16/06/2022 les-crises.fr  17 min #210292

Enquête Cnn : Shireen Abu Akleh a été tuée lors d'une attaque ciblée des forces israéliennes

Plusieurs coups de feu retentissent en ce matin clair et bleu de printemps à Jénine, en Cisjordanie. Tac, tac, tac, tac, tac, tac, tac.

Source :  CNN, Zeena Saifi, Eliza Mackintosh, Celine Alkhaldi, Kareem Khadder, Katie Polglase, Gianluca Mezzofiore et Abeer Salman
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

New evidence suggests Shireen Abu Akleh was shot dead in targeted attack by Israeli forces

Ils tiraient directement sur les journalistes : de nouvelles preuves suggèrent que Shireen Abu Akleh a été abattue lors d'une attaque ciblée par les forces israéliennes.

Vidéo de Livvy Doherty et Oscar Featherstone, CNN

Cet article contient une image perturbante.

Le caméraman qui filme la scène se précipite en arrière pour s'abriter derrière un muret de béton. Puis un homme crie en arabe : « Blessé ! Shireen, Shireen, oh mon dieu, Shireen ! Ambulance ! »

Lorsque le caméraman fait un panoramique au coin de la rue, on peut voir la journaliste d'Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, allongée, immobile, face contre terre, tandis qu'un autre reporter palestinien, Shatha Hanaysha, s'accroupit à côté d'elle, utilisant un tronc d'arbre pour se mettre à couvert. Hanaysha tend la main et tente de la réveiller alors que les coups de feu continuent. Il n'y a pas de réponse. Les deux femmes portent des casques et des gilets de protection bleus avec inscrit dessus « Presse ».

Dans les instants qui suivent, un homme en T-shirt blanc tente à plusieurs reprises de déplacer Abu Akleh, mais il est repoussé à plusieurs reprises par les tirs. Finalement, après quelques longues minutes, il parvient à traîner son corps hors de la rue.

La vidéo instable, filmée par Majdi Banura, cameraman d'Al Jazeera, montre la scène où Abu Akleh, une Américaine d'origine palestinienne de 51 ans, a été tuée d'une balle dans la tête vers 6h30 le 11 mai. Elle se trouvait avec un groupe de journalistes près de l'entrée du camp de réfugiés de Jénine, où ils étaient venus couvrir un raid israélien. Bien que la vidéo ne montre pas Abu Akleh en train d'être abattue, des témoins oculaires ont déclaré à CNN qu'ils pensaient que les forces israéliennes présentes dans la même rue avaient tiré délibérément sur les journalistes dans le cadre d'une attaque ciblée. Tous les journalistes portaient des gilets de protection bleus qui les identifiaient comme membres des médias.

« Nous sommes restés devant les véhicules militaires israéliens pendant environ cinq à dix minutes avant de faire des mouvements pour nous assurer qu'ils nous voient. Et c'est une de nos habitudes en tant que journalistes, nous nous déplaçons en groupe et nous nous tenons devant eux pour qu'ils sachent que nous sommes des journalistes, puis nous commençons à bouger », a déclaré Hanaysha à CNN, décrivant leur approche prudente du convoi de l'armée israélienne, avant que les tirs ne commencent.

Quand Abu Akleh a été abattue, Hanaysha a dit qu'elle était en état de choc. Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Après qu'Abu Akleh se soit effondrée sur le sol, Hanaysha a pensé qu'elle avait peut-être trébuché. Mais quand elle a regardé la journaliste qu'elle idolâtrait depuis son enfance, il était clair qu'il ne respirait plus. Du sang s'accumulait sous sa tête.

« Dès qu'elle [Shireen] est tombée, je n'ai vraiment pas compris qu'on lui avait tiré dessus J'entendais le bruit des balles, mais je ne comprenais pas qu'elles venaient vers nous. Honnêtement, pendant tout ce temps, je ne comprenais pas », a-t-elle déclaré.

« Je pensais qu'ils tiraient, alors nous sommes restés en arrière, je ne pensais pas qu'ils essayaient de nous tuer. »

Le jour de la fusillade, le porte-parole militaire israélien Ran Kochav a déclaré à la radio de l'armée qu'Abu Akleh avait « filmé et travaillé pour un média au milieu de Palestiniens armés. Ils sont armés de caméras, si vous me permettez de le dire », selon le Times of Israel.

