Voyage dans un système social qui marche

08-09-2019 socialnetwork.ovh 22 min #161342

Un point de départ

Le mec qui veut des sous, j'ai vu ça à la télé, finalement il veut :

- avoir
- le droit
- d'acquérir
- des biens
- qui lui seront transférés
- gratuitement
- (dans la limite maximale de ce montant)
- tel qu'il est convenable de le faire
- envers des concitoyens
- qui eux aussi contribuent au système.

Bon, reprenons.
Parce ce que ce n'est pas simple.

"contribuer au système" signifie en fait :
- produire des richesses
- acheter celles des autres
- utiliser une monnaie compatible
- et (implicitement) agréer aux mêmes mœurs systémiques.

Là, il faut détailler :

Les "mœurs systémiques" incluent :
- la culture du commerce
- l'acceptation du capitalisme comme fatalité
- la contribution volontaire et involontaire à toutes les chaînes de conséquences
- les us et coutumes, inculquées inconsciemment, du capitalisme.

L'entendement

Les us et coutumes sont un assortiment de comportements éduqués socialement qui peuvent revêtir de fonctionnalités très vastes.

Ils sont sensés supérer les comportements individuels, acquis au cours de la vie, et ceux-ci sont sensés dominer les comportements de type animal, ancrés dans notre ADN.

Ce schéma sur trois échelles est celui du devoir de laisser guider son comportement par des règles. Cependant quand même, les comportements innés sont très ancrés, les comportements acquis sont éducables, et les comportements sociaux sont semi-libres (par acceptation).

Là où je veux en venir c'est que les règles du système social ne peuvent être que le fruit d'un entendement, et donc d'un consentement collectif. Ce consentement a plus de chance de se faire, normalement, autour de concepts qui soient logiques. Ainsi avec l'évolution sociale et culturelle la logique des concepts est sans cesse discutée, et de nouveaux entendements découlent de nouvelles pratiques.

Là où cela devient intéressant c'est quand ces nouvelles pratiques sont confrontées au système social, contredites, ou au contraire exacerbées au point de devenir contre-productives. En un mot, modelées par le système social.

Il y a une guerre partout où deux entités veulent dominer le même champ.

Un système primitif et psychorigide

Ce qui se passe est que le système social est à la fois rigide et générique dans ses règles, rigide parce que les liens de cause à conséquences sont solides, et générique parce que les mêmes règles sont sensées s'appliquer partout, à tous les niveaux, de façon aveugle.

La jonction du système social avec les humains qui y contribuent, permet de faire que le système soit viable en étant capable de réparer ses erreurs, ses lacunes, ses manquements et ses injustices. Bref les gens se débrouillent. D'autre part ils n'ont pas vraiment de liberté de faire autrement. Rien que de devoir faire vivre une famille avec un salaire prévu pour une personne, est de l'ordre de ces "arrangements".

Parmi les lacunes, erreurs et manquements du système il y a l'injuste répartition des richesses et compensée par la collecte étatique d'impôts. En fait à partir de là il faut distinguer plusieurs notions dans les mots. Le système que je décrie est celui de la production de biens. Le "Système" de quand on dit "Fuck le system" inclue confusément le mode de production, les états et les gens qui n'ayant aucun recul sur cela, font le mal.

Le binôme formé par le système de production et les états constitués de gens est lui-même une zone de conflit où se joue des contradictions, quand les industries s'en prennent à la propriété publique.

La propriété privée, et tout ce qui en découle

Il n'y a même pas de terme légal pour signifier une propriété publique, qui appartient à tout le monde équitablement. Seule la propriété est reconnue comme source de profit. C'est le même type de propriété que ce soit pour habiter ou pour forer, c'est "La" propriété. On fait ce qu'on veut avec.

Ben non. Le principe de propriété devrait être subdivisé en notions fonctionnelles, de l'usufruit à l'exploitation en passant par l'habitat, mais pas une "appropriation" au sens de "priver le monde d'une de ses parcelles". Il doit subsister un droit de regard sur la propriété.

C'est important parce que tout le système est basé sur la propriété privée, c'est à dire la détention de richesse, c'est à dire son évaluation, c'est à dire la liberté de contrat, c'est à dire (...) le capitalisme d'investissement (qui décide de tout ce qui existe ou pas).

