auraient dû directement se limiter aux twittos qui ont le mot "russe" dans leur biographie, on aurait gagné du temps d'analyse...

Question : mais pourquoi diable les auteurs ont-ils exclu les médias de leur étude ?

Les auteurs ont alors réalisé ce graphique via un algorithme d'interactions entre comptes - ici avec plus de 200 tweets et retweets :

et là avec plus de 1 000 tweets et retweets en une semaine :

Quand les auteurs redécouvrent l'opposition...

Et de là ils définissent 4 communautés politiques :

La statistique est cruelle, car elle regroupe en une seule communauté "les médias" avec la communauté "En Marche"... :

Rappelons le problème d'attribuer ainsi à un compte une opinion politique, en se vantant de sa fiabilité :

mais c'est l'objet d'un autre article dédié sur ce site.

Question : pourquoi les auteurs n'ont-ils réalisé aucune analyse statistique sérieuse (ACP etc.) ? Pourquoi n'indiquent-ils jamais les médianes en plus des moyennes - sachant la forte hétérogénéité des contributeurs ?

Les auteurs s'intéressent ensuite aux ultra-actifs (plus de 1000 tweets et retweets) :

Et c'est qu'on retrouve la faille délibérée de l'étude - ne pas analyser l'influence. Car on est sûr d'une chose : un compte (re)twittant 953 fois par jour n'a AUCUNE influence. Car bien évidemment, aucun de ses abonnés (qui ne peuvent qu'être en nombre assez limité) ne lit une telle production !

Voici le compte qui a publié le plus sur Benalla : 5430 tweets

Il n'a que 5300 abonnés, dont le fil est donc noyé... Idem pour un des comptes les plus actifs hors Benalla :

Peu probable que beaucoup des 2 300 abonnés aient lu les 1 260 000 (re)tweets du compte.

Mais pour les auteurs de l'étude, ces comptes sont donc au cœur de leurs préoccupations.

Reviennent alors les "Russophiles" :

On retrouve ainsi la problématique évoquée précédemment (avoir choisi par principe au hasard un sous-ensemble sans analyser statistiquement la pertinence de ce choix - peut-être que ceux qui partagent RT partagent aussi tout autant LCP). On note également que de nouveau, aucune analyse statistique sérieuse sur les corrélations n'est menée - les auteurs sortent juste un "27 %" sans même qu'on puisse l'analyser (c'est normal, pas normal ?). Et puis il est certain que comme ils enlèvent les médias, ils vont finir par suffisamment resserrer l'étude pour arriver à ce genre de conclusion fortement biaisée. Enfin, il y a le problème classique de prendre une corrélation pour une causalité : peut-être que "partager RT" est surtout un indicateur très fortement corrélé à "être un opposant actif à Macron"...

Ensuite, la plaisanterie continue :

"Nous nous sommes ensuite posés la question suivante : est-il tout à fait normal pour certains militants de tweeter 200 fois sur un même sujet ?"

La réponse est "Oui, en Démocratie".

En revanche, on pourrait se poser la question suivante : est-il normal qu'une micro-officine belge partenaire de l'Atlantic Council a priori sans salarié vraiment compétent en statistique se voir qualifiée "d'ONG" et voient ses analyses biaisées reprises par l'AFP et la presse ?  (source)

Vient alors cette partie cocasse :

"Nous avons identifié neuf désinformations qui ont circulé durant l'affaire Benalla" : dont AUCUNE désinformation pro-Macron, c'est vrai qu'aucun LREM n'a menti ni désinformé dans cette affaire. Cela ne va donc pas du tout nuire à la fiabilité de l'analyse...

On se rend compte d'abord de la faible portée de ces "désinformations" : le volume de (re)tweets est faible. Tellement qu'on se demande comment une information (re)tweetée a été considérée comme pouvant figurer dans cette étude... On parle ici de 35 000 (re)tweets, soit 0,8 % de la base, ce qui montre bien que 99 % des tweets étaient de l'information, ce qui semble déjà un très joli score...