L'armée israélienne a déclaré que l'origine du coup de feu fatal demeurait incertaine. Dans une enquête préliminaire, l'armée a déclaré qu'il était possible qu'Abu Akleh ait été touchée soit par des tirs palestiniens indiscriminés, soit par un sniper israélien positionné à environ 200 mètres dans un échange de tirs avec des tireurs palestiniens - bien que ni Israël ni personne d'autre n'ait fourni de preuves montrant que des Palestiniens armés se trouvaient dans une ligne de tir proche d'Abu Akleh.

L'Israel Defense Forces (IDF, armée israélienne, NdT) a déclaré le 19 mai qu'elle n'avait pas encore décidé de lancer ou non une enquête criminelle sur la mort d'Abu Akleh. Lundi, l'avocat principal de l'armée israélienne, le général de division Yifat Tomer-Yerushalmi, a déclaré dans un discours que, selon la politique de l'armée, une enquête criminelle n'est pas automatiquement lancée si une personne est tuée au « milieu d'une zone de combat active », à moins qu'il n'y ait des soupçons crédibles et immédiats d'une infraction criminelle. Les législateurs américains, les Nations Unies et la communauté internationale ont tous demandé une enquête indépendante.

Mais une enquête menée par CNN apporte de nouvelles preuves - notamment deux vidéos de la scène de la fusillade - qu'il n'y avait pas de combat actif, ni de militants palestiniens, près d'Abu Akleh dans les instants qui ont précédé sa mort. Les vidéos obtenues par CNN, corroborées par les témoignages de huit témoins oculaires, d'un analyste médico-légal audio et d'un expert en armes explosives, suggèrent qu'Abu Akleh a été abattue lors d'une attaque ciblée par les forces israéliennes.

Shireen Abu Akleh, journaliste d'Al Jazeera.

Les images montrent une scène calme avant que les reporters ne soient la cible de tirs à la périphérie du camp de réfugiés de Jénine, près du rond-point principal d'Awdeh. Hanaysha, quatre autres journalistes et trois habitants ont déclaré que la matinée avait été normale à Jénine, où vivent environ 345 000 personnes, dont 11 400 dans le camp. Beaucoup se rendaient au travail ou à l'école, et la rue était relativement calme.

L'excitation était palpable lorsque la journaliste chevronnée, connue dans le monde arabe pour sa couverture d'Israël et des territoires palestiniens, est arrivée pour rendre compte du raid. Une douzaine d'hommes, certains en survêtement et en tongs, s'étaient rassemblés pour observer Abu Akleh et ses collègues au travail. Ils discutaient, certains fumaient des cigarettes, d'autres filmaient la scène avec leurs téléphones.

Dans une vidéo de 16 minutes partagée avec CNN, l'homme qui filme se dirige vers l'endroit où les journalistes se sont rassemblés, zoomant sur les véhicules blindés israéliens garés au loin, et dit : « Regardez les snipers ». Puis, quand un adolescent regarde timidement dans la rue, il crie : « Ne fais pas l'idiot tu crois que c'est une blague ? On ne veut pas mourir. Nous voulons vivre. »

Les raids israéliens dans le camp de réfugiés de Jénine sont devenus réguliers depuis début avril, à la suite de plusieurs attaques menées par des Palestiniens qui ont fait des morts parmi les Israéliens et les étrangers. Certains des assaillants présumés de ces attaques étaient originaires de Jénine, selon l'armée israélienne. Les habitants disent que les raids font souvent des blessés et des morts. Samedi, un Palestinien de 17 ans a été tué et un autre de 18 ans a été grièvement blessé par des tirs israéliens lors d'un raid, selon le ministère palestinien de la Santé.

Salim Awad, le résident du camp de Jénine âgé de 27 ans qui a filmé la vidéo de 16 minutes, a déclaré à CNN qu'il n'y avait pas de Palestiniens armés ou d'affrontements dans la zone, et qu'il ne s'attendait pas à ce qu'il y ait des coups de feu, étant donné la présence de journalistes à proximité.

« Il n'y a pas eu de conflit ou de confrontation du tout. Nous étions environ 10 gars, à peu près, à nous promener, à rire et à plaisanter avec les journalistes, a-t-il déclaré. Nous ne nous attendions pas à ce que quelque chose se produise, nous étions avec des journalistes, nous pensions être en sûreté. »

Mais la situation a rapidement changé. Awad a déclaré que des tirs ont éclaté environ sept minutes après son arrivée sur les lieux. Sa vidéo montre le moment où des coups de feu ont été tirés sur les quatre journalistes - Abu Akleh, Hanaysha, un autre journaliste palestinien, Mujahid al-Saadi, et le producteur d'Al Jazeera Ali al-Samoudi, qui a été blessé dans la fusillade - alors qu'ils marchaient vers les véhicules israéliens. Sur la vidéo, on peut voir Abu Akleh se détourner du barrage. La vidéo montre une ligne de vue directe vers le convoi israélien.