Il y a plein de choses qui ne vont pas dans un système qui n'existe que par des règles rigoureuses appliquées de façon arbitraire à des cas de figures pourtant contradictoires.

Il faut bien voir à quel point le système est primitif, en ce que sa chaîne de causalité ne procède que par des liens rigides exprimés en argent. Toute sa raison s'exprime en argent, qui n'est pourtant qu'une procédure du système lui-même.

La moindre des choses que nous apprenne l'informatique est comment un logiciel doit être structuré, à la longue en devenant complexe, si on veut qu'il soit ne serait-ce que fonctionnel.

C'est à ce moment-là normalement que j'intercale le speech sur les buts du système, qui doivent être l'endroit où se place l'entendement collectif. Il n'y a pas, il est en cours de cristallisation.

L'infrastructure d'une logique

La raison pour laquelle tout bon logiciel, c'est à dire "chaine de causalité de type logique orientée vers un objectif" a une structuration qui peut être jugée "correcte" est qu'il est soumit à une constante évolution, qui doit se faire à des vitesses différentes selon chacune de ses couches logicielles. Il doit être compréhensible, maintenable, et facile à faire évoluer.

C'est la raison pour laquelle il est vraiment inconcevable d'imaginer un système social qui ne profite pas des avancées de ce qu'on sait sur les logiciels, en observant à quel point il est primitif, obscure, et impossible à faire évoluer. C'est comme une cage pour bébés, dont les barreaux servent à sa sécurité parce qu'on sait qu'il ne va pas pouvoir se contrôler.

A chaque couche logicielle correspond une série de paramétrages qui ont un impact sur le long ou le court terme. Les mécanismes à l'œuvre son composés d'algorithmes qui sont parfaitement indépendants. Chaque couche logicielle est exécutable au moyen d'un langage, ce qui fait que le logiciel fabrique et utilise son propre langage ; à la troisième couche on appelle des mécanismes qui appellent des algorithmes. On découvre très vite que les mécanismes relèvent de plusieurs catégories, la lecture des données, leur traitement, leur mise en forme. Les couches de paramétrages sont bien connues de tonnes de gens qui travaillent dans des bureaux. Et enfin autour de ces langages internes se consolident des protocoles, qui eux engendrent des "bonnes pratiques" puis des législations, puis des automatismes.

La pertinence pour qui veut penser un système social est de l'envisager plutôt comme "un organisme", d'un niveau de complexité bien supérieur à celui de l'addition des échanges interpersonnels (et à tout ce que cela engendre, qui devra ne plus exister), capable de répondre précisément à des situations variables, et, contrairement à la barque qu'est le capitalisme, disposant de leviers de contrôle de la vitesse et de la direction.

On sait aussi que le logiciel va sans cesse évoluer afin de devenir capable de tenir compte des nécessités et contraintes dont il est long de faire le tour. Et on sait qu'il fonctionnera à 60Hz, en renvoyant sans cesse dans l'instant où cela lui est demandé la meilleure information possible. Soixante fois par seconde, l'ensemble de l'activité mondiale sera passée en revue.

La recherche de qualité dans la réponse ne sera pas pour rien à la recherche de qualité de vie, puisque c'est en cela qu'on peut affirmer que le logiciel fonctionne normalement.

À la recherche d'une mécanique

Tout ce qui manque entre ces deux pôles, c'est un mécanisme qui reste à bâtir.
Ce qu'on veut, ce qu'on attend d'un système, c'est qu'il nous conduis à faire ce qui, à petite comme à grande échelle, est le plus profitable, au sens large du terme. Rien que ce mot doit être décomposé en principes, "profitable", ça veut dire qu'on fait une liste des impacts et qu'on les mesure positivement ou négativement. C'est un travail pour un algorithme.

On est bien d'accords, avant de commencer, qu'il s'agit de confier des choses à un logiciel qui veille sur tout ce qui se passe. On comprend tous de prime abord sans avoir besoin de réfléchir que dans un système qui n'est pas mal-intentionné, il n'y a que des avantages à capter le maximum d'information sur ce qui se passe dans le monde. (Il est certain cependant que le système n'a pas besoin de connaître le nom des gens à cette étape.)

Les sources de données de base du système seront les capacités de production agricoles, dans une première approximation.