Pour la "désinformation" à propos du gyrophare de la voiture de fonction de Benalla (6881 tweets) - comment dire... Le problème, ce n'est pas tant que c'est  RTL qui l'a dit :

c'est quand même surtout que ça a été confirmé par le Directeur général de la Police Nationale Eric Morvan devant  la commission d'enquête du Sénat :

Et quand bien même cela aurait été faux, on voit mal la gravité de la chose pour quelqu'un qui a port d'armes, badges d'accès à l'hémicycle de l'Assemblée et passeport diplomatique...

Quant au "Benalla s'appellerait en fait Lahcene Benalla" (dont on voit mal encore la gravité) "sans présence médiatique", comment dire ( source) :

Et pour le recueil de l'ADN des opposants politiques (qui sonne quand même plus Gorafi) "sans présence médiatique", cela a été entendu sur France Info :

Bref, si on enlève le gyrophare et le prénom sans intérêt, on arrive à 15 000 soit 0,3 % du total (avec une portée forcément encore plus limitée) - bref, le phénomène est imperceptible...

S'en suit alors une partie "Police judiciaire", s'intéressant à certains comptes "suspicieux" :

Là encore, voici l'audience de certains de ces comptes à 120 (re)tweets par jour :

On voit le danger... En plus, ils achètent des fans les affreux ! (notez la solidité scientifique de l'analyse) :

Soulignons que, fort heureusement, ceci n'arrive jamais  sur les comptes sérieux...

Quelques nouveaux abonnés du compte Twitter d'Emmanuel Macron...

Bref, le jugement est clair :

OK, bravo, bien joué ! Mais bon, quel est le problème qu'ils automatisent 3 comptes pour diffuser leur idées ? En quoi est-ce un "gonflage artificiel" de volume ? C'est quoi un "gonflage naturel" de volume ? Twitter est un réseau, le but de chaque personne ayant un message à diffuser est de toucher le plus de personnes possible pour les informer... Le JT de 20h00 ou les journaux des milliardaires participent-ils à des "gonflages artificiels" de volume d'information (par rapport au fait naturel de parler dans un bistro ?) ?

Enfin arrive la conclusion - où les auteurs définissent (allez savoir comment... #Pifomètre) - un "degré de suspicion" de désinformation :

Donc oui, on risque d'être un compte qui désinforme si on a partagé plus de 5 des 9 âneries précédentes... Mais cela ne concerne que moins de 700 comptes (sur 55 000 relativement actifs, soit 1 %...)

L'étude se termine sur un nouveau coup sur les "russophiles" :

alors qu'à l'évidence ce critère n'est qu'indirect, et que la variable explicative est probablement principalement d'être un compte d'extrême-droite malhonnête...

Mais en conclusion de cette analyse, nous citerons EU DisinfoLab ( source) :

V. Partie 1 - Enseignements

L'étude commence en fait ainsi :

Elle dresse 5 conclusions :

"1. Un volume d'activité extraordinaire" :

"en sélectionnant les plus actifs ayant publié au moins 1000 tweets, on obtient même 445 acteurs qui ont publié 768 281 tweets."Soit 250 (re)tweets par jour : quelle en est l'influence réelle à ce stade ?

"2. Des hyperactifs avec des caractéristiques hors-norme" :

"Un haut taux de tweets : Les individus qui ont propagé beaucoup de désinformation ont publié en moyenne 173 318 tweets contre 46 000 tweets pour les comptes qui ne diffusent presque pas de désinformation. Ce nombre est en relation directe avec la probabilité qu'un individu diffuse une désinformation."

Ils ne se rendent même pas compte que, en plus de ne sciemment pas avoir mesuré l'influence, ils sont passés à côté d'un autre problème : ils n'ont pas mesuré le "taux de désinformation". Bref, pour eux, il est plus grave d'avoir partagé 5 désinformations sur 1000 (re)tweets à 1 000 abonnés que 4 désinformations sur 15 tweets à 20 000 abonnés... Ils l'affichent eux-mêmes ( source) :

7 désinformations sur 10 000 (re)tweets pour un compte de 1 500 abonnés...

Question : Pourquoi ne pas pondérer la "désinformation" par l'activité et l'audience ?