La journaliste palestinienne Shatha Hanaysha photographiée dans la ville de Ramallah en Cisjordanie le 12 mai, un jour après qu'elle et Abu Akleh aient essuyé des tirs.

« Nous avons vu environ quatre ou cinq véhicules militaires dans cette rue avec des fusils qui en sortaient et l'un d'eux a tiré sur Shireen. Nous étions debout juste là, nous l'avons vu. Lorsque nous avons essayé de nous approcher d'elle, ils nous ont tiré dessus. J'ai essayé de traverser la rue pour l'aider, mais je n'ai pas pu », a déclaré Awad, ajoutant avoir vu une balle atteindre Abu Akleh dans l'espace entre son casque et son gilet de protection, juste à côté de son oreille.

Un jeune de 16 ans, qui faisait partie du groupe d'hommes et de garçons dans la rue, a déclaré à CNN qu'il n'y avait eu « aucun coup de feu, aucun jet de pierre, rien » avant qu'Abu Akleh ne soit abattue. Selon lui, les journalistes leur avaient dit de ne pas les suivre alors qu'ils marchaient vers les forces israéliennes, alors il est resté en arrière. Lorsque la fusillade a éclaté, il a dit s'être réfugié derrière une voiture sur la route, à trois mètres de là, avant devoir la journaliste se faire tuer. L'adolescent a partagé avec CNN une vidéo, tournée à 6h36, juste après que les journalistes aient quitté les lieux pour se rendre à l'hôpital, qui montre les cinq véhicules de l'armée israélienne passant lentement devant l'endroit où Abu Akleh est morte. Le convoi tourne ensuite à gauche avant de quitter le camp via le rond-point.

CNN a examiné un total de 11 vidéos montrant la scène et le convoi militaire israélien sous différents angles - avant, pendant et après la mort d'Abu Akleh. Les témoins oculaires qui filmaient lorsque la journaliste a été abattue se trouvaient également dans la ligne de mire et ont reculé lorsque les tirs ont commencé, de sorte qu'ils n'ont pas saisi le moment où elle a été touchée par la balle.

Les preuves visuelles examinées par CNN comprennent une vidéo de caméra corporelle publiée par l'armée israélienne, qui montre des soldats courant dans une ruelle étroite, tenant des fusils d'assaut M16, et des variantes, dans la rue où les véhicules blindés sont garés. Une source militaire israélienne a déclaré à CNN que les deux camps ont tiré avec des fusils d'assaut de type M16 et M4 ce jour-là.

Dans les vidéos, on peut voir cinq véhicules israéliens alignés sur la même route que celle où Abu Akleh a été tuée, au sud. Le véhicule le plus proche des journalistes, portant le numéro 1 blanc, et le véhicule le plus éloigné, marqué du numéro 5, sont tous deux positionnés perpendiculairement de l'autre côté de la rue. Vers l'arrière des véhicules, directement au-dessus des numéros, se trouve une étroite ouverture rectangulaire à l'extérieur du véhicule.

L'armée israélienne a fait référence à cette ouverture dans une déclaration concernant son enquête initiale sur la fusillade d'Abu Akleh, affirmant que le journaliste a pu être touchée par un soldat israélien tirant depuis un « trou de tir désigné dans un véhicule de l'IDF à l'aide d'une lunette télescopique » lors d'un échange de tirs. Plusieurs témoins oculaires ont déclaré à CNN qu'ils avaient vu des fusils de sniper sortir des ouvertures avant le début de la fusillade, mais que celle-ci n'avait pas été précédée d'autres tirs.

Jamal Huwail, professeur à l'Université arabo-américaine de Jénine, qui a aidé à traîner le corps sans vie d'Abu Akleh sur la route, a déclaré qu'il pensait que les tirs provenaient de l'un des véhicules israéliens, qu'il a décrit comme un « nouveau modèle qui avait une ouverture pour les tireurs d'élite », en raison de l'élévation et de la direction des balles.

« Ils tiraient directement sur les journalistes », a déclaré Huwail.

Huwail, ancien parlementaire et membre du parti palestinien Fatah à Jénine, a rencontré Abu Akleh pour la première fois il y a vingt ans, lorsqu'Israël a lancé une opération militaire majeure dans le camp, détruisant plus de 400 maisons et déplaçant un quart de sa population. Lorsqu'il a parlé brièvement avec la journaliste ce matin du 11 mai au rond-point d'Awdeh, elle lui avait montré une vidéo d'une de leurs premières interviews datant de 2002. La fois suivante où il l'a vue de près, elle était morte.