C'est important de comprendre, parce que que cela sera l'enjeu dominant de demain, que ce qui a le plus de valeur pour le système, est l'information. Qui a acheté quoi, où, quand, à quel rythme, est principalement ce qui est intéressant à savoir.

La gratuité

Seulement ici un basculement doit avoir lieu. Ce dont on a besoin ce n'est pas tant de l'information sur la consommation que de celle sur les besoins. Ainsi pour faciliter les choses il s'agit de désolidariser la distribution de biens des ressources en argent que ces ventes génèrent. Après tout ce n'est qu'une convention, ce qui compte dans un système c'est que les transactions soient justifiées. Ce que nous on change, ici à ce point de basculement, c'est que la distribution ne soit pas justifiable par ses recettes, c'est à dire par "en-bas", mais par "en haut", en provenance de ce qui gouverne ces points de ventes.

Côté peuple, on vient de déclarer la gratuité de tous les biens et services légitimes à une vie saine. On décide de faire cela parce que pour notre logiciel-système l'important est d'avoir une information fiable sur les besoins. Car, comparés aux moyens de répondre à ces besoins, il pourra faire les calculs qui permettent d'assumer son rôle de gardien de la paix et de la prospérité de la civilisation.

C'est un joli nom, mais en fait on ne lui en demandera pas tant, et puis il vaut toujours mieux que les humains soient gouvernés par eux-mêmes, quitte à expérimenter quelques erreurs. Non, ce qu'on demande au système est de s'occuper de la partie automatisable de la production, faisant que les besoins basiques soient garantis à tous. C'est en cela que son rôle est "d'assumer", au sens d'être responsable du bien-être de tous.

La robotisation à outrance

Un autre renversement, c'est qu'ici la robotisation est la bienvenue. Au lieu d'être freinée elle est encouragée. Pour un système qui tient compte de l'économie d'échelle, il n'y a rien de mieux que de mettre des robots partout. Toutes les paperasseries devraient être automatisées.

Maintenant on parle d'un système qui (après des débuts tumultueux) est prévu pour des humains qui ne travaillent presque pas, ou du moins pas de la même manière. On ne sait pas trop ce qu'ils font mais en tous cas ils sont libérés de l'esclavage qui consiste à voir sa vie entière gaspillée pour un travail inutile servant seulement à survivre devant sa télé. Il est certain, en disant cela, que les humains trouvent toujours le moyen d'être très occupés et concentrés, impliqués et motivés. La joie du modernisme est de faire gagner du temps aux humains, pour qu'ils le consacrent à des choses qui relèvent de leur meilleure qualité.

Il me semble les faits que j'ai énoncés sont évidents, ainsi que les buts désirés. Les gens vaquent à leurs occupation, mais dans l'absolu ce qu'il font, ils le font au sein d'un système qui garantie une société où personne n'a faim, n'est malade ou mal logé. Toute l'astuce du système social réside dans ses règles, et ces règles seront exprimées de façon logicielle.

S'imaginer

Car il est important avant de se lancer dans une telle aventure humoristique d'avoir passé un certain temps à rêvasser à ce que devrait être un monde parfait, ou encore, ce qu'aurait pu être le monde d'aujourd'hui sans ce qui le broie de l'intérieur.

On peut s'y arrêter une seconde, en regardant par la fenêtre pendant que le train file à toute allure, c'est une ville fleurie, espacée, étendue en forme d'alvéoles successives de forêts et de cités, avec des habitations récursives où il y a des espaces partagés, et les gens s'affairent à faire des choses qui les intéressent.

La présence du système est discrète, les gens ne disent pas "tien je vais m'acheter une boisson hypersucrée", il vont juste se servir. Et s'il n'y a pas ce qu'ils veulent, ils en font la demande pour la prochaine fois.

Il faut bien comprendre la vie de ces citadins d'une société tranquille, pourquoi il n'y a pas de vol, d'arnaques, de pauvreté, d'inégalité, de crimes, pourquoi les politiciens sont juste des techniciens en blouse blanche qui ne passent pas leur temps à se battre, pourquoi les relations internationales sont si heureuses que les migrations sont libres, pourquoi les gens ne travaillent que quatre heures par jour, se laissant l'après-midi pour le sport, la lecture et d'autres activités, et pourquoi il fait toujours beau !

