Soudan : retour à la case départ

04-06-2019 tlaxcala-int.org 5 min #157346

 Abdelbari Atwan عبد الباري عطوان

La répression sanglante du Conseil militaire n'écrasera pas la révolution.

Des forces de répression déployées le 3 juin 2019 autour du quartier général de l'armée à Khartoum. Au premier plan, des victimes. Photo Ashraf Shazly/AFP

Dès le jour où il a pris le pouvoir lors d'un coup d'État militaire, il était clair que le Conseil militaire soudanais dirigé par le général Abdelfattah Burhan et son bras droit Mohamed Hamdan Dagolo (Hamidati) n'avaient jamais eu la moindre sympathie pour le mouvement populaire de protestation. Depuis lors, il a tenté de créer des occasions de mettre fin aux manifestations de masse et, d'une manière ou d'une autre, de répéter l'exemple des dirigeants militaires égyptiens. L'attaque brutale lancée par les forces loyales au Conseil contre des manifestants pacifiques à Khartoum, qui a fait au moins 30 morts et beaucoup de blessés, lundi, n'a don pas été une surprise.

Les négociations que le Conseil militaire a menées avec les dirigeants protestataires au cours des dernières semaines étaient une ruse visant à gagner du temps pour mettre de l'ordre dans ses affaires, tant sur le plan intérieur que sur le plan du soutien régional. Il n'a jamais eu l'intention de transférer le pouvoir à une autorité civile, ni même de laisser les forces de la Déclaration de la liberté et du changement jouer un rôle dans le gouvernement, pas même une représentation symbolique.

Des manifestants soudanais descellent des pavés pour bloquer la route aux forces armées qui veulent disperser le sit-in devant le siège de l'armée, le 3 juin 2019 à Khartoum. Photo Ashraf Shazly/AFP

Le Conseil militaire a trahi les manifestants et les a poignardés dans le dos. Ils ne pourront plus jamais lui faire confiance ni négocier avec lui. Il parviendra peut-être à briser par la force le camp de protestation dans la capitale, mais il ne pourra certainement pas écraser la révolution. Ce massacre ne fera que l'enflammer.

Burhan suit entièrement les traces de son prédécesseur destitué, l'ancien président Omar El Béchir. Cela s'est manifesté le week-end dernier lorsqu'il a échangé son uniforme militaire contre un costume civil et qu'il a pris le siège du Soudan aux sommets arabes et islamiques de la Mecque, sans qu'un seul représentant du mouvement civique ne soit présent dans sa délégation. Dès le début, il avait l'intention de prendre le pouvoir pour lui-même, et son affirmation qu'il était intervenu pour empêcher Bachir d'utiliser la force contre les manifestants s'est avérée être le comble de l'hypocrisie et de la tromperie. Dès le premier jour, il s'est comporté comme un dictateur avide de pouvoir, prenant des décisions stratégiques souveraines au nom du Soudan sans consultation et sans aucune autorité ou mandat légal. Il s'est engagé à maintenir le pays au sein de la coalition saoudo-émiratie dans la guerre impopulaire du Yémen, aux côtés du camp pro-yankee dans les affaires régionales, et il applique maintenant le modèle égyptien dans son pays.

Al Buhran et Hamidati

La tentative de Burhan et Hamidati d'établir une dictature militaire répressive ne peut que provoquer le chaos et l'instabilité. Cela signifie défaire toutes les réalisations du mouvement de protestation et ramener le pays à la case départ. Mais le peuple soudanais a fait preuve d'une grande patience et d'une grande résilience, ainsi que d'un degré impressionnant de maturité et de conscience politiques. Il ne permettra pas que son mouvement de protestation pacifique soit gâché, mais l'intensifiera jusqu'à ce que le Conseil militaire soit destitué et qu'une démocratie civile soit établie.

Il est significatif à cet égard que le parti Oumma de l'ancien Premier ministre Sadeq Al Mahdi se soit fermement prononcé contre la répression, après avoir précédemment soutenu l'idée que le Conseil militaire dirigerait le pays pendant une période intérimaire. Ce revirement décisif du plus grand parti politique soudanais est un aveu de l'échec de la politique d'apaisement et de tergiversation qu'il a suivi depuis le début du mouvement de protestation, dans l'idée tout à fait déplacée que les membres du Conseil militaire étaient des patriotes bien intentionnés.

En s'en prenant si violemment au mouvement de protestation, le Conseil militaire est sur le point de perdre toute confiance et tout soutien qu'il aurait pu conserver parmi le peuple soudanais. Nous pourrions bien assister à un troisième ou à un quatrième coup d'État, à une scission de l'armée ou à des mutineries contre ses commandants. Les militaires du rang se sont rangés du côté du mouvement de protestation et de ses revendications. Ils n'accepteront pas ce bain de sang et cette trahison de leurs compatriotes et de leurs aspirations à la liberté, à l'égalité et à la justice sociale dans un État civil démocratique.

Courtesy of  Tlaxcala
Source:  bit.ly
Publication date of original article: 03/06/2019

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