Shireen Abu Akleh gît face contre terre dans la rue, après avoir reçu une balle dans la tête.

Dans les vidéos du raid de l'armée sur le camp de Jénine, plus tôt dans la matinée, on peut voir des soldats israéliens et des militants palestiniens s'affronter avec des fusils d'assaut M16 et des variantes, selon Chris Cobb-Smith, expert en armes explosives. Cela signifie que les deux camps ont dû tirer des balles de 5,56 mm. Pour remonter la trace de la balle qui a tué Abu Akleh jusqu'au canon d'une arme spécifique, il faudrait probablement une enquête conjointe israélo-palestinienne, puisque les Palestiniens ont le type de balle qui a tué Abu Akleh, tandis que l'enquête de CNN suggère que les Israéliens ont l'arme. Aucune enquête n'est prévue dans l'immédiat. Alors qu'Israël étudie la possibilité d'ouvrir une enquête criminelle, l'Autorité palestinienne a exclu de collaborer avec les Israéliens dans le cadre d'une enquête.

Le 18 mai, un haut responsable de la sécurité israélienne a catégoriquement nié le fait que les troupes israéliennes aient tué Abu Akleh intentionnellement. Le responsable s'est exprimé sous couvert d'anonymat afin de discuter des détails d'une enquête qui reste formellement ouverte.

« En aucun cas l'IDF ne viseraient un civil, en particulier un membre de la presse », a déclaré le responsable à CNN.

« Un soldat de l'IDF ne tirerait jamais avec un M16 en automatique. Ils tirent balle par balle », a ajouté le fonctionnaire, contrairement à l'affirmation d'Israël selon laquelle les militants palestiniens tiraient « imprudemment et sans discernement » pendant que ses soldats menaient le raid à Jénine.

Dans une déclaration envoyée par courriel à CNN, l'IDF a indiqué qu'elle menait une enquête sur le meurtre d'Abu Akleh. Elle « appelle l'Autorité palestinienne à coopérer à un examen médico-légal conjoint avec des représentants américains afin de déterminer de manière concluante l'origine de cette mort tragique. »

Et d'ajouter : « Les affirmations concernant la source du feu qui a tué Abu Akleh doivent être faites avec soin et étayées par des preuves tangibles. C'est ce que '(IDF s'efforce de réaliser. »

Même sans avoir accès à la balle qui a touché Abu Akleh, il existe des moyens de déterminer qui a tué Abu Akleh en analysant le type de tirs, le son des coups de feu et les marques laissées par les balles sur les lieux.

Cobb-Smith, consultant en sécurité et vétéran de l'armée britannique, a déclaré à CNN qu'il pensait qu'Abu Akleh avait été tuée par des tirs discrets, et non par une rafale de tirs automatiques. Pour parvenir à cette conclusion, il a examiné les images obtenues par CNN, qui montrent les marques laissées par les balles sur l'arbre où Abu Akleh est tombée et où Hanaysha s'est abritée.

« Le nombre de marques de frappe sur l'arbre où Shireen se tenait prouve qu'il ne s'agissait pas d'un tir aléatoire, elle était ciblée », a déclaré Cobb-Smith à CNN, ajoutant que, par contraste, la majorité des tirs des Palestiniens capturés par les caméras ce jour-là étaient des « fusillades aléatoires. »

Le journaliste palestinien Mujahid al-Saadi, qui était avec Abu Akleh lorsqu'elle a été tuée, montre les traces de balles sur l'arbre à Jénine où elle est morte.

Pour preuve, il a cité deux vidéos montrant des tireurs palestiniens tirant au hasard dans des ruelles de différents quartiers de Jénine. Les vidéos ont été diffusées par le bureau du Premier ministre israélien, Naftali Bennett, et le ministère israélien des Affaires étrangères, avec une voix off en arabe disant : « Ils en ont touché un - ils ont touché un soldat. Il est allongé sur le sol. »

Comme aucun soldat israélien n'a été tué le 11 mai, le bureau de Bennett a déclaré que « des terroristes palestiniens étaient à l'origine du tir contre la journaliste. ». CNN a géolocalisé les vidéos partagées par le bureau de Bennett au sud du camp, à plus de 300 mètres d'Abu Akleh. Les coordonnées des deux endroits, qui ont été vérifiées à l'aide de Mapillary, une plateforme d'imagerie, et des images de la zone filmées par le groupe israélien de défense des droits de l'homme B'Tselem, démontrent que les tirs des vidéos ne correspondent pas à la volée de coups de feu qui a touché Abu Akleh et son producteur, Ali al-Samoudi. CNN n'a pas non plus été en mesure de vérifier de manière indépendante quand les images ont été filmées.