La recherche de qualité

Dans cette société, le maître-mot est la qualité. Le système social est la mécanique, vous dira le premier venu, qui permet de faire que la gratuité et la qualité aillent de pair. Pour cela il a fallut faire plusieurs renversements par rapport à un système dont la valeur de la monnaie est basée sur la rareté. Ce n'est même pas la peine de vouloir expliquer comment la psychologie humaine peut être capable de bénir la rareté, par principe, et sans que cela ne serve à rien.

La qualité des biens et services dispensés à la population dès qu'elle en a besoin, est toujours maximale parce que ce sont ces biens qui sont prioritaires à la distribution. Dans ce monde, quand on voit une pub pour une nouvelle voiture, les gens se disent "Cool, maintenant on a ça". Ce sera vraiment une bonne nouvelle, et en sortant dans la rue, il sifflera un véhicule, et celui de la pub viendra directement à lui.

Pensez donc que la science et la médecine doivent se battre à la fois pour avancer et progresser, et à la fois pour faire avancer et progresser les anciennes découvertes sans lesquelles les nouvelles ne valent pas grand chose. Et que partout, on constate des retards évolutif par rapport à ce qui se fait "de mieux". Cette hétérogénéité n'existe plus dans ce monde, tout le monde bénéficie du meilleur de la médecine et de la science.

C'est une société du flux-tendu (même si ce terme fera peur après le crash), de l'instantanéité, et donc culturellement d'une certitude de partager avec nos voisins les mêmes avancées, les mêmes lois et les mêmes droits, incessamment réévalués.

Donc déjà, troisième pilier d'un nouveau système social, après l'acceptation d'une IA, et de la gratuité, on sait d'avance avec une froide certitude que tous les salaires, revenus, et droits seront équitablement administrés par une règle commune. C'est à cet étage qu'il faut aller si vous demandez le bureau des règles du type "tout salaire doit être compris sur une échelle de 1 à 100" (et non de zéro à l'infini). Mathématiquement c'est viable, même sans avoir à rénover tout un système social.

Plein de choses sont viables. Elles le sont toutes. Comme par exemple le fait que la gratuité, des chaînes sans but lucratif, rend ces biens moins onéreux, en plus de permettre d'estimer plus précisément leur valeur, indépendamment des salaires, qui relèvent d'un circuit de justification distinct de celui des produits. Ce qu'on aurait nommés des circuits monétaires.

Les circuits de justification

On a donc un "pôle emploi" (appelons-le comme ça) à partir duquel tous les revenus sont distribués dans toute la population, sachant qu'il n'y a aucun autre moyen légal ou possible de transférer des richesses d'une personne à une autre, hormis de la part du système. Même quand quelqu'un embauche une autre personne ou lui fait un don, cela se fait au travers de la machine, dont la fonction consiste à régir transferts de marchandises, en tenant compte des activités de chacun.

Pour faire que les revenus ne puissent venir que de l'état, ils s'expriment sous forme de droits, qui permettent d'accéder à une quote-part des richesses publiques, dans une mesure qui est sévèrement calculée.

Avec un tel système, vous ne gérez pas votre compte en banque pas plus que les entreprises n'ont de paperasse à remplir ou d'impôts à payer, vous êtes devant la situation avec votre mobile qui vous dit, au cas où vous en douteriez, si vos droits vous autorisent à faire ce que vous voulez faire.

Les clusters

Ce qui facilite grandement le fonctionnement d'un tel système c'est qu'on a divisé par deux la quantité d'informations qui circulent dans les tuyaux depuis qu'on a décidé que les transactions avaient elle-même valeur de droits. C'est à dire qu'il n'y a plus un objet qui circule dans un sens et de l'argent qui circule dans le sens opposé, "en quantité égale", mais seulement des blocs de données qui s'écoulent du système vers les citoyens, qu'on nomme des clusters, qui forment une blockchain. Les objets ont eux-même une valeur intrinsèque qui est déterminée par le système. Ainsi chaque objet existant est exprimé sous forme d'un cluster. quand il circule, cette activité est signalée (c'est tout). Ensuite les conséquences de cette activité sont évaluées.

