Tucker for ever

7 février 2024 (17H20) - L'aventure de Tucker Carlson à Moscou a quelque chose de Tintin. (A part que 'Carlson chez Poutine' n'est vraiment pas dans le même sens que 'Tintin chez les Soviets' ! - si l'on prend les choses idéologiquement, d'ailleurs d'une façon complètement déphasée et sans le moindre rapport tant les temps idéologiques diffèrent aujourd'hui extraordinairement d'il y a un siècle, - tant c'est pitié, PhG, de faire une telle comparaison !) Et pourtant j'y tiens : Carlson nous paraît être comme s'il était parti, seul à l'aventure, contre tous et seul en dépit de tous, avec les meutes des hyènes-neocon hurlant à la mort, le cul dans leur fauteuil en cuir de besoins massacrés au XIXème siècle, le sang en concentré de tomates leur coulant de la commissures des lèvres exactement, sacrés têtes de neocon, les ceux qui osent tout c'est-même-à-ça-qu'on-les-reconnaît ! Mais qu'importe... Seul dis-je et répète-je, le Carlson, complètement à l'aventure, pour lever un pan sur la vérité (et même sur la Vérité ?)... Ce dernier point, ça c'est sûr c'est du Tintin,

J'ai trouvé un texte qui a pour thème le voyage de Carlson à Moscou, écrit avant que l'interview n'ait eu lieu (officiellement,  hier). L'auteur, Martin Jay, prend d'ailleurs un exemple analogique qui me paraît très contestable, parlant d'une "alerte" (on disait 'Red Scare' à l'époque lorsqu'il s'agissait de "ceux d'en face") du Pentagone des années 1970, alors que Rumsfeld était une première fois secrétaire à la défense (1975-1977), concernant les sous-marins soviétiques. J'ai vécu cette période et ait fort peu entendu parler de cette vraie-"fausse alerte", alors que d'autres vraie-"fausse alerte" faisaient beaucoup plus de bruits. Par exemple, il y eut celle qui entoura l'intercepteur MiG-25 mythique et volant trop haut et trop vite pour être intercepté (Le MiG-25, mes amis, a eu comme développement le MiG-31 lanceur de 'Kinzhal', qui est autrement du sérieux.)

Le MiG-25, dont un exemplaire piloté par le lieutenant Belenko fit défection au Japon en 1976, s'avéra d'ailleurs beaucoup moins effrayant qu'il n'y paraissait, - quoiqu'aujourd'hui, certains reconsidèrent le cas... Bref, on voit bien que tous ces divers cas portaient sur des matériels spécifiques qui ne constituaient pas à eux seuls ni une politique, ni une puissance, et dont on usait de part et d'autre pour se faire peur et entretenir le mythe de la Guerre Froide en même temps que les budgets de défense.

Note de PhG-Bis : « Il paraît que PhG s'est laissé dire, le brave garçon à l'oreille qui traîne, qu'il existait une véritable entente tacite entre le complexe militaro-industriel (CMI) US et celui de l'URSS, pour entretenir avec des petites trouvailles de cette sorte des peurs réciproques l'un chez l'autre et vice-versa sans trop s'en défendre, et obtenir chacun chez soi, des augmentations budgétaires. "J'dis ça, j'dis rien", dit PhG. »

Par contre, là où Jay a raison, c'est sur la question de savoir si l'interview de Carlson va modifier le sentiment des citoyens américains sur Poutine et la Russie. Bien entendu, Carlson sera barré sur tous les réseaux officiels, honni, dénoncé, fustigé, traîné devant l'Inquisition des prêtres en soutane doré de la presseSystème. Il faut écouter la diatribe de Glenn Greenwald d'hier soir , dénonçant tous ceux qui désignent Carlson comme un traître, jugent qu'il faut interdire son retour, voire le faire assassiner. Greenwald, qui est un antiguerre complètement de gauche, pèse d'un sacré poids dans le monde des 'dissidents' et il est un exemple de cette manœuvre de ' slalom' comme je nomme l'exercice où des gens de sensibilités différentes voire opposées doivent s'allier les uns aux autres avec la plus grande vigueur contre l'ennemi commun qu'est le Système.

Enfin, Carlson est autre chose que le Tintin de 1927 en fait de communication. La vidéo où il annonce, mardi vers 19H00 son interview, sur son compte tweeterX, comptait ce mercredi à 17 heures près de 80 millions de vues (79 millions en 21 heures de temps). Il est bien possible que son interview de Poutine soit la plus regardée de l'histoire de la communication. (Je dis cela sans connaître les chiffres existants, mais pour donner une idée de l'immense tour de Babel de causerie intercontinentale à laquelle on va assister.) Cela vous fait mesurer les fantastiques changements que l'évolution du système de la communication a introduit dans notre vie quotidienne, dans nos affaires politiques, dans l'histoire elle-même, - ce qui en fait un événement métahistorique, chose que je ne cesse de  proclamer haut et fort à chaque fois que l'occasion fait le larron.

Et là-dessus, vous pouvez estimer que Tucker Carlson est lui-même, désormais sinon déjà, un personnage d'une telle puissance de communication qu'on peut, à lui aussi, lui donner une dimension métahistorique. Bien qu'on puisse deviner vers où penchent mes sentiments, on comprendra que je ne dis pas cela par souci partisan mais pour bien faire mesurer la nature des forces qui font aujourd'hui l'histoire du monde, et comment un seul homme lui-même, seul comme l'était Tintin en 1927 paraît-il (vraiment, quelle drôle de comparaison ! C'est absolument pure dialectique de commentateur pseudo-polémiste), - comment cet homme seul, en usant paradoxalement de son pouvoir quantitatif, balaye littéralement 'Le règne de la quantité' que dénonçait Guénon.

Et quant à moi, avouez-le : mettre ensemble Carlson, Poutine, Guénon et Tintin, ce n'est pas commun ! Le texte que je vous présente est, lui, de Martin Jay, sur 'Strategic-Culture.org' de  ce 7 février 2024, avec comme titre « L'interview de Poutine par Tucker Carlson peut renverser les élites occidentales et terminer la guerre en Ukraine », et comme sous-titre « Tucker Carlson est sur le point d'apporter la vérité au peuple américain. Est-il prêt à la recevoir ?», - ce qui, je crois, justifie le titre que je me suis permis de lui donner.

 dedefensa.org

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07/02/2024 dedefensa.org  4 min #242383

Tucker for ever

Les changera-t-il ?

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Martin Jay

Dans les années 70, alors que la guerre froide atteignait son apogée, Donald Rumsfeld était convaincu que l'océan Atlantique, au large des côtes américaines, faisait équipe avec les sous-marins russes. La marine américaine ne pouvait pas les détecter car, il en était convaincu, les Soviétiques disposaient d'une nouvelle « technologie acoustique » qui les rendait effectivement invisibles.