"Habitant nulle part : Un autre fait intéressant est le fait que 41,9 % de ces comptes n'ont aucune information à propos de leur localisation".

On appellerait ça un compte anonyme ?

"3. Un écosystème relié à d'autres réseaux identifiés précédemment" ;

Là encore, l'étude cherche à confirmer ses propres biais et obsession- mention spéciale pour les 3 % de comptes qui ont parlé des MacronLeaks... Là encore aucune analyse sur l'écosystème LREM, ou sur les écosystèmes américanophile ou europhile...

"4. Comptes semi-automatisés"

"Nous avons identifié un réseau de trois personnes utilisant un système automatique de retweet. Ces trois comptes passent par un service web utilisant l'API Twitter afin de publier toute la journée et ont vraisemblablement acheté des followers."

"5. Une corrélation de désinformation"

#OnNePeutPasLeProuver...

Par ailleurs on ne savait pas que c'était mal d'automatiser un compte Twitter - on ne nous avait pas dit que c'était réservé aux seuls grands médias a priori...

Quant aux "comptes à la solde d'un réseau de désinformation étranger"...

Mais loin de nous l'idée de nier le fait que la Russie a une stratégie d'influence en Occident. Simplement, force est de constater que primo, on lui attribue beaucoup de choses sans preuves solides (voire de manière de plus en plus ridicule, ce qui prend un tour réellement parodique) et que, secundo, quoi que fasse la Russie, cela restera en termes d'efficacité d'influence sur notre pays sans commune mesure avec les interventions permanentes du soft power des États-Unis, sujet tabou qui n'est presque jamais abordé.

Et on voit que, face à cette menace insignifiante, de plus en plus d'individus travaillent à la limitation de Libertés fondamentales (loi sur les fake news, suivi et fichage des internautes, sanctions et contre sanctions...)

Rappelons également cette vision du professeur  Kevin Limonier :

VI. Parties 4 et 5 - Le EU DisinfoLab et FAQ

Dans cette partie, l'officine donne plus d'informations sur elle par transparence :

Méthodologie "innovante" que nous venons de voir à l'œuvre. Quant au "soutien scientifique", ce serait bien qu'ils aient de vrais scientifiques...

Ok - ils ont donc touché 125 000 $ de Twitter - qui viennent des 1,9 M$ payés par RT et Sputnik à Twitter (soit 7 % de la somme), que Twitter a choisi de reverser "à des organisations luttant contre la désinformation". On se rend que le trio qui a fondé leur agence de com a eu le nez creux de justement créer une officine présentée comme "luttant contre la désinformation"...

Vous pouvez en apprécier la teneur ici (on serait Soros, on demanderait cependant un sérieux rabais sur les 25 000 $) - surprise, ils parlent encore de "l'écosystème russe" :

mais au moins elle est signée et transparente sur le financement :

Ah, il y a eu aussi 25 000 $ de la fondation Soros pour suivre les élections italiennes - on imagine qu'il n'y a aucune structure en Italie avec les compétences de cette officine...

Comme on l'a vu dans cet autre billet, ils ont mis le fichier des comptes à disposition...

Et ils terminent par :

Bon, c'est juste bête que ceci figure  en bas de leur site :

Annexe : On lire avec intérêt  cette étude complémentaire de Damien Liccia sur Médium, et  cet article de synthèse plein de bon sens des Décodeurs du Monde (il faudrait juste arrêter d'appeler cette officine "ONG" qui a un sens différent en français).

 les-crises.fr

 Ajouter un commentaire

Articles associés plus récents en premier
10-08-2018 les-crises.fr 3 min #144494

Olivier Berruyer : « On est passé de la russophobie à la russophilophobie »

Olivier Berruyer était l'invité de RT France à la suite de son décryptage sur l'organisation EU DisinfoLab. Celle-ci avait accusé les réseaux «russophiles» d'avoir amplifié la portée de l'affaire Benalla sur Twitter.

Olivier Berruyer, l'animateur du site  Les Crises, spécialisé dans l'économie et la géopolitique, a publié un décryptage complet en deux parties ces 7 et 9 août, dans lequel il a largement  enquêté sur l'identité de EU DisinfoLab.