Sur la base des droits qui peuvent être accordés, de façon continue ou de façon ponctuelle, la valeur des biens est calculée par le système, en tenant compte de la situation générale, de sorte à justifier ou non un transfert. Si on va outre une interdiction de transfert, chacun fait comme il veut, mais dès lors le système n'est plus responsable des conséquences, qu'il cherchera ensuite à compenser. Le système est "gentil", il ne juge personne.

Les transactions sociales

Quand un transfert a lieu, c'est à un niveau qui ne dépend pas des acteurs de ce transfert que se déroule véritablement la "transaction". C'est pour cela qu'il s'agit au fond d'un système de socialisation des transactions.

Cela fait longtemps qu'on a constaté que si on voulait avoir un contrôle collectif sur la marche du monde, que si ne on voulait plus se retrouver dans une situation où on n'a aucun moyen ni de s'en sortir ni de faire autrement, qu'il fallait arrêter de confier le destin de la planète à des transactions inter-individuelles, qui en réalité ne sont jamais équitables, mais surtout se font sans une information suffisante ni même nécessaire à propos de leur environnement. Bien sûr, des hommes nobles pouvaient n'opérer que des transaction avec des buts nobles, mais tous n'avaient pas liberté d'avoir cette noblesse.

Dès qu'on a introduit dans l'évaluation des biens le coût des chaînes de conséquences en amont et en aval du bien, leur valeur est devenue multi-modale, avec des sortes de labels, positifs comme la mention "sans OGM", ou négatifs comme le boycott, ayant pour fonction de conférer une valeur qualitative d'échelle au produit, jouant autant que le prix. C'est comme cela que les humains du passé capitaliste ont découvert la notion de valeur.

A partir de là c'était simple, pour changer le monde il ne nous avait seulement fallut créer une nouvelle sorte de prix, qui s'exprime par un code-QR, qui incorpore les notions qualitatives, et en amont de cela une mécanique, toute simple, qui prend en compte les préférences du consommateur, ainsi que ses droits en termes quantitatifs. Ensuite la machine évalue, pour chaque transaction, les droits, les besoins, les priorités, bref que des choses qui relèvent de l'entendement collectif.

De toutes façons tout se fait sur le site web, on met les choses dans des paniers (certains sont récurrents) et on passe prendre notre panier de courses. Tout le système est basé sur cette action (dira notre indigène). Il n'y a rien à payer, seulement des choses qu'on n'a pas le droit d'avoir dans certaines situations. C'est pour ça aussi qu'il faut être modéré et connaître ses limites. C'est la même chose quand on veut raser une forêt, l'action est évaluée avec ses conséquences, et l'IA propose des solutions alternatives, ou parfois même des plans permettant d'arriver à une situation où ce besoin ne se fait plus sentir, par exemple en faisant pousser d'autres arbres. C'est une très bonne IA !

Le partage des ressources

Une des choses pertinente qui devrait surprendre le visiteur, c'est de savoir ce que les gens font de leurs droits inusités. Puisque les revenus sont des droits d'accès à des biens et services, qu'ils arrivent de façon continue (et qui dépendent des disponibilités), qu'est-ce qui fait la différence entre quelqu'un qui consomme tous ses droits et une autre qui en consomme le moins possible ?

Il y a que ces droits ne sont pas un argent liquide, qui peut s'accumuler, et qu'on peut économiser, c'est plutôt un signal électrique, avec un ampérage qui signifie la hauteur des droits. Ce qui est phénoménal est que tous les richesses inusitées soient comptabilisées comme un motif pour augmenter la hauteur des droits. En effet c'est comme si on avait un compte en banque commun, où les économies faites par les uns profitent aux autres. Ce qu'on ne consomme pas, fait baisser le prix des autres produits. Et plus on fait ça, plus on gagne des points, puisque la masse disponible augmente. Il n'y a pas d'accumulation individuelle des richesses, dans ce monde, seulement une accumulation collective des ressources, dont on sait qu'elles seront bien utilisées.

Le calcul des revenus

La hauteur des droits, qui n'est qu'un niveau de rémunération, ne fait qu'augmenter ou stagner tout au long de la vie. Chaque travail, apport, ou service à l'humanité est notifié et traduit en hauteur des droits. Finalement les droits ne sont qu'une quote-part des richesses disponibles divisé par le nombre de personnes, pondéré par un pourcentage. Ils ne sont pas une variable d'ajustement du système, ils sont un moyen d'être plus généreux avec certaines personnes.

