Les nouveaux exercices de l'Otan dans les Balkans et leurs conséquences

par Alexandre Lemoine

Le commandement de l'OTAN a décidé d'organiser en 2023 des exercices tactiques Defender Europe sur le territoire du Kosovo. Leur date précise n'a pas encore été annoncée, mais plus de 1300 soldats des Forces de sécurité du Kosovo y participeront.

Cette décision a été prise sur fond de conflit continu entre les communautés serbe et albanaise du territoire. La situation s'est particulièrement  aggravée après le sommet UE-Balkans occidentaux en décembre 2022 à Tirana, capitale albanaise, dont les participants, y compris le Kosovo, ont adopté une déclaration finale en soutien à l'aspiration des pays de la région à rejoindre l'UE. Sachant que le président serbe Aleksandar Vucic le considère comme une violation des accords de Washington de 2020. Pristina s'était alors engagé à n'adhérer à aucune structure internationale.

« Le Kosovo n'est pas un État européen. Nous continuerons de lutter. Pristina a complètement piétiné les accords de Washington », a-t-il déclaré.

L'organisation de nouveaux exercices dans de telles conditions pourrait aggraver davantage la situation dans tous les Balkans occidentaux, notamment sur les territoires où vit la population serbe comprenant non seulement le Kosovo, mais également la Bosnie-Herzégovine, le seul pays frontalier de la Serbie qui ne fait pas partie de l'OTAN.

Le 9 janvier 2023, la République serbe, peuplée de Serbes ethniques et faisant partie en tant qu'entité de la Bosnie-Herzégovine, a organisé des activités à l'occasion du 31ème anniversaire de la proclamation de la république. Un défilé militaire s'est déroulé à Istocno Sarajevo. De plus, le président Milorad Dodik a décidé de remettre à son homologue russe Vladimir Poutine la récompense suprême du pays - l'ordre de la République serbe. L'UE critiquait déjà en permanence les autorités de la république pour des relations trop proches avec Moscou, et cette initiative du président Dodik a particulièrement irrité les responsables de l'UE.

En particulier, Zeljko Komsic (Croate élu à son poste grâce aux voix des musulmans), membre de la présidence de la Bosnie-Herzégovine qui critique constamment Milorad Dodik, a  qualifié la célébration de la journée de la République serbe de « poursuite de la politique de génocide », qui aurait été menée par la partie serbe vis-à-vis des Croates et des musulmans pendant la guerre de 1992-1995.

De son côté, Christian Schmidt, qui occupe actuellement le poste de Haut représentant pour la Bosnie-Herzégovine, a  déclaré qu'il était préoccupé à la fois par la célébration de la journée de la République serbe et par la position de Banja Luka qui, selon lui, vise à « démanteler progressivement la fédération ». Sachant que ni la Russie ni la République serbe ne reconnaissent les pouvoirs de Christian Schmidt, car ils doivent être confirmés par un consensus entre les pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies, ce qui n'est pas le cas.

En décembre 1995, après la fin de la guerre sanglante de trois ans, les parties ont signé les accords de Dayton, qui ont mis un terme aux hostilités et ont reconnu la République serbe en tant que l'une des deux entités de la Bosnie-Herzégovine (avec la fédération croato-musulmane). Le territoire du district de Brcko, revendiqué par les deux entités, a été placé sous le contrôle direct du Haut représentant (qui n'est pas reconnu) pour la Bosnie-Herzégovine sur décision du tribunal d'arbitrage en 1999.

Formellement, les accords de Dayton ont accordé à la République serbe de larges pouvoirs. Cependant, progressivement, sous la pression de l'Occident, elle a dû les transférer au niveau des autorités de Sarajevo, notamment pour la formation de l'armée. Comprenant que les choses vont vers la disparition de son autonomie, la direction politique actuelle de la République serbe a l'intention de défendre les intérêts de la république pour reprendre une partie des pouvoirs perdus. Sarajevo voit ses perspectives dans la transformation de la Bosnie-Herzégovine en État unitaire avec une domination des musulmans, enterrant ainsi définitivement les accords de 1995. Et dans ce sens, les intérêts de Sarajevo, de Washington et de Bruxelles coïncident.

À noter également que les dernières démarches engagées dans les Balkans par l'UE, l'OTAN et les États-Unis dans le but d'aspirer Belgrade et Sarajevo dans leur sphère d'influence, risquent de provoquer une fracture de la structure établie de la Bosnie-Herzégovine il y a 30 ans, qui est déjà très précaire. En plus de l'aggravation du conflit kosovar, une telle perspective risque de déboucher sur un nouveau conflit armé dans les Balkans, ce qui pourrait entraîner un effet domino avec un nouveau litige sur le remaniement des frontières entre les pays de la région.

source :  Observateur Continental

 reseauinternational.net

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