Selon l'enquête initiale de l'armée israélienne, au moment de la mort d'Abu Akleh, un sniper israélien se trouvait à 200 mètres d'elle. CNN a demandé à Robert Maher, professeur d'ingénierie électrique et informatique à l'université d'État du Montana, spécialisé dans l'analyse audio judiciaire, d'évaluer la séquence du tir d'Abu Akleh et d'estimer la distance entre le tireur et le cameraman, en tenant compte du fusil utilisé par les forces israéliennes.

La vidéo analysée par Maher montre deux volées de tirs ; des témoins oculaires affirment qu'Abu Akleh a été touchée lors du deuxième barrage, une série de sept « tacs » aigus. Le premier « tac », l'onde de choc balistique de la balle, est suivi environ 309 millisecondes plus tard par le « bang » relativement silencieux de l'explosion du canon, selon Maher. « Cela correspondrait à une distance de quelque chose entre 177 et 197 mètres », a-t-il déclaré dans un courriel à CNN, ce qui correspond presque exactement à la position du sniper israélien.

À 200 mètres, Cobb-Smith a déclaré qu'il n'y avait « aucune chance » qu'un tir aléatoire aboutisse à trois ou quatre coups dans une configuration aussi serrée. « D'après les traces de coups sur l'arbre, il semble que les tirs, dont l'un a touché Shireen, provenaient du bas de la rue, dans la direction des troupes de l'IDF. Le regroupement relativement serré des balles indique que Shireen a été intentionnellement visée par des tirs ciblés et n'a pas été victime de tirs aléatoires ou perdus », a déclaré l'expert en armes à feu à CNN.

Un artiste palestinien peint une fresque dans la ville de Gaza en l'honneur de Shireen Abu Akleh et représentant Shatha Hanaysha accroupie à ses côtés après sa mort.

L'arbre est désormais appelé à Jénine « l'arbre de la journaliste » et est devenu un sanctuaire improvisé en l'honneur d'Abu Akleh, avec des photos de la journaliste bien-aimée collées sur le tronc et des écharpes kaffiyeh palestiniennes accrochées aux branches.

Awad, l'un des habitants de Jénine qui a filmé par inadvertance le meurtre d'Abu Akleh, a déclaré qu'il l'avait vue pour la première fois en personne en 2002, alors qu'elle couvrait l'Intifada à Jénine. « Elle est évidemment aimée par beaucoup de gens, mais nous avons un souvenir d'elle très particulier dans notre camp, notamment en raison du travail qu'elle a accompli ici. Les gens ici sont très attristés par sa mort », a-t-il déclaré.

Le mois dernier, Abu Akleh a fêté son anniversaire à Jénine, alors qu'elle s'y trouvait pour couvrir un raid de la milice israélienne, se souvient son collègue de longue date, le cameraman Majdi Banura. Banura et Abu Akleh ont commencé à travailler pour Al Jazeera le même jour, il y a 25 ans, et ont passé une grande partie de leur carrière sur le terrain ensemble.

Banura est encore sous le choc d'avoir vu Abu Akleh, qu'il avait filmée d'innombrables fois auparavant, mourir sous ses yeux. Mais lorsque la fusillade a éclaté, il savait qu'il devait continuer à filmer, affirmant qu'il était important d'avoir un « enregistrement continu » de son meurtre.

« Pour être honnête, pendant que je filmais, j'espérais qu'elle serait vivante, mais je savais qu'en la voyant immobile, elle avait été tuée », a déclaré Banura.

« Son image ne quittera jamais ma vie et ma mémoire, dès que je dis, fais ou touche quelque chose, je la vois ».

Eliza Mackintosh de CNN à Londres a écrit et enquêté. Zeena Saifi a fait des reportages à Abu Dhabi, Celine Alkhaldi à Amman, et Kareem Khadder et Abeer Salman à Jérusalem. Katie Polglase et Gianluca Mezzofiore ont fait des reportages à Londres. Richard Allen Greene, Hadas Gold et Atika Shubert ont contribué à ce compte-rendu. Conception et édition visuelle : Natalie Croker et Henrik Pettersson.

Source :  CNN, Zeena Saifi, Eliza Mackintosh, Celine Alkhaldi, Kareem Khadder, Katie Polglase, Gianluca Mezzofiore, Abeer Salman, 26-05-2022

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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