Cette générosité est décidée socialement. C'est à dire que de la même manière que les biens ont une valeur constituée de critères exprimés par des scores (un ensemble de calculs qui à la fin renvoient 1 ou 0, ok ou non pour la transaction), les revenus utilisent le même procédé qui consiste à donner des notes à des critères, et qui engendre le niveau des droits de chacun. On peut tenir compte d'une infinité de paramètres. Les contrevenants peuvent perdre des points.

Il est important que ce système reflète fidèlement l'apport de chacun au bien de tous (relativement à sa capacité), puisque les richesses que les gens fabriquent aiment aller entre les mains des personnes qu'on respecte le plus. C'est un peu comme une loi universelle, ça s'applique sans demander si ça s'applique bien ou mal.

Le peuple dispose de ses richesses

Cette notion est primordiale parce que là mine de rien on va revenir à notre propos du début, c'était il y a longtemps, "qu'est-ce que avoir des sous ?". Dans une société humaine digne de ce nom, chacun a des droits inaliénables qui lui permettent de réaliser ses rêves, à condition d'y travailler. La question de l'absence de moyens, d'une injustice, dans une société humaine normale, devrait retomber automatiquement sur son système social, et non accabler celui qui en est victime.

Cette défaillance doit être celle d'une collectivité, qui peut-être à cause d'une catastrophe, est désolée de ne rien pouvoir faire, mais en temps normal, il ne suffirait que de quelques clics pour résoudre une injustice. Nous parlons finalement d'un monde qui veille sur le bien de chacun, individuellement et en temps réel.

Les gens ne devraient pas avoir à passer leur vie à se plaindre ou craindre de ne plus avoir "des sous", mais seulement de connaître ce à quoi ils ont droit, et dans quelle mesure leur contribution peut faire augmenter ce à quoi chacun peut avoir droit.

Même la distribution du travail, la répartition des tâches, et leur priorisation pourra être orchestrée par une IA, parfaitement capable de savoir comment utiliser au mieux les compétences de chacun. Les gens se réveilleraient un matin avec un message leur disant, "aujourd'hui tu vas bosser sur ceci, et tes droits seront boostés".

C'est cool dans ce pays, les gens disent "ouais, ça ma boosté mes droits".
Automatiquement dans l'esprit de son interlocutrice, ceci voudra dire que sa copine qui se vante en se refaisant les ongles aura fait quelque chose de bien pour la société, quel que soit son niveau, et quoi que ce soit.

Si la richesse individuelle, exprimée par le fait qu'un gars monte à bord d'un voilier de luxe auquel il a "droit", est connectée au bien que les gens font, à leur apport, au niveau de leur contribution au bien commun, social, ou public, et que cette reconnaissance, même à un niveau seulement affectif, est reconnue, cela justifie pleinement (et cela dans n'importe quelle civilisation du cosmos) que les gens aient envie de les voir profiter des richesses qu'ils ont créées.

Normalement dans une société normale, si on hait les riches on ne fabrique rien de luxueux, ou si on a des hommes de valeur, on ne leur interdit pas quelques privilèges. Allez savoir pourquoi, dans le capitalisme on était arrivés à produire ces contradictions surprenantes, qui étaient nombreuses. Cela ne peut pas se produire dans un système où on nomme et on règlemente chacune des implications de nos actes.

Ce dernier point qui conclue notre visite touristique d'un monde tranquille et en paix, est le plus important. Les gens sont heureux du système, car y contribuer est une bonne chose pour tous, donc pour eux en retour, en seconde instance. Les gens eux-mêmes déterminent ce qu'ils trouvent juste ou non, dans les transactions qui les concernent directement ou indirectement. Des comités scientifiques indépendants se réunissent, pour orchestrer l'utilisation des ressources naturelles. Les citoyens sont fiers de leurs lois, car elles sont modelées par leurs pratiques, et elles sont simples, intelligibles, et adaptatives. La législation robotisée est toujours capable d'évaluer correctement les circonstances particulières. Alors, dans ce cadre, sachant que tout ce qui est créé est utilisé de la façon la plus utile possible, chacun s'essaie à inventer de nouvelles formes d'actions, soutenus par la confiance en un avenir prometteur, et par un système social dont c'est la fonction.

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